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L'HEVEA

Origioe. — Les seringueiros du BrésiL — Culture de VHeoea, — Modes ilo saignée. — Procédés de coagulation. — Maladies et ennemis. — Rendement.

Origine. — L'Hevca est originaire du bassin de l'Amazonie, pays de 1' « Or noir » {ouro preto), auquel ses forêts vierges redoutables ont valu encore le nom d' « Enfer vert » inferno verde). 11 donne le caoutchouc le plus estimé et le plus cher : le caoutchouc de Para.

Les Indiens l'appelaient Hévé et les habitants de l'Amazonie, Scringueira. Les hommes qui l'exploitent dans la forêt vierge sont appelés seringueiroô Parmi une vingtaine d'espèces, V Hevea brasiliensis a seul de l'importance

pour nous, étant réellement « Tempereur des arbres à caoutchouc » (Paul Walle).

C'est, dans sa patrie, un grand arbre de 20 à 30 mètres, au tronc cylindrique, gris clair, portant à une grande hauteur un feuillage étalé d'un vert intense. 11 vit au voisinage des fleuves dans une atmosphère constamment chaude (22 à 35** C.) et chargée d'humidité. Les feuilles à 3 folioles, longuement pétiolées, sont caduques, mais très vite remplacées par les nouvelles poussées. Les fleurs sont monoïques; les femelles produisent des graines de la grosseur d'une pistache, lancées à une certaine distance avec une légère détonation, au moment où leur capsule, formée de 3 coques, éclate.

Lorsqu'en Amazonie un futur exploitant veut se mettre à l'œuvre, voici comment, d'après M. Paul Walle, les choses se passent, et il n'y a rien de plus intéressant à lire que le récit de la vie et des aventures journalières de ces travailleurs de l' o enfer vert », dans une des régions les plus malsaines du monde.

Les sering^eiros du Brésil. — Le seringueiro commence par demander au gouverneur de la province la concession d'un seinngal, ou de plusieurs seringaes, et devient Rins'ipatrao seringueiro , ou amado-IiC senngaly de superficie variable, contient un certain nombre d'estradas, unités d'exploitation d'arbres à caoutchouc, en groupes plus ou moins serrés ou éloignés, d'une moyenne de 100 arbres (120 à 200 dans un espace réduit). Tracées en forme ovale, les estradas (à proprement parler les « sentiers ») sont parcourues en zig-zag en partant et en aboutissant à la case du seringueiro. Cette case est flanquée du defumaclor, endroit où le caoutchouc brut sera enfumé. L'exploitation se fait en saison sèche.

Voici le seringueiro au travail en parcourant son estrada. Armé de sa hachette, la machadiha, il va d'arbre en arbre, s'arrêtant une minute et donnant à chacun, d'un coup habile qui nedoit pas atteindre l'aubier, un certain nombre de blessures obliques, le f)Ius haut possible

surle tronc, pour commencer. Ces incisions sont espacées de 12 à 15 centimètres l'une de l'autre, de 4 à 10 pour des arbres de moins de 40 centimètres de diamètre, et jusqu'à 20, pour ceux au-dessus de cette grosseur. Le lait s'écoule de suite de la blessure en gouttes pressées qui sont recueillies dans de petits godets — tigeliUa — en fer-blanc, fichés par leur rebord tranchant dans l'écorce, au-dessous des entailles. Au lieu de ces incisions obliques, on fait souvent des entailles en V, ou des tours en spirale plus ou moins longue, et successivement prolongée vers le bas.

Le contenu des godets est rassemblé et porté au defumador ou fumeiro. Les seringueiros soigneux recouvrent rincision d'un peu de terre glaise, pour empêcher les insectes d'y pénétrer; ils se font apprécier surtout par la connaissance qu'ils ont de la résistance de l'arbre au degré de saignée qu'il convient de lui appliquer. Le même arbre peut être incisé tous les huit jours, pendant les cinq mois que dure la campagne.

