LES ÉPONGfiS
Zoologiquement parlant, l'éponge, ainsi que le corail, est une colonie d'individus vivant sur un support commun. La classe des Spongiaires a de nombreux représentants qui se distinguent souvent par une élégance et une
finesse de structure admirables. Il y a des éponges calcaires et siliceuses, marines et d'eau douce. Industriellement parlant, l'éponge est le squelette membraneux et fibreux qui sert de support à la matière vivante, ou « sarcode », de la colonie.
L'éponge vivante, retirée de l'eau, se présente, sous des formes spécifiques très variées, comme un corps formé d'une matière gélatineuse brune ou noire, recouvrant une charpente de fibres en mailles plus ou moins serrées. Ces fibres sont essentiellement constituées par de la spongine, matière voisine de la soie, et plus ou moins imprégnées de calcaire ou de silice.
Les éponges du commerce sont fournies surtout par deux groupes zoologiques : les Empongia, qui donnent les éponges fines, et les Hippospongia, qui fournissent les éponges grossières et dures. Elles habitent des profondeurs de 10 à 25 mètres. Elles vivent fixées sur des rochers ou des corps durs dont elles épousent la forme, et il n'est pas rare d'en retirer avec un morceau de poterie sur lequel elles s'étaient établies.
Les principales pêcheries se trouvent sur les côtes de la Méditerranée (Adriatique, côtes de la Grèce et de la Syrie, Tripolitaine et Tunisie), dans la mer Kouge, aux Antilles, en Floride, à Cuba, aux Bahamas, etc.
La pèche des éponges fines se fait à la plonge à nu ou au scaphandre, permettant de couper le pied au ras du support. Les éponges grossières sont pèchées, soit à la gangava, sorte de chalut à la traîne, soit harponnées à la fourche, foëne de diverses formes, ou à la fouchga arabe (fig. 198).
Ces engins raclent le sol, entaillant l'éponge, la détériorent et ne servent qu'à la pêche des éponges communes.
La préparation industrielle est assez longue et comporte plusieurs opérations. La première consiste à débarrasser les éponges de leur enveloppe gélatineuse en les laissant immergées, suspendues dans l'eau de mer, ou en les plaçant dans une fosse à fermentation.
Battues ensuite et malaxées, afin d'en expulser les corps
durs, elles sont traitées à l'eau acidulée, lavées, découpées et blanchies.
La teinte voulue leur est donnée dans un bain soit alcalin, soit faiblement acide. L'ensemble de ces opérations constitue la pèche blanche^ alors que la pèche noire ne comporte que la préparation de Téponge brute, par pourrissage et séchage à l'air.
Ces éponges brutes sont reprises, en France, par les laveurs qui les apprêtent définitivement. L'importation en France des éponges atteint 600 tonnes par an, dont 15 tonnes seulement d'épongés préparées. L'exportation est de la moitié environ de l'importation, et les éponges préparées y figurent pour 25 à 30 tonnes.
Parmi les pêcheries de la Méditerranée, celles de Tunisie sont importantes encore, et la valeur de leur produit atteint 1 million et demi de francs par an. Les lies de Djerba et de Kcrkenna, qui ont donné leur nom à des sortes commerciales, en avaient longtemps la spécialité ; mais la zone de pèche s'est étendue, depuis, jusqu'au nord de Sousse, et le golfe de Gabès, de juin à octobre, compte plusieurs centaines d'embarcations qui la pratiquent et qui alimentent surtout le grand marché de Sfax. Les sortes tunisiennes : djerbi, kerkenni, zarzi^ hadjemi, sont généralement connues dans le commerce français sous le nom de » Gerby » ; l'éponge kerkenni est appelée « brune de Barbarie », dite a de Marseille ». Les sortes les mieux cotées en Europe sont les « fines douces de Syrie » et les « blondes de l'Archipel ». Les éponges américaines des Bahamas et celles de l'Océaniesontde qualités inférieures.
Cette pêche est pratiquée en Tunisie par les indigènes et, parmi les Européens, par les Siciliens, les Maltais et les Grecs. Elle est interdite pendant certains mois de l'année et soumise à des droits de patente différentiels. La présence d'espèces d'épongés commerciales a été signalée à Madagascar, aux Antilles, sur les côtes d'Annam; comme l'article est de valeur et facile à placer sur le marché, il y aurait intérêt à en faire l'objet d'une étude sérieuse.
PRODUITS Du «kaUR ANIMAL
- L'eCA.ILLB
L'écaillé est obtenue de la carapace de plusieurs espèces de tortues de mer, ou Thalassiles. On emploie le dos ou douitre de la carapace el le pUutron, ainsi que les écailles des membres, ou les écailles des plaques intermédiaires : \esongtons [Pig. 199).
L'espèce la plus appréciée est le Caret {Chelotie imbricata) ou « tortue luilée », longue d'un mètre environ, ainsi nommée parce que les plaques de la carapace che-
vauchent l'une sur l'autre en manière de tuiles. Elle donne l'écaillé la plus estimée.
