L'OR
L'inaltérabilité et la beauté de ce métal, d'une part, sa rareté relative et la proportion annuellement produite
* I^ lecteur désireux de trouver une documentation plus détaillée que celle qu'il nous est permis de donner dans ce chapitre, sur les possibilités minières de nos colonies, la trouvera dans les publicaUons, entre antres, de MM. Marc Bel et David Levât, et dans le livre très substantiel de M. Louis Laurent : Les produits coloniaux d'origine minérale, de la Bibliothèque colonitle, 1903.
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d*aul re part, ont valu à l'or le rôle éminent de parure et de monnaie. Dans cette double qualité, il ira pénétrer, simultanément avec les progrès de la colonisation européenne, jusque chez les tribus les plus primitives. Il y succédera à la monnaie utilitaire du commerce à ses débuis (cauris, seK tabac, perles, fil, bouteilles, lingots ou objets en métal, esclaves, etc.), en attendant que les diverses formes du papier et de l'écriture fiduciaires se substituent à l'inconvénient de son poids et de son transport.
L'or se trouve généralement, dans les gîtes aurifères, à rétat natif, c'cst-à-dirc non combiné avec d'autres substances. Il appartient, sous cette forme, aux filons de quartz aurifère et aux dépôts alluvionnaires où il se présente en grain, poussière, paillettes ou pépites. Il est bien plus rarement engagé dans des combinaisons avec le soufre et le tellure. La facilité de son amalgame avec le mercure est mise à profit pour son extraction des minerais aurifères dans les grandes usines. Le plus souvent, son exploitation surplace est faite avec un outillage des plus primitifs et d'ailleurs fort ancien. Les laveurs d'or ou orpailleurs et les prospecteurs emploient, â cet effet, la bâtée et le pan; l'une et l'autre sont des vases d'une vingtaine de centimètres de diamètre, la baiée en bois et conique, le pan en fer-blanc, le plus souvent un vulgaire instrument de cuisine. Kn imprimant à ces vases, remplis de terre aurifère et d'eau, un mouvement giratoire, l'or gagne le fond et les parties plus légères sont expulsées par-dessus bord [fig. 203).
La même opération de vanage liquide se fait, surtout en Extrême-Orient, avec Vaugetley en lui imprimant un mouvement de va-et-vient.
Des appareils plus perfectionnés déjà sont le berceau, le long-tom et le sluicc. employés, entre autres, à la Guyane el h Madagascar.
Le berceau, ou rocker, est un cadre à crible avec un court plan incliné, le tout sur sabots à bascule. Le long-tom et le sluice sont des appareils employant l'eau courante.
Celui-ci est formé de canaux ou boîtes en bois, légèrement coniques, emboîtés l'un dans l'autre et disposés en pente, quelquefois une rigole creusée dans le roc. La
Fig. 203. — Outillage d'orpailleuk.
(D'après L. Laurent.)
A. La balôe. — Le pan. — C. I,p berceau : «, crible; 6, élode de laine; c, bascule. - ï). Long-lom. Coupe schémalique : a, arrivée de l'eau; 6, auge; Cy treillis métallique ; (/, lattes de bois d'arrêt.
pente doit être assez modérée pour que les parcelles d'or ne soient pas trop vite entraînées sous la chasse d'eau, et qu'elles puissent s'accrocher en route; on peut disposer du mercure sur le trajet et récupérer l'or de l'amalgame par distillation.
Les grandes installations emploient un outillage méca-
nique bien plus compliqué : dragues, concasseurs. pilons, amalgameurs, etc.
L'or se trouve à tous les étages géologiques. Les rivières qui le charrientdans leurs alluvioas jusqu'à la nier, l'ont recueilli en amont, à des distances parfois très consîdé^ râbles. Mais, que de fois des yeux inexpérimentés 4>nt pris pour de For des paillettes scintillantes de mica !
Les limites de teneur des minerais varient de 360 grammes à la tonne, dans plusieurs placersdu Transvaal, à Oe^S dans certains gisements de Sibérie. Avec une richesse de 10 grammes à la tonne et par les moyens ordinairCvS, un gisement peut devenir rémunérateur. Mais il y intervient de nombreux facteurs accessoires : main-d'œuvre, climat, accessibilité, disponibilité d'eau, etc., qui fait varier considérablement les conditions de l'exploitation, il ne faut d'ailleurs s'en rapporter qu'au calcul de moyennes sur de nombreux échantillons, de façon à éviter le placer « salé », c'est-à-dire truqué. On cite des exemples d'échantillons de quartz aurifère dont les grains leur ont été incrustés par le canon d'un pistolet.
Nos colonies aurifères sonl, par ordre d'importante actuelle: la Guyane, Madagascar, l'Afrique occidentale française, l Indochine.
