CHAPITRE PREMIER HISTORIQUE
Développement de l'industrie des produits médicinaux syuthétiques. — Son analogie avec l'industrie des matières colorantes. — Produits dérivés de la série grasse. —Distillation de la houille : acide phénique : dérivés de la houille. — Extraction des alcaloïdes. — Quinine. — Pyridine et quinoléïne. — Antipyrine. — Utilisation des goudrons.
Développement de F industrie des produits médicinaux. — La préparation synthétique des substances médicamenteuses est une partie de la science encore à ses premiers débuts. Étroitement liée aux découvertes chimiques, cette industrie ne s'est dé-
Thillat, Produits chimiques. 1
veloppée que très lentement. Il ne suffisait pas en effet qu'un corps nouveau fût découvert, il fallait encore que le hasard souvent conduisît de savants médecins à trouver les propriétés physiologiques de ce corps. L'exploitation industrielle d'un produit n'eut lieu quelquefois que de longues années après sa découverte.
C'est ainsi que le Moral ou aldéhyde acétique trichloré découvert en 1831 par Soubeiran et Liebig, ne commence à être fabriqué en grand qu'après quarante ans, seulement lorsque Liebreich eut fait connaître ses propriétés physiologiques. Aujourd'hui la fabrication du chloral et de ses dérivés a pris une extension considérable. De même, l'acétanilide était connue depuis de longues années sans qu'on n'ait jamais soupçonné son action antipyrétique.
Le nombre des produits médicinaux synthétiques fut relativement très restreint et appartenant presque exclusivement à la série grasse jusqu'au moment où l'on se mit à distiller le goudron, qui devait doter la chimie organique d'un si grand nombre de combinaisons.
Analogie avec les matières colorantes. — Parmi tous ces dérivés de la houille, il en est qui, non seulement ont trouvé un emploi dans la fabrication des matières colorantes, mais encore ont pu être utilisés dans la thérapeutique et l'antisepsie en gé-
néral. Tel est le cas, par exemple, du phénol, de la résorcine, deTacide salicylique, de Pacétanilide, du (3-naphtol, etc.
Si Ton parcourt la liste des produits de la série aromatique employés en médecine, on remarque que la plupart d'entre eux sont des matières premières servant à la fabrication des couleurs ou de leurs dérivés. On comprendra facilement pourquoi l'étude des antiseptiques et des produits médicinaux dérivés de la houille est désormais étroitement liée à celle des matières colorantes, et pourquoi l'industrie de ces dernières est similaire de la fabrication des produits intéressant la médecine.
Historique, — De même que les matières colorantes, la chimie des antiseptiques et des produits médicinaux a son histoire ; elle ne s'est développée, au début, que très lentement; elle a eu ses espérances et ses déceptions et, si la liste de ses produits n'est pas si longue., elle n'en a pas moins donné lieu à d'importantes et à de très lucratives industries, principalement en Allemagne.
La prodigieuse activité des laboratoires allemands, non seulement dans les Universités, mais aussi et surtout dans les nombreux laboratoires (fig. 4) des fabriques de matières colorantes, contribua beaucoup au développement de cette nouvelle industrie. Elle devint dès lors inséparabledeTindus-
c28 HISTORIQUE
trie des couleurs et, grâce à elle, la chimie s'enrichit d'une foule de corps nouveaux, vérifiant une fois de plus l'influence de la théorie sur la pratique et réciproquement, à savoir que tout fait acquis par l'une d'elles contribue au développement de la seconde.
L'isolement du phénol a commencé lorsqu'on a distillé le goudron.
La thérapeutique s'en empara bientôt : dès l'année 1856, l'acide phénique remplaça presque complètement les préparations de coaltar, qui devaient leurs propriétés à la présence d'une petite quantité de phénol.
Peu à peu, et à mesure qu'à la suite des travaux de Pasteur, l'application des méthodes antiseptiques se répandait, la fabrication en grand de l'acide phénique prit d'énormes proportions ; on lui trouva de nouveaux débouchés comme antiseptique dans l'industrie des peaux, dans la papeterie, dans la conservation des bois et dans celles de diverses substances organiques.
L'acide phénique présentait des inconvénients de toxicité et d'insolubilité ; on chercha à le remplacer et on s'adressa avec plus ou moins de succès à ses sels, à ses homologues, à ses éthers et à ses produits de substitution.
Dans la série des oxacides, l'acide salicylique, dont la formation fut observée en 1 860 par Kolb et Lautermann dans l'action de l'acide carbonique sur le phénol en présence du sodium, donna lieu à