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qui se presse à Balliol. En 1841, au moment où le fameux « Tract 90 » de Newman venait de jeter le désarroi dans les esprits, il se lève, avec trois autres tutors de Brasenose, de Saint-John's et de Wadham, pour défendre la discipline de l'Église établie. L'année suivante, n'ayant pas dépassé la trentaine, il est appelé à recueillir la lourde succession du docteur Arnold, comme headmaster de Rugby. Pendant huit ans, il se dépensa dans cette nouvelle tâche avec l'ardeur double d'un intellectuel et d'un homme d'action. En 1850, la fatigue l'oblige à abandonner ce poste de combat. Il rentre dans les rangs du clergé et devient doyen de Garlisle. Sa santé refaite, son énergie renaît; en 1856 évêque de Londres, et douze ans plus tard archevêque de Cantorbéry, cet homme, qui avait commencé par être un simple maître d'école, s'éleva jusqu'à la plus haute dignité ecclésiastique.
Arthur Penryn Stanley, de quatre ans plus jeune que Tait, appartenait à la famille des Stanley of Alderley. Son père, recteur d'Alderley, puis évêque de Norwich, a laissé le souvenir d'un grand cœur et d'une vie exemplaire, d'un esprit large, ouvert à toutes les nobles curiosités, et d'une âme dévouée à ses devoirs : ces qualités étaient rares alors dans l'Église établie. Le jeune Arthur hérita de son père la distinction de l'esprit, l'élévation du caractère, et, dans ses œuvres, un généreux libéralisme allié à une grande stàreté de goût. Élève de Rugby, quand Thomas Arnold débutait comme headmaster, il porta toute sa vie en lui l'exemple et les enseignements d'Arnold, et, quand il se mit à écrire la vie de son
maître, il fit tout naturellement, sans effort un chefd'œuvre. Cette biographie d'Arnold, si belle et si pure par le sujet, si délicatement traitée, est le livre de chevet des éducateurs et des moralistes. Fellow de University Collège, Oxford, tutor pendant douze ans, Stanley fut appelé, en 1853, à la chaire d'histoire ecclésiastique de l'université. Chose rare, il fut à la fois écrivain de goût et prédicateur de talent; il est mort, en 1881, doyen de Westminster, dans cette charge qu'ont occupée quelques-uns des plus brillants orateurs de l'église anglicane, et il y a laissé un souvenir qu'aucun de ses successeurs n'a pu faire oublier.
Ces exemples peuvent suffire à montrer que l'Église a puisé ses chefs et ses prélats, ses docteurs et ses saints aux mêmes sources, d'où l'aristocratie et les classes dirigeantes tiraient leurs leaders et leurs hommes d'État. Il y avait communauté d'origine sociale et unité d'éducation. Même après ce tournant de la vie où la vocation se décide, le futur clergyman continuait de partager l'existence du jeune savant ou du futur homme politique; sans doute, il choisissait un tutor de théologie pour l'initier à la discipline de l'Église, tandis que ses camarades, selon leurs goûts, s'adonnaient aux études purement littéraires ou scientifiques; mais tous se retrouvaient le soir à la common room, aux débats du Union Club, ou bien, durant les heures réservées aux exercices corporels, sur la pelouse du cricket ou sur la rivière, l'aviron en main. Le clergé anglican d'aujourd'hui est, pour les trois ou quatre cinquièmes, sorti des vieilles universités; le reste a été formé à King's
Collège, Londres, ou dans quelques autres collèges spéciaux*.
1. On commence à trouver que le système ne va pas sans de sérieux inconvénients; quelques personnes prétendent que l'instruction théologique donnée aux universités est une préparation insuffisante au ministère ecclésiastique :
« What more spécial training for the candidates for Holy Orders can the Universities supply? This is certainly defective. The collèges do not supply, and never hâve supplied, such training; and so strongly is this now felt that the collèges are beginning to confine their testimonials sent to the Bishops to certificates of good character, and to décline even to express an opinion as to whether in other respects a man is a suitable candidate for the ministry. It is possible, of course, to found theological collèges in Oxford, one such collège, Wycliffe Hall, is already in existence, and there is a similar hall at Cambridge; but in an in.mense majority oT cases it is probably far better that a man should go elsevvhere for this part of his training. Useful work is done in Cambridge by the Clergy School, which attempts to supply some of the advantages of a theological collège to graduâtes who continue to réside in the University. The theological instruction given by the University and the collèges bas in Oxford been diminished in quantity, though it is to be hoped that it bas gained somewhat in quality. The enormous influence of the Pusey House upon the religions life of Oxford is a thing for which Churchmen cannot be too thankful, and it proves the need which it has been enabled in great measure to supply
» Religions éducation in the Universities must dépend, not upon institutions or régulations, but upon personal and individual influence. The condition of things at Oxford, at ail events, in now eminently favourable to the exercise of such influence. » (Communication du Rev. J. H. Maude, de Hertford Collège, au congrès ecclésiastique tenu à Rhyl, en octobre 1891.)
