‹ Les progrès de la photographieChapitre 16 sur 18 · TIRAGES PHOTOGRAPHIQUES AUX ENCRES GRASSES · texte numérisé non relu

TIRAGES PHOTOGRAPHIQUES AUX ENCRES GRASSES

de la gélatine bichromatée ou produits similaires, a démontré que par leur emploi on pouvait obtenir photographiquement aux encres grasses l’image en relief (typographie), l’image en creux (gravure), l’image sur surface plane (lithographie).

Avant d'entrer dans l'étude de chacune de ces trois branches, établissons d’abord nettement la différence profonde qui existe entre l'impression photographique ordinaire et les diverses impressions aux encres grasses.

Quel que soit le mode de production d’une image monochrome, celle-ci présente son effet général à nos yeux par les quantités plus ou moins grandes de la couleur qui la compose. Beaucoup de couleur dans les grandes ombres, de moins en moins à mesure que les demi-teintes deviennent plus légères jusqu’à l’absence complète dans les blancs absolus.

Or, dans les procédés photographiques, on peut considérer la couleur comme formée par une série de teintes s’ajoutant les unes aux autres et se dégradant à l'infini, si bien qu’on pourrait la comparer à une peinture passant du blanc au noir en parcourant tous les degrés du gris; mais il n’en est pas de même pour les impressions aux encres grasses : ici la teinte est presque toujours unique, c’est une couleur brutalement noire, dont la couche la plus mince a déjà presque toute son intensité. Ce n’est donc plus en superposant des couches plus ou moins foncées qu’on pourra obtenir les noirs ou les demi-teintes, mais en espaçant plus ou moins la couleur, en serrant les intervalles d'autant plus qu’on voudra plus noir, en s'appliquant à avoir des traits ou des points d'autant plus fins et d’autant plus éloignés qu'on voudra des effets plus clairs.

La principale difficulté du problème réside dans cette différence entre les deux moyens d'obtenir l’image qui, en Photographie, est formée par une série de teintes en couches continues, et, dans les impressions aux encres grasses, est formée presque toujours par une seule teinte en couche brisée.

Nous devons donc de suite établir une distinction entre la reproduction photographique d’un dessin, gravure ou autre image, résultant déjà d’une impression à l'encre grasse et les épreuves faites sur nature ou d'après un tableau ; l'épreuve d’après une gravure, dessin ou autre se trouve immédiatement réunir les conditions voulues pour l'impression aux encres

grasses, puisque les écarts de traits ou les inégalités de grain ont été déjà obtenues et se reproduisent sur le cliché; mais il n’en est plus de même pour l'épreuve d’après nature ou d’après un tableau : elle présente des dégradations de teintes sans solution de continuité, et pour parvenir à la traduire sur une planche d'impression à l'encre grasse, surtout pour la gravure en relief ou en creux, il faut, par un tour de main plus ou moins réussi, rompre cette continuité de la‘teinte proportionnellement à l'effet nécessaire.

Aussi les reproductions de gravure ou de dessin se font avec une facilité relative et elles ouvrent déjà un champ très-vaste à l’industrie, tandis que l'épreuve d’après nature demande des procédés plus délicats.

Ajoutons encore que ce serait une erreur de croire que l'alliance de ces deux industries, photographie et impression, diminuera l’habileté nécessaire pour exercer l’une et l’autre; il faudra, le plus souvent, des clichés sinon spéciaux, du moins excellents pour pouvoir les appliquer à la production d’une planche destinée aux encres grasses; de là cette nécessité . d’un photographe habile, connaissant toutes les ressources de son art, et l'encrage et au

d'un imprimeur capable non-seulement d'appliquer à tirage tout son savoir-faire, mais aussi d’aplanir et de surmonter les difficultés que peut présenter à chaque instant un procédé nouveau auquel on ne peut demander de donner immédiatement les résultats os par la vieille expérience des anciens procédés.

De mn mme mms

(PHOTOLITHOGRAPHIE, IMBRESSIONS SUR SURFACE PLANE.)

Photolithographie. — Le nom de Zthographie (impression sur pierre). donné autrefois à ce procédé parce que c’est sur pierre que furent obtenues les premières épreuves, devient de nos jours de plus en plus incorrect, et bien que la pierre soit encore la matière principalement employée, le même mode d'opérer s’est étendu au zinc, et maintenant, avec la gélatine bichromatée, on peut, théoriquement du moins, obtenir ce genre d'impression sur toute surface plane suffisamment résistante.

Tout en le regrettant, nous ne saurions changer ce nom et nous ranserons sous la dénomination de Zithographie photographique tous les procédés par lesquels l'impression pourra être obtenue sur une surface sensiblement plane, ne présentant ni creux ni reliefs volontairement cherchés, l'encre adhérant par affinité sur certains points et étant au contraire repoussée dans les autres parties, la répulsion de l'encre pour ces dernières étant généralement causée par une certaine humidité localisée.

Avant de parler de la lithographie photographique, il nous faut expliquer en quelques mots la lithographie ordinaire.

La lithographie sur pierre, inventée en 1796 par Sennefelder, est basée sur les faits suivants :

On prend une pierre calcaire plane et sans défauts, d’une homogénéité et d’une porosité convenables : celles qui viennent des carrières spéciales de Munich sont particulièrement propres aux applications lithographiques. Il suffit de tracer un dessin quelconque sur cette pierre avec une matière 10,

grasse et de mouiller ensuite toute la surface: l'eau pénètre très-légèrement dans les pores partout où il n’y a pas de matière grasse, elle est au contraire repoussée par le corps gras. Si l’on passe le rouleau chargé d'encre d'impression, après avoir essuyé la pierre pour enlever l’excès d’eau, l’encre adhère sur le corps gras, elle ne s’attache pas sur les parties humides de la surface; si l’on couvre ensuite la pierre avec une feuille de papier et si l’on exerce une pression, l'encre s’attachera au papier, quittera la pierre, et donnera la reproduction du dessin.

Dans la pratique, il y a de nombreux écueils à ce procédé si simple. comme théorie première, il faut consolider en quelque sorte le dessin sur la pierre, augmenter les deux propriétés inverses de la surface pour éviter que peu à peu les parties non encrées ne s’habituent à prendre l'encre, que les traits délicats ne s’élargissent et ne s'empâtent ou même que les ‘traits ou les demi-teintes ne disparaissent. Ces diverses conditions tiennent un peu à la nature de la pierre, à la qualité de l'encre ou matière grasse qui a servi à faire le dessin, mais surtout à l’habileté de l'ouvrier qui a fait la première préparation ou acidulation et gommage, et aux soins de l’ouvrier tireur.

Le dessin étant mis sur pierre, la préparation ou acidulation se fait en la couvrant largement d’une dissolution de gomme arabique acidulée faiblement avec l'acide nitrique ; on la lave, on la couvre ensuite avec de l’eau gommée et on la laisse ainsi pendant quelque temps. L'action de l’acidé nitrique est d’abord de décomposer le savon qui entre dans la composition de l’encre ou du crayon lithographique qui a fait le dessin, les acides gras de ce savon décomposé s’unissent à la chaux de la pierre pour former un savon calcaire insoluble: de plus, l’acide, rongeant très-légèrement la pierre partout où il n’y à pas de dessin, donne à celui-ci un trèsfaible relief, augmente la porosité de la surface calcaire et son affinité pour l’eau. Le rôle de la gomme semble être d’abord de localiser l'action de l'acide par son état mucilagineux ; elle a en outre une propriété réellement préservatrice de la surface, elle adhère à la pierre dont elle ferme les pores au corps gras tout en la rendant plus facilement pénétrable par l’eau.

Nous donnons ces quelques explications uniquement pour montrer aux opérateurs qu'il existe une série de tours de main dont il faut nécessai-

rement acquérir la connaissance et l’habitude avant de penser à réussir la photographie sur pierre. |

On ne doit pas oublier que la surface de la pierre doit être avant tout adaptée au but que l’on se propose, largement grainée pour de grands effets, de plus en plus doucie pour les dessins plus fins et presque polie si l’on veut avoir des traits excessivement déliés.

Le dessin est mis sur pierre soit directement par la main de l'artiste, se servant alors du crayon ou de l’encre lithographique, soit indirectement par le report. Pour le réport, le dessin doit être obtenu sur une feuille de papier spéciale avec l'encre dite de report ; cette feuille de papier, préalablement rendue humide, est placée et comprimée sur la pierre : elle y laisse son empreinte grasse. La feuille de report peut elle-même recevoir son dessin soit à la main, soit par l’un quelconque des procédés d’impression; il faut seulement que le dessin qu’elle porte soit fait avec cette encre spéciale de report. ;

Nous connaissons maintenant les conditions, pour ainsi dire théoriques, de la lithographie ; voyons comment on a pu les adapter ou les modifier suivant les exigences de la Photographie, et obtenir par l’action seule de la lumière un dessin encrable sous le rouleau.

Bien que les divers procédés pour arriver à ce résultat soient basés sur une seule réaction : la propriété que possèdent certains corps mélangés de bichromates alcalins de devenir insolubles par l’action"de la lumière, de ne plus être pénétrés par l’eau et de prendre l’encre d'imprimerie, ils sont cependant si nombreux, qu’il est nécessaire de les classer pour ne pas répéter à chaque instant les mêmes explications.

On doit distinguer :

1° Les méthodes dans lesquelles on emploie les surfaces lithographiques ordinaires ; la préparation photographique remplace le crayon ou l’encre lithographique et fait, après l’insolation, une sorte de réserve qui n’adhère à la surface préparée que dans les parties où la lumière l’a rendue insoluble, tandis que dans les autres parties la surface mise à nu peut recevoir les manipulations ordinaires, telles que l’acidulation, le gommage, etc.;

2° Les méthodes dans lesquelles une surface quelconque, apte ou non à recevoir un dessin lithographique, est et reste couverte d’une couche continue de gélatine ; c’est cette couche tout entière qui devient surface

lithographique, l'encre grasse adhérant à la gélatine solarisée et n’adhérant pas aux parties de gélatine sur lesquelles l’action lumineuse n’a pas été suffisante pour les empêcher de s’humecter ;

3° Les procédés de report et de transfert, dans lesquels les surfaces gélatineuses préparées ne présentent pas assez de résistance pour supporter l’action de la presse, mais permettent cependant d'obtenir une ou plusieurs épreuves avec l'encre dite de report, épreuves qui sont alors reportées sur pierre ou sur zinc.

Ces procédés de transport peuvent être obtenus également par les deux premières méthodes.

Il est difficile de faire une classification bien exacte de ces divers modes d'opérer, qui s’enchevêtrent intimement les uns dans les autres ; toutefois cette division rendra plus facile au lecteur l'étude qui va suivre :

1° Impressions sur surfaces lithographiques faites directement (!). — Nous ne reviendrons pas sur le procédé au bitume de Judée, que nous avons pratiqué autrefois, et qui est décrit page 456 de la Chimie photographique ; abandonné aujourd’hui, ce procédé reviendra probablement plus tard. Nous suivrons seulement les développements successifs qu sn prises les préparations bichromatées.

