PAR
LÉON KAHN
Secrétaire-adjoint da Consistoire israélite de Paris
PARIS
LIBRAIRIE A. DURL.AGHER
83^, BUB DB LAFATBTTB
demie, chanteurs dans Paris, les colporteurs, brocanteurs, marchands d'habits, etc., etc., y occupent une place bien grande ; mais la civilisation avait con^ mencé son œuvre et le nombre tendait à devenir rare de ceux qui exerçaient ces basses professions où Tétat dans lequel on tenait les Juifs les avait obligés de vivre.
En revanche, ceux qui se livraient au travail manuel occupent dans ce dénombrement un rang important : on y voit figurer des peintres en décors, des ouvriers à la Monnaie, des artistes en cheveux, émailleurs, boulangers, arquebusiers, vinaigriers, brossiers, peintres sur porcelaine, pelletiers, quincailliers, serruriers, cordonniers, maréchaux-f errants, graveurs, ciseleurs, fondeurs, tourneurs, des bijoutiers, des joailliers, des orfèvres, etc., etc. Les femmes y occupent une place considérable, et si Ton constate, chez elles également, la supériorité du nombre dans les professions de marchandes et de colporteuses, on ne saurait manquer de signaler le compte relativement important de celles qui exerçaient le métier de lingères, brodeuses, couturières, faiseuses de « coeflFes », passementières, etc., etc. *.
L'examen de ce recensement était déjà fait pour frapper l'esprit. Le nombre des métiers s'était rapidement augmenté et le travail manuel ne s'appliquait plus seulement aux choses de la fabrication inférieure; les regards se portaient plus haut. Mais c'était là un
^ Le résumé de ce recensement aurait pris, en note, une place trop grande. Nous avons cru devoir le reporter à l'appendice. Nous y renvoyons le lecteur. H verra, outre la nomenclature exacte des professions exercées alors et une liste de noms curieux à consulter, (quelques détails statistiques sur la Communauté que nous croyons de nature à l'intéresser. (Note A.)
recensement où ne figuraient que les professions des personnes d'un âge mur : il éfaitcitile de constater si les Cerf-Berr, les Berr Isaac Berr, les Jacob Lazard, S. M. Oppenheim, Dalembert, Manus Polack, etc., etc., industriels ou manufacturiers, rencontreraient dans les nouvelles générations des imitateurs et des émules. Une liste dressée par les soins du Comité de bienfaisance, et gui. tut faite en 1812 S contient à ce sujet des renseignements importants sur les enfants des familles juives de Paris. Cet état, où figurent 266 noms composant 141 familles, témoignait hautement que les efforts, tentés par le Consistoire et le Comité pour favoriser renseignement professionnel, étaient couronnés de succès et q[ue l'apprentissage des arts et métiers était tout à fait entré dans les mœurs de la population juive. On y voit figurer, comme apprentis, des bijoutiers, des orfèvres, des joailliers, des relieurs, des menuisiers, des peintres sur porce^ laines ; et comme apprenties, des brodeuses, des brossières, des polisseuses, des passementières, des fleuristes, etc. Jeunes gens et jeunes filles, presque tous apprentis encore, rivalisant d'ardeur au travail, constituaient enfin Tavant-garde des laborieux de l'avenir : la Révolution n'avait pas semé en terre ingrate *.
^ Cette liste, comme celle du recensement, ne porte point de date. Mais nous avons acquis la certitude qu^elle avait été dressée en 1812 en comparant Tftge des enfants qu'elle mentionne avec les dates de naissance publiées par le recensement. — Il résulte, à n'en pas douter, des lettres adressées par le Consistoire central au Consistoire de Paris — et réciproquement — que l'état de recensement a bien été fait en 1809.
* Voici comment, au point de vue des métiers, peut se résumer cet état que nous publions en détail à l'appendice (Note B) :
Fbkmbs : Couturières, 23. Lingère, 1. Blancbisseuses de fin, 2. Brodeuses, 7. Passementières, 6. Brossières, 3. Polisseuse, 1.