Uenfumage ou fumigation du latex se fait au-dessus de la fumée développée parla combustion, sur un petit fourneau à tuyau d'échappement, de noix de palmiers [Attalea exceha^ Maximiliana regia) et du bois de résineux. Sur une palette, ou un ustensile analogue, suivant la forme à donner à la boule, l'ouvrier verse une cuillerée de latex et, en tournant, expose la palette à la fumée. Le latex se coagule en mince couche adhérente, et la même opération est répétée jusqu'à ce que ces couches superposées fassent le volume et aient pris la forme de la boule voulue. Ces boules, ou bolachas, varient de 2 à 50 kilogrammes. Bien préparées, elles donnent le borrachay caoutchouc fin ou fine Para.

La deuxième qualité, borracha entrefina (demi-fin), vient d'un latex ayant subi un commencement de fermentation, ou dont la fumigation a été imparfaite.

La troisième qualité est le borracha grossa, mélange de diverjs latex avec des impuretés, et enfin le sernamby, produit des résidus, déchets, caoutchouc coagulé à l'air

dans les entailles ou les fissures lorsque, comme il arrive, Tarbre a des crevaisons de vaisseaux trop gorgés, comme par une hyperémie sanguine.

La production minima d'un Hevea en para fin, dans une campagne, c'est-à-dire un semestre, est estimée à 5 kilogrammes.

La récolte d'un seringueiro est en moyenne de 400 kilogrammes et lorsqu'il est habile, il arrive presque à la doubler.

Ainsi se passent les choses, en quelque sorte normalement, dans la patrie de VRevea, et pour les arbres venus à l'état spontané dans la forêt vierge. Plus délicates et nombreuses sont les opérations dans les plantations, car, encore une fois, VHevea est un arbre dont l'exploitation méthodique et policée, en culture, atteint maintenant des proportions extraordinaires.

Culture del'Hevea. — Les conditions de végétation les meilleures sont toujours celles qui placent la plante dans un sol, une atmosphère et une température pareils à ceux de sa patrie d'origine. Ces conditions sont, sur les rives de l'Amazone et de ses afïïuents : un sol alluvionnaire, profond, riche en humus, temporairement inondé; une chaleur moyenne de 27** qui ne tombera jamais audessous de 18**; une forte humidité de l'air, avec une saison sèche assez courte.

Ces conditions sont réalisées dans beaucoup de régions tropicales, notamment à Ceylan, dans la presqu'île Malaise, en Indochine jusque dans le Sud Annam, à Java, Bornéo, etc.

Plante de région basse, VHevea vient moins bien à une altitude de quelques centaines de mètres et on distingue déjà, dans la presqu'île Malaise, les cultures lowlands et les highlands. Il craint également les inondations prolongées pendant quelques jours, ainsi que les terrains trop sablonneux. Les grands vents lui sont dangereux (coupevents; haies de bambous).

On a reconnu que le choix des graines était important

et que la valeur des variétés intervenait pour le rendement des arbres, qui forment déjà des races. Pour un transport d'une certaine durée, les graines sont stratifiées dans des caisses spéciales, dites « caisses Ward », où rien ne les empêche de commencer leur germination.

La multiplication par boutures est possible; mais elle est remplacée généralement par le semis. Le semis en pépinière doit être fait sur planches, en terrain très soigné et riche. La graine est mise cà 3 centimètres de profondeur et lève au bout d'un mois à un mois et demi.

Les jeunes plants doivent être abrités sous dais de couverture. Ils sont mis en place, au début de la saison des pluies, lorsqu'ils ont atteint une hauteur de 1 mètre environ, l^e terrain de la plantation est préparé à l'avance par ledébroussaillementà la hache et au feu — en ('ochinchine on laisse parfois des haies de bambous en coupe-vents — dessouché et troué, à la distance voulue, des trous de plantation. On donne généralement à ces trous 80 centimètres de profondeur sur 60 centimètres de diamètre.