Le procédé le plus simple est celui indiqué par M. Poitevin, Chimie photographique, page 459; nous le rappelons ici :

On prend une pierre lithographique plus ou moins finement grainée ou poncée, suivant le sujet à reproduire, car le grain est nécessaire si l’on veut de la transparence dans les noirs, tandis qu’une surface lisse ou polie ne peut convenir que pour Ja reproduction du trait.

Sur cette pierre, préalablement bien lavée et séchée, on étend un mélange d’une partie d’albumine d'œufs recueillie après le battage en neige, et d'une partie d’une solution saturée de bichromate de potasse. Cette mixtion est appliquée au moyen d’un pinceau dit queue de morue ou de toute autre manière. La pierre est égouttée de tout excédant de liquide et essuyée avec un tampon de linge, de telle sorte qu’il n’en reste à la surface qu'une couche infiniment mince, celle qui a pénétré, pour ainsi dire, dans les pores de la pierre.

(1) Voir les Traités spéciaux de M. Geymet et de M. Mook.

On laisse sécher à l’abri de la lumière et l’on pose sur cette surface un négatif, de préférence un négatif retourné; et, comme pour toutes les opérations photographiques, on expose à la lumière un temps variable suivant son intensité et l’opacité du négatif; l'expérience est le meilleur guide à cet égard.

Sous l'influence de la lumière, l’albumine bichromatée devient insoluble et s'incorpore à la pierre ; les parties protégées par les noirs du négatif restent solubles.

La pierre, rentrée dans le laboratoire, légèrement mouillée à l'éponge, est encrée avec le rouleau couvert d'encre lithographique ; de préférence on emploie comme encre celle dite de report, additionnée d’un peu de vernis gras : cette encre résiste mieux aux apprêts nécessaires que l’on va faire subir à la pierre ; l’encre grasse adhère immédiatement sur les parties où l’albumine insolubilisée par la lumière a pris en même temps une grande affinité pour les corps gras; elle est repoussée, au contraire, partout où l’albumine, restée soluble, est enlevée par l’action de l’eau et laisse l'humidité pénétrer les pores de la pierre.

Ainsi préparée, la pierre présente le dessin à l'encre grasse; mais, si l’on voulait faire le tirage d’un certain nombre d'épreuves, le dessin ne résisterait pas ; il s'empâterait bientôt; partant, il faut que la pierre soit acidulée et gommée, comme nous l’avons expliqué plus haut, en l’immergeant d’un coup dans une solution de 2 parties de gomme, 2 parties d'acide nitrique pour 100 parties d’eau ou la recouvrant habilement et largement avec une nappe de ce liquide. La pierre, relevée aussitôt, est lavée, passée à la gomme sans acide, séchée et prête ensuite pour les tirages lithographiques.

M. Geymet, dans son Traité pratique de la Lithophotographie (édition de l’année 1873), indique ce procédé des couches d’albumine bichromatée sans épaisseur, étendues sur une pierre polie, comme particulièrement préférable toutes les fois que l’on recherche la reproduction du trait.

Ce premier procédé de M. Poitevin fut suivi d’un assez grand nombre de formules données par d’autres inventeurs : nous allons énumérer trèsrapidement et seulement pour mémoire quelques-unes de ces méthodes ; mais c’est seulement lorsque le brevet de M. Poitevin approche de son terme que nous voyons apparaître les sérieux perfectionnements qui sont en pratique aujourd'hui.

En décembre 1855, MM. Rousseau et Musson produisaient une image sur pierre lithographique au moyen de la gélatine bichromatée et des réactions suivantes : après l’insolation sous le cliché, la pierre gélatinée est lavée à l’eau pour enlever tout le bichromate resté soluble, puis recouverte d’un mélange d’acide gallique et pyrogallique très-faiblement acidulé, lavée de nouveau, recouverte d’une dissolution de savon blanc: la gélatine insoluble conserve assez d'acide pour décomposer un peu de savon et fixer l’acide gras sur les traits de l’image. On peut renforcer cette action en faisant succéder des solutions de nitrate de cuivre ou de nitrate de plomb, et terminer par une nouvelle solution de savon; on lave de manière à enlever les dernières traces de matière soluble, et l’image reste formant un relief considérable encrable au rouleau.

Dans ce procédé assez compliqué, les auteurs n’ont pas tenu compte de l’affinité de la gélatine insoluble pour l'encre grasse, de la répulsion de cette encre par les parties mouillées, et ils ont cherché des reliefs et des complications que la pratique actuelle démontre inutiles.

Beaucoup plus tard, en juillet 1863, M. Morvan communiqua à l’Académie des Sciences un procédé basé également sur l’emploi du savon.

La pierre est toujours couverte du mélange d’albumine et de bichromate soluble, exposée sous une épreuve positive et, après une insolation, lavée d’abord avec un acide faible, puis avec une dissolution de savon blanc et ensuite à l’eau pure.

Ici l’albumine joue le rôle de réserve contre l’action de l’acide gras sur la pierre; toutefois la description donnée par M. Morvan semble incomplète, et nous l’avons mentionnée parce qu’elle donne une image positive avec un cliché positif.

Gomme procédé particulier, nous devons indiquer celui de M. Jobard, de Bruxelles, qui a obtenu des épreuves lithographiques au moyen de pierres ou de plaques de zinc simplement iodées.

La surface, exposée d’abord aux vapeurs d’iode, est mise sous un positif et aussitôt après l’insolation couverte d’une solution de gomme additionnée de noir de fumée et mise à sécher à l'abri de la lumière; après quelques heures on lave, on sèche de nouveau, puis on humecte la surface et l’on encre. Partout où la lumière a frappé, l’encre grasse ne prend pas, Sans doute parce que la lumière a déterminé la formation d’une mi-

nime quantité d'acide iodhydrique, ce qui a produit une légère acidulation ; là où la lumière n’a pas frappé, l’iode non altéré permet à la surface de prendre l'encre grasse. Cette préparation demande de très-grands soins et un très-habile ouvrier. | :

2° Impressions sur une surface plane quelconque couverte d’une couche continue de gélatine. — Dans les procédés qui précèdent, dont les premiers seuls ont donné quelques résultats commerciaux, nous voyons que l’on a toujours cherché à utiliser les propriétés lithographiques spéciales de la pierre ou du zinc; en mai 1867, MM. Tessié du Motay et Maréchal, de Metz, entrent dans une autre voie, suivie dans tous les perfectionnements qui vinrent ensuite.

Dans leur procédé, la mixtion bichromatée remplit un double but : elle est utilisée en couche continue étendue sur un support plan et résistant quelconque (métal, pierre, verre, etc.), et la lumière détermine sur cette couche continue les points qui doivent prendre l'encre et ceux qui doivent prendre l’eau. Théoriquement, la matière du support devient donc indifférente, pourvu qu’elle présente une résistance suffisante ; la question importante qui reste à résoudre est l’adhérence de la couche.

Cette méthode se retrouve indiquée dans l'ouvrage publié en 1862 par M. Poitevin, page 76: |

« La possibilité une fois reconnue de faire adhérer l’encre grasse et tout corps gras aux seules parties modifiées par la lumière d’une surface quelconque recouverte du mélange précité (bichromates et matières gommeuses, gélatineuses, etc.), j'étais arrivé à la Photolithographie. » Maïs il ne paraît pas que ce procédé ait été employé pour un tirage direct avant l’application qu'en firent MM. Tessié du Motay et Maréchal, de Metz.

Procédé de MM. Tessié du Motay et Maréchal, de Metz. — Selon les auteurs (‘}, deux causes, qui nous semblent très-discutables, empêchaient les diverses méthodes employées avant eux de donner les résultats qu’on en attendait : le grain de la pierre et l’épaisseur de la couche qui, quelque mince qu’elle soit, se trouvait interposée entre la surface du cliché et la surface lithographique. |

(!) Bulletin de la Svciété francaise de Photographie, année 1867, p. 115.

Pour s’en affranchir, ils firent un mélange de colle de poisson, de gélatine, de gomme, additionné de bichromates solubles, auxquels ils ajoutaient encore de l'acide chromique mélangé d’autres corps avides d’oxygène. Le mélange, étendu sur plaque de cuivre, est séché et chauffé pendant plusieurs heures à l’étuve à une température de 50° C. environ. Sous l'influence des sels ajoutés et de la température, la couche gélatinée, gommée et bichromatée devient insoluble dans toute son épaisseur, s'attache au support et peut résister au rouleau d'impression, qui la déchirerait si elle ne prenait pas une résistance suffisante.

Après le passage à l’étuve la plaque est insolée sous le négatif, lavée de manière à enlever tous les sels de chrome et autres restés solubles, séchée et disposée pour l'impression.

Sous l’action d’une éponge humide, les parties non insolées se gonflent légèrement en absorbant l'humidité, mais pas assez pour que le rouleau chargé d'encre ne puisse atteindre les parties qui ont reçu l’action lumineuse et qui, n'absorbant pas l’eau, prennent très-bien l'encre grasse: cette encre adhère donc plus ou moins, suivant que la lumière a rendu la surface plus ou moins imperméable à l’eau.

Chaque planche obtenue par ce procédé ne permettait pas alors le tirage de plus d’une centaine d'épreuves; elle ne tardait pas à s’altérer et devait être remplacée par une autre. Ce faible tirage est compensé par la facilité avec laquelle on peut faire autant de planches qu’on le désire.

L’encrage sur surface continue de gélatine indiqué par M. Poitevin, modifié et amélioré par Tessié et Maréchal, est donc pratique ; l’image photographique peut ÿ être obtenue avec une grande perfection; on peut se servir de cette couche pour tirer un assez grand nombre d'épreuves. Nous allons voir maintenant se développer de tous les côtés desméthodes, tours de main, formules diverses pour améliorer les tirages et arriver à impri mer un grand nombre d'épreuves sans altérer la couche de gélatine sur laquelle elles sont formées.

Ce fut à la fin de 1868 et en 1869 que l’on vit se produire dans les expositions et dans le commerce les premières épreuves à l'encre grasse pouvant rivaliser, pour la finesse et le modelé, avec celles obtenues aux sels d'argent. Ces épreuves sortaient des ateliers de M. Albert (de Munich) et étaient obtenues au moyen d’un procédé encore mal connu, auquel

LITHOGRAPHRIE PHOTOGRAPHIQUE. 155

M. Albert avait donné son nom, procédé qui, en réalité, a la plus grande similitude avec celui de MM. Tessié et Maréchal ; seulement, pour obtenir une plus grande résistance de la couche de gélatine sur son support, M. Albert interpose une couche mince préalable qui, insolubilisée dans toute son épaisseur, forme un intermédiaire très-tenace et donne à la couche totale une grande résistance à l’action du râteau de la presse lithographique. Quelques heureuses modifications apportées à cette presse lui permettent de faire, avec la même préparation gélatinée, un tirage qui dépasse 1500 exemplaires.

MM. Tessié et Maréchal solidifient la couche de gélatine par quelques agents chimiques aidés par la chaleur; M. Albert remplace l’action de la chaleur par l’action de la lumière.

