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CHAPITRE VII

Le clergé. — Le corps enseignant.

L'église et le clergé en Angleterre ont été, et sont encore, liés aux destinées des public schools et des universités. A cela, deux raisons principales : d'une part, le clergé de l'Église établie se recrutait jadis exclusivement aux universités, et c'est là qu'il se forme encore aujourd'hui presque tout entier ; d'autre part, le personnel dirigeant et enseignant des écoles dotées et des collèges universitaires était composé, dans une forte proportion *, de clergymen de l'Église établie. Le temps n'est pas loin où les vieilles universités avaient pour fonction presque unique de servir de séminaire au clergé anglican; aujourd'hui encore, la plupart des hauts dignitaires d'Oxford et de Cambridge, presque tous les headmasters des public schools et des grammar schools sont des clergymen.

1. Cette proportion a varié : elle tend à diminuer. Voir l'Èducat. des classes moyennes et dirigeantes en Angleterre, p. 50, noie 2.

Ainsi les membres du clergé, comme élèves d'abord, comme maîtres ensuite, étaient en contact permanent avec les enfants de l'aristocratie dont ils étaient d'abord les condisciples, puis les maîtres : le clergé anglican a fini par faire corps avec les classes dirigeantes. De là son long règne, fondé sur ces mêmes privilèges que l'aristocratie s'efforçait de justifier et de conserver, et qu'il partageait avec elle; de là aussi sa faiblesse et sa gaucherie, quand l'heure vint de compter avec le peuple, et quand la nécessité s'imposa à l'Église établie de pénétrer les masses et d'y chercher son point d'appui.

La famille Wordsworth est le type de ces familles cléricales qui se perpétuaient dans les hautes charges de l'Église, par droit de naissance et de talent, comme autrefois chez nous, dans l'armée et au parlement, la noblesse de robe ou d'épée. Charles Wordsworth, mort le 5 décembre 1892 évêque de Saint- Andrews, a conté quelques mois avant sa fin ses souvenirs de jeunesse. Son père Ghristopher Wordsworth était déjà dans les ordres, où il fit une brillante carrière; d'abord chapelain de Manners Sutton, puis archevêque de Cantorbéry, il obtint, pour sa retraite, un poste académique considérable, celui de Master (principal) de Trinity Collège, Cambridge. Le « maître » de Trinity eut plusieurs fils : l'un mourut jeune, fellow de Trinity et déjà célèbre parmi les érudits pour sa science du grec; l'autre, Christopher, fut archidiacre de Westminster, puis évêque de Lincoln, et son fils est actuellement évêque de Salisbury; enfin Charles Wordsworth, l'auteur des Souvenirs, fit ses classes à Harrow, où il eut Manning pour condis-

ciple. Les succès athlétiques du futur évêque de Saint- Andrews sont restés célèbres; il les conte luimême avec infiniment d'humour : capitaine des « onze » à Harrow, il eut l'honneur de les conduire à la lutte contre les a onze » d'Eton, parmi lesquels figurait son frère, dans le premier match de cricket qui eut lieu entre les deux écoles'. Il fut l'un des promoteurs de l'athlétisme alors à ses débuts. A l'université, nous le retrouvons parmi les plus forts au cricket et à l'aviron; il est sur la rivière au nombre des a huit », et sur la pelouse parmi les « onze » champions d'Oxford, dans la première course à la rame et le premier cricket-match des deux universités -.

Il était aussi assidu au travail qu'au jeu et aussi brillant dans les concours que dans les matchs. Inscrit à Christ Ghurch, il eut pour concurrents et même pour élèves W. E. Gladstone, Henry E. Man-

1. A Harrow, Manning était loin d'être aussi fort au cricket que son camarade, Charles Wordsworth. Celui-ci, pour l'encourager, lui fit, un jour, présent d'un « bat », à quoi Manning répondit :

Harrow, 12. september 1825.