Dans cette même séance, le prof. Rendall, principal de University Collège, Liverpool, faisait remarquer que le clergé anglican dédaigne, bien à tort selon lui, de faire usage des collèges provinciaux, tandis que les dissidents ne manquent pas de se servir des moyens de culture qu'ils leur offrent.
Cette réserve s'expliquerait assez, jusqu'à ce jour, par ce fait qu'Oxford et Cambridge suffisaient aux besoins de l'Église
Il y a trente ou quarante ans lorsque, pour devenir fellow d'Oxford ou de Cambridge, il fallait entrer dans les ordres, le clergé recueillait les meilleurs sujets universitaires et attirait même des membres des plus hautes classes de la société *. L'Église a vu singulièrement réduire ses privilèges. Ceux qui lui restent sont menacés; elle doit combattre pour les défendre. La lutte fortifie et aguerrit. L'Église ne serait pas en danger si elle était assez robuste pour supporter une existence plus dure, et assez souple pour se plier aux nécessités nouvelles. Elle traverse une crise grave, cela est indiscutable : en sortirat-elle retrempée et renouvelée?
L'Église établie, s'étant pendant des siècles appuyée sur l'aristocratie, a fini par se confondre avec elle; son clergé a pris rang parmi les classes les
établie, et que, par tous les avantages exceptionnels dont elles jouissent, les vieilles universités exerçaient une attraction irrésistible sur les jeunes gens qui se destinaient à l'Église.
1. « Le pasteur anglican d'il y a cinquante ans (vers 1832) avait généralement de la fortune; c'était parfois le frère cadet du landlord, à qui l'on avait réservé le bénéfice de famille; parfois aussi le landlord lui-même, la cure faisant partie de son domaine. Ses devoirs professionnels étaient l'office du dimanche, en semaine les mariages et enterrements, et les visites aux malades. Pour le reste il vivait comme ses voisins, se distinguant d'eux seulement par sa redingote noire, sa cravate blanche et une plus grande circonspection dans ses actes et ses paroles. Il cultivait sa terre, montait à cheval, chassait à tir et à courre modérément, et allait dans le monde. Il était généralement magistrale, assistait aux meetings publics, et son éducation le mettait à même de prendre une part prépondérante aux affaires du comté... » (J.-A. YrouAe, Short Studies on great subjects, vol. iv, the Oxford counter-reformalion, letter I.)
plus élevées et les plus exclusives de la société * ; en trop d'endroits, il a perdu le contact, non seulement du peuple, mais des classes moyennes * ; il a
1. Comparez la situation de notre curé de campagne, fils de paysan, vivant pauvrement d'un maigre traitement, à celle de ce recteur anglican d'un comté du Centre (je copie mes notes de voyage) : R... Reclory est à deux milles de B..., la capitale du comté; le site est délicieux; c'est un grand domaine qui appartient à New Collège, Oxford. La paroisse compte 400 habitants, fermiers et ouvriers agricoles. Le recteur, le Rév. D..., est un ancien élève de Rugby et de New Collège. Sa résidence est celle d'un riche squire au milieu d'un beau jardin planté d'arbres séculaires, orné de pelouses bien unies pour le tennis. L'intérieur, confortable, élégant même, est comme illuminé par la présence d'une figure idéale : la jeune femme du recteur est une délicieuse créature, presqueaérienne, une héroïne de Watts ou de Rossetti. Ame simple et passionnée, elle s'est entourée de chefs-d'œuvre; elle a un culte pour notre J.-F. Millet, dont elle lit et relit la vie...
