Odeur douce de citron. Rosa lutea
* R. Blondel. Le parfum et son mode de production chez les Roses. Bull, de la Soc. Bot. de France, février 1889.
-saune observation curieuse à faire, c'est que pas un seul de ces divers parfums n'appartient en propre à la Rose. L'odeur de Rose elle-même, comme nous l'avons vu, se retrouve pure ou mélangée à d'autres, chez une Pivoine, chez les Pelargonium et dans le bois d'une Légumineuse et d'une Convolvulacée. Les autres odeurs sont empruntées à divers fruits ou à d'autres fleurs. Remarquons aussi que beaucoup de ces odeurs appartiennent déjà à la famille des Rosacées : Todeur de pomme de reinette se retrouve chez la fleur de l'Aigremoine [Agrimonia eupatorium) et dans toutes les parties de V Agrimonia odorata. L'odeur caryophyllée est également une odeur de la famille : on la retrouve dans le rhizome de la Benoite [Geiim iirbanum)^ qui a emprunté à ce fait l'ancienne dénomination de Racine caryophyllée, Radix caryophyllœiy sous lequel il est encore désigné dans les officines. L'odeur de muguet s'observe aussi dans la fleur de plusieurs Prunus.
Nous allons maintenant passer en revue les espèces les plus importantes du genre Rosa et leurs principales variétés spontanées ou cultivées^, en examinant dalis quel groupe peuvent rentrer les difi'érents types de parfums qu'ils nous présentent. Nous avons dû omettre un bon nombre de variétés et même d'espèces que nous n'avons pu observer à l'état vivant, soit qu'elles ne croissent pas en France, soit que les jardins botaniques ne les renferment pas. L'ordre que nous avons adopté n'a d'autre règle que la clarté de l'exposition. Nous laisserons volontairement de côté la question de la classification, une des plus discutées de toute la botanique systématique ^ ques-
* Nous adressons ici nos remerciements bien sincères à M. Gh. Verdier, à Ivry, et à M. S. Cochet, à Grisy-Suisnes, qui ont bien voulu nous permettre l'accès de leurs magnifiques collections et nous faire profiter des conseils de leur longue expérience.
2 « Species Rosarurrif dit Linné, difficillime limitibus circiimscribHur, et forte naturel vix cos posuii. » Species, I, 2° éd., p. 705.
lion qui nous entraînerait bien au delà des proportions de ce travail. Nous renverrons aux travaux classiques de M. Crépin* et à Texcellent mémoire déjà cité de M. Hariot, ceux qui attacheraient à ce point particulier un intérêt spécial, et nous adopterons, avec quelques modifications, la classification que Baker* a donnée en 1885, et qui est une des plus simples, sinon une des plus rigoureuses.
§ I. — Gallicanœ
Le groupe des Gallicanœ esi incontestablement celui qui renferme le plus de roses odorantes et le plus de fleurs à odeur de Rose proprement dite. On peut même dire que c'est la seuh odeur que Ton observe dans tout le groupe, à des degrés très divers et avec des nuances presque infinies. Cette homogénéité du groupe, à ce point de vue spécial, coïncide avec une homogénéité réelle du côté botanique. La section ne se compose guère, en effet, que d'une seule espèce, le R. Gallica, et de trois formes que Ton regarde aujourd'hui, selon Topinion de M. Crépin, comme dérivées de celle-ci, à savoir le R. centifolia^ qui n'en est qu'uae simple variété et les R. dama^cœna et R. turbmata, résultant tous deux d'un croisement àa R. gallicaB,yec le R. canina. Le R, muscosa n'est qu'une variété de R. centifolia.
La plus odorante de toutes, à l'état spontané, est le R. centifolia MiLL. C'est aussi la plus anciennement cultivée pour la douceur de son parfum. Hérodote en parle déjà avec éloge, comme l'avons vu', et Pline cite la R, à cent feuilles parmi celles
* Crépin. Primitiœ mongraphiœ Rosarum. Bruxelles, 1869-1888. Que Je savant directeur du Jardin de FEtat, à Bruxelles, veuille bien agréer nos remerciements reconnaissants pour les renseignements qu'il nous a si obligeamment communiqués sur l'origine de certaines Roses.
2 J.-G. Baker. A Classification of Garden Roses, in Journal of Boiany^ t. XXIII, 1885, .p. 281.
^ HÉRODOTE, llist, liv.VIII, cap. cxxxviit.
que Ton récoltait en grand en Italie à son époque : c'est également une des plus anciennes espèces de Roses connues*.