On plantait, il y a quelques années, à iO mètres de distance: aujourd'hui, on rapproche volontiers à 6, 5 et même 3 mètres (soit, à 5 mètres, 400 pieds à l'hectare). Les expériences, d'ailleurs, se poursuivront à ce sujet. On ne saurait trop insister, à ce propos, sur la nécessité des études scientifiques y sans escompter les faveurs aléatoires des méthodes empiriques et du laisser-aller. Nous avons vu, il y a quelques années, en Gochinchine, un champ d'expériences d'Hevea, après trois années d'existence, être mis en vente aux enchères publiques, sous prétexte qu'il « ne rapportait rien » et que la culture de l'fierea était suffisamment connue! Or, un Heica ne doit être exploité qu'à partir de sa sixième année d'existence, au plus tôt. (iardons-nous de ces jugements à courte vue, persuadés que l'agriculture tropicale, qui est la base de là richesse économique de nos colonies, sera méthodique, ou su'ccombera sous la supériorité de ses rivales mieux avisées.

Ij'Hevea a une croissance rapide (fig. 146). A deux ans

de plantation, il atteint 5 ou 6 mètres de hauteur et se ramifie. A dix ans d'âge, il atteint facilement de 0",80 à 1 mètre de diamètre et une dizaine de mètres de hauteur. La rapidité de la croissance diffère souvent beaucoup, sur le même terrain, suivant les individus. Les jeunes arbres, bien nourris, « filent » volontiers, c'est-àdire s'allongent beaucoup en restant très minces.

Les premières saignées -— on dit taper un arbre à caoutchouc — ne doivent pas être faites avant sa sixième année, et il est recommandé d'attendre davantage, avarit de commencer une exploitation régulière.

C'est — encore une fois — l'époque douloureuse des bailleurs de fonds ou commanditaires de Sociétés. A Ceylan, on attend volontiers la dizième année avant de commencer l'exploitation.

En procédant rationnellement, un Hevea peut être saigné tous les ans. Le principe est celui-ci : permettre à la blessure faite de se cicatriser, pour recommencer l'incision au bout d'un certain nombre d'années, à la même place, et ne pas faire les blessures telles, que rexistence do l'arbre, bonne vache à lait, soit compromise, ou sa bonne volonté diminuée.

Modes de saignée. — Nous venons de voir comment les sermpue/ros incisaient l'arbre à l'aide de leu rmachadifia. Dans les plantations, on a cherché à faire mieux, avec de meilleurs instruments. Ceylan a institué des concours et des expositions, et fait les plus intéressantes études là ce sujet.

Il importe beaucoup de mettre entre les mains des ouvriers un instrument qui dispense de s'en remettre à leur habileté, ou à leur conscience, pour ne pas détériorer l'arbre, en faisant l'incision trop profonde, c'est-àdire au delà de la couche génératrice.

Les inventeurs en ont donc proposé et fabriqué de nombreux modèles (fig. 147). Dans la plupart, l'effort doit être réglé à la pression-main, et n'est pas mécaniquement limité pour une incision maximale de profondeur.

Ces derniers types existent également, mais aucun n'a encore donné complète satisfaction ;.un des plus perfectionnés paraît être Tinciseur prieker à poignée Kindty à

Km

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Fig. 447. — Spécimens d'instruments pour entailler l'écorce

DES plantes a CAOITCHOUC.

1. Machadiïia du Brésil. — 2. Coulclas de l'Amérique du Sud. — 3, 4, 5. couleaux-racloim à anse coupante. — 6. Gouge Colledge. — 7. Couleau-racloir Hollo\%ay à triangle coupant. — 8. Inciseur à roulette» (prieker) Browmann- Norliiway. - 9. Inciscur à lame réglable. — 10. Inciseur à couteau réglable à 2 mains.

roulette et gouge interchangeables. M. Vernet,lrês récemmenl, a recommandé dans la méthode des ponctions {pricking) l'emploi du prieker de Brunes, à gouge droite et à lame concave.

Les méthodes (k saignées au d'ehiailles sonlencorc t'obJDt d'expériences continues, car il ne faiil pas oublier que

Fi((. 1 të. — FlIiHnSS THtOBIQl'ES

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