Modification par M. Albert.— Nous donnons ici ce qui est connu du procédé de M. Albert, soit par le brevet, soit par ce qui en a été publié, sans garantir toutefois l'exactitude des formules. Nous ferons observer, du reste, que pour ce procédé comme pour tous ceux qui suivent, les formules données par les auteurs ont rarement la netteté désirable; quelquesunes insérées dans les brevets semblent avoir été compliquées à dessein et seraient même quelquefois impossibles à réaliser. Chaque industriel qui amène un perfectionnement cherche à en tirer parti, ainsi que cela est son droit, aussi ne communique-t-il pas volontiers le tour de main, le petit secret de métier auquel il doit sa réussite. Nous donnerons d’abord un extrait du brevet de M. Albert (de Munich}, Brevet de 15 ans, n° 83050, 3 novembre 1868:

« On prend une glace ou une surface polie, de 7 à 8 millimètres d’épaisseur, transparente, sur laquelle on verse un liquide composé de :

uma tent Jin asc 300°° D, Din io ounsoun de 150% 0... 158" MIDAnOMAts de polasses’. . . .........,..... 88"

» Après dessiccation à l'abri de la lumière, on obtient une première couche qui, en réalité, est composée de deux couches différentes :

» 1° Celle touchant directement le verre;

» 2° Celle en contact avec l’air.

» On pose sur le côté albuminé de la glace un morceau de drap foncé, et l’on expose à la lumièrele côté nu de la glace pendant une demi-heure à deux heures. Par cette exposition à la lumière, la couche en contact avec le vêrre est devenue sèche, insoluble et parfaitement adhérente, et la couche externe peut encore recevoir de nouveau une solution de gélatine bichromatée.

» En effet, après l’exposition à la FRNEE on verse sur la glace uneso-

lution de :

Gélatine. :,7710 20 ENS 300$" Eau. OS PONS 180 Bichromate : 025. RC 100 (')

» Après séchage, la glace est prête à être exposée sous un cliché négatif, et l’exposition à la lumière influencera proportionnellement la gélatine bichromatée.

» On suit facilement à travers la glace les progrès de l’action actinique.

» On laisse ensuite la glace impressionnée séjourner un quart d'heure dans l’eau.

Elle est apte, en cet état, à recevoir directement les encres d’imprimerie à l’aide d’un rouleau ordinaire. Si l’on doit presser vigoureusement pour obtenir des épreuves, on scelle les plaques de verre sur du plâtre ou autrement.

Ce que M. Albert revendique comme son invention, c’est :

° L'emploi des glaces transparentes ;

2° La double couche sensible permettant un tirage nombreux.

M. Van Monckhoven, dans son 7raité général de 1873, donne sur le procédé Albert quelques renseignements et quelques formules qui diffèrent un peu de celles du brevet, surtout pour la composition de la mixtion destinée à faire la deuxième couche.

La glace doit être finement dépolie; on la recouvre d’une solution de 6 grammes de gélatine dans 300 centimètres cubes d’eau distillée addi-

(*) I doit y avoir erreur dans ces nombres donnés. La solubilité du bichromate de potasse est de 10 grammes pour 100 centimètres cubes d’eau : la formule serait donc impossible.

tionnée de 5 à 6 grammes de bichromate d’ammoniaque ; après refroidissement, on ajoute 100 centimètres cubes d’albumine d'œufs préalablem ent purifiée par le battage en neige, on laisse sécher horizontalement dans un endroit chaud à 30 degrés C. environ et bien à l'abri de la poussière.

Après dessiccation, la glace est posée sur un drap noir, la préparation bichromatée en contact avec le drap et elle est insolée en plein en présentant le dos de la glace à la lumière pendant cinq à dix minutes. Le côté de la couche en contact avec la face dépolie du verre est complétement insolubilisé et devient très-adhérent; il est probable que cette insolubilité monte jusqu’à la face extérieure, mais cependant la gélatine est de moins en moins cornée dans son épaisseur, de sorte que la face extérieure reste encore très-apte à se cimenter avec la nouvelle couche sensible que l’on y superposera, mais les liquides ne peuvent plus pénétrer dans toute la profondeur de manière à détruire l’adhérence sur le verre. Cette première préparation faite, la glace est lavée à l’eau froide et séchée à l’abri de la poussière.

La formule indiquée pour la préparation de la deuxième couche nous semble bien compliquée; il est probable qu’elle pourrait être ramenée à une simple solution de très-bonne gélatine faite de r2 grammes de gélatine pour 100 centimètres cubes (ou de colle de poisson dans une proportion moindre), et de 3 à 4 grammes de bichromate de potasse ou d’ammoniaque.

Nous la donnons néanmoins telle qu'elle est indiquée.

Préparez les solutions suivantes :

M nn de concu e MEURT 205" PS HIBe froide 400. 125 DO D DDIMOM.. 1. e eue s « 45" Eau ILE Qi OT CRORNRRSRARRSRRTRR ES 6o°°

Lorsque les matières ont trempé pendant un temps suffisant pour les bien gonfler, chauffez au bain-marie et mélangez les deux solutions.

3° Albumine battue en neige et déposée.

4° Bichromate de potasse................. 10Ë' MU lée u.nduce, dus aupie que 6o°° Filtrez.

J° Lupülino {tous MERATIORENIRINES DA* Benjoin oise h dati hé liess 3E° Baume. de Tolus. is 26?

Alcool-à 30, degrés C.., 0 SS 100°°

6° Nitrate d'argent, 2, 38° Eu distllée....,5.5+44 M0 90%

1° Dromure dé CAUMIUM, PA NT Iüdure"de cadmium 7 RSR Eau Gistilléosr. ii, SIREN TIRER 30°°

NE,8 25 NN a AE NES GE D ns élan à 00e à pee 00e 2 DORE 365" Dune deñas due ce RE 4 GLS NAT UOTE INRA r + F4, LEURS TORRES 45

Secouez, agitez, filtrez à une douce température qui ne doit pas dépasser 30 à 35 degrés C. pour ne pas coaguler l’albumine:; recouvrez avec ce mélange la glace chauffée à 30 degrés, mise ensuite parfaitement de niveau, de façon que la couche ait 2 à 3 millimètres d'épaisseur, laissez sécher à l’abri de la lumière.

On expose ensuite cette glace sensible sous le négatif, qui doit être retourné, si l'on veut que l’épreuve définitive soit dans son vrai sens; tous les détails de l’image doivent être visibles au travers de la glace. On surveille la venue de l’épreuve comme pour une image ordinaire.

La glace est alors retirée du châssis, lavée jusqu’à disparition de toutes traces de bichromate de potasse et séchée; elle est devenue une planche lithographique. On la monte sur la presse, on la mouille avec un mélange d'eau et de glycérine, qu’on éponge après quelques minutes; on passe un peu d'huile, on mouille de nouveau, on encre au rouleau et l’on tire. Ces dernières opérations rentrent dans le domaine du lithographe, qui doit être très-soigneux et doit prendre l'habitude de son procédé.

Procédé de M. Obernetter.— En même temps que M. Albert, M. Obernetter, également de Munich, apportait une variante aux procédés d’impression sur couche bichromatée.

Après avoir mis sur glace une couche première et l'avoir insolubilisée comme on le fait dans le procédé précédent, M. Obernetter étend une se-

conde couche formée d’un mélange de gélatine, d’albumine, de bichromate . de potasse et de sucre; après dessiccation, il expose à la lumière sous un négatif, la gélatine et l’albumine deviennent plus ou moins insolubles, et le sucre perd plus ou moins ses propriétés adhésives. Après l’insolation suivie de quelques minutes d'attente dans le cabinet noir, pour que l’humidité atmosphérique puisse agir sur le sucre, toute la surface est saupoudrée de zinc en poudre impalpable, comme s’il s’agissait de faire un émail; le sucre fixe le zinc là où la lumière ne l’a pas altéré; il n’y a, au contraire, aucune adhérence sur les parties solarisées. La glace est alors portée lentement à une température de 200 degrés C. ou exposée à la lumière de manière à amener l’insolubilité de toute la surface, et avec l’acide chlorhydrique faible on fait une morsure générale qui, agissant sur le zinc, le rend apte à repousser l’encre, tandis qu’au contraire cette encre prend très-bien sur les parties qui n’ont pas fixé de poudre de zinc; on fait ensuite le tirage, qui peut arriver à un très-grand nombre d'épreuves.

Ces procédés se répandirent rapidement en Allemagne, où ils se généralisèrent sous le nom de ZLichtdruch avec toute une série de variantes. En France, c'est seulement dans ces dernières années que nous les voyons progresser sous les efforts intelligents de M. Thiel; pourtant le procédé Albert avait été communiqué à l’un des imprimeurs les plus renommés de Paris, qui en avait fait l'acquisition, mais sans lui faire rien produire.

La recherche de l’adhérence de la couche de gélatine sur la glace est poursuivie dans divers pays, même dans les Indes anglaises, où M. Watterhouse emploie les formules suivantes :

Après avoir bien nettoyé des glaces finement dépolies, on fait une solution de belle gélatine, 1oo grammes dans 600 centimètres cubes d’eau distillée ; on fait dissoudre d'autre part 6 grammes de savon dans 100 centimètres cubes d’eau distillée et 2 grammes de tannin dans la même quan- tité d’eau ; on mélange ces deux dernières solutions et on les ajoute doucement, en remuant toujours, à la solution chaude de gélatine; on filtre immédiatement sur un linge et l’on étend le mélange sur la glace dépolie, en évitant les bulles d'air.

Aussitôt que la gélatine a fait prise, on retourne les glaces pour éviter les poussières et on laisse sécher.

Après dessiccation on sensibilise la glace par une immersion dans un bain de bichromate de potasse, 5 grammes pour 100 centimètres cubes d’eau, et après cinq minutes d'immersion on retire la glace, qu’on met à sécher à l'abri de la lumière à une douce chaleur; la glace est ensuite exposée sous un négatif retourné pendant cinq à quinze minutes au plus, si les clichés sont durs. |

Après l'exposition, on pose l’épreuve sur une étoffe noire, le côté préparé touchant l’étoffe, et l’on expose au soleil pendant deux ou trois minutes, de façon à durcir complétement la gélatine qui est en contact avec la glace; par ce moyen, on évite l’ennui d’une première couche, comme dans le procédé Albert, et l’on empêche néanmoins le soulèvement de la gélatine dans les opérations ultérieures.

. La glace est ensuite lavée à plusieurs eaux, jusqu’à ce que tout le bichromate jaune ait disparu ; on éponge la surface et on passe le rouleau chargé d'encre grasse.

S'il s’agit d’une épreuve de trait, on peut employer immédiatement une encre assez dense, additionnée cependant d’un peu d'huile d'olive pour la rendre plus onctueuse; s’il s’agit d'imprimer des épreuves avec demiteintes, on encre d’abord avec une encre vigoureuse pour donner les grands noirs, puis on reprend avec un second rouleau chargé d’encre plus faible ou même de couleur un peu différente pour donner les teintes légères.

