‹ Les profitardsChapitre 8 sur 10 · PRÉLUDES · texte numérisé non relu

PRÉLUDES

jt^ ne suis qu'un propriétaire terrien, qui vend ses produits du mieux qu'il peut à qui les lui paie le plus cher... Mais mes produits n'ont rien à voir avec la partie où travaille Monsieur Trucard... Quant à ce qui est d'être de ses compagnons de noce... [ comme on appelle en France, assez impro- ' prement, des actes qui ne le sont guère... < a ne m'intéresse pas... Je ne connaîtrai jamais la noce autrement que je ne la veux connaître... (Ti^cs grave.) c'est-à-dire par la mienne...

IsEULT-MoRGANE, ETC., ETC., vassiirée. — Ah!... C'est très bien, çal... Alors, vous comprenez les joies de...

Monsieur de Louèche. — Les joies de l'intérieur, et seulement celles-là... Un joli nid parfumé. . du bon café au lait... (Mouvement (l'Iseult-Moryane, etc., etc..) ou du bon thé... et le vôtre est exquis... des bons petits gâteaux... C'est seulement dommage que, pour deux jours par semaine, la France commence à être privée de gâteaux... de la musique... une jolie Dame dans une belle toilette... [Iseult-Morgane, etc., etc., baisse

les yeux.) Gela, pour nous autres Suisses, c'est le bonheur... cela sans plus!...

IsEULT-MoRGANE, ETC., ETC., uvec âme. — Gomme je vous comprends!... {Regard encourageant.) Je suis tout à fait comme vous !...

Monsieur de Louèche. — Tant mieux!...

Tant mieux !... (// prend une tranche de plum-cake.)

L'Alerte

Chez les Lavallé-d'Auge.

C'est le jour de Madame de Lavallé-d'Auge.

La belle iMadame Treille, à la petite d'Eglantine qui entre. — Tiens!... vous êtes venue à pied?...

La petite d'Eglantine. — Mais non...

pourquoi, à pied?...

La belle Madame Treille. — Parce que vous êtes toute poudrée de neige... votre fourrure... votre chapeau... et même vos cheveux...

La petite d'Eglantine. — J'ai reçu ça en descendant de voiture... La neige tombe tellement fort... {Elle se secoue.)

Monsieur d'Horty. — Gardez donc ça, au

lieu de vous secouer comme un petit chien mouillé... C'est gentil comme tout!... Vous avez l'air d'une rose roulée dans du sucre...

Madame Desmarets de Saint-Gond. — Ne parlez pas de sucre!... Ça me donne envie d'en manger!... Ça me prive si atrocement de n'en pas avoir à mon gré...

Madame Montbard. — C'est comme moi !... {Avec âme.) Il me semble que je ne l'ai jamais tant aimé!... (A Monsieur d'Horly.) Ça vous fait rire?...

Monsieur d'Horty. — Dame!... Pour une pauvre petite gêne de rien du tout, la seule que l'on ait eue depuis près de trois ans de guerre, il y a des gens qui poussent des cris de putois... [Mouvement de Madame Montbard.) Notez, je vous prie, Madame, que cette comparaison inconvenante ne s'applique pas à vous, mais à tout le monde en général...

Madame Desmarets de Saint-Gond, à la petite d'Eglantine. — Avez- vous vu Madame de Sermaize?...

La petite d'Eglantine. — Non... mais vous alkz la voir tout à l'heure.,.

L'ALERTE 20î>

Monsieur dIIoutv, air ahuri. — Ici?...

Elle va venir ici!...

La petite d'Eglantine. — Parfaitement...

du moins sa femme de chambre le croit... [A Madame Desniarets de Saint-Gond.) quand je suis arrivée pour avoir sa réponse, la vieille Berthe m'a dit : « Madame la Marquise est sortie... Elle est chez Madame de Lavallé-d'Auge, porter la réponse pour le jardin... »

Madame de Lavallé-d'Auge. — Ah!... je respire!...

La petite d'Eglantine. — Ne respirez pas trop... Je suis sûre qu'elle ne vous le donnera pas, son jardin... [Monsieur d'Horty regarde interrogativement.) Ces dames lui ont demandé de prêter son jardin pour leur fête foraine...

