PLUMES D'AUTRUCHES
Espèces d'autruches et leur habitat. — Élevage. — Commerce.
L'autruche, le plus grand des oiseaux actuellement survivants, habite les régions désertiques africaines, où il se tient constamment à l'intérieur des terres. Jadis son habitat s'étendait de l'Atlas au Cap de Bonne-Espérance et elle existait également, en dehors de l'Afrique, dans les déserts de Syrie, d'Arabie et de Mésopotamie.
Espèces d'autruches et leur habitat. — L'organisation de cet oiseau coureur est celle d*un habitant du désert : c'estle chameau des oiseaux.
L'espèce la plus appréciée est l'autruche ordinaire ou d'Afrique, Struthio Camelus L. (Ratitœ brevipennes) appelée
aussi autruche bàrbaresque. On la trouvait jadis en Algérie et en Tunisie, mais on ne la rencontre plus, à l'état sauvage, qu'au Soudan.
Le mâle porte une livrée de plumes noir foncé sur le dos, les plumes des ailes et de la queue étant d'un blanc de neige très pur, parfois bordées de noir. Les jambes et le cou, sans plumes, sont colorés en rouge foncé. La femelle est habillée uniformément de plumes grises ; les jambes et le cou sont comme ceux du niàle ; adulte, l'autruche atteint une taille de 2"*,50, une longueur de 2 mètres et un poids de 75 kilogrammes.
Les ailes, impropres au vol, sont suppléées par des pieds puissants, à deux doigts très forts, lui permettant de faire des pas de 1™,30 d'envergure et, en pleine course, des bonds de 3 mètres. La rapidité de cette course défie à la longue les forces du meilleur cheval : c'est d'ailleurs son seul moyen de défense, car ce n'est qu'à la dernière extrémité qu'elle se sert défensivement de son bec et de ses pieds. Herbivore, l'autruche est très vorace et ses facultés de digestion sont proverbiales. Le mâle vit en polygamie avec 4 à 6 femelles, sur un nid creusé dans le sable. La femelle pond de 12 à 16 œufs de couleur jaune, à surfaceluisanteet poreuse, dont chacun pèse 1 kilogramme et demi et peut servir à la nourriture de trois personnes affamées. Les coquilles sont façonnées aux usages domestiques des indigènes à l'instar des noix de coco.
C'est le mâle qui couve presque seul, car il n'est remplacé par la femelle qu'exceptionnellement, et pour peu de temps. Les œufs sont couvés la nuit et recouverts de sable pendant le jour. La durée de l'incubation est de quarante jours.
La chasse à l'autruche est très difficile. Les Arabes la font à cheval, par groupes de cavaliers qui reprennent le galop à tour de rôle, jusqu'à ce que l'oiseau, épuisé, se couche dans le sable.
Il existe en Afrique deux autres espèces d'autruche :
L'une, rautruchedel'Afriqueaustrale {Struthioaustralvi), dont le mâle a le cou et les jambes de couleur grise.
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celles-ci avec des plaques rouges bordées de Jaune, ainsi que le bec.
L'autre est l'autruche du pays Somali et d'Ethiopie {Slrutkio molybdophanes), appelée aussi Gorojo, et dont le mâle, à l'époque du rut, a les jambes et le bec colorés en
Pig. 188. — Une
bleu. Les (Fufs de ces espèces différent également par In taille cl la coloration.
Les plumes de l'autruche sauvage sont plus belles cl plus appréciées que celles de l'autruche domestique. Les plumes de l'autruche barliaresque ont plus de valeur que celles dos deux autrea espèces; les Gorojo, appelées plumes yamaniê à Aden, Zanzibar et A Djibouti, sont les moins fournies et les moins riches. On les appelle encore • faux-alep « et aussi, très improprement et malencontreusement, o Sénégal n.
Élevage. —Jadis, lairc d'extension des peuplements
d'autruches fut beaucoup plus étendue qu'elle ne Test aujourd'hui. L'Asie occidentale, la Syrie et Ja Mésopotamie connaissaient l'autruche sauvage et, en Afrique, des troupeaux existaient encore à l'époque de la conquête de l'Algérie, jusque sur les Hauts-Plateaux. En Afrique occidentale, Tautruche se rencontrait à la même époque au Sénégal. Aujourd'hui, à la suite de la chasse sans répit, les troupeaux se retirent de plus en plus vers l'intérieur des terres, à la recherche d'une sécurité relative qui n'est d'ailleurs pas favorisée par des étendues de pâturages suffisantes.
L'élevage et la domestication ont été essayés dans diverses régions et ont donné des résultats très variables. Sans remonter aux anciens Égyptiens qui le pratiquaient, rélevage des autruches existait, il y a une cinquantaine d'années, au Sénégal et dans la boucle du Niger où l'on trouvait des troupeaux domestiqués de plusieurs centaines d'oiseaux.
Aujourd'hui Télevage méthodique est surtout poursuivi au Cap, au Transvaal, en Egypte, en Californie, en Australie et dans la République Argentine.