En Italie, M. Borlinetto poursuit la solution du même problème, et il donne dans le Moniteur de la Photographie (!) les formules suivantes :

Sur une glace finement dépolie, bien nettoyée et finalement passée à l'alcool, étendez une légère couche d’albumine formée de 6 centimètres cubes d’albumine pour 100 centimètres cubes d’eau distillée ; ce mélange, battu (en neige et reposé, donne une solution d’albumine parfaitement claire qu’on filtre s’il est nécessaire. |

La glace égouttée, redressée sur l'angle, est mise à sécher à l'abri de

(*) Moniteur de la Photographie, rédigé par M. Lacan, année 1873.

la poussière. On la plonge ensuite dans une dissolution alcoolique de nitrate d'argent; on lave, on laisse sécher : l’albumine est ainsi complétement coagulée.

D'autre part, on fait une solution de :

2. MLOE ne ee voue 200°° Bichromate d’ammoniaque................ o

On prend une des glaces albuminées, on la plonge pendant une minute dans l'eau bouillante, on la retire et, après égouttage, on y étend la gélatine bichromatée, dont on laisse une couche suffisante pour avoir une bonne image (probablement 1 ou 2 millimètres); cette glace, placée de niveau sur un support légèrement chauffé, est immédiatement séchée dans l’obscurité; après refroidissement, elle est prête pour l'impression sous un négatif retourné. Cette impression doit être assez longue pour que l’épreuve apparaisse dans toutes ses parties. On retourne alors l'épreuve et l’on applique le côté gélatiné sur un tissu noir, comme dans le procédé précédent de M. Watterhouse, et l’on expose l'envers pendant quelques secondes aux rayons directs du soleil; on lave de nouveau à l’eau bouillante plusieurs fois renouvelée jusqu'à élimination complète de tout sel de chrome, on passe à l’eau alunée, puis de nouveau à l’eau pure, et on laisse sécher.

Lorsqu'on veut imprimer, on met la glace pendant dix minutes dans l'eau froide, puis on la porte sous la presse lithographique; on éponge l'excès d’eau et l’on encre. Il faut imprimer de préférence sur le papier préparé mat que l’on appelle papier couché, papier-porcelaine mat. Les épreuves obtenues sur papier couché sont en effet plus complètes, mais sans solidité. :

Il y a dans ce procédé de M. Borlinetto presque un excès de précautions pour solidifier l’attache des couches encrables : emploi du nitrate d'argent, de l'alcool, de l’eau bouillante pour insolubiliser l’albumine; de la chaleur, de la lumière, de l’alun pour solidifier la gélatine. L'auteur assure qu'avec cet ensemble de réactions on n’a jamais ni soulèvements ni éraillures sous l’action de la presse.

Nous retrouvons toujours ces mêmes préoccupations pour obtenir une

adhérence parfaite entre la couche de gélatine et le support, soit dans les

recherches de M. Thiel sur le meilleur mode de dépoli des glaces, soit dans celles de M. Despaquis, qui conseille, après l'exposition de la couche préalable et l'exposition sous le cliché, de faire une troisième exposition qui puisse insolubiliser la masse totale.

D'après M. Despaquis, la jonction entre la couche mince préalable mise sur la glace et la seconde couche qui donnera l’image encrable, ne pourrait être parfaite ; il se trouverait ainsi entre les deux faces insolées et devenues insolubles une couche intermédiaire accessible à l'humidité et par conséquent une cause de déchirement. Il faut opérer en quelque sorte la soudure de ces deux couches superposées par l’insolubilisation de celle qui les unit. M. Watterhouse, M. Borlinetto ont déjà donné un moyen en conseillant de faire suivre l’exposition sous le cliché d’une exposition faite par le dos de la glace; nous allons voir la même recommandation dans le procédé Edwards. Mais comment savoir à quel moment la soudure ést opérée ? M. Despaquis indique que cette insolation par le dos de la glace doit continuer jusqu'à ce qu’on en voie trace sur la face qui porte l’image.

Après avoir suivi cette impulsion des impressions sur glace dépolie, qui semblent donner jusqu'ici les résultats les plus fins, nous voyons quelques praticiens revenir au point de départ de MM. Tessié et Maréchal, c’est-àdire à l'extension de la couche de gélatine bichromatée sur plaque de métal.

Ainsi, en 1873, M. Geymet communique à la Société française de Photographie un mode d'opérer que l’on retrouvera complétement expliqué dans son Ouvrage sur la Photolithographie (").

Sur plaques de cuivre planées, polies et légèrement graissées, étendez en couche uniforme une solution formée de :

Eat SR CESR OS 100°° Colle de poisson. 2 NE 7 Colle de Flandre’. te 44 NERO at Bichromate de potasse SOS 2 à 36"

Filtrez sur une flanelle.

(*) Photographie, traits et demi-teintes, traité pratique, 1873; chez l’auteur -

Les plaques recouvertes sont mises à sécher dans l'obscurité à une température de 40 degrés C. environ, en maintenant la plaque de niveau.

Exposez sous un cliché le temps nécessaire pour que l’image soit bien accusée, lavez à grande eau pour enlever le bichromate, laissez sécher de nouveau; puis, mettant la plaque sous la presse, mouillez légèrement la surface à l'éponge, encrez et imprimez.

M. Rodrigues, directeur de l’atelier photographique de la Direction des travaux géographiques de Lisbonne, a également employé le métal pour y étendre la préparation sensible ('), mais son procédé diffère des précédents en ce qu'il fait un retour plus accentué encore vers les premiers procédés de M. Poitevin sur pierre lithographique : seulement des plaques de zinc très-minces sont substituées à la pierre. avec grand avantage, surtout pour obtenir la reproduction du trait, ce qui est le travail principal dans l'atelier photographique de Lisbonne. La minceur des plaques permet à la fois une juxtaposition plus intime avec le cliché, une préparation plus facile, soit pour le dressage des surfaces, soit pour l’obtention des couches sensibles, une économie dans la dépense et dans l’emmagasinage. Dans ce mode d'opérer, le rôle de la gélatine n’est plus de devenir surface hthographique continue, mais bien de former une réserve qui permet la préparation du zinc par l’acidulation et le gommage, exactement comme dans les procédés de lithographie ou de zincographie ordinaire.

Voici les formules employées par M. J. Rodrigues :

On choisit des plaques de zinc de surface bien égale que l’on dépolit à lémeri fin; on prend de préférence des plaques très-minces (n° 5 ou 6 du commerce), puis on les passe à une lessive de soude caustique. On lave et on les recouvre d’une couche très-légère d’une solution de :

ua... .,.... 18° Bichromate d’ammoniaque ................ I ee ns 100

On fait sécher dans l’obscurité à une douce chaleur et l’on expose au soleil pendant un temps qui varie de cinquante à cent secondes sous un cliché retourné.

(:) Bulletin de la Société francaise de Photographie, année 1873, p. 231.

Au sortir du châssis on recouvre toute la plaque avec un rouleau chargé d'encre faite d’un mélange de 4 parties d'encre lithographique ordinaire et r partie d'encre de transport, puis on met tremper dans l'eau froide pendant trois à quatre heures. Les parties de gélatine qui ont reçu l’action de la lumière et qui, par cela même que la couche est très-mince, ont été impressionnées à fond, c’est-à-dire jusqu’à la surface métallique, ne sont pas pénétrées par l’eau et gardent toute leur adhérence; celles au contraire qui n'ontpas été insolées absorbent l'humidité, et, malgré l'encre qui les recouvre, elles se gonflent d’eau et se disposent pour la dissolution. Il suffit à ce moment de passer la plaque dans l’eau tiède pour que toute la gélatine non modifiée par la lumière se dissolve et mette à nu la plaque de zinc dans les parties correspondantes.

‘Sur cette plaque bien lavée on verse le mélange suivant, qui l’acidule et la gomme en même temps :

Eau : ...;,4207 0. OR RS 1000° Gomrmne arabiqué, VE MERE RER 408" Sulfate de. cuivre... 244 PRES 2 Acide gallique; 280 5 Acide nitrique. : 222 MR RE 0,5

On imprime ensuite avec ce zinc comme dans les procédés ordinaires de zincographie. .

L'ensemble des réactions est facile à comprendre :

Au début la plaque de zinc grainée, bien nettoyée à la soude, prendrait l'encre sur toute la surface si l’on y passait le rouleau d'impression ; on couvre alors toute la surface d’une couche très-mince de la préparation bichromatée et l’on expose sous un cliché sans demi-teintes, bien transparent et dont les noirs soient suffisamment opaques. La lumière traversant les traits du cliché rend, dans ces parties, la préparation complétement insoluble dans toute son épaisseur, de manière à la fixer sur le métal; les parties restées solubles sont éliminées par l’eau chaude. L'image se trouve alors dessinée, sur le zinc mis à nu, par des filets de gélatine formant les traits qu'aurait produit le crayon gras du lithographe ; à l’acidulation la gomme et l’acide agissent sur la surface du zinc comme sur la surface de la pierre et l’'empêchent de prendre l'encre, tandis que l’encre prend parfaitement sur les traits réservés par la gélatine.

On emploie également bien une couche mince de bitume de Judée étendue sur la feuille de zinc ; la réserve obtenue par ce moyen est même préférable, parce qu’elle est plus résistante et plus nette ; après la morsure par l’acide, les arêtes des lignes sont plus franchement tranchées qu'avec la réserve de gélatine bichromatée.

. Nous devons étudier maintenant une autre variante dans le mode d’emploi de la gélatine bichromatée. Dans ce procédé, la couche de gélatine est assez épaisse, assez résistante pour se servir de support à elle-même ; elle n’a donc plus besoin de rester adhérente au support, pierre, glace ou métal, sur lequel elle a été préparée. La face qui a reçu l'impression sert toujours comme une surface lithographique ordinaire; l’autre face est collée sur une surface provisoire lorsqu'on veut faire le tirage.

Les procédés de M. Edwards (héliotype), dé M. Marion, de M. Fleury- Hermagis (papyrolithe ) rentrent dans ce mode d’opérer.

Nous avons eu sur le procédé de la Compagnie héliotype (procédé Edwards) des renseignements que nous transcrivons ci-dessous tels qu’ils nous ont été communiqués. ;

L'ensemble consiste en la préparation sur glace d’une plaque de gélatine sensible, assez épaisse, que l’on détache de ce support après dessiccation. Cette feuille détachée est impressionnée sous le cliché ; on la retourne et on l’impressionne en plein par le dos, pour que ce côté soit inattaquable par l’eau. On lave, puis, au moyen d’une solution de caoutchouc, on fait adhérer cette plaque de gélatine sur un support plan quelconque; et, après avoir mouillé et encré, on tire les épreuves sous la presse verticale et non sous la presse à râteau, dont cette préparation ne pourrait supporter l'effort de traction.

Formulaire de l’héliotype.

Pour une glace de 15 x 21 potices (soit 0,38 X 0,53) :

Gélatine Nelson............... 1+once, 42%,50 0... 11 + 326 ui... 1 +drachm, 5,82

Solution sensible.... 12 drachms 215,25

Solution sensible :

Bichromate de potasse........ 3 scrupules, 15,97 HO Re re 0 te M TOR 2 onces, 142£°,00

Ajouter au dernier moment :

Chromé alun. screens 1 scrupule of',60 Solution de cire : | È

Cire:blanche... !. US I ONCe.