Les feuilles, d'un vert tendre et bordées de rouge, doublement dentées et glanduleuses sur leurs [bords, glanduleuses également au niveau des nervures de la face inférieure, ne donnent point spontanément d'odeur spéciale ; mais lorsqu'on les froisse entre les doigts, elles dégagent une odeur caryophyllée bien nette. Le calice est glanduleux et couvert de poils capités, de couleur brune, assez clairsemés, se continuant sur le pédicelle et sécrétant un liquide résineux, gluant, à odeur térébentbineuse et poivrée. Les pétales, très nombreux et très minces, sont d'un rose tendre et rayés de fines nervures : ils exhalent une odeur douce, exquise, un peu fugace, à peine mêlée, à la longue, de l'arôme cary ophy lié, et correspondant bien à ce que nous avons appelé 1' « odeur de Rose ». Ces pétales arrachés ou blessés deviennent rapidement bruns au contact de l'air.
Les variétés que donne cette espèce en culture sont assez nombreuses : elles ne sont point remontantes^ c'est-à-dire qu'elles ne fleurissent qu'une fois, enjuin-juillet. A cette espèce appartiennent les Rosiers nains, dits Rosiers pompons^ et les Rosiers moussus dont nous allons parler. Ces variétés, si appréciées autrefois, sont de plus en plus délaissées aujourd'hui dans les cultures pour les Hybrides remontants^ formes à double floraison, issues du jff. centifolia et du iî. indica. Néanmoins le R. centifolia est encore cultivé en grand pour la production de l'eau de Roses dans une grande partie de la Provence, et dans plusieurs parties de l'Allemagne et de l'Angleterre, à Putney, Hammersmith, Fulham, à Mitcham surtout, où l'on cultive une variété très odorante, à fleur très volumineuse, VOld Cabbage.
La variété connue sous le nom de R. moussue ou mousseuse, représente un accident fixé du R, centifolia chez lequel l'appareil glanduleux a pris sur toutes les parties vertes un développement véritablement monstrueux : les piquants eux-mêmes, au moins dans le jeune âge, disparaissent sous un
' C'est la JRose pile des anciennes pharmacopées.
amas de glandes ramifiées en choux-fleurs, dont la sécrétion résineuse et gluante possède une forte odeur de poivre et de térébenthine ^
Les variétés de culture qu elle donne sont assez nombreuses, et toutes de couleur rose [Cristata, Carnée, Mousseuse à feuilles de sang, etc.). L*odeur de toutes ces variétés est exquise. C'est le parfum du Rosa centifolia avec toute sa finesse, mélangé d'une très légère arrière-odeur camphrée, provenant de l'appareil glanduleux des sépales et dupédicelle. Les folioles, les pétioles et les rameaux jeunes possèdent la même odeur cauiphrée et donnent au toucher la mêm.e sensation glutineuse que les parties vertes de la fleur.
A ces variétés, il convient d'ajouter les formes désignées sous les noms de Rosa parvifolia Ehrh, Rosa burgundica RossiGN., Rosa remensis Desf., toutes roses très odorantes, possédant, à des degrés variables, le parfum de la Centfeuille.
Le Rosa gallica L. est l'ancienne Rose de Provins, la Rose rouge des droguistes [Rosa incarnata, Mill. Rosa provi?icialis MiLL.), qui fut si longtemps cultivée en France, et qui, jusqu'au commencement du siècle, était la plus recherchée dans les collections. Son origine n'est pas très nettement établie, bien qu'on la place avec beaucoup de vraisemblance en Orient. Sa fleur était connue des Romains, car c'est bien elle que Pline désigne sous le nom de Rose milésienne. La tradition veut que
* L'origine de la R, mousseuse est assez récente, car Bauhin, dans la description des diverses variétés de roses connues à son époque, n'en fait aucune mention (Bauhin. Pinax theatri botanici, 1671). Selon Furber {CalaloQue of English and foreigns trees collected, increased and sheîd by Robert Furber at his nursery over against the Park gâte at Kensington, near London, 1724), c'est le D^ Martyn qui l'aurait introduite ou du moins fait connaître. en Hollande, vers la fin du xvii® siècle, dans son édition du Garderner's Dietionary. On la croit originaire de Provence. La première figure qui en fut faite, parut dans l^Botanical magazine, en 1788 (pi. 69). Linné la considéra comrame une simple variété du H. centifolia, Miller en fit, sous le nom de R. muscosa, une espèce particulière. Redouté, dans son magnifique ouvrage sur les Roses (1824), ne la connaissait et ne Ta figurée qu'à fleurs simples, ce qui tendrait encore à impliquer son origine récente.
