RUE DE LA CHAUSSÉE-D'ANTIN
L'an mil sept cent quatre-vingt-trois, le mardi 1 5 avril, onze heures du soir, nous Jean-Baptiste Ninnin etc., ayant été requis, nous sommes transporté rue de la Chaussée-d'Antin, en une maison dont est propriétaire et où demeure Mme d'Épinay, ci-après nom-
1) Archives nationales, Y, u,5o6.
mée, où étant dans une pièce au rez-de-chaussée, ayant vue sur un jardin et servant de chambre a coucher, nous y avons trouvé maître Jean-Baptiste- Sébastien Girardin, huissier-priseur au Châtelet de Paris, demeurant à Paris, rue des Boucheries, faubourg Saint-Germain, paroisse Saint-Sulpice.
Lequel, au nom et comme ayant charge et pouvoir de M. Dominique de Belsunce, vicomte de Méarin, colonel d'infanterie, chevalier de l'ordre royal de Saint-Louis, et de dame Catherine-Angélique-Louise de La Live d'Epinay, son épouse, avec laquelle il est commun en biens, nous a dit que dame Louise-Florence-Pétronille Tardieu d'Esclavelles, veuve de Denis- Joseph de La Live d'Epinay, chevalier, seigneur d'Epinay, Deuil, la Chevrette et autres lieux, vient de décéder, dans les lieux où nous sommes, il y a environ une heure; que ladite dame de Belsunce est fille de ladite dame d'Epinay et son héritière présomptive pour moitié ; qu'il requiert que nous apposions nos scelles sur les biens et effets, titres et papiers dépendant de la succession delà dite dame d'Epinay, que nous fassions description sommaire de ceux desdits effets qui ne pourront être compris sous nos scellés et que nous laissions le tout en bonne et sûre garde, etc.
Sur quoi, nous avons donné acte audit maître Girardin de ses comparution, dires et réquisitoires et après qu'il nous est apparu d'un cadavre féminin qu'on nous a dit être celui de ladite d'Epinay et que nous avons
pris et reçu le serment de Jeanne Lambert, de Magdeleine Guillemin, Marie-Charlotte Plantard, de Gabriel Lebeau, Gaspard Martin, d'Adrien Mahieu dit Valois, d'Éle'onore Piller femme de Jean Vestiau, elle cuisinière, de n'avoir rien pris ni détourné, de ne savoir qu'il ait été rien pris ni détourné par personne, directement ni indirectement, nous disons qu'il va être procédé par nous aux appositions de scellés, etc.
Premièrement, nous avons apposé nos scellés et cachets sur une petite chiffonnière de bois de rose à trois tiroirs... sur une petite commode de bois de rose à trois tiroirs, à dessus de marbre... sur une petite armoire pratiquée dans la boiserie.... et sur un petit bas d'armoire en bois de rose à dessus de marbre.
Description du mobilier laissé en évidence: Un feu en deux parties, de cuivre doré d'or moulu, deux pelles, pincettes et tenailles avec ornements de cuivre en couleur, une paire de bras de cheminée, à deux branches, de cuivre doré d'or moulu, un vase de porcelaine, deux groupes de figures d'ivoire sur leurs pieds de bois noir et sous leurs bocaux de verre, deux petits tableaux portraits, une petite table à écrire, une autre petite table ronde brisée, garnie de ses ustensiles, une petite table de quadrille couverte de drap vert, un petit lit de repos et son coussin, trois couvre-pieds, un paravent, six petits fauteuils de forme carrée couverts de damas, un autre paravent couvert de papier, quatre chaises couvertes de tapisserie, un fauteuil de toilette
couvert en maroquin rouge, une bergère et son coussin couverte de satin couleur cerise, un lit avec ses rideaux brodés en point en cordonnet, quatre tableaux portraits de famille, deux tableaux peints sur toile.
Nous avons apposé ensuite nos scellés sur un secrétaire en cylindre, de bois de rose...
Ensuite sommes passé dans une autre pièce dans laquelle il ne s'est trouvé appartenir à la succession que les meubles ci-après : Un feu en deux parties, de cuivre en couleur, une pelle, pincettes et tenailles, un soufflet, un écran, une paire de bras de cheminée à deux branches de cuivre en couleur, un paravent couvert de papier, un violon...
