‹ Les professions et la société en AngleterreChapitre 9 sur 112 · juin · texte numérisé non relu

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tique, parce qu'il est indispensable. L'opinion universelle, en Angleterre, est qu'on ne peut rien faire sans cela. Toutes les grandes inventions sont l'œuvre de praticiens, qui n'apercevaient ni toutes les raisons théoriques, ni toutes les conséquences de leurs découvertes. Sir Joseph Whitworth eut, un jour, l'idée d'engager à son service un senior wrangler * et d'en faire un directeur des ateliers. Ce savant homme dut quitter la place au bout de six mois; toutes ses mathématiques ne lui servaient de rien. Il était dans un état d'infériorité vis-à-vis des hommes du métier, lorsqu'il fallait résoudre un problème de construction. Je reconnais que les classes du soir sont insuffisantes à Manchester; que les maîtres sont surmenés ; qu'ils sont trop pressés de finir leurs cours pour rentrer chez eux; qu'en un mot, ils ne sont pas, comme il faudrait, animés du feu sacré. Les sections de mécanique {engineering departments) à l'école technique et à Owen's Collège sont médiocres. A Manchester, les moyens d'étudier scientifiquement l'art de l'ingénieur font défaut, et pourtant l'industrie mécanique y a pris un développement extraordinaire. » La science pure tient, en France, une place trop grande dans l'éducation professionnelle de vos ingénieurs. Qu'en résulte-t-il? Ce qu'ils font n'est pas simple. Ce fait m'a frappé quand j'ai visité votre Galerie des Machines, en 1889 : vos locomotives, vos machines-outils sont assurément de merveilleux morceaux, mais inutilement compliqués. L'équilibre

i. Le premier dans le fameux concours annuel de mathématiques [mathemalical tripos) de Cambridge; — nous dirions : un major de promotion de l'École Polytechnique.

étant rompu par le poids trop lourd des notions théoriques, les ingénieurs français ont perdu pied et se sont trouvés entraînés hors du terrain solide de l'expérience. L'industrie, pour produire beaucoup et à bon marché, doit produire des œuvres simples. Du moins est-ce l'idée anglaise, et c'est à elle que nous attribuons la prospérité de notre industrie. »

M. G... ajoute que lui-même n'a commencé l'apprentissage technique qu'à dix-huit ans, mais uniquement parce qu'il est le fils du directeur; autrement il aurait dû manier les outils dès l'âge de quatorze ans :

« On ne fait pas un ingénieur, poursuit-il ; l'ingénieur naît ingénieur, puis il se fait lui-même. Il lui est impossible de devenir un véritable constructeur de machines, c'est-à-dire de concevoir le plan et de le faire exécuter, s'il ne connaît pas, dans les moindres détails, les difficultés et les ressources du métier. Ses calculs sur le papier, si justes qu'ils puissent être en théorie, ne lui seraient d'aucun secours sans l'expérience acquise durant l'apprentissage, qui lui permet d'en contrôler l'exactitude réelle et la portée pratique. »

Et l'on sent, à la chaleur de conviction qui l'anime, que ce fils de famille donnerait toute la science qu'il a pu acquérir à l'école pour une pénétration intime et complète du métier.

Sauf M. G..., les chefs des ateliers "Whitworth, où se fabriquent les outils les plus délicats et les armes les plus perfectionnées, n'ont pas poussé plus loin en géométrie qu'Euclide et en mathématiques que l'algèbre et les logarithmes.

— A vingt minutes en chemin de fer de Manchester, se trouve Oldham, grande ville de 134000 habitants, exclusivement composée d'usines et de maisons d'ouvriers. Parmi ces usines, celle de MM. Platt frères occupe plusieurs milliers d'ouvriers à fabriquer des métiers à tisser et des broches à filer le coton, la laine et la bourre de soie. C'est, je crois, la plus grande usine du monde où l'on construise uniquement les machines nécessaires aux industries textiles.

Chez MM. Platt, il n'y a pas eu de grève depuis quarante ans *. Celle de 1852 éclata parce qu'on venait d'introduire dans l'atelier de fonderie un procédé nouveau permettant de fabriquer les moules mécaniquement. Les mouleurs se crurent condamnés à mourir de faim. La grève, longue et acharnée, se termina par la défaite des ouvriers sur tous les points. Depuis lors, le travail ne leur a pas manqué et le taux des salaires a monté. Actuellement, les rapports entre patrons et ouvriers sont excellents. Lorsqu'une contestation s'élève, les ouvriers nomment une délégation qui entre en rapport avec le conseil des directeurs. On s'explique comme de vieux amis et Ton arrange le différend au mieux des intérêts de tous.

La journée se termine à 4 heures et demie ou 5 heures, sauf le samedi, où l'on ne fait que la demijournée. Pour 52 heures de travail par semaine, un ouvrier d'habileté moyenne gane de 30 à 40 shillings (37 fr. 50 à 50 fr.); le salaire d'un bon ouvrier ne descend pas au-dessous de 40 shillings. On constate

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