Thibault, comto de Champagae, Tait importée en France au retour de la Croisade : on a dit cependant que l'espèce s*était tout simplement répandue de Tltalie en France, et, au commencement du siècle, une polémique mémorable s'est engagée à ce sujet entre Parmentier et un pharmacien de Provins, M. Opoix, défenseur acharné de la tradition locale. Il paraît tout au moins établi que les comtes de Champagne, qui avaient à Provins une véritable cour en dehors de leur capitale (Troyes), ont développé considérablement dans cette ville l'industrie des Roses : la bibliothèque de THôtel-Dieu de Provins renferme encore plusieurs chartes * de Thibault le Chansonnier et de ses successeurs, Henri le Libéral, etc., réglementant, cette industrie qui paraît avoir acquis dès leur époque une importance considérable. Elle est aujourd'hui complètement délaissée, et c'est à peine si à Provins on pourrait trouver un millier de pieds cultivés de Rosa gallica. Cette culture s'est transportée à Angers, à Metz et surtout en Hollande. Les pétales dits de Provins^ que l'on trouve aujourd'hui dans les pharmacies proviennent de toutes les Roses rouges de culture des environs de Paris', dont beaucoup appartiennent
* La plupart de ces documents ont malheureusement disparu. La plus grande partie fut vendue au commencement du siècle pour le poids de la cire des sceaux qu'ils portaient. Ce qui restait, déposé aux archives de l'Hôtel-Dieu actuel (ancien château de Blancîhe de Castille), a été dépouillé de ses pièces les plus intéressantes par le trop fameux Libri, qui les vendit en Angleterre. Provins qui, pendant la guerre de Gent-Ans, subit vingt-huit ans la domination des Anglais, et ne fut délivré que par Jeanne d'Arc, renferme en effet un assez grand nombre de familles d'origine anglaise, descendant des soldats du xiv® siècle, et dont la souche a donné en Angleterre des branches collatérales plus ou moins intéressées à la possession de ces documents. La Rose rouge de Provins, rapportée en Angleterre par ceux des 'survivants de la garnison anglaise qui ne s'établirent point dans le pays, devint l'emblème de la maison de Lancastre dans la guerre dite des Deux-Roses,
2 Si l'on en croit Koch (Dendrologie, 1869, I, 230), la Rose cultivée primitivement à Provins était le li, damascœna, et ce n'est que dans la seconde moitié du xviii® siècle qu'on lui aurait substitué le R. gallica, — fait absolument contredit, comme le fait remarquer Hanbury, par la description très exacte de la Rose de Provins que donna Pomet en 1694.
au groupe des hybrides remontants*, — plus souvent aussi d'une Rose du même groupe, cultivée spécialement pour cet usage dans le département du Var, et connue sous le nom de « Cramoisi supérieur ». -^ En Hollande, les principaux centres de culture du Rosa gallica sont Wassnaar et Noordwyk. En Allemagne, on la cultive également autour de Hambourg et de Nuremberg. En Angleterre, on la récolte dans le Derbyshire et l.'Oxfordshire, en faible quantité à Mitcham, où elle est à peine un peu plus cultivée que le Rosa ceritifolia : elle porte dans ce pays le nom tout à fait impropre de Damask Rose. La Perse exporte encore une assez grande quantité de fleurs de cette espèce à Tétat sec, et, en 1871-1872, Bombay en a reçu du golfe Persique jusqu'à 1,162 quintaux ^
Cette espèce se rencontre à Tétat sauvage dans diverses parties de l'Europe centrale et orientale. La fleur est d'un beau rouge pourpre. Les pétales, larges, concaves, plus charnus que ceux du Rosa centifolia^ présentent en dessus un aspect velouté du plus bel effet. Les sépales, de même que les folioles et les stipules, sont dépourvus de glandes. Par contre, le réceptacle et les pédicelles peuvent se montrer, sur certaines variétés, couverts de soies glanduleuses. L'odeur est fine, peu différente en somme de celle du Rosa centifolia, fet non moins agréable, à notre avis, car il ne s'y mêle point l'odeur camphrée de l'appareil calycinal de celui-ci. Fait curieux, observé dès longtemps,
* L'habitude paraît en avoir été prise très anciennement, si Ton en juge par le passage suivant du livre fort curieux que nous citions plus haut, VHistoire générale des Drogues^ par le sieur Pomet, marchand épicier et droguiste à Paris. Paris, 1694, 1. VI, ch. ii, p. 174-177. L'auteur dit fort bien qu'il existait dès cette époque deux variétés de Roses de Provins. Leur couleur et leur odeur se conservaient en lieu sec jusqu'à dix-huit mois. Mais dès son temps, elles avaient atteint déjà un prix élevé: a Depuis quelque temps, dit-il, que les roses de Provins sont chères, à cause du peu de récolte que Ton en fait, la plupart des épiciers, apothicaires ou autres personnes qui vendent ou emploient des Roses de Provins, se contentent assez mal à propos de nos Roses rouges, soit de celles qui se cultivent autour de Paris ou dans les autres endroits. >
2 Statement of the Trade and Navigation of the Presidency of Bombay^ 1871-72, II, 43, cité par Flûckiger et Hanbury. Pharmacograpkiay I, 466.
