‹ Les produits coloniauxChapitre 139 sur 199 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Considérations générales. — L'élevage et la qualité de ses produits acquièrent aux colonies une importance de premier ordre. En dehors des ressources commerciales et industrielles qui en dérivent, la colonisation européenne en est conditionnée dans la mesure très importante de l'alimentation en viande de boucherie, en lait et produits de laitage, dont les qualités et les disponibilités deviennent précieuses à tout état de santé. L'abondance et la qualité du lait, notamment, y jouent un rôle considérable. Sous le climat tropical, et surtout comme conséquence du régime d'alimentation, le rendement de la vache laitière est très faible, n'atteignant le plus souvent qu'une moyenne de 1 litre par jour pour la race indigène, et 3 à 4 litres au maximum pour des races d'importation ou de croisement. Il est donc nécessaire que le nombre vienne suppléer à l'infériorité du rendement.

En ce qui concerne la race chevaline, les besoins du trafic, ceux de la remonte aussi, font appel dans nos grandes colonies à un élevage raisonné et soutenu.

Nous ne saurions, d'ailleurs, dans les limites de cet ouvrage, examiner à bâtons rompus les questions qui se posent et dont les modalités de solution appartiennent aux conditions locales de chacune de nos colonies. Les facteurs climatériques, l'alimentation du bétail, les prairies naturelles et artificielles, l'hygiène, la sélection, le croisement et le métissage, l'acclimatation et l'acclimatement, etc., sont autant de chapitres d'une étude

qui ne s'accommode guère d'un exposé compendieux.

Nombreuses aussi seraient les observations relatives aux maladies des animaux domestiques, leur prophylaxie et leurs traitements. La vaccination et la séro-vaccination sont devenues maintenant de pratique courante et il importe d'en étendre l'application aux cheptels indigènes, par les moyens appropriés de diffusion des connaissances, de persuasion et d'action. Pour les maladies contagieuses qui, après avoir sévi comme épidémies dans un rayon progressivement plus étendu, s'établissent facilement en des foyers endémiques latents, les conditions du contage sont de mieux en mieux connues, et il devient nécessaire d'en appliquer les enseignements pratiques.

La peste bovine, si meurtrière, les septicémies hémorrhagiques également, ont fait l'objet d'études suivies, entre autres à l'Institut Pasteur de Nhatrang en Aniiam et si, pas plus qu'aux Philippines, le traitement réellement abortif de la peste bovine n'existe encore, du moins nos savants ont-ils pu en atténuer les dangers par une méthode d'immunisation temporaire.

Depuis les mémorables travaux de Laveran sur Thématozoaire du paludisme humain, toute une science, appliquée à l art vétérinaire, est née de nombreuses recherches sur les hématozoaires des animaux domestiques et les maladies infectieuses et contagieuses qui en résultent, notamment aux colonies, à la suite de la transmission par les piqûres d'insectes.

Ces maladies : piroplasmoses, pasteurelloses, trypanosomiases prélèvent sur les troupeaux un lourd tribut de mortalité, et il en est qui rendent impossible, dans certaines régions, toute tentative d'élevage du cheval et du bœuf. Tel est le nagana de l'Afrique centrale, du à la piqûre de la mouche tsé-tsé [Glossina morsitans. G, palpabris) qui transporte ainsi le trypanosome du sang d'un animal malade, à celui d'un animal indemhe. Elle attaque le cheval et le bœuf, l'Ane, le zébu et le dromadaire et épargne l'homme, le mouton et la chèvre. On la trouve

PRODUITS DE L*ÉLEVAGB 617

jusque dans le Soudan, mais elle exerce ses ravages surtout dans les régions équatoriales. Tels sont encore, à des degrés néfastes divers, le surra de l'Inde, le mbori de Tombouctou, la dourine de Berbérie, le soumaya du Macina, le balériy etc., qui s'attaquent au cheval et à Tàne, ainsi que Vel debab du dromadaire.

Nous examinerons ici surtout les représentants des diverses races d'animaux domestiques, indigènes dans nos colonies, qui se prêtent à l'élevage en grand, et qui sont, en dehors de l'Algérie et de la Tunisie, où les conditions se rapprochent de celles d'Europe : l'Afrique occidentale, Madagascar, la Nouvelle-Calédonie et l'Indochine.

Page 1