FEUILLES
Géranium Rosat {Pelargonium capitatiim A'iion) (famille des Géraniacées). — Ce petit arbuste, originaire du Cap de Bonne-Espérance, fut d'abord cultivé en Provence pour la production d'une essence très employée en parfumerie, où on la substitue à l'essence de rose; mais sa culture fut inaugurée en Algérie vers 1847 et elle à pris, depuis, un développement considérable da«s le Sahel d'Alger et dans la plaine de la Mitidja; la commune de
Rovigo en possède à elle seule 350 hectares. En Provence, au contraire, on ne trouve plus guère de plantations un peu importantes que dans le Var, dans la vallée de la Siagne. Les conditions de culture sont en effet toutes à l'avantage de l'Algérie. En Provence, on ne fait qu'une récolte sur des plantes à culture annuelle, alors qu'en Algérie on en fait trois et que la plante, dans de bonnes conditions, peut durer cinq ou six ans. Le grand avantage est d'obtenir, par multiplication faite de boutures, un produit de culture riche, dès le quatrième mois. Le danger est dans la surproduction et les sautes du marché.
Pour obtenir un litre d'essence, par distillation dans des alambics simples et par infusion dans l'eau, il faut 10 à 15 quintaux de feuilles. L'essence de Grasse est supérieure à celle de l'Algérie et achetée plus cher; celle d'Algérie vaut environ 30 francs le kilogramme.
En 1910, l'Algérie en a exporté 33.700 kilogrammes, mais les prix de cette essence sont en baisse progressive à cause de la concurrence de Tlnde et de la surproduction de nos colonies mêmes. En effet, la culture du géranium rosat est pratiquée sur une assez grande échelle à la Réunion, qui a exporté 63.000 kilogrammes d'essence en 1910, ce qui donne, avec l'Algérie, un total de près de 100.000 kilogrammes, alors que la capacité du marché n'est que de la moitié environ, d'où avilissement des prix, ceux de la Réunion étant encore moins rémunérateurs que ceux d'Algérie; d'où, également, proposition pour protéger cette industrie coloniale contre la concurrence étrangère (Espagne, Orient, Philippines).
Patchouli {Pogoslemon Ueyneanus Bentham, P. Patchouli Pelletier) (famille des Labiées). — Cette plante vivace, originaire de l'Inde, est voisine des Coleus de nos jardins, qu'elle rappelle par son port ; on en connaît plusieurs variétés dont les produits sont de qualité différente ; celle de l'Inde, la plus recherchée, ayant les feuilles moins allongées, plus arrondies. On extrait des
feuilles sèches Vessence de Patchouli, à odeur très caractéristique, très puissante, qui a eu une vogue extraordinaire en parfumerie. Notre colonie de la Réunion en exporte quelque peu.
Citronnelle {Andropogon Nardm Linné) (famille des Graminées). — C'est une herbe vivace qui croît dans l'Inde, mais que l'on trouve aujourd'hui dans la plupart des régions tropicales. Elle forme des touffes épaisses de 1 mètre à 1™,50 de hauteur. Les feuilles, très étroites, linéaires, renferment une essence particulière, l'essence de citronnelle, employée pour remplacer Vessence de rose et Vessence de géranium rosat en parfumerie. Cette plante est l'objet de cultures importantes à Ceylan, en Malaisie, à Java et quelque peu au Tonkin. Elle prospère même en terrain sec et peutdonner deux coupes chaque année, pendant une dizaine d*années, avec un rendement d'environ 30 à 40 kilogrammes pour un hectare. Kn 1910, Geylan a exporté 1 .747.934 livres anglaises d'essence de citronnelle.
Il ne faut pas confondre cette plante avec une espèce voisine, V Andropogon Schœnanthus Linné, de l'Inde, le Lemon Grass des Anglais, qui donne une essence de moindre qualité.
Il ne faut pas confondre non plus la citronnelle avec le produit tiré de la verveine citronnelle [Lippia citriodora Humboldt, Bonpland et Kunth), petit arbrisseau de la famille des Verbénacées, originaire de l'Amérique méridionale, fréquemment cultivé dans les jardins et dont les feuilles renferment une essence à odeur de citron et do mélisse. La culture industrielle de la verveine citronnelle est presque abandonnée en raison du prix élevé du produit qui est remplacé par des similaires d'une valeur beaucoup moindre.
Euoal3rptu8. — Le genre Eucalyptus, de la famille des Myrtacées, renferme de nombreuses espèces, presque toutes originaires de l'Australie, et la plupart riches en essences balsamiques.
La plus connue est lEucalyptus GlohiUus Labillardière, grand arbre aujourd'hui introduit dans tous les jardins de la Provence, et auquel l'Algérie doit la salubrité de nombre de points réputés autrefois très malsains.
C'est en 1854 que M. Ramel, appelé en Australie, eut la pensée d'introduire cet arbre pour l'assainissement des lieux humides et marécageux de la région méditerranéenne. Grâce au concours du baron de Mueller, directeur du jardin botanique de Melbourne, il obtint de nombreuses graines qui lui permirent de réaliser ses projets.
L'eucalyptus existe aujourd'hui partout, aux bords des routes, dans les promenades, planté en lignes le long des voies de chemins de fer.
Cet arbre est un grand modificateur du climat local en raison de sa croissance rapide, un arbre de sept ans pouvant atteindre 20 mètres de hauteur, puis par l'ampleur de son feuillage persistant dont les effluves balsamiques se répandent au loin pendant les chaleurs.
La distillation des feuilles permet d'en tirer une essence dite essence d'eucalyptus, à odeur un peu camphrée et dont l'Algérie exporte annuellement de 6.000 à 7.000 kilogrammes.
Niaouli. — Tel est le nom d'un arbre de la Nouvelle- Calédonie, qui, ainsi que l'eucalyptus, appartient à la famille des Myrtacées. C'est le Melaleuca Leucodendron Linné. — Cet arbre paraît jouer, dans certaines parties de notre colonie, le même rôle que l'eucalyptus en Algérie. Il y croit en abondance et il constitue l'une des plantes caractéristiques de la flore de l'île. Son tronc est blanc grisâtre, à écorce formée de feuillets nombreux qui s'enlèvent par plaques et que les indigènes utilisent pour faire des claies, des toitures, etc. Les feuilles, lancéolées étroites, renferment une huile essentielle, aromatique, dont l'odeur rappelle assez celle de l'eucalyptus et que l'on extrait pour l'employer en parfumerie. C'est Vessence de Cajeput.
Les jeunes bourgeons du NiaouH sont employés en infusion, comme le thé. La Nouvelle-Calédonie exporte annuellement environ 500 litres d'essence de NiaouH.