d' ailleurs, l'odeur des pétales aug-mente avec le temps, sous rinfluence d'une dessiccation bien ménagée. A Provins, pour obtenir le maximum d'odeur, on recueille les pétales dès que la fleur commence à s*épanouir et on les étale sur une claie, où ils sèchent d'eux-mêmes, à l'air et à l'ombre, pendant soixantequatorze heures : puis on les expose pendant quelques minutes au grand soleil.
Il est évident que les éléments constitutifs des pétales ne sont plus ici les mêmes que dans le Rosa centifolia^ en particulier les tannins. Outre que le Roua gallica est doué d'une saveur astringente beaucoup pliis marquée, on sait que ses pétales, par l'exposition à l'air, prennent une teinte plus vive, alors que ceux du Rosa centifolia brunissent et s'altèrent. Il est vrai qu'il suffit d'une goutte d'eau, tombée pendant la dessiccation, pour produire le même effet sur les pétales du Rosa gallica^.
Les feuilles de cette espèce ne sont point odorantes. Selon les variétés, elles sont glabres ou velues. Les formes dites glabres étaient préférées à Provins pour leur odeur.
Le fl. damascœna Miller (Die t. n"* 15), {R. belgica Mill., R. portlandica Hort., R. biferaFEï^s., R. calendaram Mœnch., R, ?;ane^a^a Andrews) n'est, comme nous l'avons dit, qu'un hybride de R, gallica et de R. canina^ mais beaucoup plus voisin du premier que du second au point de vue du parfum, de même qu'au point de vue morphologique. C'est la Rose de Damas des horticulteurs, la Rose de Puteaiix^ la, Rose des Quatre-Saisons des droguistes. Beaucoup d'auteurs voient en elle la Rose de Pœstiim remontante, dont parle Virgile dans les deux vers célèbres des Géorgiqiies cités plus haut. Cependant, Pline parle des Roses de Milet, de Préneste, de Campanie, mais non de celles de Pœstum, La seule Rose trouvée à Pœstum de nos jours par
* Les pétales recueillis dès le début de la floraison ou même sur la fleur encore en bouton, n'ont pas d'onglet, ou n'en ont qu'un très peu développé. Ceux qui ont été recueillis après l'entier épanouissement présentent au contraire un large onglet blanc, qui trahit, pour les connaisseurs, une récolte faite trop tard et par suite la qualité inférieure du produit*
M. Wood, est le R. sempervirens. A en croire même Monardès *, le Rosa damascœna n'aurait été importé en Europe que depuis le commencement du xvi' siècle; mais il parait avoir confondu cette espècQ avec le R. moschata^ comme tous les écrivains de son époque, qui écrivaient indifféremment Roses damasquines ou musquées.
Quoi qu'il en soit, cet hybride est vraisemblablement d'origine fort ancienne et parait provenir réellement de Syrie. La plante fut rapportée de Damas et introduite ou réintroduite en Europe vers d57o. Il est vrai de dire qu'on n'en trouve plus aujourd'hui, parait-il, à Damas même. — La.Rose de Damas fut longtemps cultivée dans les jardins seigneuriaux et on la retrouve encore à l'état isolé dans quelques propriétés. Sa culture en grand, tout à fait abandonnée en France, est pratiquée aujourd'hui en Bulgarie, au pied des Balkans, pour l'extraction de l'essence de Roses, ainsi qu'aux Indes, parait-il, mais là en moins grande abondance ^
La fleur, de couleur blanche, rosée ou franchement rouge, possède l'odeur agréable du R. centifolia, mais moins prononcée, plus fine encore. Quelquefois même on a pu la trouver à peu près inodore. Les sépales et le pédicelle floral sontrecouvertsde poils glanduleux abondants, donnant une résine gluante à odeur camphrée, faible, non désagréable. Les feuilles sont glanduleuses sur leurs bords et dégagent une odeur très faible, lorsqu'on les froisse entre les doigts.
