Escott, Englnnd, p
•2. Escott, p. 298.
3. Montalembert, De l'avenir poliiique de V Angleterre. Paris,
Libéraux ou conservateurs, vétérans ou débutants, les hommes qui au cours des six dernières années furent appelés au pouvoir, ont presque tous reçu ce viatique indispensable. Dans le dernier cabinet Salisbury, à côté de M. W.-H. Smith et de M. Ritchie, qui n'avaient aucun titre que celui de merchant, on voyait M. Goschen, qui vient de Rugby et d'Oriel, M. Raikes, de Shrewsbury et de Cambridge; M. Stanhope, de Harrow et d'Oxford (fellow); sir William Hart-Dyke, d'Oxford; le baron de Worms, deKing's Collège, Londres; enfin un ancien etonien et étudiant de Trinity Collège, Cambridge, M. Arthur- J. Balfour, qui cultivait, étant ministre, avec autant d'ardeur, la coercion, le golf et la philosophie. Dans le présent cabinet libéral : M. Shaw-Lefevre passa par Eton et Cambridge; sir William Harcourt enseigna à Cambridge le droit international de 1864 à 1887 ; M. James Bryce fut professeur de droit civil à Oxford et fellow d'Oriel; sir George Trevelyan gagna des honneurs à Cambridge, en venant de Harrow; M. Campbell-Bannerman est maître es arts; M. John
18o6, p. 179. — En 1894, de même qu'en 1856, le Parliamentary Companion de Dod, qui est l'annuaire des deux Chambres et publie la biographie de tous leurs membres, note avec soin dans quelle école chacun a été élevé, s'il est passé par une université, s'il y a pris des grades et remporté des succès. Dans les articles nécrologiques des journaux, on mentionne toujours, à côté des prouesses littéraires ou oratoires de l'homme public, ses exploits athlétiques : quand Bright meurt, on rappelle qu'il prit à l'école et garda toute sa vie le goût de la pêche; de Fawcett on a bien soin de dire que, jusqu'à sa mort, il fut passionnément amateur d'exercices corporels; pour le vicomte Sherbrooke — M. Lowe — on regrette d'avoir à reconnaître que, dès l'école, sa vue trop faible lui interdit, de prendre part aux jeux.
LES HOMMES d'ÉTAT 175
Morley passa par Cheltenham et Oxford; — enfin, parmi les débutants, M. Arthur Acland est un sujet distingué d'Oxford; M. Asquith est fellow de Balliol; M. Arnold Morley est B. A. de Cambridge. Spectacle peut-être unique dans l'histoire : pendant ces dix dernières années, pour ne citer que celles-là, l'Angleterre gouvernée successivement par deux hommes qui appartiennent à la plus haute aristocratie de la naissance et de la fortune, l'héritier des Cecil et le fils du riche marchand de Li verpool, tous deux comblés d'honneurs académiques, dont les plus glorieux furent conquis au temps où l'un était un cadet de famille sans fortune, et l'autre un débutant sans nom, un nohody *; — et le nobody de 1829, Gladstone, premier ministre vétéran, mais toujours plein d'ardeur, entre deux conférences sur la terrible question du Home-Rule, revenant à Oxford, dont le chancelier d'aujourd'hui est justement son rival en politique, lord Salisbury, et, dans le Sheldonian Théâtre, prononçant, à quatre-vingt-trois ans, sans une défaillance, une de ses plus magnifiques harangues. Ce politicien parla de l'histoire des universités depuis le moyen âge jusqu'à la fin du xviiie siècle ; et son érudition minutieuse sur un sujet immense réussit à étonner un auditoire académique.
1. Lord Salisbury est fellow d'AU Soûls, Oxford. On connaît ses brillantes polémiques dans la Saturday Review, sa collaboration à la Quarterly.
M. Gladstone, étudiant de Christ Church, Oxford, obtenait un « double first-class » en 1831. Il a continué toute sa vie, à travers les vicissitudes de la politique, à étudier Homère et & discuter théologie, la plume à la main.
pour qui l'étude des textes et la science sont le but et non pas seulement le délassement de la vie *.
Le 8 août 1894, lord Salisbury, chancelier de l'université, inaugurait à Oxford, dans ce même Sheldonian Théâtre, le congrès annuel de l'association britannique pour l'avancement des sciences; et pour saluer de pareils hôtes, le politicien tory, qui est aussi, comme chacun sait, un chimiste exercé, prononça un discours sur la situation actuelle de la science vis-à-vis du darwinisme. Huxley, qui était présent, ne dédaigna point de discuter les conclusions de ce profane qui venait de parler sur un des grands problèmes de la science comme eût fait un savant de métier.
1. C'est le 24 octobre 1892 que M. Gladstone fit à Oxford la Romanes lecture, la première d'une série dotée par M. Romanes, le célèbre disciple de Darwin. Au cours de cette lecture, M. Gladstone, parlant de la participation des universités à la vie politique du pays, dit : « The usual practice of both Universities bas been to choose a chancellor from an order not lowerthan that of peers. In the year 1772, Oxford selected from among her alumni to be her chancellor Frederick lord North. From that day to this — from the élection of lord North to the élection of lord Salisbury (loud cheers) — every one of her chanceliers, six in number, bas also been or become prime minister of the country.... » Le lendemain de cette étonnante « performance », le Times qui, d'habitude, n'est pas tendre pour le promoteur du home-rule, le Times écrivait: « On a souvent dit que, si M. Gladstone n'avait pas été premier ministre d'Angleterre, il aurait dû être archevêque de Cantorbéry ; mais s'il n'avait pas été archevêque de Cantorbéry, il aurait dû être « Dean of Christ Church » et vice-chancelier de l'université d'Oxford. »