‹ Les professions et la société en AngleterreChapitre 49 sur 112 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Des causes aux effets.

Nous allons passer de l'étude monographique des éléments qui composent la société à l'étude de la société même; mais avant de rechercher les effets de l'éducation décrite, nous résumerons les principaux traits.

Commerce, industrie, agriculture, toutes les professions qui entretiennent la vie économique, forment le royaume de l'apprentissage purement pratique. La grandeur commerciale et industrielle de l'Angleterre est l'œuvre d'hommes sans culture première, mais qui, sachant manier les hommes, s'étaient, en outre, rendus maîtres de la matière et des forces naturelles. Presque tous ceux qui ont fondé des industries, de grandes maisons, sont fils de leurs œuvres et autodidactes.

Dans la « profession légale » une grande part reste encore à l'apprentissage pratique, mais réduite méthodiquement depuis cinquante ans au profit de

l'instruction générale et de la préparation scientifique spéciale. Car l'élite des solicitors, formée en association, a relevé la masse. Les harristers ont abandonné l'apprentissage, mais avant d'avoir solidement organisé à sa place la préparation scientifique. Ce qui frappe chez les uns et les autres c'est le souci de la dignité professionnelle et la cohésion des membres de la profession dans des groupes vivants, d'où sort l'élite dirigeante. L'élite du barreau produit une toute petite élite, unique au monde par son prestige, par le respect qui l'entoure, par son pouvoir, son salaire et sa compétence : la magistrature anglaise.

La profession médicale est celle qui souffre le plus de la persistance de l'apprentissage pur et simple dans un temps où la science réclame une place prépondérante. Mais on peut noter une tendance à exiger plus de culture générale et à rendre la préparation au métier moins empirique.

Dans la société anglaise, presque tout étant donné à leffort utile, à la vie pratique, il restait très peu pour la science. Les universités, partout ailleurs laboratoires de la science, furent surtout pépinières d'hommes d'État et séminaires d'hommes d'Église. La science n'avait point d'asile reconnu, de ressources assurées et de disciples enrôlés. Malgré tout elle a grandi; des savants se sont formés. L'Angleterre a produit plusieurs des plus grands génies scientifiques du siècle, et des plus originaux : mais ils ne durent rien qu'à eux-mêmes.

Les hommes de lettres aussi doivent plus à euxmêmes, à leur mère et à la vie qu'à l'école. L'école

Page 1