Cette espèce^ ou plutôt cet hybride, a donné un assez grand nombre de variétés dont la distinction est basée sur la disposition do rinflorescence, la couleur des fruits et la taille des folioles. Le R, belgica Mill., dont on a voulu faire une espèce à part, n'est qu'une variété à inflorescence corymbiformeetmultiflore. Le R. portlandica Hort. est une forme de culture, très répandue dans les jardins, qui a donné des hybrides doués de la plus suave odeur, figurant, sous Je nom de Roses Portland^
* Monardès. Tract, de ^osa^ 1561.
* Brandis. Fbrestal Flora of North-Western and Central India, 1874, 200. .
parmi les plus parfumées de toutes les Roses (^Rose dit Roi, La France, etc.).
Le Rosa tiirbinata Ait. [R. campamdata Ehrh., /?. francofurtensis Desf.) est un autre hybride de R, canina et de /?. gallica, frère par conséquent du /?. damascœna, qui doit son nom à Taspect remarquable de son réceptacle en forme de toupie. L^odeur de sa fleur est celle de toutes les Gallicanes, mais faible.
Le Rosa alba L., autre hybride de R. gallica et de R, canina, est au contraire beaucoup plus voisin de ce dernier, hon seulement au point de vue morphologique, mais encore, chose curieuse, au point de vue du parfum. Ce n'est pas Todeur de Rose véritable, c'est le parfum faible et presque caractéristique des R, camwa odorants. On le trouve en Bulgarie dans les cultures industrielles de Rosiers, OÙ sa présence, comme nous le verrons plus loin, est tout accidentelle.
§ 2. — • Caninœ,
Ce groupe est loin de présenter, au point de vue du parfum, la même homogénéité que le précédent, dont il n*a pas davantage l'homogénéité morphologique. L'odeur y est en général très faible, souvent nulle, en tout cas nettement distincte de celle des Gallicanes,
Le/Î. canina L. [Rose sauvage, Eglantier, DogRose des Anglais) est peut-être la plus répandue de toutes les Roses à l'état sauvage. La fleur en est bien connue : on la trouve abondamment en France dans les bois et les haies. On ne peut dire qu'il en soit fait de culture véritable, sinon par les horticulteurs rosiéristos qui s'en servent comme sauvageon ou support, pour la greff'e des variétés cultivées. Le calice, le pédicelle, les folioles sont dépourvus de tout appareil glanduleux. La feuille froissée ne dégage aucune odeur. La fleur, souvent à peiue odorante, exhale, surtout lorsque la teinte de ses pétales est plus foncée, un parfum d'une grande finesse, tout à fait distinct de celui du R. centifolia et des Gallicanes en général : ce parfum, qu'il est
bien difficile de déRnir et de faire connaître à qui ne l'a pas observé, se rapproche de celui du réséda cultivé, mais avec une délicatesse beaucoup plus grande. Il est tout à fait caractéristique du R, caniîia, et peut suffire, selon nous, à faire reconnaître une Rose du groupe des Caninse ou affiliée à ce groupe; il faut dire toutefois qu'il manque souvent, même chez les espèces voisines ; mais lorsqu'il existe, il ne peut laisser dans l'esprit aucun doute.
Le nombre des formes issues du R. canina est considérable. On en trouvera la liste dans l'ouvrage de Déséglise, avec une abondante et claire synonymie*, chose absolument indispensable dans le cas présent, les mêmes noms ayant été employés par plusieurs auteurs pour désigner des espèces très différentes.
Le R, rubrifolia Vill. [Rosier à feuilles rouges) que l'on trouve dans les bois montagneux de la France, a des fleurs complètement inodores. Il en est de même du jR. Maneti, dont Torigine n'est pas bien déterminée, et que les horticulteurs emploient aujourd'hui comme sauvageon pour la greffe, concurremment au R. canina^ — du R. biserrata Mér., du R. collina jAcg., dont les feuilles dégagent, lorsqu'on les froisse, une odeur résineuse, — du R. ramealis^ du R, medioxina Deséglise, du R. Kluckii Besser. du R. sylvatica Tauschn., du R, obtusifolia Desv., du R. frutetorum Bess., du R, montana Yill., etc.