14 LES PROFESSIONS l&AKUELLBS
Mai» ces listes S où Yon compte dés médecii», des avocats, des élèves de l'Ecole Polytechnique, des éhidiants en médecine, en cbimr^e, en «héologie, et qui permett^t de cénataier oosùbmi fâpide ava«l été lé relèvetneAt des Joifs qui, avec une reinarquable ftfcî*- Itté, s'identifiaient avec toutes les cafrrtères, appellent Tatléntiott sur xin objet plus spécial encore. Bien què^ne tenttant pas tout à fait dans notre cadre, il ne saapuit être passé sous silence ; noms voulons parier du itomfcre rôeltement cdnsidéralt^e pour Tépoque d*ofâciers -^ SoMaAs de toutes anoea alors en acJtivité de service et ddnt ;^élqttes-*tin8 mènes s'étaient dévouré» au pajs bien avant (fu'il adoptât les Juils^ bien avant Que le décret du 1*7 niars 1808 rendît le service mUtaire obligatoûre pcrur etfx. L'assinittlatian oompiète à^t^ imits à leurs concitoyens des autres cultes rendtmt Abso- Iraiëat pti^riie aiQOixrd'hui la nécesiûfté diitsîslttr aw
têâkia» g€«tiiéy 16 j «n linji^-et r«Jb«s, 4 ; >ën de&tdUes, 1 ; 4n paopées» 4 ; en casquettes, 2, Cardeuse de bottes, i. Régleuse ^ô papiêTf 1. App^tmfiêi côiittiiièfies, il îlifigèfes, 2; brossiëres )a^(ii> Mften#B,3;tosdlâsMtMe'dl« fitt, 1 ; Itr^â^MB, 2 ;^ «esBWnti^tSy 2; rarvaudottse, 1^ fleuristes^ 2. -^ Sotts-4D6tiftB« trîce, i. — Élèves de danse et danseuses, S. — Élève du consefViltOlM, '4 . ■ Hommes : Cordonnier, 1. Bijoutiers, 6. Tailleurs, 3. Peintres sur fOfctfkiin«, a.'Fi4)ricM»i4e portel^iUto^ 1* GMvetti, i. Libraire lelkw, i^ BMittenievi^ 6w Oêtùf^ jodUiei», d f «» liMMtte«, 1; '«il prigiM, &«. ^'JkfprêMiê oifèffe, 1 ; bteMiei», 2-; ^)oti> 'tîm, iO ) lailkMwi, 5 ; cisilMKi, 2 » «etiew, 1 f ob*Y>alMi», 4 ; ^apiiti— §y 2 ; b<m t i — i8 f Si, % i hcmlogsm^é; lOéeMioie», i ;'!»«•. rauîtwt, i ; f ca Ae m g^ i ; tforfLcMfieM^^. — Gmçm^ bettekei^ 1 ; arpenteur, 1. Etudiant en théologie, 1. Employé aux trwVMZ àe la gaene, I. SUvm «à -chirvigi*, 2. filॻ d« èêm» et danseur^ 2. tEllWe 4a ««Mcffvàtttiiii^ 1.
1 V«ir à ytp|>»Mlk« «a • ^tai âe* «nânts imélitetf >porlMd»''>eui 86nl.aaiUltfiMt et daM.lMiffU«t miMsn. » (N<ffe C.)
ET LES INSTITUTIONS DE PATRON AaB 45
oe fait. Français, ils se doivent à la France, et ce devoir, ils raccomplissent avec honneur. Nul ne songe, âe bonne foi, à récuser leur bravoare. Nul ne so!D^e siacèrement à nier Tardenr passionnée qu'ils mettent à «efvir la patrie, et depuis quatre-vingts ans ils ont, sur tous les chaiûps de bataille, scellé de leur sang leur natnralisatic».
Cependant une des accusations le plus fréquemmeût portées contre eux, et dont les adversaires de leur possession d'état civil en France se faisaient, en n89, les opiniâtres interprètes, consistait à dire qti*fls ne consentiraient jamais à se plier au service militaire, qu'ils se refuseraient toujours à l'impôt da sang. Leurs ennemis objectaient encore que s'il îecrr faîlaît, nn jour de fête, porter les armes pour la patrie, ils refuseraient de remplir leur devoir, et Taïi (d'eux s'écriait même à ce sujet : « Je ne connais pas dans le monde aucun général qui voulût comawmdter une armée de juifs le jour de sabbath ^ »
Les faits démetitaient ces paroles calonmieuses. « Ahl demandez, s*écriaient à leur tour les juifs dans leur adresse à FAssemblée Nationale le 34 déoemhre 1189, demandez si, tmites les fois qu'il a fâUa s'armer pour le salut public, la jour, la nuit, ïe jottr méiiae de notre fêle, nous n'avons pas quitté nos 4>ccupations les pins chéries pour altefr où !a paftrie hkimicée nous appelait 1 1>
Et, de fait, il n'était pas de sacrUtoe auqiiéls ils ne fassent prêts, de preuves de leur patriotîsnïe qti*iïs lïe dttuMsaent pour être traités en citoyens : ils forent
^ Af Semblée MtSonaU^ técnee do nerewdl 23 âJoimbso^ïTld» Xtis-
16 LBS PROFESSIONS, UANCELLKS
des premiers à offrir des dons patriotiques *, à payer leurs contributions patriotiques et à partager avec les différents districts * parisiens, « sans le moindre murmure, les fatigues et les honneurs du service militaire ' ; » enfin ils étaient h toujours prêts à verser leur sang pour la gloire de la nation et le soutien de ' ' ia liberté*. " M. Godard, avocat au Parlement, conr Armait, en ces termes, ces assurances patriotiques, lorsqu'il présenta à l'Assemblée générale de la Com-
le et indivisible • relule un fait curieux lu sujet de ces doQS offerts à le Patrie.
