CHAPITRE I
Les commerçants. — Les industriels.
Les ingénieurs.
Nous parlerons d'abord des commerçants et des industriels parce que l'Angleterre est avant tout puissance industrielle et commerciale. Le commerce et l'industrie sont les occupations nationales par excellence, respectées, glorifiées; l'usine et le comptoir sont les colonnes de l'empire. Le succès dans les affaires ouvre les portes de la Chambre des lords aussi sûrement que les services distingués dans la diplomatie, au barreau ou dans l'armée : témoin les Armstrong, Brassey, Guinness, Rothschild et vingt autres encore. On ne fait pas en Angleterre deux
parts, l'une pour les professions qui doivent fatalement attirer l'élite de chaque génération, l'autre pour les affaires, qui sont le lot des médiocres. A quelque classe sociale qu'il appartienne, le jeune Anglais n'entendra jamais dire dans sa famille ni à l'école que le commerce ou l'industrie entraîne une sorte de déchéance. Si le commerce anglais est vivace, audacieux et puissant, c'est que, outre la masse douée de moyens ordinaires, il attire à lui les intelligences audessus de la moyenne et les caractères d'une trempe rare. Rien de semblable en France où, grâce à une conspiration de l'État et de l'opinion, les écoles du gouvernement, les fonctions publiques et les carrières dites libérales opèrent un drainage artificiel de toutes les forces vives de la nation, et ne laisseraient, s'il était possible, au commerce et à l'industrie que les débris et le rebut.
Le jeune Anglais peut donc, en toute liberté, se tourner de bonne heure vers le commerce, et il le doit. Car il est utile de se décider tôt : on attache la plus grande importance à l'apprentissage, qui est long. A Liverpool, la cité mercantile par excellence, le stage ou apprentissage commercial dure cinq ans, avec un salaire total de 100 livres pendant les cinq années, 500 francs, en moyenne, par an. Nul n'est exempt de cette épreuve, et ce n'est qu'au bout de cette longue période que le jeune homme commence à gagner sa vie. Aussi tout boy qui veut faire son chemin dans les affaires est pressé de quitter l'école, dès quinze ans, fût-il fils de patron. Tout ce que l'on exige du clerk (employé) au plus bas échelon , c'est une bonne écriture, quelque orthographe et du calcul.
A Liverpool, on demande en plus quelques notions de français. Aussi le jeune cZerA;, qui s'engage dans la vie avec ce léger bagage et qui a l'ambition de sortir du rang, devra non seulement apprendre le métier, mais compléter lui-même son éducation écourtée.
A Manchester, mêmes idées qu'à Liverpool, et mêmes pratiques : c'est une opinion profondément enracinée dans le cerveau de tout négociant que l'apprentissage doit commencer, au plus tard, à quinze ans. Tout le temps passé à l'école après cet âge est du temps perdu : les cinq années d'apprentissage n'en seront pas raccourcies d'une semaine.
Cet apprentissage commercial est une besogne ingrate, propre à déprimer les sujets mous et sans ressort; mais pour les caractères doués de quelque initiative, — et le cas est fréquent parmi les boys anglais, — cette rude épreuve stimule le goût de l'effort. Le clerk sait que, avec de l'énergie, de la persévérance et une dose moyenne d'intelligence, il peut à son tour devenir patron : la plupart des chefs de maison qu'il voit autour de lui sont fils de leurs œuvres, étant partis de rien. Aucune ambition ne lui est interdite. Sa journée finie, il reprend son éducation en sous-œuvre : il suit des cours de géographie, de comptabilité, de langues étrangères. Peu à peu, la curiosité de l'esprit s'éveille, et quelques-uns en viennent à apprendre pour le plaisir d'apprendre. Quand on rencontre, parmi les marchands anglais, un homme cultivé, c'est presque toujours un autodidacte.