Éther. . 22002020 ROIS 3

Alcool, :.,4 ut RS 2

Après solution, eau... Ne I

Solution de caoutchouc :

Caoutchouc... 0" CC 1 partie.

Benzine, .,.. 4.045. NES à

Autre formulaire et mode d'emploi.

Faire tremper dans de l’eau filtrée et pendant une heure, à la température de 15 degrés C., 46,65 de gélatine de Nelson pour 325 centimètres cubes d’eau. Faire ensuite dissoudre au bain-marie en remuant continuellement et en ayant soin que la gélatine n’acquière pas une température de plus de 43 degrés. Ajouter alors 5',82 de glycérine, filtrer le tout à travers une flanelle sur un entonnoir dans un verre gradué.

Puis ajouter enfin la solution sensible ci-après, bien filtrée :

Eau: filtrée... :, RL RES 468,65 Alun'dé chrome.) RES 1,30 Bichromate de potasse. .... 0,65 Ou suivant la température. ...#.......... 10 Le 1,30 Di, 10e SEM ERES 1,60

La proportion de bichromate de potasse devra être d'autant plus forte que la température sera plus froide.

On filtre de nouveau le mélange que l’on maintient chaud à la température de 40°, 56. Une glace dépolie bien nettoyée est’enduite d’abord de la solution de cire suivante pour empêcher la gélatine d’adhérer :

el pau. a 10 a en 94° BR... 0... 627

après solution ajoutez eau distillée 31 centimètres cubes.

Sur cette glace on verse le mélange de gélatine bichromatée: Lorsque la gélatine est prise et qu'elle a acquis assez de consistance pour qu’on puisse dresser la glace sans qu’elle coule, on la met à l’étuve à air chaud, où la température ne doit pas dépasser 24 degrés. La gélatine est maintenue à cette température et à l’abri complet de la lumière jusqu’à sa parfaite - dessiccation ; arrivée à cet état, elle se décolle facilement et tombe parfois seule de la glace : elle est alors prête à servir.

On expose la gélatine sous le cliché négatif à reproduire, la face qui a été en contact avec la glace dépolie recevant l'impression et le cliché dont on se sert ayant été retourné. Le tout est exposé à la lumière diffuse pendant le temps nécessaire à l’impression de la gélatine en se guidant sur : un photomètre où l’on a placé un ruban pris à la gélatine même. Après l’impression, il est nécessaire d'exposer à la lumière l’autre côté de la gélatine, c’est-à-dire celui qui n’a pas reçu d'impression et qui est le côté brillant. Cette opération a pour but d’endurcir la plaque sur la surfac£ opposée à celle qui à reçu l’impression de l’image et doit durer Le temps nécessaire pour que le ruban placé sous le photomètre indique le n° 1, imprimé légèrement à travers le premier morceau de gélatine.

On applique alors la gélatine sur une feuille de zinc épaisse de 3 à 4 millimètres, qui a été enduite d’une dissolution de caoutchouc faite à l’avance comme suit :

DR MR... HU... 1 partie.

nee. 3

On laisse complétement évaporer la benzine.

Le collage se fait sous l’eau et vivement pour ne pas ramollir la gélatine ; l’eau est ensuite chassée de dessous la plaque au moyen de la racle en

caoutchouc; les bulles d’air sont éliminées complétement et le tout est mis sous la presse typographique recouvert d’un buvard mince et pressé fortement pendant quelques minutes. L'adhérence est alors complète. On décolle le buvard en l’humectant légèrement d’eau; la plaque est mise de niveau et recouverte d’une nappe d’eau de quelques millimètres d’épaisseur jusqu'à 2 ou 3 centimètres des bords : l’image se révèle alors en creux, le bichromate se dissout, et la plaque devient bonne à l'impression.

L’encrage se fait au moyen d’un rouleau couvert d’enere d'imprimerie, après avoir séché la surface au moyen d’un buvard et d’une pression.

La presse verticale est forcément employée, car le collage au caoutchouc ne résisterait pas à l’action du râteau.

L'encrage à deux encres est nécessaire pour les photographies d’après nature et celui à une encre ne convient guère qu'aux reproductions de gravures cartes géographiques et généralement pour celles qui n’ont pas de demi-teintes.

Les marges blanches sont produites au moyen d’une cache appliquée sur la gélatine après l’encrage |

3° Impressions lithographiques par report. — On appelle report, en lithographie (ou autre mode d'impression), tout procédé au moyen duquel, une épreuve à l'encre grasse étant obtenue, on peut décalquer cette épreuve en l’appliquant et en la comprimant sur une surface lithographique quelconque où elle laisse son dessin qui est ensuite préparé et imprimé par les procédés ordinaires.

On emploie pour cette application une encre spéciale dite excre de report, dans la composition variable de laquelle il entre toujours une certaine quantité de savon et de matière grasse SE

Il y à, dans les procédés de report, une série d’écueils que l’on doit s’efforcer de tourner, entre autres : |

L'élargissement du trait sous la pression qui écrase et étale l'encre formant le dessin, ce qui amène l'empâtement de l’image; si

(*) Encre de report : cire 1 P:, suif 1 p., savon noir 1 p., vernis moyen 12 p., térébenthine de Venise 6 p., noir de fumée, la quantité nécessaire pour donner un beau noir.

La déformation de l’image par les contractions ou les dilatations des papiers de report. |

Néanmoins les procédés par report bien conduits peuvent donner d’excellents résultats, surtout pour les images au trait.

La théorie du report est des plus faciles à comprendre:

L'image lithographique; typographique ou en taille-douce ou même manuscrite (autographie), que l’on veut reporter, est faite avec cette encre spéciale de report que l’on substitue à l’encre ordinaire, le plus souvent sur un papier préalablement encollé à la gélatine, puis, toute fraiche encore, On l’applique sur une pierre ou sur un zinc préparé, on comprime sous la presse à râteau en donnant deux ou trois pressions successives et l’on enlève la feuille de papier. L’encre reste sur la pierre ou le zinc, on acidule et l’on gomme, puis on fait le tirage.

Les diverses variantes de reports photographiques, que nous allons passer en revue, sont toutes fondées sur ce même principe: obtention par un procédé quelconque sur un support mince et flexible d’un premier dessin fait avec l’encre de report et application de ce dessin sur une surface hthographique suffisamment résistante pour faire les tirages.

La possibilité d'employer les images photographiques aux reports lithographiques se retrouve en germe dans le brevet de M. Poitevin du mois d'août 1855.

Un papier étant recouvert d’une couche d’albumine, fibrine, gomme ou gélatine bichromatée, puis insolé sous un négatif, on le recouvre entièrement d'encre (qui peut être encre de report); on passe ce papier à l’eau; partout où la lumière n’a pas frappé, la matière organique restée soluble se dissout et entraîne l'encre, tandis qu’au contraire cette encre reste attachée aux parties insolubles et donne le dessin qui peut être dès lors reporté sur une surface lithographique. Plus tard M. Poitevin recommande de mouiller légèrement la surface insolée et d’encrer ensuite; l’eau pénètre les parties solubles, l'encre s'attache aux parties insolubles, et, dans ce cas également, le dessin obtenu peut être reporté. Si M. Poitevin n’indique pas le report, cela découle de source, car depuis longtemps on connaissait le report de toute image obtenue à l’encre grasse.

De ces réactions découle une série d’applications que nous essayerons de suivre, sinon par date, du moins par ordre de simplicité.

Un papier de bonne qualité, et souvent on emploie de préférence le papier de Chine, est recouvert bien également d’une couche de gélatine, 12 grammes pour 100 centimètres cubes d’eau. Sur ce papier on dessine ou l'on écrit avec une solution de bichromate de potasse que l’on peut additionner d’un-peu de gomme pour lui donner la consistance d’encre : on fait ainsi une véritable autographie; car, en exposant le papier à la lumière, tous les traits au bichromate de potasse passent à l’état insoluble : il suffit de mouiller légèrement la surface, d’encrer à l'encre de report et, après séchage de la gélatine, de reporter sur pierre ou sur zinc. Ce nouveau mode d’autographie aurait sur les procédés anciens l'avantage de se conserver toujours prêt à fonctionner pendant un temps indéterminé.

Si le papier a été préparé en plein avec un mélange de gélatine et de bichromate de potasse, séché à l'obscurité, puis exposé à la lumière sous un cliché, il suffira de mouiller légèrement et d’encrer pour avoir trèsrapidement autant d'épreuves à l’encre grasse que l’on aura exposé de feuilles sous le cliché. |

Si l'encre grasse employée est une encre de report, l'image peut être mise immédiatement sur pierre ou sur zinc.

Photozincographie du colonel James. — En 1860, le colonèl James publiait un procédé employé en Angleterre dans les ateliers du Comité d’artillerie pour faire sous ses ordres la reproduction des cartes, gravures, manuscrits, etc., etc. |

Le cliché destiné à la reproduction est vigoureusement remonté au bichlorure de mercure, puis au sulfhydrate d’ammoniaque, de manière à obtenir des fonds noirs très-intenses avec des. blancs très-purs.

On prend d'autre part un papier spécial connu dans le commerce sous

le nom de papier à tracer pour les graveurs et on le recouvre d’une solution de

Gomme......,..,,. MF PURES Of" Eau distillée. 224200 PORN 127 Solution de bichromate de potasse saturée à

chaud 6 LE OR ES 6°°

Après dessiccation on expose sous le négatif, jusqu'à ce que tous les

détails soient nettement accusés, de deux à dix minutes suivant la lumière qui doit être intense.

Le papier sorti du châssis est couvert en plein avec l’encre grasse ainsi composée :

DO Dh, 2... 0... 4",50 Lis PERTE NE TER Le cer née STE ENE RREE 4,00 1.0... 0,50 AerDénthine de Venise. ................. 0,50 D D Qu is. 0,25 RS un un... Sr

Ce mélange étant fait à chaud, d’une manière bien homogène, on en mélange une partie avec la quantité d’essence de térébenthine nécessaire pour avoir une sorte de crème légère que l’on applique sur l'épreuve. Plus le sujet est chargé, plus l’encre doit être légère, et vice versa.

Après avoir laissé sécher l’encre pendant une demi-heure environ, on met l'épreuve face en dessus sur un bain d’eau chaude; on la retire après quelques minutes, et, la posant à plat, on la frotte très-légèrement avec de l’eau gommée chaude. L’encre abandonne alors les parties non insolées et reste sur les parties insolées ; on lave à l’eau chaude, puis à l’eau froide, on laisse sécher et l'image est prête pour le report sur zinc ou sur pierre.

On voit que cette partie du procédé est semblable aux indications de M. Poitevin, la seconde partie repose sur les procédés de zincographie ordinaire ou sur le procédé dit anastatique, dont l'invention remonte à l’année 1844 et est attribuée à M. Baldermus, de Berlin.