Sommes ensuite monté au 2e étage dans une chambre numérotée 8, dans laquelle nous avons fait description des effets mobiliers, savoir : une armoire de bois de chêne, une table ronde d'acajou, un lit de repos, un sommier de crin, deux matelas, un lit de plumes, un traversin aussi de plumes, un couvre-pieds, deux rideaux d'alcôve de toile d'Orange, quatre vieux rideaux de damas de croisée, une chiffonnière à six tiroirs en bois de noyer, deux chenets, une pelle et une pincette de fer, deux fauteuils et deux chaises de paille, un tabouret, une chaise longue, une table courante.
Nous sommes ensuite redescendu au rez-de-chaussée dans la pièce précédant la garde-robe et y avons décrit : une fontaine de grès sur son pied de bois de chêne, un seau de fayence, une mauvaise table à jouer.
une bassinoire en cuivre rouge, un panier à chauffer le linge.
Dans la garde-robe à côté : un bassin d'étain, un petit bidet avec sa cuvette de fer-blanc, trois pots de chambre, deux pots à l'eau et un pot-pourri de fayence, deux seringues dans leurs boîtes, une table de nuit et deux tables de marbre.
Nous sommes ensuite entré dans une petite pièce tenant à la chambre à coucher.... Suit la description du mobilier : une chaise de canne, deux bassins d'étain, deux pots pourris de fayence, une petite armoire de bois blanc, un petit réchaud à esprit-de-vin, deux couvertures de laine blanche...
Nous sommes ensuite monté à l'entresol dans une pièce appelée la chambre du Réservoir... Suit la description du mobilier : une vieille malle vide, un bidet, une casserole et une bouilloire de fer-blanc.
Dans une pièce à côté dite la chambre à coucher de l'entresol.... Suit la description des meubles et effets: une grille de feu en deux parties, une pelle, pincettes et tenailles, un petit chandelier de cuivre argenté, une petite table de toilette, une table couverte de drap vert, deux grands tiroirs, deux rideaux de croisée, deux grands fauteuils de paille couverts en toile d'Orange, deux bergères, trois chaises de paille, un lit, dans une alcôve, composé d'une couchette, d'une paillasse, deux matelas et un lit de plumes, une couverture de coton, un couvre-pieds, une courte-pointe,
les rideaux de tenture de ladite pièce en toile d'Orange.
Dans une petite pièce à côté: une petite commode de bois de noyer, un petit miroir de toilette, un lit composé d'une couchette, d'une paillasse, deux matelas, une couverture de coton et un couvre-pieds de siamoise, deux rideaux de croisée, une paire de draps à chaque lit.
Dans une autre pièce à côté occupée par M110 Guillemin : un couvre-pieds de foulard, une chaise de paille et deux métiers à broder.
Nous sommes ensuite monté au deuxième étage dans la chambre occupée par M. de Villière. chargé des affaires de feu Mm0 d'Epinay, dans laquelle nous avons fait sommaire description du mobilier : une commode de bois de placage à deux grands et deux petits tiroirs et à dessus de marbre, un secrétaire de pareil bois, une bergère garnie de son carreau, une tapisserie à l'aiguille, quatre fauteuils à la reine couverts de tapisserie, une petite armoire de placage, une petite couchette à deux dossiers, deux matelas, deux vieilles couvertures de coton, un traversin, un couvre-pieds, champ-tourné (i), baldaquin de différentes indiennes, une paire de drnps audit lit, quatre vieux rideaux de damas jaune aux croisées, une petite encoignure de bois peinte en rouge, deux petits écrans, une grille de feu, pelle, pincettes et tenailles de fer,
(i) On appelait champ-tourné ou chantourne, une pièce du lit qui se mettait entre le dossier et le chevet.
un fauteuil et- deux chaises de paille, deux petits chandeliers de bureau et deux petits bougeoirs de cuivre argenté, un miroir de toilette, une douzaine tant de tableaux que de gravures et estampes...