Prenez, par exemple , la simple histoire d'un homme qui s'est élevé jusqu'à la tète d'une grande maison
d'édition de Londres. Fils de paysan, il apprend à lire et à écrire dans une école à deux sous par semaine. Vers douze ou treize ans, il faut qu'il commence à gagner sa vie; il entre, comme apprenti, chez un forgeron. Il aime déjà follement la lecture; il achète quelques livres avec ses premières économies. Ses parents l'encouragent et l'aident autant qu'ils peuvent, mais ils ne peuvent guère. Il étudie le soir à kl maison, et à la forge pendant que le foyer chauffe. Mais le patron et les camarades voient d'un mauvais œil ce propre à rien qui a toujours le nez dans les livres. Le pauvre petit essuie maintes rebuffades pour l'amour de l'étude. Au bout de deux ans, il pense qu'il a mieux à faire que de tirer le soufflet de la forge ou de tenir les pieds des chevaux. Il se fait admettre dans les bureaux d'une compagnie de chemins de fer : il continue de consacrer ses soirées à l'étude, il apprend la sténographie. Ce nouveau gagne-pain lui ouvre les portes d'un joun.al. Puis il trouve enfin sa voie : il entre, comme petit employé, chez un éditeur. Il apprend le métier, s'élève peu à peu, et finit par devenir patron. L'apprenti forgeron est devenu un homme de goût et d'une culture étendue.
A Birmingham, le directeur de King Edward's School me disait un jour : a J'ai reçu, ce matin, la visite du père d'un de mes élèves, un des plus grands commerçants de la ville. Vous ne vous douteriez jamais, à entendre sa conversation, qu'il a quitté l'école à douze ans et qu'il n'y est jamais retourné depuis. Ce n'est pas un ignorant, je vous assure, ni un philistin. Mais il a suivi des cours du
soir, il a beaucoup lu, beaucoup étudié de luimême. »
C'est le cas de M. B..., président d'une des principales corporations de Birmingham : cet homme oublie volontiers, à ses heures de loisir, les choses de son métier, et sa conversation est nourrie de Carlyle et de Buskin, — car l'Anglais est souvent avec passion l'homme d'un seul livre. A treize ans, il quittait l'école pour apprendre le métier de joaillier. C'était le temps où le révérend Dawson, dont la statue s'élève aujourd'hui devant le Council House, enflammait Birmingham par ses prédications. Dawson, véritable apôtre, prêchait aux riches la sympathie pour les humbles, et aux pauvres la noble activité qui relève. Il fut, en quelque manière, le créateur de ce puissant esprit public qui, en un demi-siècle, a transformé Birmingham et fait sortir d'un amas informe de huttes malsaines la belle et saine cité d'aujourd'hui. Dawson fut le confident du jeune B... et son soutien. A quinze ans, B... part pour Londres, afin d'y découvrir toutes les finesses du métier. Le hasard fait qu'il loge porte à porte avec un pauvre diable de savant, jeune aussi, un élevé de Faraday, mort depuis, ignoré ou incompris, après avoir peiné pendant dix-huit ans sur une machine à calculer. B... met à profit le voisinage, et passe ses soirées à étudier dans les livres du savant. A dix-sept ans, il retourne à Birmingham, plus lourd de science, mais tout aussi léger d'argent, et il s'établit pour son compte avec un capital de 30 shillings. Aujourd'hui il occupe 80 ouvriers; il esta la tête de sa profession; pourtant il est d'avis que son fils doit apprendre le
métier de bonne heure et dans les plus petits détails.
Ce n'est pas que les grands commerçants dédaignent une éducation libérale, et qu'ils n'envoient jamais leurs lîls dans les grandes écoles, ni aux universités. Au contraire, des fils de riches marchands, dans les public schools, à Oxford^ à Cambridge, reçoivent une culture aussi achevée que s'ils se destinaient aux professions libérales. Mais les familles commerçantes ne s'accordent un pareil luxe qu'à la deuxième ou à la troisième génération, quand la maison est solidement assise et la carrière toute grande ouverte.