(Monsieur d'Horty pouffe.)

Madame Desmarets de Saint-Gond, à Monsieur d'Horty. — Une fête foraine pour distraire les blessés, et à leur profit... C'est intéressant...

Monsieur d'Horty. — Très... et je suis sûr que ma vieille amie Sermaize vous donnera un peu d'argent... le plus qu'elle pourra... Mais son jardin!... Ah!... on voit bien que vous ne soupçonnez pas de quel amour sauvage elle l'aime...

La petite d'Eglantine. — Elle va vous le dire elle-même... (^4 Madame de Sermaize qui entre.) Bonjour, Marraine!...

Madame de Lavallé- d'Auge. (Elle va audevant de Madame de Sermaize.) — Gomme c'est aimable à vous d'être venue!... Vous qui sortez si rarement!...

Madame de Sermaize. — Ah ! le fait est que ça m'est horrible de sortir!... Mais je tenais à venir moi-même vous expliquer que vous donner mon jardin pour votre foire m'est impossible... Je vous donnerai l'équivalent, mais...

Monsieur d'Horty. — Qu'est-ce que je vous disais?...

Madame de Lavallé-d'Auge. — Mais, Chère bonne Madame, on ne l'abîmerait pas...

Madame de Sermaize. — Au contraire!...

Quinze cents ou deux mille personnes le

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piétineraient... y apporteraient leur poussière, ou leur boue, ou même leur poids sans plus... On y enfoncerait de sales piquets... on y construirait des baraques. . Ah! non! jamais!... J'aimerais autant y mettre des pommes de terre!...

(La petite d'Eglantine rit.)

I SE LLT-M ORGANE, BARONNE d'AlBA DE La De-

MOLicioN, sentencieusement. — L'un n'eni- |)ècherait pas l'autre!... [Madame de Sermaize la regarde de travers.) Comme le disait hier encore Monsieur l'abbé Labrème dans son beau sermon : « Donnons... donnons des deux mains, et ce sera encore trop peu!... » [A Monsieur de Louèclie.) L'avez vous entendu?...

Monsieur de Loueche, avec indifférence.

— Non, Madame, non!...

IsEULT-MoRGANE, ETC., ETC., air de douce gronderie. — Oh! mais c'est très mal!... Je croyais que c'était votre paroisse, Saint... [Elle s'arrête court en voyant que Monsieur des Ramiers la regarde d'un air narquois.)

Madame de Sermaize, bas à Folligny. — On la reçoit donc à cette heure?... [Elle indique Iseult-Morgane, etc., etc..)

Folligny. — Dame!... Ça m'en a tout l'air!... Je sais bien que ces bons Lavalléd'Auge ont la manche tellement large que ça ne prouve pas grand'chose, en somme...

Isellt-Morgane, etc., etc., à Monsieur des Ramiers. — Pourquoi donc m'avez-vous regardée comme ça tout à l'heure?...

Monsieur des Ramiers. (Iseult-Morgane, etc., etc.. l'agace.) — Comme quoi « ça»?...

Isellt-Morgane, etc., etc.. — Comme si j'avais fait une gaffe...

Monsieur des Ramiers. — Oh ! une gaffe, si on veut!... Mais vous allez parler à Louèche avec insistance de sermons, et de paroisse, et de tout ça...

Iseult-Morgane, etc., etc.. — Eh bien?... Est-ce qu'il est incroyant?...

Monsieur des Ramiers. — Ça, je ne sais pas... mais il est protestant, et...

Iseult-Morgane, etc., etc., embêtée. — Ah ! mon Dieu ! . . . c'est vrai ! . . . Je n'y ai pas pensé!... ,

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(Elle se dirige vers Monsieur de Louèche, qui est allé à la table où le thé est servi et mange des gâteaux d'un air appliqué.)

La petite d'Eglantine, à Monsieur des Ramiers. — Pourquoi lui dites-vous que Monsieur de Louèche est protestant ?... Vous le savez?...

Monsieur des Ramiers. — Non, mais je le présume, puisqu'il est Suisse...