Nous indiquons avec quelques détails ces deux modes de transport sur zinc, qui, convenablement appliqués, peuvent faciliter les tirages photographiques aux encres grasses.

Le procédé anastatique doit surtout être employé quand l’épreuve à reporter est faite avec l’encre grasse ordinaire et non avec l’encre de report ou quand cette matière grasse est en quantité trop minime pour donner au report une réserve qui puisse résister suffisamment à la morsure.

On prend une planche de zinc très-lisse et très-propre et l’on y applique le recto de l’image à reporter, après avoir préalablement humecté le verso

avec de lPacide nitrique étendu de quatre à cinq fois son volume d'eau ('). L’acide absorbé par le papier passe au travers, sauf dans les parties imprimées à l'encre grasse ; sous la pression, cet acide mord la planche, tandis que l’encre grasse de l'épreuve y adhère et fait réserve. On enlève alors la feuille de papier, on complète la préparation de la planche en la couvrant avec une dissolution de gomme et d’acide phosphorique étendue: on peut ensuite encrer le zinc et tirer les épreuves.

S'il s’agit de transporter de vieilles estampes ou de vieilles pages d’impression, on commence par mettre la feuille dans une dissolution étendue d'alcali, puis dans une autre d’acide tartrique et l’on passe le rouleau chargé d'encre qui adhère seulement sur les anciens traits; on lave bien la feuille, on l’humecte d'acide nitrique étendu et l’on fait ce transport comme il est dit plus haut. Par ce moyen on peut donc transporter sur zinc lisse toute impression ancienne ou nouvelle, par conséquent toute image ‘a l'encre grasse obtenue par un procédé quelconque de Photographie.

M. le colonel James a modifié quelque peu ce procédé anastatique en commençant par aciduler toute la surface de zinc au moyen d’une feuille de papier humectée d'acide nitrique affaibli; on remplace ensuite cette feuille par l'épreuve à reporter, dont le papier est également humecté d'acide sur le côté du verso. Après letontact, on gomme la planche de zinc, On encre très-légèrement avec une encre typographique adoucie d'huile d'olive ; on fait mordre de nouveau par un mélange d’eau gommée et d'acide phosphorique concentré et l’on tire par les procédés ordinaires.

Si l’on a pu faire l'épreuve à reporter avec une encre suffisamment résistante, au lieu d’une plaque de zinc lisse pour le report, on peut employer une plaque légèremént grainée ; on décalque directement l’épreuve sur cette surface et l’on fait mordre comme il est dit ci-dessus.

La même opération peut être faite sur pierre.

Il arrive le plus souvent, dans le premier procédé, dit arastatique, que cette méthode trop délicate ne permet pas une acidulation, une préparation assez profondes pour fournir un grand tirage, tandis que, dans le

(*) Les arts graphiques d’Hammann, p. 332.

second cas, Si l’encre de report était trop épaisse ou trop abondante, elle s’aplatirait sous la pression en élargissant les traits.

Procédés divers. — Nous voyons, d'après ces divers procédés, le rôle important de la gomme arabique dans toutes les opérations lithographiques ; lorsqu'elle touche une surface préparée, pierre, zinc ou autre, elle empêche l’adhérence de l’encre grasse, tandis que celle-ci s’attache là où il n'y a pas eu contact avec la gomme. Cette propriété a été mise directement à profit dans quelques procédés de lithophotographie.

En 1864, M. de la Follye obtenait des lithographies en préparant un papier recouvert d’une couche de gomme bichromatée; après insolation derrière un négatif, au lieu d’encrer directement en plein et de laver ensuite en facilitant le départ de l’excès d'encre p2r un léger frottement à l'éponge, comme le conseillent M. Poitevin et M. James, on pose la feuille sur un bain d’eau, l’image en dessus: l’eau ne traverse pas les parties insolées devenues insolubles et imperméables ; elle traverse, au contraire, dans les parties non insolées. On peut à ce moment poser le côté préparé de l'épreuve sur la pierre lithographique; on donne une pression et l’on enlève immédiatement : la gomme soluble reste attachée à la pierre; au contraire, dans les parties du dessin, la surface de la pierre reste nue; on encre alors soit directement au rouleau, soit en posant sur la surface une feuille de pâpier encrée en plein avec l'encre de report et en donnant une pression : dans l’un et l’autre cas, l’encre s'attache aux parties non gommées de la pierre; on lave, on prépare par l’acidulation et le gommage comme à l'ordinaire.

On peut encore couvrir en plein une pierre lithographique avec l'encre de report; sur cette pierre on pose l'épreuve photographique préalablement humectée, comme nous l’avons dit ci-dessus, et l’on donne une pression. Les parties de gomme restées solubles empêchent le noir de prendre sur la feuille: ce noir s'attache, au contraire, sur les parties insolubles; on lave la feuille à grande eau pour enlever toutes les parties solubles ; on laisse sécher, puis on emploie cette feuille pour faire le report sur pierre ou sur zinc. Il nous semble difficile que dans ce procédé on puisse se trouver dans les conditions d’exactitude souvent nécessaires, à cause de la dilatation et du retrait de la feuille de papier.

M. Toowey a donné un procédé qui est sensiblement le même que celui

de M. de la Follye, et celui communiqué par M. Geymet en février 1873 à la Société de Photographie n’en diffère pas d’une manière notable; nous résumons ce dernier en quelques mots.

Sur une feuille de papier, albuminée et passée à l’alcool pour coaguler l’albumine, on verse une solution formée de :

Gomme arabiques 0. 100$" Eau saturée à froid de bichromate de potasse. Go‘

On laisse sécher, puis on expose sous un négatif le temps nécessaire pour que le dessin soit nettement accusé. |

Au sortir du châssis, l'épreuve est mise sur un carton humide, où elle se détend ; on la place face contre face sur une pierre lithographique finement dépolie; on la recouvre de quelques doubles de buvard et d'un bristol, puis on donne une pression : les parties de gomme restées s0lubles s’incorporent à la surface de la pierre, les parties insolubles la laissent à nu, et cela dans la proportion de l’action lumineuse. On laisse sécher, et l'on encre ensuite toute la surface de la pierre avec un tampon chargé d'encre de report délayée dans un peu d’essence ; on lave immédiatement la pierre avec une éponge humide; l'encre reste attachée là où il n’y a pas de gomme; elle s’enlève, au contraire, très-facilement dans les parties gommées.

Ce dessin obtenu, on acidule, on gomme toute la pierre, et l’on peut tirer les épreuve à la presse.

Sous le nom de papyrolithe, M. Fleury-Hermagis emploie une feuille préparée à l’avance, probablement avec une composition gélatineuse. Il suffit de la tremper dans une solution de bichromate de potasse pour la rendre sensible à la lumière. On expose sous le cliché, on la passe dans l’eau froide pendant une minute environ ; on l’étend sur une surface rigide, on éponge l'excès d’eau avec un buvard, et l’on passe le rouleau chargé d'encre de report : on tire une épreuve sur papier, et l’on reporte cette épreuve sur pierre ou sur zinc. On pourrait sans doute reporter directement de la feuille dite papyrolithe sur la surface lithographique. Dans le premier cas, le négatif ne doit pas être retourné, et il doit l'être dans le second cas.

LITHOGRAPHIE PHOTOGRAFHIQUE. I 75

Le capitaine Abney décrit, dans un brevet récent, des procédés qui nous semblent avoir la plus grande ressemblance avec les précédents.

Une feuille de papier, de dimension convenable, est mise à flotter sur un bain tiède de gélatine bichromatée formé de :

is, oo... 1008" HioDrOmale A6 pOtASSe , . ........,.,....,... 50

ne ces ec + 1600

Après dessiccation, on répète l'opération et l’on expose le papier séché de nouveau sous un négatif ordinaire. Lorsque l’insolation a été suffisante, on lave à l’eau froide, même à l’eau alunée; on lave de nouveau et l’on place le papier sur un plan rigide (plaque de zinc, de cuivre, de verre, pierre lithographique, etc.). On éponge, et, avec un rouleau mou chargé d'encre de transport, on fait apparaître le dessin: la gélatine insolubilisée fixe l'encre et repousse l’eau; la gélatine restée soluble prend l’eau et repousse l'encre. Lorsque l'épreuve paraît suffisamment marquée, on passe à l’alun, si on ne l’a pas fait précédemment, et on laisse sécher. Le plus souvent ce lavage n’a pas enlevé tout le bichromate de potasse; il est bon alors d'exposer de nouveau l'épreuve à la lumière directe, ce qui achève de durcir la gélatine. T

Lorsqu'on veut faire le transport, on humecte légèrement, on applique sur la pierre ou sur le zinc, et l’on donne la pression, etc., etc.

Tous ces procédés si pareils se ressemblent plus encore par les mêmes défauts : ou l’encre de report est en couche très-mince, alors l’apprêt et la morsure des surfaces lithographiques ne peuvent être faits que légèrement, et l’on ne peut effectuer un nombreux tirage; ou les couches d'encre de report sont épaisses, la pression du report les écrase en élargissant les traits, ce qui en altère la finesse primitive. De plus, l'emploi de papier et de couches gélatinées comme feuilles directes ou indirectes de transport présente cet inconvénient mentionné déjà plus haut, de se resserrer par la dessiccation, de s'étendre par l'humidité : de là des déformations préjudiciables à l'excellence du travail dans un grand nombre de circonstances où la reproduction doit être rigoureuse, comme celles des

plans et des cartes géographiques; enfin le grain du papier altère la finesse des reports.

Pour obvier en partie à ces inconvénients, M. Rose a adopté l'emploi de feuilles de zinc très-minces, sur lesquelles il met une couche soit de gélatine, ou albumine, ou gomme bichromatée, soit de bitume de Judée. Après l'insolation et la préparation du zinc par la gomme ou l'acide, comme nous l'avons expliqué tant de fois, on peut tirer directement sur ce zinc, mais seulement un petit nombre d'épreuves, ou mieux se servir de ce zinc pour en faire des reports sur pierre directement, c’est-à-dire en mettant le zinc sur la pierre, ou indirectement, en faisant sur papier une épreuve de report que l’on transporte sur pierre.

Procédé de M. Rodrigues.— M. J. RL del de l'atelier photographique du gouvernement de Portugal, a proposé également l'emploi de feuilles très-minces (voir p. 163); mais il a cherché pour les re- ‘ports un subjectile qui lui présentât toutes les qualités du papier sans en avoir les défauts, c’est-à-dire la souplesse parfaite pour que les contacts soient rigoureux, l'absence de dilatation ou de contraction suivant l'état hygrométrique, l'absence de grain que le papier laisse toujours ressortir sous l'influence de l'humidité. Ce subjectile est une feuille d’étain trèsmince sur laquelle il étend la préparation bichromatée; de plus, cette feuille d’étain se moule en quelque sorte sur l'épaisseur des traits formés par l'encre de report, et s’oppose en partie à leur élargissement sous la pression.