Nous sommes ensuite entré dans une pièce au même étage, numérotée 5, occupée par la demoiselle Plantard.... Suit la description des meubles: une paire de chenets, pelle, pincettes de fer, deux chandeliers de cuivre, un écran de tapisserie, un miroir de toilette, deux tableaux peints sur toile, une petite table à écrire, un fauteuil et trois chaises de paille, une grande bergère, deux rideaux de croisée de toile à carreaux, une table de bois de noyer ployante sur ses quatre pieds, un lit composé d'une paillasse, deux matelas, un traversin, un oreiller et un lit de plumes, une couverture de laine, une paire de draps, un baldaquin d'indienne, ladite pièce tendue en partie d'indienne,, une portière de serge verte.
Dans une pièce au même étage, numérotée 4, occupée par la cuisinière : une petite table à écrire, deux rideaux de croisée et la tenture de ladite pièce en indienne, une chaise, de paille, un fauteuil de tapisserie, un lit en baldaquin composé d'une couchette, une paillasse, deux matelas, un traversin, un oreiller, une courte-pointe piquée, une paire de draps audit lit, le baldaquin en toile verte.
Dans le corridor : une baignoire garnie en maroquin rouge...
Dans une pièce au troisième étage, servant de gardemeuble : cinq matelas, un poêle de faïence, une grande armoire et deux malles.
Dans le corridor : une bassinoire de cuivre rouge.
Dans l'infirmerie : un lit de sangle, un matelas, une couverture, deux paires de draps, un vieux fauteuil de tapisserie et un baldaquin de serge verte.
Dans la chambre n° i3, occupée par Valois : un lit composée d'une couchette, une paillasse, deux matelas, un traversin, une couverture de laine et une paire de draps.
Dans la chambre du garçon de cuisine : un lit de sangle, un matelas, une couverture de laine, un traversin, une paire de draps, un vieux fauteil de canne et deux chaises...
Nous sommes ensuite transporté dans le corps de logis de devant, dans une chambre sous le comble, occupée par le nommé Gaspard; il s'est trouvé : un lit de sangle, deux matelas, une couverture de laine, un traversin, une paire de draps, deux chaises de paille, une mauvaise table.
Nous sommes ensuite descendu au rez-ae-chaussée, dans la pièce servant d'antichambre : une fontaine et sa cuvette de faïence, un buffet à dessus en marbre, une vieille table couverte de drap vert, six chaises de paille, un lit en banquette composé de deux matelas, un traversin, une paire de draps, une couverture de laine blanche et une en soie.
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Dans une pièce ensuite servant de salle à manger... suit la description du mobilier : une table de toilette, une autre table couverte de serge verte, deux servantes, trois plateaux, une petite bibliothèque en bois d'acajou, une petite douzaine de pièces de verreries, un petit dévidoir, une bergère et son coussin, six chaises couvertes de velours d'Utrecht, deux fauteuils de tapisserie, deux matelas, un oreiller couvert en perse, une couverture de laine blanche, deux douzaines d'assiettes en faïence.
Dans une armoire à gauche de la cheminée : un porte-huilier d'argent, deux petites cuillères à café et une cuillère à soupe d'argent, vingt-trois assiettes de porcelaine et deux petites jattes, trois seaux à rafraîchir, deux théières de porcelaine, deux soucoupes de faïence, un petit moutardier et six coquetiers de porcelaine, quatre tasses et leurs soucoupes de porcelaine, deux bras de cheminée à double branche de cuivre doré.
Nous sommes ensuite descendu dans la cuisine, au dessous du rez-de-chaussée : trois poissonnières, trois marmites de fer battu, une poêle de cuivre rouge, une boule d'étain, une fontaine de grès, quatre petites casseroles, une bassine et leurs couvercles de fer battu, un tournebroche, trois broches, un saloir, une paire de chenets, un contre-hâtier, un grand coquemar, six feuilles d'office, quatre poêles d'office, trois tourtières, le tout de cuivre rouge, six boules d'étain, deux poêles à frire, une poêle à marrons, un poêlon de cuivre
jaune, un mortier de marbre, trois cuillères à pot et quatre écumoires, cinq chaises de paille, un chaudron de cuivre jaune, un billot.
Suit l'argenterie conservée pour l'usage de la maison trois petites casseroles, une soupière à couvercle et son plat, une écuelle à couvercle et son assiette, quatre petits plats ovales, une petite écuelle à oreilles brisées et son couvercle, deux petites assiettes, deux jattes, huit assiettes, deux couvercles de casseroles, vingt-trois cuillères, vingt-quatre fourchettes à bouche, une autre fourchette aussi à bouche, dix cuillères à ragoût, deux cuillères à soupe, six attelets, le tout d'argent.