Un commerçant n'associera un university-wan ou un public school boy à ses affaires que si c'est son fils. Chez tout autre, de tels antécédents seraient plutôt une mauvaise note. Les marchands anglais ont une profonde défiance à l'égard des public schools. Ils donnent, sans hésiter, la préférence au garçon qui leur arrive, à quatorze ans, mal dégrossi, mais que l'on peut former encore'. L'éditeur de Londres dont je retraçais plus haut la carrière a un fils; il aurait pu faire pour lui les frais d'une école comme Harrow ou Gharterhouse ; il a préféré l'envoyer jusqu'à onze ans à l'école primaire, jusqu'à quinze ans à Cowper Street School qui n'est en somme qu'une école primaire supérieure; puis en pension deux ans chez un éditeur de Leipzig, pour apprendre l'allemand et le métier.
a Mon fils a reçu ainsi, me disait ce père de fa-
1. Voir, à ce sujet, une très curieuse lettre publiée par le Times (30 septembre 1889), et signée : an old Eton pavent.
mille, une instruction simple, solide et pratique; à aucun prix je n'aurais voulu l'envoyer à Eton ou à Harrow, où il aurait pris de trop a grandes idées ». Quant à la rudesse des manières, inséparable des fréquentations d'école, je l'ai corrigée par les exemples que je lui plaçais sous les yeux à la maison, »
L'industrie, de même que le commerce, recrute ses chefs par des moyens purement empiriques. De longues et pénibles épreuves opèrent la sélection dans les emplois inférieurs ; ce sont les services rendus qui portent au premier rang les plus forts, les plus habiles et les plus heureux. Dans la première moitié du siècle, quand l'industrie naissante cherchait sa voie, cette méthode s'imposait; aujourd'hui, malgré le développement et la complication de l'outillage, malgré la difficulté croissante des problèmes à résoudre, elle est encore universellement pratiquée.
Voici deux hommes nés au début du siècle, Whitworth et Nasmyth, qui ont puissamment contribué aux progrès de l'industrie mécanique. Joseph Whitworth naquit, en 1803, à Stockport, d'un pauvre instituteur. A quatorze ans, il est placé en apprentissage chez un oncle, filateur dans le Derbyshire. Il y reste six années, pendant lesquelles il étudie les machines dans les moindres détails; il avait été choisi, malgré son jeune âge, comme contremaître de l'usine. Lorsqu'il n'a plus rien à apprendre chez son oncle, la soif de s'instruire le pousse à se sauver. Il se rend
à Manchester; et il travaille pendant quatre ans encore dans les filatures, où l'on commence à employer la vapeur. A vingt-quatre ans, il part à Londres pour apprendre des meilleurs maîtres la construction des machines. Il réussit à se faire admettre dans les ateliers du célèbre constructeur Maudslay, qui le prend bientôt avec lui, dans son laboratoire. Whitworth passe ensuite par les ateliers de Holtzaptel, de Cléments, étudiant toujours, comme simple ouvrier, la fabrication des outils. A force de labeur persévérant, le jour, à l'atelier, à force d'étude solitaire dans sa chambrette, le soir, il était devenu presque aussi savant et habile que ses maîtres. Cléments lui avait enseigné à fabriquer les vis; et lui-même détermina la meilleure forme à donner aux outils. Ainsi préparé par une longue éducation pratique, Whitworth jugea le moment venu de tenter la fortune pour son propre compte. Il alla s'installer à Manchester, et ouvrit un atelier pour la construction des machinesoutils : il était dans sa trentième année. Là, pendant près de vingt ans, il travailla sans relâche, visant à faire toujours mieux. L'œuvre à accomplir était immense : les machines, jusqu'alors, avaient été construites sans règles arrêtées et sans proportions fixes. Whitworth construisit des appareils de mesure ou calibres qui donnaient une approximation d'un millionième de pouce. Il établit un type uniforme pour toutes les vis, écrous, etc., et fixa des proportions qui, sous son nom, furent adoptées par tous les industriels de l'Angleterre et dans plusieurs autres pays. La précision de sa fabrication fit rechercher ses machines. Outre l'avantage que tous les construc-
teurs trouvèrent à adopter des types uniformes, l'exemple de Whitworth leur imposa en quelque sorte le souci de la précision. Cette tâche achevée, Whitworth entreprit la métallurgie de l'acier; il appliqua ses qualités de rigueur scientifique à la production d'un métal aussi pur, aussi cohérent, aussi solide que possible. L'acier Whitworth fut bientôt aussi célèbre que les types Whitworth. Amené, de la sorte, à construire des armes de guerre, principalement des canons, il devint le premier constructeur de canons de la Grande-Bretagne. Quand sir Joseph Whitworth mourut, en 1887, — ce fils d'instituteur avait été créé baronnet, — il laissait la plus grande usine de construction de machines de Manchester et une fortune énorme, dont une grande partie devait être employée, selon son vœu, à des oeuvres d'utilité publique. Mais c'est de son vivant qu'il avait rendu à son pays les plus précieux services, en tirant du chaos l'industrie mécanique, en la soumettant à des règles fixes, à des mesures uniformes. Cet ouvrier devenu patron a été l'initiateur de la construction scientifique.