Une deuxième espèce est la Tortue franche {Cheloue Miitas), plus grande de taille — elle atteint jusqu'à 2 mètres, — appelée encore i tortue verte • à cause des reflets verdAtres de ses plaques, en écaille préparée.
Enfin, la Tortue caouatie {Thalasiochelys corheaia), de In taille du caret, dont elle se distingue par des plaques non imbriquées et une sorte d'écaillé plus uniforme dans la teinte foncée; c'est ta moins estimée des trois.
Ces trois espèces se rencontrent un peu dans toutes les mers chaudes et tempérées, souvent ensemble, parfois localisées par la prédominancede Tune ou de l'autre espèce. La mer des Antilles et le golfe du Mexique en sont particulièrement riches. Ailleurs, comme à Bourbon, on les a vu disparaître, aprèsavoir été abondantes. Leur présence
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nombreuse parait intermittente sur les côtes du Gabon et du Sénégal.
Les Tunisiens, qui pèchent la caouane dans les eaux de Sousse, en consomment la chair et emploient l'huile en pharmacopée, sans utiliser l'écaillé.
La capture de ces tortues s'opère de diverses façons. Kn Amérique, c'est souvent une véritable pèche à l'aide d'un très long filet à la traîne, dans les mailles duquel se prennent les pattes et la tète des tortues. Ailleurs, on les recueille lorsque, somnolentes dirait-on, à la surface de l'eau, elles semblent se laisser aller à la dérive. Enfîn, le plus souvent on les capture à terre, à l'époque de la ponte, lorsqu'elles s'aventurent sur le rivage où les femelles creusent des trous dans lesquels le soleil se charge de faire éclore les œufs, recouverts de sable par les soins de la pondeuse. On sait que les œufs de tortue sont un régal de gourmandise en de nombreux pays. Il va sans dire que ce genre de capture, enlevant la pondeuse et les œufs, serait des plus inconsidérés s'il était généralisé ou pratiqué seulement avant la ponte des œufs. 11 est donc nécessaire de connaître, en chaque région d'exploitation, les mœurs de l'animal.
Pour obtenir les plaques, on fait bouillir la carapace dans l'eau bouillante.
Les sortes commerciales sont les écailles de couleur fournies par la dossière, les écailles blondes et les onglons. La sorte est d autant plus appréciée que la teinte se rapproche du demi-blond qui atteint les prix les plus élevés, valant plusieurscentaînesde francs lekilogramme. Les écailles dites de Venise sont très recherchées, mais le grand marché du produit est à Londres. Le commerce de récaille a diminué considérablement depuis que rindustrie du celluloïd — non sans danger — a substitué ses imitations au véritable produit du nom.
Le marché français, d'après M. Jacob de Cordemoy, absorbe annuellement pour 1 million de francs d'écaillé. Nos colonies n'y contribuent que pour une partie assez faible. Madagascar en a exporté pour 119.000 francs en
1905 et l'Indochine a fourni, en 1909, au commerce d'exportation des écailles de tortue pour une valeur de 2.577.450 francs. En 1910, ce chiffre est tombé à 854.130 francs. Dans ce dernier pays, la province de Hatien en a une sorte de spécialité quMl conviendrait de ne pas laisser s'éteindre. En face, Java exporte pour plus d'un million d écaille ; celle des Philippines est très renommée. Cejlan en demande de fortes quantités : le peigne y est porté par les hommes et les femmes. Une petite quantité d écaille est produite par la Nouvelle- Calédonie et Tahiti.
Parmi les autres produits des pêcheries coloniales, il nous faut citer le trépang, Vaileron derequitiy \e poulpe.
Letrôpang, ou biche de mer, est un échinoderme du genre Holothuria dont plusieurs espèces (H. edulis, H. Iremula) sont comestibles. La plus grande consommation en est faite parles Chinois, en Chine, ou dans les centres qu'ils habitent et qui sont approvisionnés, comme San Francisco par exemple, spécialement pour eux, de ce produit.
Le trépang arrive sur le marché après avoir été cuit dans l'eau de mer, séché et boucané. Le grand marché en est à Singapour qui reçoit même les exportations de la région de Tuléar (Madagascar), où le trépang abonde. Les produits des pêcheries de Malaisie, du Japon, de la Corée, de la Nouvelle-Calédonie, etc., convergent, soit vers la Chine, soit vers l'Australie à destination de la consommation chinoise. C'est un article d'exportation appréciable pour l'Océanie. L'Indochine en a exporté, en 1910, pour 252.308 francs.
L'aileron de requin, à rencontre du trépang, est un mets chinois de luxe et qui atteint des prix assez élevés. H est constitué par des nageoires salées du requin, coupées, pour l'usage, en fines lanières rappelant des lanières de museau de bœuf.
La substance, molle et un peu mucilagineuse, accompagne le potage et n'a d'ailleurs pas de goût bien prononcé.
Le marché principal du produit est Hong-kong. L'Indochine en a exporté, en 1910, pour 224.500 francs.
Le poulpe est un mollusque céphalopode du genre Octopus, dont la consommation est courante sur les bords de la Méditerranée. On le retrouve en quantité, entre autres, sur les marchés d'Extrême-Orient, soit à l'état desséché, soit en salaison.