A. Filon, ibid
2. Sur les musées d'art appliqué à l'industrie, voir l'Éd. des cl. moy. et dir., p. 227, 228.
3. J'ai pu voir à. Birmingham il y a quelques années une. exposition de tableaux modernes, prêtés par quelques amateurs de la ville et du voisinage, où les ouvriers des usines venaient admirer dévotement des Daubigny, des Rousseau, des Troyon, et des Corot, comme la France en possède trop peu.
a créé un genre de beauté, résultant de la parfaite appropriation de chaque chose à son objet et réalisant le vrai dans l'utile *. Le mobilier simple de l'ouvrier aisé de Birmingham et le hall magnifique du riche manufacturier portent la trace des mêmes influences, l'effet produit par cette éducation nationale ^
Cette évolution du goût, étonnamment rapide et complète, que tout un peuple accomplit, commence par une campagne d'éducation populaire que mène un homme au langage ardent : il traite des sujets qui semblent n'intéresser qu'une élite; il chante les {{ Pierres de Venise », il célèbre les « Sept flambeaux de l'Architecture », et il est compris, suivi de tous. Ses enseignements viennent à point pour compléter
1. « L'Angleterre, dit Jean Lahor, est devenue très artiste, je veux dire très soucieuse d'introduire le plus de beauté possible dans sa vie privée ou publique, plus soucieuse même que ne l'est la France de trouver des formes de beauté qui soient neuves et en accord avec les besoins de l'esprit moderne. » — Le principal artisan de cette réforme pratique, celui qui, par son talent merveilleusement souple, original, fécond et multiforme, réalisa le rêve de Ruskin, c'est William Morris, un poète qui s'est fait maître verrier, ornemaniste, dessinateur et fabricant de papiers peints, tapis et tapisseries, d'étoffes et de meubles dans ses ateliers de l'abbaye de Merton, imprimeur à la façon des vieux maîtres par sa Kelmscott Press de Hammersmith. Plusieurs l'ont aidé, parmi lesquels il faut citer surtout Walter Crâne. (Voir, sur William Morris et l'art décoi'utif en Angleterre, l'article de Jean Lahor dans la Revue encyclopédique du 15 août 1894.)
2. Le goût du public a évolué parfois plus rapidement que les moyens d'exécution, main-d'œuvre et outillage industriel : les dessins de beaucoup d'étoffes anglaises dont nous admirons l'originalité, sont achetés a Paris; les nuances rares des gazes, des satins, des velours de soie sont obtenues par les teinturiers lyonnais: mais ces produits ne trouvent guère acheteurs qu'en Angleterre.
l'harmonie ébauchée. Les maîtres de la jeunesse ont trempé les caractères ; les corps se sont fortifiés par les jeux athlétiques : on a refait des générations vigoureuses, énergiques et droites. Il reste à embellir la vie, à renouer le lien rompu entre ces millions d'hommes enfermés dans les villes noires et la nature libre qui, autour d'eux, continue de tourner dans son cycle éternel. Grâce à Ruskin, grâce à tous les grands artistes qui l'ont compris, à tous les éducateurs populaires qui l'ont aidé, il s'est établi une harmonie entre le « dedans » et le ce dehors », entre la civilisation compliquée et la nature simple. L'art exprimé dans un chef-d'œuvre de Burne-Jones ou dans un humble cottage orné avec amour, cet art est un, il est puisé à une source unique : il est la visible expression de la vie intérieure.
§3. — La morale.