‹ Les professions et la société en AngleterreChapitre 103 sur 112 · R. Thamin, Éducation et Positivisme, p. 167. Paris · texte numérisé non relu

R. Thamin, Éducation et Positivisme, p. 167. Paris

LA REUGION 28^

mineurs de Newcastle a été adoucie et embellie par la lecture des tragédies grecques, les filateursd'Oldham ont goûté l'histoire de Florence, et les pauvres ouvriers de Londres ont pu contempler les toiles de Watts et de Burne- Jones à Toynbee-HalK

Mais la renaissance néo-catholique n'a point eu sur la masse cette prise morale et cette action pratique dont a joui le méthodisme, Newman, qui avait rêvé d'abord d'évangéliser le peuple, est bien vite entraîné et pris par la controverse théologique : il ne quitte pas le milieu intellectuel et c'est là qu'il lutte pour son idée et pour sa foi. Tout compte fait, le mouvement d'Oxford n'a guère eu d'influence que sur une élite, mais, par elle, a laissé sa marque dans la littérature, l'art, la philosophie et surtout la théologie.

Après le retour de Newman au catholicisme de Rome, le mouvement, ravalé à des questions d'étiquette, de costume et d'architecture, gagne en surface, mais perd en profondeur. L'Église anglicane se divise en deux camps. L'un, celui des ritualistes ou de la haute Église, par l'attention donnée à tout ce qui peut embellir le lieu du culte et rehausser la pompe du service divin, se rapproche du catholicisme romain : c'est le culte élégant, superficiellement esthétique, qu'affectionnent les clergymen de la jeune école, plus soucieux de plaire aux yeux que de gouverner les âmes ; la société riche, aristocratique les entoure et les choie. L'autre camp, celui de la low Church, se rapproche du méthodisme par l'austérité des cérémonies, par la préoccupation d'agir sur les masses et de rallumer en elles la vieille flamme puritaine. Mais la

clientèle du nombre est déjà prise; et dans les conseils de l'Église, parmi les prélats qui gouvernent, domine l'esprit aristocratique. La loiv Church essaie en vain, pour abattre ses rivaux ritualistes, de réveiller les colères par le cri traditionnel : No poperyf Un jugement solennel de l'archevêque de Cantorbéry la condamne '. Les classes moyennes, fidèles à leurs instincts séculaires, se tournent vers la religion qui leur rappelle le plus l'Église des Cranmer et des Latimer : le méthodisme, d'abord le refuge des misérables, devient aussi l'asile préféré de la partie la plus solidement assise et conservatrice de la nation.

Aujourd'hui la liberté de conscience et de culte complète est garantie par la loi; mais les mœurs sont quelquefois en retard sur la loi. De temps en temps le vieux fonds d'intolérance agressive remonte à la surface, et les fanatiques visent une victime de choix. La lutte acharnée du cléricalisme contre la science s'est poursuivie en Angleterre comme ailleurs. Les démêlés de Huxley avez les Révérends X. . . , Y. . . et Z. , . sont célèbres. Le Révérend Jowett fut pendant quelque temps chassé de la chaire de grec d'Oxford : le cléricalisme intransigeant reprochait à l'auteur de ï Interprétation de VÉcriture sa « remarquableindifférence à l'égard de toute doctrine ». Robertson Smith, le célèbre sémitisant, fut expulsé de la chaire d'hébreu et d'exégèse de l'Ancien Testament au Free Church Collège d'Aberdeen. Rappellerai-je enfin tout le beau tapage que l'on fit en 4892 dans la Cité pour

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