2. On sait que l'Église anglicane est encore sous le régime des bénéfices ecclésiastiques; les cures appartiennent, par parties égales, à l'État et aux particuliers (grands propriétaires, fonciers, lords of the manor, simples squires). L'État et les particuliers exercent le droit de présentation; ils présentent à l'autorité ecclésiastique leur candidat pour chaque bénéfice vacant, dont ils ont le « patronage ». 11 est admis qu'un particulier peut céder, moyennant compensation, son droit de présentation; cet usage a entraîné de nombreux abus. 11 arrive que des clergymen en quête d'un cure achètent pour leur propre compte la place vacante; or, le droit de présentation suppose deux personnes dont l'une est juge des mérites de l'autre. L'archevêque de Cantobéry n'a pas hésité à condamner publiquement ces abus; il a même introduit à la Chambre des lords un bill interdisant le trafic des bénéfices. Car il s'est créé des agences pour la vente et l'achat des cures vacantes : on vendait une cure, non plus seulement par relations, comme une charge de notaire, mais par l'intermédiaire d'un agent, comme un immeuble.
Dans la séance de la Chambre des lords du 16 mars 1893 l'archevêque de Cantorbéry a montré, par des exemples, combien les intérêts de l'Église et le souci des âmes devaient être
rendu les cérémonies plus compliquées, les rites plus solennels et la pompe plus riche. Au sein même de l'Église, tout un parti a commis la faute de prendre ou de se laisser donner un nom qui le lie irrémédiablement aux classes riches, la High Church. La Haute Église a trop clairement visé à se concilier les grands de ce monde, singulière imprudence au moment où le pouvoir passe des a classes » aux « masses ». Au contraire, les ministres des cultes dissidents sont d'ardents apôtres, de véritables missionnaires à l'intérieur; ils ont fait la conquête de la plus grande partie des classes moyennes et populaires *, dont ils partagent la vie, les souffrances, les préjugés, et dont ils savent parler le langage.
L'Église établie, si elle veut reconquérir son influence sur les masses, — en admettant qu'il ne soit pas trop tard, — doit modifier non seulement son esprit, mais encore toute son organisation. Par l'flc extension universitaire », dans sa forme la plus récente, quelques généreux esprits sont parvenus
étrangers aux hommes qui entrent en possession d'un bénéfice par de pareils moyens : « Quand un homme achète un patronage et se présente lui-même, c'est très souvent parce qu'il est tenté par la maison et le jardin de la cure, par la pèche ou la chasse dans les environs... » Les réclames des agents sont tout à fait édifiantes. L'archevêque de Cantorbéry en cite quelques-unes : « Occasion pour un amateur de sport. — Presbytère : 4 000 livres. Entrée en possession prochaine. Prix : 2 000 livres. » Une autre annonce parle d'une « cure séduisante », située « près d'une plage à la mode •. Une autre encore : « Population : 1 500 âmes, peu de fidèles. •
1. 11 faut ajouter que l'Armée du Salut a réussi à embrigader la population misérable de plusieurs grandes villes.
à réconcilier le peuple avec les vieilles universités aristocratiques : ayant trouvé des procédés nouveaux, ils les ont appliqués avec un véritable amour du peuple. L'Église doit faire de même, le mal est si évident, le danger si proche, que l'un des hauts dignitaires de l'Église, l'archidiacre Farrar, affrontant les préjugés et les répugnances héréditaires de la nation anglaise, proposait récemment de créer des ordres religieux anglicans, dont les membres, ayant fait vœu de pauvreté, d'obéissance et de chasteté, pourraient vivre parmi les ouvriers et servir d'auxiliaires aux recteurs des paroisses *.
Les public schools et les grammar schools ont confondu leur histoire pendant des siècles avec celle de l'Église établie. Elles recrutent le personnel enseignant et dirigeant, comme l'Église son clergé, parmi les gradués d'Oxford et de Cambridge, sauf pour les maîtres de sciences naturelles, qui sont des gradués de Londres ou de Victoria University. Les universités ne donnent pas à l'étudiant qui se destine à l'enseignement la préparation professionnelle : le B. A. (ou M. A.) ^ retourne comme maître à la
1. Celle proposition qui, jusqu'à présent, ne paraît pas avoir eu de suites, était appuyée par les évêques de Londres, de Wincliester, de Chester, de Lincoln et de Southwell.
Trouver le nombre nécessaire de clergymen pour le service de l'Église est impossible, dans la pratique, s'il faut leur donner à tous un traitement qui leur permette de se marier et de vivre d'une façon « respectable » : telle est l'une des principales difficultés qu'il s'agit de vaincre.