Ce procédé, qui, sous la direction de l'inventeur, a depns de remarquables résultats, est décrit par lui de la manière suivante :

« L'étain que nous employons n’est pas plus épais qu'une mince feuille de papier; le plus mince est le meilleur, pourvu que, par suite du laminage, il ne soit pas trop percé de points à jour et que la manipulation ne devienne pas trop difficile. Les raisons données plus haut expliquent la nécessité de feuilles très-minces et très-souples pour obtenir la finesse et la netteté des reports.

» La feuille d’étain à préparer est d’abord satinée sous une faible pression sur une pierre lithographique non polie, mais érés-finement grainée et un peu poncée; une trop forte pression rend le métal moins souple et augmente sa tendance à se déchirer ; l'emploi d’une pierre trop polie empêcherait la mixture sensible d’adhérer parfaitement au métal, tandis qu'un grain trop prononcé altérerait la finesse du dessin et faciliterait la formation des taches sous le rouleau d'encre grasse.

LITHOGRAPHIE PHOTOGRAPHIQUE. y

» La feuille satinée doit être ensuité nettoyée et, pour faciliter cette opération, il est nécessaire de la mettre sur un support. On prend à cet effet une plaque de zinc bien plane et bien polie, telle qu’on les prépare pour la gravure ; on mouille la surface avec un peu d’eau, on y applique la feuille d’étain comme on couche une feuille de papier positif sur le bain d'argent, en ayant soin de ne pas produire de pli, de relever la feuille et de l'appliquer de nouveau s’il s’en produit quelques-uns, et, si l’on ne peut les éviter, on les réduit le mieux possible en les comprimant sur la feuille de zinc, et l’on complète la superposition des deux faces métalliques en pesant légèrement sur la surface avec un tampon de coton entouré d’un linge fin et imbibé d’eau.

» Si la surface de l'étain paraît bien propre, on se contente d'y passer un tampon fin imbibé d’une solution de potasse ou de soude à 10 pour 100 ; s'il est nécessaire d'employer un mode de nettoyage plus énergique, on ajoute à la lessive de potasse ou de soude un peu de craie bien lévigée ; on lave ensuite avec soin pour enlever toute#trace de craie et de lessive alcaline, et, au moyen d’un pinceau très-doux, on étend sur l’étain la solution de gélatine bichromatée.

« Cette solution est composée de: gélatine de belle qualité, 40 grammes ; eau, 5oo centimètres cubes; on laisse gonfler, puis on achève la dissolution au bain-marie. On prend, d'autre part, 20 grammes de bichromate d’ammoniaque qu'on fait dissoudre dans une même quantité d’eau (500 centimètres cubes); quand les deux solutions sont tièdes, on les mélange et on les filtre soit sur une petite éponge, soit sur un double de flanelle serrée. |

» La meilleure gélatine est celle qui, dans ces conditions, se prend encore en gelée à une température de 20 à 25 degrés, sans être cependant trop difficilement soluble.

» Cette mixture, étendue avec le pinceau, doit donner une couche parfaitement homogène : on l’égalise avec un blaireau; la surface métallique doit présenter alors une couleur ambrée très-régulière, sans stries, et, lorsqu'on la relève, la solution ne doit pas quitter le métal par places, ce qui indiquerait un mauvais nettoyage. Il faut éviter avec soin les bulles d'air, qui formeraient autant de points blancs, et les poussières, dont chaque grain absorberait autour de lui, par capillarité, la mixture encore

liquide, en laissant, après dessiccation, un cercle très-affaibli de préparation.

» Tant que la gélatine bichromatée est à l’état liquide, elle n’a aucune sensibilité, par conséquent les préparations qui précèdent peuvent être faites à la lumière du jour; mais, aussitôt que la gélatine fait prise, la sensibilité commence et le reste des opérations doit se continuer dans le laboratoire éclairé par des verres jaune-orangé.

» Il est nécessaire que la dessiccation de la couche sensible soit rapidement faite, pour empêcher la cristallisation du sel de chrome et les différences d'égalité qui pourraient s'établir dans l'épaisseur; pour sécher vivement, on chauffe la plaque de zinc soit au gaz, soit à l’étuve, en prenant la précaution de la maintenir bien horizontale. Quand la surface de l’étain est suffisamment sèche, on sépare la feuille de son support, on la retourne sur un bristol fort, et l’on chauffe de nouveau pour vaporiser l’eau qui établissait le contact. La feuille est alors prête pour l'exposition. "

» Bien que la surface sensible puisse se conserver pendant deux où trois jours, le mieux est de l’employer le jour même de la préparation.

» On se sert pour l’exposition d’un châssis positif ordinaire, on étend la feuille d’étain sur le négatif, on assure un contact parfait en passant légèrement, à plusieurs reprises, un rouleau garni de-flanelle : on maintient le contact comme pour les épreuves positives ordinaires, avec un peu plus de pression, et l’on expose. |

» Il est préférable d'exposer directement et perpendiculairement aux rayons du soleil; la pose varie alors de cinq à douze minutes: il faut au moins trois fois plus de temps à la lumière diffuse. Lorsque le cliché a des fonds suffisamment opaques, on peut exagérer la pose sans inconvénient; mais c’est le contraire si les fonds sont transparents ou si le cliché est voilé; dans ce cas la réussite est plus difficile ; il faut opérer de préférence avec une faible lumière. ;

» L'encrage de l'épreuve exposée peut être retardé jusqu’au lendemain, mais il sera toujours préférable de faire ce développement dans un court délai. |

» Pour encrer l'épreuve, ce qui équivaut au développement, on com-

mence par immerger la feuille d'étain dans un bain abondant d’eau froide, le dessin en dessus, et on l’applique toute mouillée sur une pierre lithographique bien dressée et destinée à servir de support pour l’encrage. On a soin, dans cette application, qu’il ne se produise aucun pli, et le dessin doit être en dessus. On passe alors le rouleau de flanelle pour bien égaliser la surface et chasser les épaisseurs d’eau interposées ; quelquefois on applique un buvard bien mouillé, afin que l'absorption de l’eau se fasse régulièrement ; puis on passe et repasse, sur la surface gélatinée, un rouleau d’imprimeur chargé bien également d’un mélange de 3 parties d’encre de report pour 1 partie d'encre d'impression. Cette manipulation demande une main exercée, elle est délicate et réussira d'autant mieux qu’elle sera confiée à un ouvrier plus habile; le rouleau doit être très-bien fait : il faut le charger de peu d’encre à la fois et la renouveler fréquemment, et l’on ne doit employer la gomme que comme exception.

» Pendant cette opération, il peut se présenter différents accidents : l’encragé se fait d’abord lentement; si cependant il se faisait avec trop de difficulté, c’est qu'il y aurait excès d’eau ou insuffisance de pose; on peut remédier à ce défaut par l'emploi d’une encre plus grasse et plus liquide, mais le mieux est de recommencer.

» Si la surface d’étain se salit dans les fonds, on la recouvre avec un peu de colle d’amidon diluée ou avec une solution très-faible de gomme arabique, ou bien on frotte les taches avec une éponge imbibée de cette même solution de gomme : on atténue ainsi l’affinité de la surface pour l'encre; mais il peut arriver alors que l’image ne prenne plus une vigueur

suffisante.

» Si l'exposition a été trop prolongée et que la surface prenne l'encre d’une manière trop générale, on enlève cette encre avec de l’essence de térébenthine, on passe à la gomme arabique et, avec un peu de soin, on peut ramener l'épreuve. Une couche de gélatine bichromatée trop épaisse se déchire sous le rouleau ; trop mince, elle se recouvre d’un voile noir général. |

» Après ce premier encrage on abandonne l'épreuve pendant deux heures environ, et l’on fait un second encrage, puis on lave parfaitement la surface avec une éponge et de l’eau très-pure, on essuie légèrement, et, déta-

chant la feuille d'éain de la pierre L laisser sécher complétement. :

maine du lithographe. »

Yi 0”

La gravure en creux consiste à obtenir, sur une plaque de métal résistant et au moyen de procédés divers, des entailles ou creux plus ou moins profonds capables de retenir l'encre d'impression même après le nettoyage parfait de la surface métallique : une feuille de papier fortement pressée contre cette surface pénètre d'autant mieux dans tous les creux, qu'elle est plus souple; elle se charge de l'encre qu’elle y rencontre, et reproduit par conséquent l’image dont ces entailles forment l’ensemble.

La question d’encrer et de tirer n’est pas de notre ressort; l'impression en taille-douce, comme la lithographie, est une industrie spéciale qui demande un matériel approprié et des ouvriers de l’habileté desquels dépend souvent tout l'effet de la gravure.

Au point de vue photographique, nous devons nous occuper unique- ment des moyens de produire la planche ; mais, pour comprendre les difficultés à à vaincre, il nous faut faire rapidement connaissance avec les procédés ordinaires de ce genre de gravure. Ces procédés sont multiples.

Tantôt la planche de métal est entaillée de sillons plus ou moins larges, plus ou moins profonds, plus ou moins rapprochés, dessinant par leurs contours l'image projetée, et représentant par leurs croisements, leur profondeur, leur rapprochement, les ombres et les demi-teintes : c’est le-procédé de la gravure en taille-douce.

Tantôt la planche métallique est couverte sur toute la surface d’un vernis résineux formant réserve, et l'artiste dessine avec une pointe sur ce vernis comme avec un crayon, enlevant le vernis et mettant le métal à nu ; la planche est ensuite recouverte d’un liquide acide, le plus souvent

acide nitrique (eau-forte), étendu d’eau qui creuse le métal partout où la pointe à passé, le laissant au contraire intact là où le vernis le protége : c'est la gravure à l’eau-forte.

Tantôt toute la surface du métal est attaquée régulièrement par un outil spécial qui la couvre d’une multitude de points serrés, de telle sorte que, si l’on encrait à ce moment, elle représenterait une planche complétement noire et veloutée ; puis doucement, avec d’autres outils, on gratte, on atténue, on use plus ou moins cette surface, on polit même complétement certains points, ce qui produit la dégradation du noir au blanc absolu : c’est le procédé de la gravure dite à la manière notre.

Enfin on emploie fréquemment un quatrième procédé, qui est pour ainsi dire l'inverse du précédent.

On commence par fixer les traits du dessin sur la planche en suivant le procédé à l’eau-forte ci-dessus décrit, mais en se contentant d’une morsure très-légère; puis, le vernis étant enlevé et la surface métallique mise

à nu, On recouvre la planche d’une légère poussière de résine que lon fait adhérer en chauffant la plaque avec précaution. Cette résine formera réserve comme le vernis de la gravure à l’eau-forte, mais avec cette différence que, tandis que la couche de vernis est continue et protège partout le métal, la poussière de résine ne forme qu’un réseau très-serré, très-régulier, dont les interstices pourront être mordus plus ou moins profondément par l'acide. Sur cette préparation on commence par couvrir avec un peu de vernis tout ce qui dans l’image doit rester blanc ; puis on fait une première morsure générale à l’acide qui donne partout entre les grains de résine un léger creux, sauf dans les parties vernies. On obtient ainsi la teinte grise la plus légère ; on couvre de nouveau avec du vernis les parties qui doivent garder cette teinte grise, et l'on fait mordre une seconde fois et ainsi de suite, couvrant chaque fois les parties qui ne doivent plus être creusées et ajoutant morsure sur morsure jusqu’à ce que celles-ci soient assez profondes pour donner aux noirs toute l'intensité que l’on désire. Ce procédé est celui de la. gravure à l’ aqua-tinta.