Les parcs ou « autrucheries » sont généralement constitués par des enclos, ou camps, divisés en un certain nombre de quartiers avec cases spéciales pour les adultes, les jeunes et les couples reproducteurs (fig. 188). Ces cases, ou boxes, sont disposées suivant des lignes rayonnantes autour du centre d'habitation et de surveillance et accompagnées d'une enceinte spéciale, leplucking box, où se fait la « tonte », c'est-à-dire l'extirpation des plumes des oiseaux adultes de rapport. Les autruches, introduites séparément, sont immobilisées; puis on leur coupe les plumes, une à une, à l'aide de ciseaux, à fleur d'épiderme, de façon à ne pas faire saigner, la racine étant extirpée deux mois plus tard avec une pince [ûg. 189). La tonte a lieu deux fois par an pour les plumes des ailes, et tous les sept mois pour celles de la queue, Les plumes n'acquièrent de la valeur qu'à la troisième année d'existence de l'autruche. La couvaison se fait par incubation artificielle.
Fig. INS. — Tonte des autuvches.
nombre des oiseaux y fut auparavant beaucoup plus considérable, à une époque où les dtflicultés de la maind'œuvre étaient moins grandes, et aussi celles de l'alimentation des bëtes en captivité.
On trouvera dans le livre très documenté de M. Jacoh lie Cordemoy, sur les produits d'origine animale, la description d'un parc modèle proposé par le capitaine Frottiéc qui a installé, il y a une dizaine d'ilnnoes. une
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autrucherie expérimentale à Goumbou, sur la rive gauche du Niger soudanien, et poursuivi des essais très intéressants sur Talimentation de l'autruche au moyen des produits du pays : mil, fanes d'arachide, etc.
Dans l'Afrique australe on élève simultanément l'autruche et le bétail. En 1898, le cheptel d'autruches y était estimé à 277.000 tètes fournissant 140 tonnes de plumes, d'une valeur déplus de 18 millions de francs.
L'élevage de l'autruche demaade de grands soins. En ce qui concerne les conditions climatériques, il n'y a pas d'obstacle à ce qu'on puisse le pratiquer même sous le climat de certaines régions de France et de fait, on a signalé récemment le succès d'une autrucherie installée dans le Centre. En Allemagne, M. Hagenbeck a créé un camp de 2 hectares et demi aux environs de Hambourg.
En 1910, 132 autruches africaines de diverses provenances v étaient élevées avec un réel succès. Les oiseaux sont nourris avec de la luzerne hachée, du foin, mais, orge, son. Les couveuses artificielles sont chauffées au pétrole.
Commerce. — Plusieurs de nos colonies auraient intérêt à favoriser ce genre d'élevage. Le capitaine Frottiée le préconise pour les pays de la boucle du Niger et le Soudan oriental ainsi que, plus récemment, le commandant Devedeix et le D"" Decorse. La plume d'autruche était naguère un article de trafic appréciable entre les populations maures et nègres, Tombouctou, le Centre africain et la Tripolitaine. La déviation des routes caravanières anciennes a changé également les conditions de ce trafic. L'autruche sauvage est encore abondante dans la vallée du Chari.
L'Algérie commença, en 1857, des essais, d'abord encourageants puisque des autrucheries ' importantes lurent, par la suite, créées dans le Tell, à Aïn-Marmora et à Misserghin notamment.
Mais il apparut à la longue que le climat de la zone littorale était trop humide et trop inégal, et les entreprises commencées et coûteuses ont dû être abandonnées.
D'après M. Forest, qui s'est spécialement occupé de ces questions, la région de Biskra serait particulièrement propice à l'établissement d*autrucheries.
Des résultats plus heureux ont été obtenus à Madagascar.
Les premières autruches y furent importées en 1902, par M. Lewison, qui faisait le commerce des bœufs entre Tuléar et Durban. Les trois couples dont il avait fait don à la colonie commencèrent à pondre et à couver en 1904 : actuellement, leur descendance est de 200 autruches. La première ferme, établie à Tuléar, donna des résultats assez démonstratifs pour engager l'administration à créer, en 1907 et 1908, des colonies nouvelles dans l'intérieur, en des régions éloignées de la côte, dans les cercles de Mahafaly et de Morondava. L'espèce est désormais solidement implantée dans l'île, d'autant mieux, dit M. Carougeau, qu'elle semble à l'abri des épizooties et des maladies parasitaires signalées dans l'Afrique du Sud. En 1908, le (louverneur général a décidé, par arrêté, la cession d'un certain nombre de reproducteurs à l'élevage privé* Les autruches de Tuléar ont fourni, en 1908, des plumes d'une valeur commerciale estimée à 157 francs par autruche.
Le commerce distingue, parmi les plumes d'autruche, des qualités de provenance et des qualités de couleur. Les plus estimées sont les plumes dites « de Barbarie », provenant de l'autruche barbaresque sauvage : elles sont exportées de Benghazi, de Tripoli, du Sénégal et une partie d'Egypte, au détriment de la Tripolitaine. Les plumes de même origine dites de « Barbarie privé » sont moins cotées; elles proviennent d'oiseaux d'élevage. Les plumes du Cap et du Transvaal atteignent des prix plus élevés à cause des soins que les commerçants leur donnent avant l'expédition. Enfin, les yamanis provenant du Gorogo sont exportés surtout d'Aden qui les reçoit des côtes des Somalis, des Danakils et de Zanzibar.
Les plumes de couleur blanche ou claire, les plus estimées, sont employées sans teinture, après nettoyage et apprêt ; les autres sont teintes.
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