L'espèce la plus importante de tout ce groupe est le R. indica L. (R. chinensis Jacq., R. benghalensis Pers., etc.), souche de la belle série des Roses-Thés. Son origine est mal connue : on tend cependant à admettre qu'elle provient du Japon et qu'elle n'est pas sans quelque affinité avec le R. Siebboldii Crépin. La première variété en fut introduite en Europe en 1810 sous le nom de R, -odorata : la, Rose-Thé ]a.une fut introduite en 1824, et c'est du croisement de ^ces deux variétés que provint, par
^ Desëglisb. Catalogue raisonné des espèces du genre Rosier^ 1877.
hybridations successives, rabondaute lignée des Roses-Thés des horticulteurs.
Il est bien difficile d'indiquer d'une façon générale quelle est Todeur des Roses-Thés, car il n'est rien de plus variable. Ketlen a bien parlé d'une variété American Banner dont les fleurs posséderaient véritablement l'odeur du thé : nous n'avons pu en juger par nous-même. Mais chez les Roses cultivées en France, nous avons vainement cherché à en constater l'existence. M. Crépin,dont l'autorité en matière de Roses est indiscutable, nous écrit « qu'il faut avoir le nez singulièrement organisé, lui semble- t-il, pour retrouver dans l'odeur de cette Rose, qui est fine et délicate, l'odeur du thé ».
Une grande partie des Roses-Thés sont complètement inodores *. — Quelques-unes possèdent des odeurs spéciales, empruntées à d'autres plantes, odeur de pêche *, odeur de melon ' odeur de violette *, odeur d'œillet', etc. Un certain nombre possèdent une odeur des plus suaves, qui ne ressemble que de très loin à V odeur de Rose^ et se rapproche plutôt de celle de la framboise. Citons, parmi les jaunes « Maréchal Niel », parmi les rouges « Goz/iaw//», parmi les blanc-crème « Madame Bravy ». Entre toutes ces Roses, on trouvera des nuances d'une finesse exquise, mais dont il nous est impossible de considérer chacune comme un type spécial, sous peine d'en créer autant qu'il existe de variétés de Thés.
Enfin certaines Roses-Thés possèdent une odeur douce, indéfinissable et pour laquelle tout terme de comparaison nous manque. Telle est cette belle variété à large fleur d'un jaune transparent, un peu saumoné, à pétales légèrement charnus, que Ton cultive dans beaucoup de jardins, sous le nom de « Gloire de Dijon ».
* « Mélanie Souppert », « Marie Guillot », « Marie-Caroline de Sertoux », « Triomphe de Milan », etc.
2 « S ocra te ».
3 « Elisabeth Barbenzien ».
* « Isabelle Nabonnand ».
* « Safrano ».
Notons que la variété « Safrano^ » à fleurs d'un jaune de cuivre, à pétales minces, à calice légèrement glanduleux, qui a servi de souche à toute une série de Thés inodores, est cultivée en Provence, où elle est quelquefois distillée pour la fabrication de l'eau de Roses. Son odeur est très faible et légèrement caryophyllée : c'est une Rose d'automne, qui ne donne à la distillation qu'un produit de très basse qualité et dont le mélange avec Tessence tirée du R, centifolia constitue une véritable fraude.
Les variétés voisines des Roses-Thés ou issues d'elles par croisement, sont nombreuses et plusieurs d'entre elles ont une importance considérable pour l'horticulture.
Le R. fragranS' Red. [R. odoratissima Sweet) est une variété indienne de Rosa iîidica, à odeur forte, pas toujours agréable*.
Le R. caryophyllea Red. passe pour posséder l'odeur de l'œillet.
Le Rosa semperflorens Curt. {R. ôenghalensis Pers.) ou Rose du Bengale^ est la souche de toute une race de culture à fleurs fréquemment simples, jamais largement pleines comme celles des Thés cultivés, à taille en général très réduite. Leur histoire au point de vue du parfum est très courte : elles sont à peu près toutes inodores. C'est à ce groupe qu'appartiennent la Rose naine ou Rose de Miss Lawre^ice^ Liliput Rose des Anglais, {Rqsa Laurenceana Sweet, R, minima Curt.), complètement inodore, — la fameuse Rose verte {R. viridiflora) ^ spontanée, paraît-il, en Amérique, dont tous les pétales, comme les sépales, ont conservé la couleur verte, la forme et jusqu'à la nervation des feuilles, et qui possède une très légère odeur caryophyllée, — la rose « Cramoisi supérieur ^ » cultivée aujourd'hui en grand dans le département du Var, pour la production des pétales secs destinés aux pharmacies, où ils remplacent ceux de«la Rose de Provins, etc. Cependant quelques variétés cultivées de Ben-
* Gardener's Chronicle 1887, II, 430.
gales donnent souvent une très légère odeur, voisine de celle de certains Thés, la rose « Bûcher », par exemple.
