CHAPITRE
ATAUT LA RÉYOLUHON. — LA llBQUÉTB DBS BfARGHANBft BT lfÉ0OClAMTS DB PàitlS CONTKB L'ADMISSION DBS JUIFS AUX GOBPS DB M^IBRS. — L'ÉDIT DB 1*787. -^ XXCVNSBMBNT DB LA POPULATION ISRAÉUTB DB PARIS BN 4809. — L'APPBBNnsSAQB DBS ARTS BT MÉTIBRS VH 4 84 S. — LBS PROVBSSIOKS LISâRALBS. — UBS JUIFS BT X^'ARKÉS. -^ LA GLASSB INDIGBNTB BT LBS PROFES- SIONS MANUBLLBS.
La déplorable situation qui fut faite aux Israélites pendant tout le cours du moyen âge et les lois d'exception dont ils souffraient ne parvinrent pas à éteincb^e en eux le goût du travail manuel. Obligés par les persécutions et les exils dont ils avaient été les victimes en France à n'exercer que des professioas déterminées, il est constant que s'ils ne se livrèrent pas d0 préférence aux états et aux métiers vers lesquels
6 LBS PROFESSIONS MANUELLES
leurs aptitudes les eussent sûrement portés, c'est que de rigoureuses Qrdoanances, ûijspirées par la haine, leur en interdirent toujours très sévèrement l'accès.
La Requête, que les marchands et négociants de Paris adressèrent au Roi en 1767 contre Tadmission des Juifs dans les corps de xoétiers^ e$t à ce sujet hien significative *. Les marchands, inquiets de la prépondérance que les Israélites pouvaient acquérir, appuyaient leur demande d'exclusion sur la « longue suite » de règlements faits contre eux depuis le cornmencement de la monarchie jusqu'à cette époque; et ils ne craignaient pas de les accuser « hautement » de maux imaginaires — calomnies sans cesse répétées — pour persuader au Roi que « leur condition ne leur permet pas d'être actuellement moins dangereux qu'ils Tout été».
Les négociants de Paris, effrayée de la cow^urrenee que les Jui& dâ la capitale auraient pu leur faire, ayaienty à ce point de vue, tout U#u de les oomààxev comme « dangereux ». Au xiv^ siècle déjà '^ quand Otaries VI cbassa lejs jaifis dd. Parûi, il0 y avaient des établissements considérâmes « deveniu le îmit do leur activité et de leur industrie » ^. Us occupaient alors la Halle et huit rues avoisinantes.
^ Requête des marchands et négociants de Paris contre Vadmissùm des Juifè (de ^imprimerie de P. Al. le Prieur, imp. du Roi, 1767).
* >Àu xf !• nàeb, I9 pa|w Sixfcd Y fii Tenjûr à Rome un Juif frataciU- Qpmmi Q»l>rifil M«!sin, * trè9 habile dut» l'art de miiltipU^r le». ▼»! » à soie et de fabriquer leurs produits >• Ce pontife lui accorda, pom; lui el ses descendants, un privilège esduaif pour la manufacture des sQj^s. (LtUfé ou réfUmMâ d^wi miimi 4; «0^ e^rrt^Hmdamt 4 Fam^. a» sujet de lu requête des marchands des sia corps cmtre Vi^dfnimon des Juifk auœ èrevets. Signé J. B. D. Y. S. J. D. R«, Loodr^, 1767« ^m.Afi,ttiimé k JanJA Bamard de Yalabrègne.)
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toixl; d'abord conflrnaée, mais « par grâce el saiis tiréîf * à conséquence '»— y étaiWb dit ensuite -^ permet Sa M^ajesté aux dit» ^bràham ,Da}pùgef» Israël Salom, etc., etc., de ooâtinuer pehdatit deux flhs dans la ville de Paris le commerce dç mercerie et drapferfe et d'à- * iroir, à cet eflfet, tme boutique ouverte ...» . Bien que remporté par des Israélites' appartenant * 3k la nation alors privilégiée du rite portugais , 10 . ' 'triomphe de cette cause, poursuivi avec une remar-»* . quable énergie, fut un réel bienfait pour les Jiiifs dp .* toutes les Communautés, qui puisèrent dans cette vie*- • toire le courage et la confiance qui leur avaient man« \ que jusque-là pour exercer presque ostensiblement des métier:?. L'élan était donné, et, dans ce xviii* siècle, où les Israélites de France étaient destinés à recouvrer leur qualité d'hommes, à voir se lever « l'aurore de leur émancipation * », à mesure que les idées libérales se développèrent un mouvement relativement important se produisit chez les Juifs qui dénotait leur réel désir d'exercet des professions utiles.
Malesherbes chercha à favoriser ces tendances. Pro- fitant de la névolution qui s'opérait dans les esprits, il avait, vêts 1785, conçu le dessein de tirer les Juifs de leur afft*euse condition, mais la rapidité des événements fit échouer ce projet. L'intervention de ce ministre libéral avait contribué du moins, dans une large r mesure, à faire rendre en ITfSTf un édit partiellement applicable aux juifs, et par lequel les non-catholiques étaient autorisés à se livrer librement « au commerea* *' et aux arts, métiers et professions mécaniques ».
^ Hùtùtre des Israélites depuis Vépoque de leur dispersion jusqu% nos Jours^ par Théodore Reinach [Paris, lib. Hachette et C**).
10 LES PROFESSIONS MAKUELLES
Cet édit constituait «n prjogrès immense et amélio— rait singulièrement Jeur.malheureuçe situation : vingt ans auparavant, en effet/ excUis des communauté» d'arts et métiers, ils ne pouvaient être que prêteurs sur gages, brocanteurs, fripiers, marchands de chevaux ou de bestiaux ; on leur accordait comme une grâce inàigne de faire le commerce des marchandises neuves venant de Tétrauger, mais encore était«ce comme marchands forains, c'est-à-dire en magasins et sans boutiques ouvertes ^ 1
Les Israélites n'avaient plus qu'à suivre la voie que Malesherfaes leur avait ouvertei Ils y furent aidés par les événements. La reconnaissance de leurs droits civils par l'Assemblée nationale, la Révolution éteignant les haines religieuses et faisant juifs, protestants et catholiques tous citoyens au môme titre, allaient permettre enfin à la population juive de s'adonner sans entraves aux arts et aux métiers. ' . Le Consistoire qui, dès le début de son organisation (1809), considéra la question d'apprentissage chez les Israélites comme l'un des objets les plus importants de sa mission, chercha, par ses encouragements, à élever le niveau des conditions de la classe pauvre.
La population Israélite en général avait fait rapidement, du reste, des progrès étonnants, et l'on pouvait à ce moment constater que la « nation juive » d*avant 1789 n'avait véritablement attendu que son émancipation pour pouvoir donner libre carrière à son goût et à ses aptitudes pour les professions utiles : elle s'y livra avec une passion et un entraînement re-
^ Notice sur l'état des Israélites en France, par E.-G. M. (Paris de l'impr. dePillet aine, 1821).
HISTOIRE DÉ U COMMUNiU^'É -ISRAÉLETE
DE PARIS
ET
LES INSTirUTIONS DE PATRONAGE