Nasmyth, né en 1808, onzième enfant d'un peintre de paysages, eut une instruction plus soignée : il suivit les cours de chimie, de physique et de mathématiques à l'université d'Edimbourg. Mais, tout en étudiant dans les livres, il travaillait à l'atelier; à l'université, il gagnait déjà de l'argent en vendant des modèles de machines qu'il construisait lui-même. A vingt ans, il entrait dans l'atelier de Maudslay. Cet apprentissage presque exclusivement pratique le préparait à fonder, lui aussi, à Manchester, un atelier
pour la fabrication des machines-outils où il inventa le marteau-pilon *.
Ni Whitworth, ni Nasmyth, qui sont devenus, en travaillant de leurs mains, de grands ingénieurs, n'étaient en leur temps des exceptions. Comment les choses se passent aujourd'hui, une visite dans quelques grandes usines nous le montrera.
A Nine Elms, faubourg du sud de Londres, les ateliers de construction d'une compagnie de chemins de fer, la South Western Railway Company, occupent 1 200 ouvriers, encadrés de 34 contremaîtres : on y dessine tous les modèles, on y fabrique toutes les pièces, depuis le simple boulon jusqu'aux organes les plus délicats des locomotives, on y suit attentivement tous les perfectionnements, toutes les inventions nouvelles : le directeur est un ancien ouvrier. Ce fils de ses œuvres occupe la place qu'en France on réserve à des élèves sortis de l'École Polytechnique. M. Pettigrew — c'est le nom du manager des ateliers de Nine Elms — est un homme robuste, à l'aspect rude, au langage simple; il n'a rien d'un gentleman, mais plutôt l'air d'un contremaître très intelligent. Toute sa personne respire la force physique; ses traits, l'énergie et la pleine possession de soi-même. Fils d'un mécanicien de la marine, il quitte l'école à seize ans, entre dans un atelier de construction mécanique,
i. Il faut noter ici que Schneider, du Creuzot, a revendiqué la priorité de cette invention.
travaille de cinq heures du matin à cinq heures et demie du soir, et suit le soir des cours au collège de Finsbury. A l'atelier il apprend successivement les métiers de forgeron, de tourneur, d'ajusteur, etc.; à l'école, il complète, tant bien que mal, son instruction théorique. Il fallait un tempérament de fer et une force de caractère peu commune pour mener de front ce double labeur. Il achève son apprentissage technique en voyageant, comme chauffeur et comme mécanicien, sur les locomotives ; puis il rentre à l'atelier. Presque au sortir de cette longue série d'épreuves, il obtenait le poste élevé qu'il occupe. Il avait vingtsept ans alors. Ses supérieurs ont jugé que, ayant résisté aune sélection impitoyable, il avait fait preuve des qualités indispensables à un chef d'industrie : l'intelligence, l'habileté technique, la vigueur physique et l'énergie morale. Ils ont vu que, à le placer de bonne heure dans un poste difficile, la compagnie s'assurait pour une longue période les services d'un homme en possession de tous ses moyens.