The bat that yoo were kind to send Seems (for as yet I bave not tried it) good; Ând if there's anylhing on earth can mend My -wretcbed play, it is that pièce of wood.

2. Cinquante ans plus tard, un banquet réunissait les survi vants de la première rencontre d'Oxford et de Cambridge. Le capitaine des « Oxford blues », devenu évêque de Saint-Andrevvs, fut empêché, par les devoirs du carême, d'assister à la cérémonie, que présidait le juge Chitty : mais il fut représenté par le jersey qu'il portait le jour de cette bataille mémorable et qui, conservé comme un trophée, figura, pendant le dîner du jubilé, au-dessus du fauteuil présidentiel.

ning, Walter K. Hamilton, qui devint évêque de Salisbury; lord Lincoln (duc de Newcastle); Thomas B. Acland, Charles J. Canning, fils du premier ministre et qui devint gouverneur général des Indes; c'est sur de pareils rivaux que Charles Wordsworth remporte les prix de vers latins et de composition latine. Au sortir de l'université, nommé « second maître » à Winchester, la plus ancienne des public schools, il publie une grammaire grecque, demeurée classique. Ecolier, étudiant, maître, pasteur, évêque, il fut tour à tour le condisciple ou le maître, l'ami et le conseiller de la plupart des hommes qui, durant les soixante dernières années, ont joué un rôle prépondérant dans l'histoire intellectuelle, politique ou religieuse de l'Angleterre ' .

Henry Edward Manning, l'ascète à l'âme ardente •et tendre, qui mourut cardinal-archevêque de Westminster, après avoir contraint par ses vertus tout un peuple, jusqu'alors rebelle, à respecter et presque à aimer en lui cette Église catholique romaine dont, a, vaut lui, on n'osait parler qu'avec horreur et dégoût; — Manning, élevé dans les pures traditions de la public school et de l'université, y fut aussi bon écolier et aussi brillant étudiant que Gladstone ou Wordsworth. Fils d'un riche marchand de la Cité, qui siégea au Parlement, Henry Manning passa d'abord par Harrow; à Oxford, c'est Balliol qui l'accueillit; -en 1830, il gagne un double first et Merton se l'attache

1. Il a publié, en 1834, On Shakespeare' s knowledge and use of Ihe Bible; en 1883, Historical plaj/s. Roman and English, de Shakespeare. 11 a écrit aussi des ouvrages purement Ihéologiques.

par une fellowship. Maintes fois au cours de sa vie d'étudiant, il eut des succès d'orateur à V Union. En 1833, Manning, quittant Oxford pour entrer dan? la vie active de l'Église militante, devenait recteur de Lavington et Graffham, dans le Sussex. A trentedeux ans, il était archidiacre de Chichester. Lorsque éclata la grande crise théologique et morale, en 1851, l'archidiacre Manning quitta l'Église anglicane pour entrer dans lÉglise de Rome.

La forte et souple discipline de l'éducation traditionnelle a doté l'Église des caractères et des talents les plus divers : elle lui a donné des savants incomparables comme Lightfoot, des docteurs évangéliques comme Pusey, des hommes d'action comme Tait, des éducateurs et des moralistes comme Stanley.

Lightfoot, évêque de Durham, mort en 1889, fut l'un des plus érudits théologiens et des plus puissants historiens de l'Église : il avait reçu sa première éducation à King Edward's School, Birmingham; à Cambridge, avant de devenir fellow et tiitor de Trinity Collège, puis professeur de théologie, il avait remporté les plus brillants succès en lettres anciennes et en mathématiques. Pusey avait obtenu à Oxford la même année (1822) le prix de composition latine et une fellowship d'Oriel. Tait *, né à Edimbourg d'une famille de la gentry écossaisse, arrive, à dix-neuf ans, à Oxford. Il ne tarde pas à être élu fellow de Balliol. D'élève il devient tutor. Pendant des années, il enseigne l'élite de l'université,

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