LA TÊTE CONTRE UN MUR
L'an lySo, le jeudi 2 avril, sur les cinq heures de relevée, en rhôtel de nous Pierre Vial de Machurin, commissaire au Châtelet, est comparue Marguerite Barré, fille majeure, domestique de la dame veuve Tarterau
(i) Archives Dationales, Y, 371.
de Berthemont chez laquelle elle demeure sur la place de la Vieille Estrapade près la rue Sainte-Geneviève, paroisse Saint-Etienne du Mont chez la dame veuve Getelle : laquelle nous a rendu plainte à rencontre de la dame femme du sieur Diderot, demeurante même maison que la plaignante et dit qu'il y a .environ une heure et demie ayant été de la part de sa maîtresse chez ladite dame Getelle, ladite femme Diderot, qui s'y est trouvée, lui aurait cherché dispute à l'occasion de quelques raisonnements faits entre elle plaignante et la domestique de ladite femme Diderot, quoiqu'ils n'eussent rien de commun avec cette dernière, et avant que la plaignante ait eu le temps de rien répondre, ladite femme Diderot l'aurait traitée d'impertinente et d'insolente avec menaces de lui faire donner cent coups de pied, ajoutant qu'elle étoit mauvais sujet; que la plaignante étant sortie de chez ladite dame Getelle et s'en retournant ladite femme Diderot aurait couru après elle et l'ayant jointe sur la montée elle lui aurait porté plusieurs coups de pied et de poing; que non contente de cela elle l'aurait prise aux cheveux, lui aurait cogné la tête contre le mur avec tant de violence qu^elle lui aurait fait un trou considérable au front dont elle a perdu beaucoup de sang; qu^ayant ensuite été se faire panser par le sieur Delamotte, chirurgien, elle s'est trouvée mal entre ses mains et elle a été saignée sur le champ. Et attendu qu'elle est dangereusement blessée et qu'elle ressent de vives douleurs qui peuvent avoir .
des suites fâcheuses et que le procédé de ladite femme Diderot est des plus violens elle est venue de ce que dessus nous rendre la présente plainte.
Signé : yial de machurin (i).
jïi — 1764, 5 octobre
DONATION FAITE PAR MADAME D^EPINAY A MADEMOISELLE MARIE DRINVILLÉ GOUVERNANTE DE SA FILLE.
Par-devant les conseillers du Roi, notaires au Châtelet de Paris soussignés, fut présente dame Louise- Florence- Pétronille Tardieu d'Esclavelles , épouse séparée qusmt aux biens de Denis-Joseph La Live, écuyer, seigneur d'Epinay, Deuil, la Chevrette, la Briche et autres lieux, etc., demeurant lesdits sieur et dame de La Live d'Epinay, savoir ladite dame d'Épinay , rue Neuve-des-Petits-Champs, paroisse Saint-Roch, et ledit sieur d'Epinay, Grande rue du Faubourg-Saint- Honoré, paroisse Sainte-Marie-Madeleine de la VillerÉvêque, laquelle, pour Tamitié, l'estime et la considération qu'elle porte à demoiselle Marie Drin ville,
(i) Archives aational«s, Y, 13,594.
