DÉFINITION DE LA MALADIE
volontés, presque des lubies de ce principe recteur; et, comme la nécessité de le mettre en dehors de l'organisme, qui recevait son impulsion, lui faisait reconnaître de tous un côté immatériel plus ovi moins développé, il n'était guère facile, il pouvait même ne pas sembler prudent de lui appliquer les méthodes ordinaires d'investigation et de raisonnement scientifiques. De ce côté, la science s'était créé une impasse, en s'acculant à la philosophie (Duclaux) ».
Mais bientôt les doctrines vitalistes, qui régnaient en souveraines dans la science de l'homme et des animaux, allaient recevoir le choc des découvertes de Schwann, de Magendie, de Virchow et de Cl. Bernard.
La vie, qui apparaissait autrefois comme une propriété superposée à l'ensemble des organes, fut localisée peu à peu dans les tissus à la suite de Bichat, dans les cellules après les travaux de Sciiwaxx. ÎNIagendie et Cl. Bernard montrèrent comment ces cellules agissaient individuellement, Virchow comment elles devenaient malades. L'unité vivante se résuma dans la cellule, qui avait la propriété de s'assimiler de nouveaux matériaux et de réparer ses pertes, de fournir à la reproduction de nouvelles cellules, de sécréter, d'éliminer enfin les produits usés. La superposition et l'harmonie de ces vies élémentaires créa la vie de l'ensemble. Cette distinction de l'animé et de l'inanimé que tout le monde connaissait, on s'efforça de la spécifier par un mot qui visait son essence. INIalheureusement une définition irréprochable est très difficile à donner; on ne définit pas la lumière, ni l'électricité, ni le mouvement: on en étudie les })ropriétés. Le mouvement se prouve en marchant; la vie se constate. Cl. Bernard a longuement étudié les propriétés générales de la matière vivante, qu'il a ramenées à sept caractères généraux : organisation, génération, nutrition, évolution, caducité, maladie et mort.
La génération spontanée n'existant pas, une des propriétés les plus curieuses de la matière vivante est son éternité. Sans doute, la vie n'a pas toujours existé sur la surface du gloire. Sans discuter les théories métaphysiques, ni l'hypothèse que la vie ait été apportée sur la terre par des météorites chargés de cellules végétales encore vivantes, hypothèse qui ne répugne pas à Lord Kelvin, nous constatons actuellement que, chez les êtres les plus inférieurs, les Schizomycètes, ou ne peut reconnaître ni mère ni fille et que la mort naturelle n'existe pas. Même chez les êtres plus élevés en organisation (voir plus loin le chapitre sur VHérédàé), les cellules de la reproduction se transmettant, d'organisme à organisme, les qualités héréditaires, la série des individus peut être considérée comme un seul être continuellement existant.
HISTOIRE NATURELLE DE LA MALADIE
Le caractère essentiel de la matière vivante est la propriété d'organisation qu'elle possède, c'est-à-dire le pouvoir d'absorber des éléments inorganiques et de les transformer en substance organique. La matière vivante ne crée pas de forces nouvelles ; elle ne fait qu'emmagasiner, par un processus de syntbèse organique, des sources d'énergie qu'elle restitue sous la forme de manifestations de son activité. Il y a donc constamment dans la matière vivante deux processus en jeu : l'un de synthèse, c'est l'assimilation ; l'autre de destruction, c'est la désassimilation, qui aboutit à un dégagement de forces. Pour que la vie se maintienne, il faut qu'il y ait correspondance entre ces deux actes. On pourrait la figurer par une équation, le premier membre représentant l'action des forces cosmiques et le second la réaction de la matière. A des actions externes correspondent des réactions internes, c'est-à-dire des fonctions physiologiques, assez puissantes parfois pour changer même la forme de la matière et créer l'organe qui manifeste les fonctions. Si on adopte l'idée d'H. Spencer que la vie est l'accommodation continue des réactions internes et des relations externes, on peut définir la Santé une accommodation présente parfaite^ tandis que le trouble de cette accommodation et les réactions fonctionnelles et anatomiques qui en sont la conséque?ice constituent la Maladie.
Tout organisme multicellulaire représente une fédération sociale, une colonie parfaite, composée de millions et de millions d'éléments isolés, autonomes jusqu'à un certain point. « Le moyen âge groupait en corporations les citoyens faisant le même métier. Ainsi les éléments cellulaires, ayant les mêmes fonctions se rassemblent en tissus élémentaires, en communautés. De ces communautés, celles qui peuvent s'aider se réunissent en proportions variables suivant les besoins et forment les organes, systèmes déjà complexes, oii la multitude des efforts qui s'y com])inent se traduit, comme la vie dans les grandes agglonu-rations d'hommes, par un mouvement d'entrée et de sortie. Entre les divers organes s'établit par suite un jeu d'échanges continus, chacun d'eux demandant à un autre ce qui lui est nécessaire et lui créant ce dont il a besoin. Une agence de transport, le sang, favorise ces échanges. Les relations entre les districts éloignés, la transmission des demandes et des réponses se font par un réseau télégraphique compliqué em])rassant le corps entier et dont les diverses stations communiquant assez obscurément entre elles sont en relation permanente, et pour ainsi dire automatique, avec la station centrale et multiple des hémisphères cérébraux. De cet ensend)le harmonique d'efforts résulte un effet extérieur plus ou moins puissant au point de vue physique, plus ou moins noble