• Le ciloyea Sslomon Hcsse, Juif • ivait iépoaé Sur le bureiu • l'é- ' loffe et gallons tissus d'arjtent de ses ornements judaïques >, ainsi qu'une adrcEst aui Gtojana Je la section. Il y dissit qu; les juirà i a-vaient ausei des • hochets supecMitieui >, et, après s'être ,rdlicilA que • cette natioD > vienne «QSa de ■ recouvrer son droit naturel d'homme et de ciloyen ■, il ajoutait !• Je viens donc, ea celte qua» llté si précieuse, déposer eotre vot mains mes bocheta judaïques qoin'oDt servi qu'à cacher plus lonj^temps la vérité aux hommes, i
Il les offrait à ■ une yeuvo pauvtfl qui aura perdu son mari en
Vendée... • Que ceux d'entre n a uj.> disait-il encoM, qui oe peuvent
point voler aui rroolières s'empressent de venir «lU sgcoart de 'ceux'
qui la défendent si courageusement] ■ 11 offrait, «D oalrâi«ii paires
de bas > et il s'engageait i appartw, • dans le coitant de là décade,
deux paires de souliers et deux chemiset *^ •
Mention civicjue et tracEcription BU pracis^erbal furent faites
\ ' de cette déclaration qui fut imprimée' et tirée i douze cents êxem-
* plalies. afâctée dans toutes loa s«cUaiu H Paria, et envojA aux
*'. «atoiités, aux sociités populaires, eU., etc. (Piiee tirée des' Arcbivas
- , . ^^tioaales.)
[ 'JT' à De toutes les sections territoriales de U commune de Paris, !le * ■ J(\.Viistnc\, des Carmélites était celle qui comprenait le plus grand nombre .i- . de Juifs.
*„, • Discours prononcé le 30 janvier 1790 par U. Cahier de OerviUa, * •l''an des députés et procureur syndic-adjoint de U CiralDiaiie à l'as- ' ^* lemblée générale des icpr^Ëeutanta de la Commune, ^A * Adresse présentée à l'Asecmblée DalionaU par las Juifs domidlléf \ 4 Puis, le 26 mat 179t. (Place u<- 474S liiie des âicMvm utUoiuaBe.)
Kv°.';. : ■
* BT LES INSTITUflONS DE PATRONAaS 17
mune une députation des Juifs de Paris : «... Sur cinq cents juifs qui existent à Paris, il y en a plus de cent ^1 sont enrôlés dans la garde nationale et qui sacrifient tout leur temps, tout leur zèle, toutes leurs forces Ià la défense de la Constitution. »
Cette ardeur était si sincère que, lors de l'Assemblée I générale tenue par ordre de Napoléon P^ en 1806, \ quand M. Mole, commissaire du Gouvernement, posa \ ' l€t question suivante : « Les Juifà, nés en France et * traités par la loi comme citoyens, regardent-ils la France comme leur Patrie et se croient-ils obligés de la défendre ? » les membres de rassemblée se levèrent d'un mouvement unanime et s'écrièrent : « Oui! jtpqu'à la mort* 1 » . ' .
Ce sentiment, le Sanhédrin te traduisait, Bn 1807, * par ce» paroles empreintes d'une grande simplicité.: •r Des hommes qui ont ^opté une patrie, qui f ■ » résident depuis plusieurs générations, qui, sôùs » l'empire môme des lois particulières qui restreî-, .. ^ » ^^aient. leurs jdroits civils, lui étaient assez attachés * ^, » pour préférer au malheur de la quitter celui de çié " " » point't)arfiGiperàtous les avantages des autres ci^ ^ t JSKtoyens, ne- peuvent se. regarder en France que ; » comme Français et l'obligation dç la défendre restç .. * I » à leurs yeux'ph devoir également honorable et *' * j •» précieux. » ' ...
