‹ Les professions et la société en AngleterreChapitre 105 sur 112 · Voir rÊduc. des classes moy. et dir. en AngL, chap. vni · texte numérisé non relu

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maire aussi, la clause de conscience a produit l'apaisement; la libre concurrence entre les écoles engendre la tolérance religieuse. De même à Oxford : un ecclésiastique de l'Église établie constate que, depuis que les charges et les grades de l'Université sont ouverts à toutes les confessions, l'agnosticisme et les opinions antireligieuses assez fréquents il y a vingt ans ont disparu : le coup porté à l'Église établie a été au contraire un bienfait pour elle K Lorsque en février 1892, à quelques jours d'intervalle, Manning et Spurgeon disparaissent, la nation tout entière, sans distinction de sectes ni de partis, confond dans son admiration et ses regrets le grand cardinal romain et le grand prêcheur baptiste : et ce n'est pas que l'indifférence religieuse ait amolli les cœurs; mais l'apaisement s'est fait, parce que le fanatisme a cessé d'aveugler les masses. Manning, représentant du pape de Rome, fut une force sociale, et ce peuple qui, il y a trente ou quarante ans, l'aurait accablé d'injures, sut s'honorer en l'honorant comme un saint. Spurgeon, l'orateur populaire sans culture qui se fit lui-même à la lecture des Apôtres, entraîna derrière son cercueil une foule immense, humbles et grands de la terre, savants et ignorants, qui admiraient en lui l'orateur inspiré, sachant aller par une force irrésistible jusqu'au cœur même de ceux qui l'écoutaient.

Si, à travers toutes les crises politiques, sociales et religieuses, l'Anglais a conservé le respect des choses

1. Communication du Rév. J.-H.Maude, de Hertford Collège, Oxford, au congrès ecclésiastique de Rhyl, le 8 octobre 1891.

sacrées et le besoin d'écouter l'homme de Dieu, c'est que a. la liberté de conscience n'a pas été établie aux dépens du sentiment religieux ». On a su fonder la tolérance sans porter atteinte à la foi ^ D'ailleurs lÉglise et la religion n'ont pas fait cause commune : la situation de l'Église établie étant menacée, l'avenir de la religion n'est pas compromis. L'Église, enfermée dans son cadre traditionnel, liée au sort de la gentry, ne parviendra sans doute point à s'adapter aux nécessités nouvelles d'un État démocratique. Mais les Églises passent et les religions durent.

L'Anglais a préservé le sentiment religieux, comme une source d'activité qui ne s'épuise pas, un point d'appui qui ne manque pas. Il conserve une place à cette force qui le soutient, l'anime et le pousse. Dans les pays anglais d'activité jeune et exubérante, comme l'Australie, où la vie large devant la nature vierge doit être affranchie des préjugés du vieux monde, les libres penseurs continuent de faire partie d'une Église et d'assister aux offices ^ Et ils n'agissent pas par hypocrisie : tel gentleman anglais, athée depuis son enfance, fréquentait assidûment le culte et lisait les prières en famille % comme un libre penseur français se marie à l'église ou ne demande pas qu'on l'enterre civilement. Ce sont là tacites hommages à une force sociale que tous respectent comme salutaire et nécessaire.

De même qu'en art et en littérature, l'Anglais

1. E. Boutmy, Ann. de VÉc. des se. poL, octobre 1887, p. 521.

2. SirCh. W. Dilke, ProblemsofGreaterBritain,i''éd. London, 1890, p. 596.

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