fille majeure, et par une reconnaissance particulière des obligations qu'elle lui a, de U. sagesse des conseils qu'elle a donnés à Angélique - Louise de La Live d'Épinay sa fille, actuellement épouse de M. le vicomte de Belzunce, a par ces présentes fait donation à ladite demoiselle Drinvillé, demeurant à Paris, rue de la Lune, paroisse de Bonnes-Nouvelles, à ce présente et acceptante, trois cents livres de rente viagère sur la tète et pendant la vie de ladite demoiselle Drinvillé, que ladite dame d'Épinay promet et s'oblige de lui payer en sa demeure à Paris, ou au porteur, par chaque année, de six mois en six mois, dont les premiers, du consentement de ladite dame d'Epinay, commenceront à courir du premier mai dernier et échoiront au premier novembre prochain, les seconds six mois après et ainsi continuer de six mois en six mois tant que ladite rente aura cours pendant la vie de ladite demoiselle Drinvillé, à l'avoir et prendre spécialement, uniquement et limitativement sur six mille livres de principal à prendre et faisant partie des quatre-vingt-dix mille livres de principal appartenant à ladite dame de La Live d'Epinay, de son chei, comme seule héritière de Florence* Angélique Prouveur, sa mère, veuve de messire Louis-Gabriel Tardieu d'Esclavelles, chevalier, brigadier des armées du roi, commandeur de l'ordre royal et militaire de Saint- Louis et gouverneur de la citadelle de Valenciennes, faisant ladite somme le montant d'un récépissé du sieur CoUin de* Saint-Marc, donné comme receveur gêné-
râl des fermes(i)sur lé fonds que monditsieurdcLaLive d'Epinay devait faire comme associé pour moitié de la place de fermier général de M. Tronchin, suivant que le tout est justifié par acte passé entre lesdits sieur et
(i) Le texte porte par erreur Roland de Saint-Marc. CoUin était bien Tun des noms de ce personnage avec lequel Diderot eut une si plaisante entrevue, racontée gaienient dans les Lettres à Mademoiselle Volland (tome I***. p. 349). « Vous savez que M. Tronchin avait été appelé en poste à Lyon pour la maladie de son associé et que mes 16,000 livres (provenant de la vente de sa bibliothèque) étaient restées dans les mains de M. Collin de Saint-Marc... J'en étais là, lorsque je reçois de M. Tronchin une lettre pour M. de Saint-Marc. Je la garde sept à huit jours, parce que les choses d'intérêt ne sont pas celles qui me remuent, cependant sur les six heures du soir, un jour que j'allai causer avec la chère sœur, je me trouve à la porte de l'Hôtel des Fermes ; je me ressouviens de ma lettre et j'entre. M. de Saint-Marc n'était pas à son bureau, mais il allait y entrer : c'est ce que ses commis me dirent, car ils sont fort polis. En effet, il arrive comme ils me parlaient.
Je vais au-devant de M. Collin de Saint-Marc, qui ne m'entend pas. M. Collin de Saint-Marc, le chapeau sur la tête, marche : je le suis presque en courant. Il arrive dans la seconde pièce de son bureau ; il s'assied dans un fauteuil et je reste droit. Je lui présente ma lettre ; il la prend, l'ouvre et la lit, se met à regarder un moment au plafond, et me rendant la lettre en la jetant sur un coin de sa table, me dit : « Je n'ai pas mémoire de cela » ; puis il prend une plume, se met à écrire et me laisse debout là. sans me parler davantage. Tandis qu'il écrivait sans me regarder, je lui déclinais mon nom et je lui faisais mon histoire. Sur la fin de cette histoire, mon homme s'arrête et se tracassant avec un de ses doigts la main droite, il me dit : « Ah 1 oui, je me rappelle cela. J'ai touché vos lettres de change. Je n'ai point de billets à vous donner. Ils veulent tous de ces billets ; c'est une rage, je ne sais pourquoi. Je ne sais pas qiiand j'en aurai^'; je n'irai point dépouiller pour vous ceux qui en ont. Revenez ; mais ne revenez pas demain ; dans huit jours, dans un mois, dans deux. » Et puis mon homme se remet à écrire et moi je m'en vais. •
dame d'Épinay comparants devant maître Dutartre, notaire à Paris, le 3 décembre 1762, par lequel ledit sieur de La Live d'Épinay a admis ladite dame son épouse pour raison desdits quatre-vingt-dix mille livres dans ladite moitié de place de fermier général, lesquelles six mille livres, à prendre dans lesdites quatrevingt-dix mille livres, demeurent seules afiectées à la garantie et continuation desdites trois cents livres de rente viagère ci-dessus données, etc. Fait et passé à Paris, en l'étude, Tan 1 764, le 5 octobre après midi, et ont signé la minute des présentes demeurée à M® Le Pot, d'Auteuil, Tun des notaires soussignés, etc (1).
IV — 1768, 17 décembre