INTRODUCTION
Scire potestates herbàruih usumque medendi.
ViRG.
Il n est guëro de plante qui ait joué un plus grand rôle que la Rose, dans l'histoire des productions humaines^ Sans parler des littérateurs, des poètes, des artistes, qui, de tout temps, lui ont voué un infatigable culte, la place qu'elle occupe dans la littérature scientifique seule est déjà des plus considérables, et la tâche serait longue pour le naturaliste qui entreprendrait de lire, sans en omettre une seule, les innombrables publications dont elle a fait l'objet. L'étude anatomique de chacun de ses organes, l'interprétation morphologique des diverses parties de sa fleur, réceptacle et ovaire en particulier, ont fourni la matière de nombreux travaux : l'histoire des principes immédiats qu'elle renferme, tannin, essence, etc., bien que peu avancée, en définitive, tient dans les recueils de chimie végétale et de technique industrielle une place des plus importantes : la description des espèces du genre Rosay la délimitation exacte de chacune d'elles, le classement de ses variétés, de ses hybrides, font chaque jour l'objet de publications nouvelles. Quant à l'importance de la rose dans l'art de l'horticulteur, il n'est personne qui l'ignore aujourd'hui : il nous suffira de dire que le nombre des variétés de Roses de culture actuellement connues et décrites atteint près du chiffre* de 7,000, que cha-
* 6,666 dont 4,266 européennes et orientales, et 2,400 asiatiques et amécainries (Tabulas Bhodologinas),
que année, chaque exposition horticole en voient le nombre s'augmenter, et qu'enfin les matériaux nouveaux, apportés chaque jour à rhistoire de la Rose, sont assez abondants pour remplir plusieurs publications périodiques, exclusivement consacrées à la Reine des fleurs *.
Il existe cependant, dans cette histoire si étudiée et en apparence si bien connue, de la Rose, un chapitre à peine ébauché et dans celui-ci une page à peu près blanche : c'est le chapitre du parfum. Il y a longtemps sans doute que ce parfum est connu, décrit et même chanté. On sait déjà, depuis quatre ou cinq siècles, qu'il est dû à une huile essentielle que l'industrie sépare aujourd'hui avec une grande habileté et qu'elle falsifie encore plus habilement peut-être. D'un autre côté, en ce qui touche le parfum lui-même, les jardiniers et les amateurs de Roses savent fort bien que toutes n'exhalent pas la même odeur, que celle-ci varie avec les espèces, que beaucoup de roses n'en dégagent aucune, que certaines même en possèdent une fort désagréable, enfin qu'il n'est pas jusqu'aux feuilles de plusieurs Rosiers, qui ne dégagent, lorsqu'on les froisse ou même spontanément, une odeur toute spéciale, variable également selon les espèces.
Mais quelles sont exactement les diverses variétés de parfums que Ton peut rencontrer dans le genre Rosa, quelles peuvent être les relations de ce classement des parfums avec la classification botanique des espèces, dans quelles conditions ce parfum apparaît-il, quel est son siège exact dans la plante? Toutes ces questions, et bien d'autres qui s'y rattachent, sont encore aujourd'hui sans réponse, et plusieurs d'entre elles paraissent même ne s'être jamais posées dans l'esprit des naturalistes.
Et cependant l'étude de tous ces points est loin d'être
* Journal des Roses en France, Rosa en Angleterre, Rosenjahrbuch en Allemagne, etc.
dépourvue d'intérêt. Rechercher dans la plante le siège et le mode de fonctionnement d'un de ces vivants laboratoires de synthèse que la nature y a placés, est toujours une œuvre de la plus haute utilité pour la biologie générale : notons que dans le cas présent, il s'agit d'une fleur dont le rôle en théra* peutique a longtemps été considérable, et d'un produit que l'industrie nous livre chaque année par milliers de kilos et au prix de plusieurs millions. Au point de vue botanique, l'introduction d'un nouvel élément de diagnose dans la classification d'un genre aussi complexe que le genre Rosay n'est nullement à dédaigner, et du rapprochement de certaines formes, dans un groupement basé sur ce caractère nouveau, peut naître quelque lumière sur les affinités véritables de plusieurs espèces.
Nous n'insisterons pas davantage : c'est à notre travail tout entier, et non à cette courte introduction, de montrer si ces questions méritaient d'être étudiées d'une façon spéciale. L'honneur même d'avoir pressenti tout ce qu'un pareil sujet pouvait fournir d'aperçus nouveaux et de conclusions importantes, n'appartient pas à nous, mais à notre excellent maître, M. le professeur Bâillon, qui a bien voulu nous conseiller cette étude. Qu'il nous permette de lui dédier avec reconnaissance ce modeste travail, dont l'idée première lui revient et dont l'exécution doit tous ses moyens au souvenir de son admirable enseignement.
Que M. A. Faguot, professeur de dessin au Muséum et chef des travaux pratiques d'histoire naturelle à la Faculté de médecine, veuille bien agréer nos remerciements pour la bienveillance qu'il a mise à exécuter lui-même les croquis d'après lesquels M. Bonnet a habilement gravé la planche placée à la fin de ce travail.