Ici se place l'histoire des Roses horticoles nées de Thybridation des Thés avec d'autres espèces.
La plus importante de ces races, à l'heure actuelle, est celle dite des Hybrides remontants , issue du croisement des Thés avec le /?. centifolia.
Un second croisement des Thés avec les Hybrides remontants qui en étaient déjà issus, a donné la race des Hybrides de Thés,
Le croisement du R, indica avec le R. moschata a donné la race des Roses Noisette, du nom de l'horticulteur français P. Noisette, qui l'obtint en Amérique à la suite d'une pollinisation artificielle faite au pinceau, ainsi qu'il résulte d'une lettre écrite d'Amérique par lui-même à son frère L. Noisette *. Les variétés cultivées aujourd'hui ne proviennent ordinairement plus de la Rose Noisette primitive, mais d'un croisement de celle-ci avecles Thés^ croisement qui a donné la race àe^^^ Hybrides de Noisettes.
Le croisement du Rosa indica avec le R. Damascœna a donné la Rose Bourbon [Rosa borbonica Red.), introduite en France en 1819: le croisement des Roses Bourbon avec les Hybrides remontants a donné les Hybrides de Bourbon.
Le croisement du R. indica avec le Rosa alpina a produit la Rose de Boursault (R, reclinata Red.).
Enfin un dernier croisement avec le R. arvensis a donné le R. ruga Lindley.
Les Hijbrides remontants comprennent aujourd'hui plus d'un millier de variétés, dont la couleur varie du blanc au rouge violacé, en passant par toutes les nuances du rose, et dont l'odeur varie dans d'aussi larges limites : il est facile de prévoir, en effet, que dans l'union des Centifolia^ toutes fortement odorantes, avec les J^^setles Bengales^ dont les premières sont très inégalement odorantes elles secondes tout à fait inodores,
* On en a fait une espèce sous le nom de R. Noisetteana Bosc.
on aura toutes les variétés possibles de combinaisons d'aronies. Beaucoup sont complètement inodores ^ Un certain nombre possèdent une odeur d'une grande douceur', le parfum des Roses- Thés odorantes. D'autres ont un parfum très' léger', à peine perceptible pour beaucoup d'odorats, et qui rappelle celui de quelques Thés. Quelques-unes possèdent très exactement Todeur du R. centifolia ^. D'autres* ont l'odeur fraîche et fine du Rosa canina. D'autres enfin possèdent, comme certains Thés, une odeur de fruit, la « Souveraine » par exemple, qui donne exactement l'odeur du melon. D'une façon générale, dans le groupe des Hybrides remontants], les Roses rouges donnent plus d'odeur que les blanches ou les violettes *. Les Roses blanches sont inodores presque sans exception, et peu de Roses violettes ou d'un rouge très foncé sont agréablement odorantes.
La série des Hybrides de Thés touche de très près à celle des Hybrides remontants, puisqu'elle résulte d'un second croisement de ceux-ci avec les variétés du Rosa indica dont ils sont euxmêmes issus. Il semble donc à priori que les caractères des Roses-Thés vont s'y trouver doublement accusés, ce qui n'est vrai qu'en partie. Ces hybrides sont beaucoup plus odorants que ne le sont en général les hybrides remontants et les Thés euxmêmes ; un très petit nombre sont absolument inodores et appartiennent uniquement aux variétés blanches ou claires : la grande majorité a hérité du parfum des Thés odorants, et partout où ces derniers sont entrés en croisement, c'est leur
* « Victor Verdier », c Baronne de Rothschild », « Baron Taylor », c Ernest Prince », etc.
2 On la trouvera prononcée surtout chez« Charles Lefebvre », « Baronne Prévost », etc. « Charles Lefebvre » exhale une odeur très fine, toute spéciale.
^ « Eugénie Verdier », « Marquise de Castellane ».
* € Lady Sheffield », « Adélaïde de Meynot >, u Docteur Garnier ». ^ € Comtesse de Mailly », « Madame Lelièvre ».