Et insistant sur rexpressiou de oétt^ pôn§é$ qu'il tient à préciser; le Grand Sanhédrin ajoutait : « L'amour de la Patrie est parmi les Juifs un sentiment, si
1 CQÎleetw^ de^ actes ^ ^t ^30 et Bistoire ée»J$Mélites depuis Vfp^çttw â& Uur dispersion jusgu*à nos jours, par. Théodore Relnach» ({>aris, ^ • lib. Haclwtte et;C".) . *
48 LKS PROFESSIONS MANUELLES
naturel, si vif et tellement conforme à leur croyance religieuse.*., que l'on a yu des Juifs Français, dans la dernière guerre, se battre à outrance contre les Juifs des pays avec lesquels la France était en guerre. Il y en a plusieurs qui sont couverts d'honorables cicatrices et d'autres qui ont obtenu sur le champ d'honneur des témoignages éclatants de leur bravoure. »
Le Consistoire central, par ses lettres*, le Consistoire de Paris, par ses arrêtés *, le Grand Rabbin de Paris , Michel Seligmann, par ses exhortations, contribuaient à enflammer cette ardeur. « Le champ d'honneur vous attend, s'écriait celui-ci, quand l'Angleterre attaqua la Hollande. Montrons que le génie de Napoléon sait inspirer de la valeur, même d'une distance très éloignée; prouvons-lui que sa parole seule suffit pour enfanter des phalanges nouvelles. »
La nomenclature que nous avons sous les yeux^ est, à cet égard, instructive et consolante parce qu'elle démontre que, dès la première heure, les Juifs ne marchandèrent pas leur sang. Elle constitue la première page d'un livre d'or où sont inscrits les services rendus à la Patrie par les soldats israélites et où, à côté des officiers de toutes armes qui se distinguent aujourd'hui dans l'armée*, figureraient au premier
1 c Qu'il lear (le grand rabbin aux|Israélites) rappelle que tout Is<-
> raélite né et élevé en France, et traité par les lois comme citoyen, » est obligé religieusement de la regarder comme sa patrie, de It dé-
> fendre ...»
* c Le Consistoire arrête que M. le Grand-Rabbin fera une exhortation religieuse pour encourager les jeunes Israélites à Toler à la défense de la Patrie et à s'enrôler volontairement pour marcher contre l'expédition anglaise *. (26 août 1809.)
* Nous la publions à l'appendice. (Note D.} ^ L'exiguïté de cette étude ne nous permet pas de tenter même de
publier une nomenclature des officiers israélites actuellement en acti-
rang les hommes qui toas ont honoré et les Juifs et l'ax^mée dès le commencement de ce siècle ^ .
Ceux fui prétendaient que Tamour de la Patrie ne
pouvait exister chez les Israélites, niaient avec non
uxoms d'assurance qu'ils pussent avoir les moindres
dispositions pour le travail manuel. Nous avons prouvé
la fausseté d'une telle assertion ; le temps se chargea
de donner à ces prévisions malveillantes un démenti
plus formel. Déjà TAssemhlée générale des Représen*
taats de la commune, en 1190, avait fait justice de
cette calomnie : a Les bras et les capitaux des Juifs
j> devenus citoyens, incorporés à la Patrie qui les aura
» adoptés, répareront ces torts (de l'ancienne admi-
» nistration) ; vous les verrez accourir de toutes les
» parties du globe au moment qu'ils saur(mt que le
» soleil de la liberté luit en France sur tous ceux qui
V y sont nés ou qui s'y établissent, et l'empire ac-
Tité. L^énnmération nominale serait longue des Juifs que compte Tannée parmi les généraux, les colonels, les commandants» les capitsdnes, etc., etc. . . Il résulte d'un relevé fait par les soins de M. Isidore Loeb, secrétaire de rAIliance israélite, de tous les efEciers Juifs de rarmée française en 1882, qu'il y avait, à cette époque, 2 généraux de division, 3 généraux de brigade, 5 colonels, 9 lieutenants^colonels, 12 chefs de bataillon d'infanterie, 4 chefs de bataillon du génie, 9* chefs d'eecadren de cavalerie, 4 chefs d'escadron d'artillerie, 90 capitaines de diferaes armes, 89 lieutenants, 104 sous-lieutenants.
^ D'après la Notice sur Vétat des Israélites en France (par £.<*C* M* <— Paris^ de Vimpr. de Pillet aîné, 1821), on citait, sous la Restauration, parmi les militaires qui s'étaient le plus distingués : le général liaron Wolff, maréchal de camp, commandant de la Liégion d'honneur; son Û6re, chef de bataillon, chevaMer de la même Légion ; le colonel Ifaurioe; Alphonse- Théodore Gerf-Berr, capitaine d'artillerie, chevalier de la Légion d'honneur ; Gustave Mévil, capitaine d'artillerie, chevalier de la Légion d'honneur ; Festel, capitaine, directeur du dépôt d'armes de Mutzig, officier de la Léjgion d'honneur; Worms fils, capitaine et chevalier; Lion Berr, capitaine aux WftUdes, etc.,etc