‹ Les professions et la société en AngleterreChapitre 83 sur 112 · Voir plus haut, p. 19 et · texte numérisé non relu

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2. « Les trade-unions interdisent à leurs membres de se servir de propos insultants pour le patron; elles infligent des amendes à tous ceux de leurs membres qui menacent les patrons de la vengeance de l'union ; elles n'accordent aucune allocation aux ouvriers renvoyés pour avoir rompu leur engagement... 11 existe au moins une puissante union qui paie aux patrons des indemnités pour l'ouvrage défectueux de ses membres, et récupère les sommes sous forme d'amendes infligées à ceux-ci. » {Eton and the labour question,, by GeoITrey Drage. Eton, 1894.)

D'après les dernières statistiques, il y a en Angleterre 599 trade-unions avec 1 237 367 membres et un revenu de 44 771 050 francs. Les 594 trade-unions qui ont fourni des renseignements sur leurs dépenses en 1892 ont dépensé d'une part 23 millions et demi de francs en secours de chômage, de maladie, d'accidents, retraites à la vieillesse, secours funéraires, etc., contre 11 millions et demi en secours de grève. (Voir Bull, de VOffice du Travail, septembre 1894, p. 474.)

toute autorité pour signer et faire respecter les traités de paix ou les conventions qui préviennent la guerre. Pendant la terrible grève houillère de 1893-94 qui plongea dans la misère plus de trois cent mille mineurs, la fédération des ouvriers mineurs se rencontra avec le comité des patrons et, la paix signée, il fut décidé que les deux délégations constitueraient un comité chargé d'écarter pour l'avenir toute nouvelle cause de conflit. En effet, le 14 juillet 1894, six mois après la crise, les patrons proposaient et faisaient accepter un salaire minimum pour deux ans : l'arrangement conclu fut confié à la bonne foi des deux parties. C'était la stabilité assurée pour deux ans dans la plus importante des industries nationales. Dans la séance où cet accord fut signé, l'un des délégués ouvriers prit la parole : « A mon avis, messieurs, dit-il *, nous avons fait en ce jour de meilleure besogne que dans toutes nos précédentes réunions; les bons sentiments qui se sont manifestés aujourd'hui entre les camps opposés ont dans une large mesure adouci l'amertume restée de nos rapports dans les années écoulées; j'espère qu'ils pourront durer longtemps encore... »

Le sentiment de la solidarité entre les classes, qui donne à la charité sa forme la plus respectueuse de la dignité humaine, a pénétré peu à peu toutes les classes, et la vie sociale en a été profondément modifiée, humanisée. En 1894, à la conférence annuelle de la Fédération des mineurs de la Grande-Bretagne, le

1. C'était M. Pickard, président de la Fédération britannique des présidents mineurs.

secrétaire, dans son rapport, rappelant la grande grève et les secours aux grévistes dans leur cruelle misère a pu dire : « Jamais en aucune autre cause, jamais en aucune autre occasion, la fraternité humaine qui unit le pauvre et le riche ne s'était manifestée avec autant d'éclat. Les pauvres donnèrent leurs pauvres sous; la classe moyenne apporta ses shillings et ses livres sterling, et les gens opulents donnèrent des chèques et des billets de banque; des femmes abandonnèrent leurs bijoux pour soulager la souffrance et la détresse... Tous les journaux sans distinction de parti, libéraux, radicaux et tories, firent effort pour adoucir cette cruelle épreuve *. »

Que de chemin parcouru depuis les émeutes de Manchester et les prophéties de Carlyle! Cette transformation profonde et, pour ainsi dire, totale n'eût pas été aussi durable, si elle avait été accomplie par violence et révolution; mais l'éducation avait fait reculer progressivement l'ignorance et l'égoïsme*.

1. Les souscriptions produisirent près d'un million de francs.

2. L'esprit de tolérance et de transaction s'est étendu jusqu'à la politique courante. On sait avec quelle violence la politique et même la personne de M. Gladstone furent attaquées par ses adversaires, les tories, pendant son dernier passage au pouvoir; or, le 3 décembre 1892, en pleine lutte autour du home ride, l'une des villes les plus solidement tories du royaume, Liverpool, conférait solennellement le titre de citoyen honoraire au premier ministre; la mesure avait été proposée par un maire tory et votée par un conseil municipal en majorité tory.

§ 2. — La culture.

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