La découverte de l'or en Guyane remonte à 4853. Le maximum de la production fut celle de 1894, avec 6.000 kilogrammes, et le chiffre de la pi'oduction annuelle s'est, depuis, toujours maintenu en dessous. En 1909, la colonie a exporté 3.963 kilogrammes d'or natif (4.470 kilogrammes en 1008) dont 2.437 kilogrammes sur laFrance, et 1 .526 kilogrammes sur la Suisse. Le fisc local perçoit une redevance de 8 p. 100 sur la production. La Suisse demande à la colonie des quantités d'or progressives, pour une raison assez mal déterminée, mais qui parait être un meilleur outillage donnant un plus grand rendement à la fonte. A quelques centaines de mille francs près, Tor représente ainsi en valeur la presque totalité de l'exportation de la Guyane. La récolte de l'or alluvionnaire
paraît s'y faire de plus en plus difficilement, et l*emploi de dragues et de pilons broyeurs s'impose plus impérieusement.
A Madagascar, l'or se trouve abondamment réparti, d'après M. Levât, dans tous les terrains cristallins du plateau central avec une teneur moyenne de iâ à 15 grammes à la tonne. L'extraction s'y fait par orpaillage, bâtée ou sluice, pratiquée sur les alluvions exclu sivement par les indigènes; mais on envisage sérieusement l'exploitation filonienne.
La colonie prélève une redevance de 7 p. 100 sur la production.
L'or malgache est connu sous le nom d'or de Boueni^ d'une couleur jaune mat, très appréciée des bijoutiers parisiens. L'exportation, en progrès, était de 4.006 kilogrammes en 1908, valant 9.444.715 francs.
Dans nos deux autres colonies, la production aurifère n'est encore qu'à une période de début. En Afrique occidentale, la Côte d'Ivoire, la Haute-Guinée, le Bambouk, le Bouré sont reconnus depuis longtemps, et ses gisements exploités de la façon la plus rudimentaire par les indigènes. Difficile à évaluer, la production est en majeure partie retenue dans le pays ; elle est estimée à 2 millions de francs, par an, dans le Bambouk. Une très faible quantité de poudre d'or (8.000 à 12.000 francs) apparaît dans les chiffres d'exportation de la Côte d'Ivoire.
L'or de la Falémé, dit or du Bambouk ou de Galant figura à l'exportation du Sénégal, en 1908, pour une valeur de 533.280 francs.
L'Indochine connaît l'orpaillage depuis fort longtemps, puisque certaines tribus Khas et Mois l'ont toujours pratiqué et le pratiquent encore, avec les Laotiens, dans les alluvions des affiuents du Mékong, comme le font aussi les Annamites et les Chinois dans certains gisements alluvionnaires du Tonkin. La poudre d'or est d'ailleurs admise, au Laos, pour le paiement de l'impôt. Une belle exploitation filonienne, avec un outillage mécanique moderne, a été établie en 1897 à Bong-mieu, dans le Sud
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Annam, et une autre est toujours en instance de formation dans la province d'Attopeu.
Les filons aurifères de la Nouvelle-Calédonie ne sont pas actuellement exploités.
D'après VÉconomiste français, la valeur de Vor extrait dans le monde entier est estimée, pour 1909-^910, à 2 milliards 428 millions de francs. Elle est aujourd'hui quatre fois et demie plus forte qu'il y a vingt-cinq ans.
Dans presque tous les pays aurifères, l'extraction est en recul, en 1910, sur 1909, sauf au Transvaal, au Canada et dans l'Empire russe. L'Amérique centrale et méridionale, l'Extrême-Orient et la France ont légèrement progressé.
Madagascar figurait, en 1909, pour 1 2. 9b2.000 francs, et en 1910, pour 10.360.000 francs.
La production de l'or semble devenir slationnaîre, à moins que des gisements insoupçonnés viennent à se faire découvrir. Le pronostic est d'ailleurs difficile et, comme le fait remarquer M. Pierre Leroy-Beaulieu, lorsqu'on assiste au réveil de l'industrie aurifère en France même (chiffre de 1910 : 8.288.000 francs), il n'est pas exagéré de croire à la possibilité du perfectionnement d'un outillage permettant de traiter des minerais abandonnés encore, comme étant d'une teneur en or insuffisante.
Le principal usage de l'or est l'usage monétaire, direct ou indirect, c'est-à-dire en métal monnayé ou en lingots déposés en garantie dans les banques et les trésoreries ofilcielles. On est amené à admettre que la proportion de Pextraction annuelle, ainsi immobilisée, est de la moitié, qu'un quart est employé par l'art et l'industrie, et qu'un quart est versé dans la circulation monétaire.