LA GOMME-LAQUE OU 8TIGK-LAG
Les gommes-laques sont produites par la sécrétion d'insectes parasites sur diverses espèces végétales. Ce nom de gomme-laque est d'ailleurs impropre, parce que la substance est de nature résineuse.
Le stick-lac se présente, à l'état naturel et brut, sous la forme de plaques d'un rouge foncé violâtre, ou brun, appliquées en croûtes plus ou moins épaisses sur des rameaux de plantes qu'elles enveloppent comme d'un manchon irrégulier. 11 est formé de la matière sécrétée par une cochenille, hémiptère de la famille des Coccidés, la Carteria lacca (Tachardia ou Coccus laeea), du nom de son biographe Carter, qui Tétudia à Bombay, en 1860.
Les principales plantes sur lesquelles fréquente cet insecte sont les Comhretum Boveti^ Cupania Irijugay Dalbergia laccifera^ Butea frondosay des Ficus^ et surtout le Cajanus indicus ou ambrevade, que nous connaissons déjà comme légume.
Dans une coupe transversale à travers une de ces croûtes résineuses, on aperçoit, à la loupe, le corps de nombreux et minuscules insectes vivants ou desséchés, logés dans des alvéoles, la bouche tournée vers Taxe du rameau nourricier. Les femelles pondent des larves vivantes colorées en rouge vif qui, par groupes, vont se fixer sur les branches de l'arbuste et former d'autres colonies contiguës. Au fur et à mesure de son développement, l'insecte s'entoure d'une substance protectrice résineuse, en ayant soin de ménager des canalicules pour
sa respiration et l'accouplement. La substance colorante rouge est due à des granulations contenues dans le corps dei'insecte.
Dans l'Inde, il y a deux générations annuelles, une d'été
— FoHUATlON DD STI n Jacob dg Cardïmo).) ehoD. — B. DipAtca voi
et une d'hiver; les insectes mâles de la première sont aptères, ceux de la seconde, pourvus d'ailes. Il peut y avoirdeux récoltes. Ailleurs, comme au Laos, par exemple, il ne semble y avoir qu'une génération, en mars-avril. On. conçoit que ce mode de reproduction et d'essaimage
permette l'ensemencement artificiel, et, de fait, il est généralement pratiqué dans les pays de production. Au Cambodge et au Laos, Tarbuste choisi pour Télevage est de préférence le Combretum Boveti, arbuste venant indifféremment dans les terrains secs ou inondés, et cultivé de temps immémorial. Épineux à la base, ses tiges sont taillées très bas tous les deux ou trois ans, de façon à multiplier les rameaux sans un trop fort diamètre. Vers répoque de l'éclosion des larves, on choisit avec soin des morceaux de laque habités par les pondeuses et on les place entre deux lamelles de bambou, afin de protéger les insectes, pendant leur jeune âge, contre les oiseaux qui en sont très friands. Fixés contre les branches de Tarbuste, à divers niveaux, ces nids d'essaimage se répandent et, comme la colonisation est rapide, la récolte peut se faire trois ouquatre mois après l'ensemencement. Cette culture-élevage ne peut réussir que dans les régions chaudes; on la pratique en Indochine, depuis le Cambodge jusque dans les Châns, et même le Tonkin.
La gomme-laque brute en bâtons, le Stick-lac de son nom anglais, contient 68 p. 100 de résine, 10 p. 100 de matière colorante, 6 p. 100 de cire. Elle peut être traitée industriellement par la méthode des dissolvants de la résine : alcool, solutions alcalines à chaud, etc.
Dans l'Inde et au Tonkin, la gomme-laque briite est d'abord concassée par piétinement, sous un constant jet d'eauquiélimineune grande partiede la matière colorante, carminée, solubIe;elle forme une excellente teinture. La matière, plus ou moins pulvérulente, est ensuite roulée dans de longs boudins en toile de coton perméable qui, chauffés sur réchauds progressivement sur toute leur longueur, laissent suinter, sous Teffort d'une continuelle torsion du boudin, la matière résineuse semi-lluide. Cette masse pâteuse plus ou moins claire, rouge ou jaunâtre, est laminée et donne la qualité en écailles dite shell-lac; elle se présente sous la forme de lamelles très minces comme celles de gélatine, translucides comme le mica, colorées en rouge clair ou blond. Les plus claires sont
préférées. Les matières de deuxième manipulation sont coulées en galets ronds ressemblant à de gros culs de bouteille, désignés dans le commerce sous le nom de buUon-lac. La laque blanche, ou white-lac, est obtenue par traitement chimique en faisant dissoudre la laque naturelle dans une solution alcaline bouillante, traversée ensuite par un courant de chlore ou d'acide sulfureux gazeux qui précipite la résine.
La gomme-laque est très employée dans la fabrication des vernis fins, des vernis à l'alcool, dans la carrosserie et la fabrication de la cire à cacheter.
Les pays producteurs sont l'Inde anglaise, la Birmanie, le Siam et l'Indochine. Calcutta en exporte annuellement une vingtaine de mille tonnes valant 15 millions de francs. Le produit brut de notre colonie d'Indochine est de qualité supérieure à celui de l'Inde, mais nous manquons de moyens d'action pour entrer en concurrence. L'usine du Tonkin, près de Son-Tay, dirigée par M. Hautefeuille, subit les caprices du marché qui prête à des spéculations de raréfaction ou de pléthore du produit. L'Indochine a exporté, en 1908, 524 tonnes de stick -lac valant 1.048.000 francs. Les arrivages du Laos sont très irréguliers. En 1910, le chiffre de l'exportation a été de 881 tonnes et demie, dont 732 tonnes et demie sur P'rance. Ce chiffre pourrait. être considérablement augmenté par la culture, suivant les dispositions du marché.
Un produit analogue au stick-lac se trouve à Madagascar. Il se présente sous forme de petites boules de gomme-laque blanche ou grisâtre, déposées par une sorte de cochenille, le Ga$cardia madag oscar iemis, autour des branches de palétuvier. Les Sakalaves l'emploient comme mastic, mais le commerce n'en retire encore aucun profit.