Dans une armoire à côté de la cheminée : six boules de terre de pipe, dix tabliers de cuisine, vingt-neuf torchons et une petite nappe.
Dans une pièce servant d'office : une grande armoire de bois de chêne à deux battants, un petit moulin à moudre le café, une fontaine de grès, une autre fontaine à éponge, un petit moulin à café, une douzaine de pièces de verreries et faïences, trois bancs et quatre chaises de bois de chêne de jardin, une grande table, une caisse de bois, une échelle double, deux tables à manger sur leurs pieds.
Dans une première cave : cent bouteilles de vin d'ordinaire, soixante-dix bouteilles de vin de Bordeaux, quarante de vin de Méharin rouge, cent autres bouteilles de vin de Bordeaux, deux cents bouteilles de vin blanc de Méharin, cent cinquante bouteilles de vins de liqueur
de différentes espèces, soixante bouteilles de vins de Champagne, Sauterne et Graves, cent bouteilles de gros verre vides et cent demi-bouteilles aussi de verre vides, une grande échelle.
Il s'est trouvé dans différents endroits de la maison : six chandeliers de cuivre, deux grands flambeaux de cuivre argenté, deux petits flambeaux de cuivre de cabinet à colonnes.
Ce fait, ne s'étant plus rien trouvé à sceller, décrire, comprendre et déclarer en notre procès-verbal, nos scellés ont été par nous laissés à la garde dudit Lebeau, l'un des domestiques, qui s'en est chargé comme dépositaire...
Et le jeudi 17 avril 1783, neuf heures du matin, pardevant nous commissaire susdit, est comparu François- Joseph Colin, procureur au Châtelet et de messire Louis- Joseph de La Live, chevalier, seigneur d'Epinay, et de Me Antoine Joly, huissier, commissaire-priseur au Châtelet de Paris, au nom et comme conseil dudit sieur La Live d'Epinay, lequel nous a dit que ledit sieur d'Epinay, en sa qualité de fils et d'habile à se dire et porter héritier de la feue dame veuve d'Epinay, sa mère, il a intérêt de connaître les dispositions du codicille que ladite feue dame sa mère a annoncé devoir faire par son testament reçu par Boullard, notaire, le 1 1 septembre dernier, et comme il est à#présumer que ledit codicille,, s'il y en a un, doit se trouver sous nos scellés, il requiert notre transport à l'effet de lever nosdits
scellés et de faire perquisition dudit codicillle... En conséquence nous sommes transporté en la maison de la dame d'Épinay... et nous sommes ensuite monté dans la bibliothèque dans laquelle on nous a dit être une écritoire de chagrin noir pouvant contenir ledit codicille... et ayant trouvé ladite écritoire, nous l'avons ouverte et nous y avons trouvé un paquet cacheté en cire noire des armes de Mme d'Épinay, ledit paquet contenant la suscription suivante: A Messieurs le baron de Grimm et Baron, ancien notaire, et au-dessous : Ceci est mon codicille, duquel paquet nous nous sommes chargé pour par nous être remis à l'un ou à l'autre desdits sieurs baron de Grimm ou M0 Baron...
Et ensuite nous nous sommes transporté chez ledit sieur baron de Grimm, demeurant dans la même maison que ladite dame d'Épinay, au premier étage du corps de logis entre cour et jardin, où étant dans une pièce ayant vue sur la cour, nous y avons trouvé mondit sieur le baron de Grimm, ainsi qu'il nous a dit être. auquel nous avons remis, ainsi qu'il le reconnaît, ledit paquet ci-devant désigné étant à son adresse et à celle dudit Me Baron, ancien notaire, duquel paquet M. le baron de Grimm nous a dit qu'il se chargeait pour en faire l'ouverture et donner connaissance aux parties des dispositions y contenues et ensuite en faire le dépôt de concert avec M. Baron, ancien notaire, à tel officier dont ils conviendront, au moyen de quoi nous en sommes et demeurons de chargé.
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(Signé) le baron de grimm, ministre plénipotentiaire