La i^etite d'Eglantine. — En voilà une raison!... 11 y a en Suisse autant de catholiques que de protestants!...

Monsieur des Ramiers, désinvolte. — Croyez-vous?... D'ailleurs, ça m'est égal... mais c'est plus fort que moi!... Quoi qu'elle dise, j'éprouve toujours le besoin de contredire cette vieille farceuse!...

It^LA BELLE Madame Treille, toujours en quête d'un compliment. — Si vous appelez vieille Madame de La Démolicion, comment appellerez- vous ses aînées... ou celles qui se croient telles...

Monsieur des Ramiers. — Je ne les appellerai pas, parce que, avec celles-là, je tiens à être poli...

La belle Madame Treille, d'un ton pointu.

— On n'est pas plus gracieux!... [Elle aperçoit Lagrath qui entre.) Ah !... voilà ce cher Ministre!... [Elle va à lui.)

Monsieur d'Horty, à Madame de Sermaize.

— C'est égal!... Si, il y a seulement cinq ans, on avait dit à Lagrath que des belles dames comme ça l'appelleraient : « Ce cher Ministre î ...» on l'aurait bigrement étonné ! . . . (// indique Lagrath que toutes les dames entourent.)

Madame de Sermaize. — Ah!... C'est ça, Lagrath!... [Elle le regarde.) Ben, il n'est pas plus mal qu'un autre!...

Monsieur d'Horty. — Non, mais autant...

Madame de Lavallé-d'Auge, à Madame de Sermaize. — Vous connaissez le ^Ministre, naturellement?... [Madame de Sermaize fait signe que non.) Oh!... mais alors, je vais vous le présenter...

Madame de Sermaize. — Mais non... mais non... Ça n'a aucun intérêt!...

Madame de Lavallé-d'Auge, à Madame de Sermaize. — Permettez-moi, chère Madame, d'insister encore pbur obtenir Votre joli

LALERTE 21 i

jardin. . . Nous ne savons vraiment où aller. . . Tout établissement que nous serons obligées de louer, nous coulera les yeux de la t'^te...

Madame de Sermaize. — Mais il n'y a pas que moi dans Paris qui aie un jardin!... [Illuminée.) Tenez!... pourquoi ne demandez-vous pas à Monsieur Lagrath son jardin du ministère...

Madame de Lavallk-d'Auge. — Ce n'est pas tout à fait son jardin... Il n'est que Sous-Secrétaire d'Etat!...

Madame de Sermaize. — Qu'est-ce que ça fait?...

Madame de Lavallé-d'Auge, un peu hésitante. — Si vous croyez que... qu'il puisse disposer de... [Elle fait un mouvement pour' aller à Lagrath.)

Madame de Sermaize. — Faites-lui plutôt demander ça par Madame Treille... ou par Loulou d'Eglantine... enfin, par une jolie femme... ça sera plus sûr...

(Tête de Madame de Lavallé-d'Aug-e.^

Monsieur d'Horty. — Ben, vous en avez ' de bonnes!... [Madame de Sermaize le re~

garde inteirogativement .) Vous lui dites de faire demander ça par une jolie femme... ce qui sous-entend que...

Madame de Sermaize. — Dame!... je ne pense pas qu'elle soit assez bête, à cinquante ans, pour...

Mois SIEUR DES Ramiers. — Non?... Eh bien, alors, c'est que vous n'avez pas vu ce nez qu'elle a fait...

Monsieur Médard Lagrath, à Madame de Lavallé-d'Auge. — Mon Dieu... je ne vois, en principe, aucune difficulté à vous faire obtenir le jardin du Ministère, pour y donner votre fête champêtre... (// regarde les carreaux que la neige et la grêle fouettent avec violence.) Une fête champêtre !...

Brrr!...

La belle Madame Treille. — Espérons que, dans quinze jours, il ne fera pas ce temps-là!...

Lagrath. — Espérons-le!... [Geste indifférent.) D'ailleurs, moi je m'en... (Il s'arrête.)

Monsieur des Ramiers. (// joue l'effarement.) — Qu'est-ce qu'il va dire?...

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