* a Eugène Furst », « Abel Carrière », « Scipion Cochet », « Général Jacqueminot », roses des plus odorantes, sont d'un rouge pourpre ou vermillon. « Sidonie », « Comtesse de Jaucourt », < Madame Scipion-Cochet » très odorantes encore, sont d'un rouge un peu plus clair.
odeur qui s'est imposée ^ C'est à ce groupe qu'appartient une des plus belles Roses de culture comme forme et comme parfum, la rose « la France))^ dont Todeur délicate rappelle celle des lloses-Thés les plus exquises, comme Maréchal Niel on Devoniensis, mais avec une nuance qui lui est propre.
Nous ouvrons ici une parenthèse pour un petit groupe allié indirectement aux Roses-Thés, les Hybrides de mousseux^ issus du croisement du R. centifolia, var. muscosa, avec les Hybrides remontants. Ils sont en général très odorants, souvent même plus odorants que la Rose mousseuse primitive non remontante^ Une variété d'un rose vif, à centre pâle, la Rose « Salet » passe pour exhaler une odeur nettement musquée, que l'on ne trouve guère que chez elle.
Les Roses Noisettes sont en grande majorité absolument inodores. La variété « Unique jaune »fait exception dans ce groupe en donnant une légère odeur de jacinthe. Quelques variétés possèdent une légère odeur assez agréable de Rose-Thé ^ La variété « Desprez » a une odeur de fruit très accusée, telle qu'on la trouve chez certains Thés. C'est dans ce groupe que l'on trouve les rares hybrides ayant conservé intacte la couleur jaune primitive du R. indica. Beaucoup ont des tiges sarmenteuses.
Les Roses Bourbon^ hybrides du R. damascœna et de la Rose Bengale^ autre variété de R, indica^ ont la taille réduite de
* « Devoniensis > une des plus délicieuses Roses-Thés, au point de vue du parfum, croisé avec « Victor Verdier », hybride inodore, a donné « Lady Marie Fitz- William », chez laquelle le parfum de « Devoniensis » se retrouve avec toute son intensité. «Président », Rose-Thé doucement odorante, croisée avec « Charles Lefebvre », hybride très odorant, a donné « Countess of Pembroke » dont l'odeur est celle de « Président ». Il faut dire cependant que cette règle n'est pas sans comporter quelques exceptions. « Beauty of Stapleford » Rose complètement inodore, est issue de « Countess of Oxford > , hybride assez odorant, et de «Madame Bavy », la plus délicieusement odorante des Roses-Thés blanches.
2 C'est le cas des variétés « Clémence Robert », « Eugène de Savoie ». La variété naine « Soupert Notting », que Ton rencontre a^sez fréquemment dans les jardins, est douée d'une odeur qui rappelle plutôt celle du Uona centifolia que celle des Roses mousseuses, bien que la nuance soit faible.
^ « Célestine Forestier », « Claire Garnot », « Earl of Eldon ».
cette dernière, mais avec des fleurs beaucoup Ces Qeurs, plus belles et plus abondantes en auton sont presque toutes peu ou point odorantes. Les ment les plus connues et les plus recherchées d Bourbons sont inodores'. Les Hybrides résultant des Bases Bourbon avec les Hybrides remontants même cas.
La Rose Botirsault, hybride de R. alpina et de l de deux espèces peu odorantes, est elle-même i plusieurs de ses variétés de culture ont des feuillt celles très glanduleux, exhalant, quand on les fro odeur de résiue.
§ 3. — Synsiyke.
Ce groupe, caractérisé par l'union des styles ei centrale, est étroitement allié au précédent; le p; par l'intermédiaire du Rosa stylosa Desv., qui a é placé dans l'un et l'autre groupe. La preuve de ce elle était à faire, serait donnée par la similiti d'odeur que l'on observe entre le R. canina, et ] les mieux caractérisés des Synstyk'es, l&R. arvem de part et d'autre la même odeur fine de Réséi avons signalée plus haut. Il en est de même de Bast., r. leucochroa Desv,, B. repcns Scop., et de variétés du R. sempervirens L. Le B. moschata Mi paraît-il, une odeur douce d'œillel, sans rappor celle du musc : nous n'avons pu avoir la fleur ent sa variété moussue R. Brunonii Lindl [R. Bro a des pédicelles et des sépales fortement hispidodégageant également une odeur d'œillet des plus 1
Le R. aroensis a donné une variété cultivée, la d'Ayr, Ayrshire Ruse dos Anglais (R. capreoiata