Toutes les grandes compagnies de chemins de fer ont procédé de même : les managers de leurs ateliers ont commencé par apprendre tous les métiers mécaniques en maniant les outils comme simples ouvriers. A peine M. Pettigrew peut-il m'en citer un qui a, peut-être, passé par l'université.
« Il est devenu peu à peu d'une pratique constante, dit M. Findlay, de pousser les hommes de talent depuis les rangs inférieurs du service jusqu'aux plus élevés, à travers tous les grades intermédiaires, et je connais, par expérience personnelle, bien des hommes partis des postes subalternes et devenus
gênerai managers des plus importants chemins de fer du royaume '. »
Aux ateliers de Nine Elms, dans la salle des apprentis, travaillent côte à côte, sous le même costume, sans rien qui les distingue, des fils d'ouvriers et de contremaîtres, et des fils de riches négociants, de clergymen, d'officiers généraux. Ces fils de bourgeois * commencent l'apprentissage : passé dix-sept ou dix-huit ans, il est trop tard; des jeunes gens de vingt et vingt et un ans, venus après des études complètes à University Collège School, à City of London School, ou après des études spéciales à la Central Institution, n'ont pu s'habituer au dur travail qui leur était imposé; ils ont tous abandonné la partie^.
— L'établissement fondé par sir Joseph Whitworth,
4. The working and management of an English railway, by George Findlay, gênerai manager of the London and North- Western Raiiway. London, 1890, p. 28. — A seize ans, au sortir de la gravimar school, George Findlay était entré au service du fameux Tom Brassey, le grand entrepreneur de voies ferrées, qui construisait alors la ligne de Rugby à Stafford; c'est de là qu'il s'est élevé jusqu'au plus haut grade.
2. Les fils de familles aisées paient généralement une prime (pr'emium) pour être admis à faire leur apprentissage dans un atelier de la grande industrie. A Nine Elms, le premium est de 200 livres (environ 5000 francs) par an. Cette redevance élevée semble être une sorte de droit protecteur, établi à l'entrée de la profession sous la pression des corporations ouvrières.
3. M. Peltigrew ne pense pas que le système en vigueur soit parfait. A son avis, il faudrait que, au sortir de l'école, le jeune homme vînt passer une année, de seize à dix-sept ans ou de dix-sept à dix-huit, dans l'atelier, afin de se faire une idée concrète du métier et d'acquérir une habileté manuelle; puis il suivrait pendant deux ans les cours d'une école technique, comme Finsbury Collège ou la Central Institution; il reviendrait ensuite à l'atelier et passerait rapidement par toute la filière de l'apprentissage.
à Manchester, n'occupe pas moins de 2 000 ouvriers; l'installation est parfaite et la tenue irréprochable. Beaucoup de place, d'air, de lumière; des ateliers aussi propres que le pont d'un vaisseau de guerre, et des outils rangés comme pour une revue. Partout une belle ordonnance et une stricte discipline. Les ouvriers d'une pareille usine sont soigneusement choisis et entraînés; on le devine à leur allure, où perce une dignité plus relevée. Ils touchent les plus hauts salaires de Manchester. Tous ont l'air d'hommes à leur aise, amoureux du métier et fiers de l'œuvre commune.
On fabrique toujours, aux ateliers Whitworth, principalement des machines-outils et des canons. L'usine est en pleine activité, grâce aux importantes commandes de l'Amirauté'. Le fils du directeur, M. G..., un jeune homme de vingt-huit à trente ans, me fait les honneurs de la maison; nous causons, chemin faisant :
« Tous nos ingénieurs, me dit-il, sont des hommes du métier (practical men), sortis du rang. Ils sont entrés ici vers l'âge de quatorze ans, en moyenne; ils ont passé par tous les ateliers, appris toutes les finesses et tous les tours de main, franchi tous les degrés de la hiérarchie. Quant à leur instruction scientifique, ils n'ont pu la pousser qu'en suivant des cours du soir... Voilà les faits. Maintenant, je ne nie pas, ajoute-t-il, l'avantage d'une culture scientifique plus étendue; mais s'il fallait choisir, je donnerais la préférence à l'apprentissage purement pra-