Ces quatre types de gravure, très-différents l’un de l’autre, admettent tantôt la combinaison de l’un avec l’autre, tantôt de nombreuses variantes qu'il serait inutile de mentionner ici; mais Ce que nous devons faire ressortir (c'est surtout pour cela que nous avons expliqué les divers genres

rond à» - 0. Dis: - 4

de gravure) c’est que, pour la gravure en creux, quelle qu’elle soit, il faut toujours que le dessin soit représenté ou par le trait, c’est-à-dire le sillon creusé dans le métal, ou par le grain, c’est-à-dire par des surfaces plus ou moins profondément rugueuses, de telle sorte que, dans l’un et l’autre cas, l'encre d'impression puisse être retenue. En effet, si la planche gravée offrait seulement des dépressions plus ou moins profondes, l’imprimeur, en essuyant la planche, après l'avoir couverte d'encre, nettoierait la surface lisse des creux comme celle des reliefs et n’obtiendrait que des épreuves informes. L'image gravée doit être forcément formée par l’as- . semblage de traits ou de grains; là est pour la gravure photographique en creux une des grandes difficultés, car la nature ne nous présente, en général, ni traits ni grains. La lumière nous montre les objets par des teintes fondues, et, lorsqu'on veut transformer en planche gravée un cliché d’après nature ou d’après une peinture, il faut absolument trouver un grain artificiel; la tâche devient beaucoup plus facile s’il s’agit de reproduire soit une gravure, soit toute autre image faite au trait ou au grain, car le trait ou le grain se trouve reproduit sur le cliché qui les transmet à la planche gravée.

Nous trouvons dans la gravure photographique en creux deux modes d'opérer bien distincts : le moulage galvanoplastique des surfaces et la morsure chimique sur réserve, ce qui nous permet de classer les procédés connus et exploités. Ajoutons que le plus grand nombre des graveurs photographiques nous font connaître leurs œuvres, mais non leurs procédés. En réalité, le succès dépend de l'expérience, de l’habileté de l’opérateur, de ces divers tours de main avec lesquels il sait appliquer les méthodes genérales que nous allons passer en revue.

Dans ces méthodes, l'opérateur devra employer quelquefois un négatif, le plus souvent un positif, selon les opérations ; et, suivant que l’un ou l’autre sera employé, suivant le procédé de moulage, la planche galvanoplastique donnera le dessin en creux ou en relief ; en {ous Cas, nous rappelons qu’il est relativement facile par la galvanoplastie de faire une contreplanche sur laquelle les creux et les reliefs se trouvent renversés.

Gravure par moulage. — Rappelons les propriétés générales de la gélatine bichromatée ; insolée, elle devient insoluble, et, après traitement par l'eau chaude, les parties insolubles restent en relief sur le support, les

autres parties étant dissoutes; on n peut donc mouler ces reliefs et en obtenir les creux. |

Si le traitement est fait par l’eau froide, les parties non insolées se gonflent et font sur les autres un relief que l’on peut également mouler, mais avec moins de facilité que les précédents ; car, dans le premier cas, on opère sur gélatine sèche et résistante; dans le second cas, elle est spongieuse et ne peut se prêter qu'à un moulage sans pression.

Dès le début (1855-1856), nous voyons les deux méthodes employées : la première par M. Pretsch, qui moulait par la galvanoplastie les reliefs de gélatine insoluble. Les premiers essais, très-remarquables, étaient cependant incomplets d’abord, à cause de la difficulté d'obtenir le grain nécessaire que l'inventeur cherchait en incorporant à la gélatine un excès de bichromate de potasse; ensuite parce que l’image en gélatine bichromatée développée du côté insolé devait ou perdre ses demi-teintes, qui ne pou- . vaient résister au lavage, ou s’empâter d’une manière générale.

À la même époque, quelques semaines seulement après M. Pretsch, M. Poitevin (') employait la deuxième méthode sous le nom d’Aélioplastie. Dans ce procédé, la couche de gélatine bichromatée est étendue sur glace ou sur une feuille de métal, séchée, exposée sous un positif et mise à tremper dans l’eau froide : les parties protégées contre l’action de la lumière se gonflent, on les moule avec du plâtre très-fin ; sur le creux en plâtre solidifié on prend un reliefen gutta-percha, qu'on métallise et au moyen duquel on obtient par la galvanoplastie une planche de cuivre gravée en creux pouvant servir au tirage.

Ce procédé, qui peut donner des résultats passables pour des reproductions de gravures ou de dessins, ne donne pas de grain ou reproduit le grain général du plâtre : il ne saurait convenir. pour des épreuves ne portant pas déjà leur grain ou leur taille. Il ne peut en outre arriver à toute la netteté désirable, car les reliefs dus à la gélatine gonflée n ont jamais la netteté d'arête que peut donner la gélatine sèché. On dut donc chercher à améliorer en même temps les procédés de tirage’ pour obtenir le grain nécessaire et les procédés de moulage pour avoir plus dé finesse.

nn LT Mo RS (*) Traité de l’ impression photogr aphique sans sels d'argent, par A. Poitevin,

Ainsi M. Fontaine { de Marseille) commence par traiter les reliefs que laisse la gélatine après son passage à l’eau chaude par l'acide pyrogallique, qui donne plus de solidité et empêche les finesses de disparaître; puis il moule après dessiccation en employant d’abord une solution de guttapercha dans le sulfure de carbone qui enduit toute la surface d’une pellicule épousant les traits. les plus délicats. Sur cette première couche il presse un gâteau de gutta plus ordinaire qui lui donne un moule plus résistant, dont il fait le contre-moulage par la galvanoplastie.

Mais, pas plus que les précédents, ce procédé ne donne le grain nécessaire pour les photographies d’après nature, et l’auteur essaye d’y suppléer en interposant entre le négatif et la surface gélatinée une toile métallique quadrillée : nous retrouverons souvent ces essais de grains artificiels produits par l’interposition de tissus ou lignes régulières, mais cette régularité même rend le moyen peu artistique.

Avec les modes d'opérer ci-dessus, les reliefs à mouler restent toujours dans des conditions défavorables ; car, si la couche de gélatine bichromatée est trop épaisse, l’insolubilisation sera partielle dans les demi-teintes, qui disparaîtront au lavage, ou si elle est assez mince pour que l’action de la lumière la pénètre entièrement les noirs et les demi-teintes auront la même valeur.

"IL fallait appliquer à la gravure le principe de l’abbé Laborde et de M. Fargier pour les épreuves au charbon : insoler sur une face et développer par l’autre.

Procédé de M. Placet.— Par des procédés très-divers, M. Placet (') a donné les moyens de surmonter ces difficultés ; et, comme nous trouvons dans la Communication qu’il a faite à la Société française de Photographie plusieurs modes d'opérer, employés depuis avec avantage, nous donnons in extenso cette Communication :

« Une matière que la lumière rend insoluble est coulée sur une plaque ; après dessiccation, on expose sous un cliché à l’action de la lumière, puis on fait dissoudre les parties non modifiées et restées solubles.

» Les parties insolubles forment sur la plaque un relief qui, moulé et reproduit par la galvanoplastie, donne une planche gravée du dessin;

(:) Bulletin de la Société francaise de Photographie, année 1863, p. 228.

mais cette gravure ne présente ni les finesses, ni les demi-teintes du modèle.

» Dans les demi-teintes, en effet, la lumière n’a pu rendre la couche insoluble dans toute son épaisseur; ces demi-teintes, minées en dessous par le dissolvant et trop faibles pour résister au lavage, sont entraînées avec les couches solubles sous-jacentes. Mais il n’en est plus de même si l’on donne à la face insolée un soutien convenable, et si c’est sur la face opposée qu’on fait agir le dissolvant. Le subjectile retient alors toutes les demi-teintes, et les planches ainsi gravées, reproduites par moulage, ont toutes les finesses du modèle.

» Voici plusieurs manières d'opérer :

» On fait tirer sur verre une épreuve du cliché qu’on veut graver, on coule sur le dessin même une couche de matière sensible (le bitume de Judée, par exemple); on expose à la lumière, le verre en dessus ; on plonge ensuite dans le dissolvant (huile de naphte et benzine). Les parties rendues insolubles par la lumière forment des reliefs en proportion de la quantité de lumière qui a traversé chaque partie du cliché. On moule ce relief, et la galvanoplastie donne en métal des planches gravées en creux ou en relief, suivant la nature du cliché, la matière employée et le temps d'exposition à la lumière. |

» Le bitume donne une gravure d’une grande délicatesse, mais peu de relief. Pour la gravure en relief, il vaut mieux employer le mélange de gélatine et de bichromate de potasse ou d'ammoniaque.

» Si, après la dissolution des parties solubles, les reliefs ne semblent pas suffisants, et si ces reliefs sont transparents, on pourra les augmenter en étendant une nouvelle couche sensible et opérant en tout comme la première fois. "

» On peut également bien se servir d’une épreuve sur papier, et opérer de même, en rendant le papier transparent et imperméable au dissolvant, Ainsi, quand on prend le bitume pour matière sensible, on rend le papier imperméable en le trempant dans une solution de gélatine ou de gomme, dextrine, etc. Le dissolvant n’a aucune action sur ces substances, et, de plus, on peut en débarrasser facilement l'épreuve une fois l'opération terminée.

» Si l’on ne veut point opérer sur l'épreuve même, voici de quelle manière on procède :

dis. —-

Première maniére.

» La couche sensible est coulée sur une plaque mince de verre, gélatine, mica, papier, corne, toile cirée, ou tout autre corps transparent, et l’on impressionne du côté de la matière servant de support.

» La coagulation partant alors de la face qui est en contact avec le support, l’image, après le lavage, reste en totalité fixée sur ce soutien.

Deuxième maniére.

» Sur une glace on étend une ou plusieurs couches de collodion, puis une couche de gélatine bichromatée ; après dessiccation, on coupe les bords de la gélatine et la feuille de gélatine se détache facilement, emportant le collodion qui fait corps avec elle.

» On expose à la lumière sous un cliché du côté du collodion; puis, sur cette même face collodionnée, on pose une plaque de métal enduite d’une matière agglutinative et l’on fait passer entre les rouleaux d’une presse: la feuille se trouve alors parfaitement fixée, la face de gélatine non impressionnée en dessus et dans les conditions voulues pour être soumise à l’action du dissolvant. |

» Une seule couche de collodion sur la glace ne suffirait pas toujours pour détacher facilement la feuille de gélatine. Le collodion peut d’ailleurs être remplacé par toute autre substance jouissant de propriétés analogues.

» Après l'insolation, pour donner plus d’adhérence entre le collodion et le subjectile, il est préférable d'étendre une couche de vernis sur le collodion.

Troisième maniere.

» Sur une plaque de métal mince et bien plane, on étend la matière sensible, la gélatine bichromatée par exemple ; après dessiccatidn, on applique une couche de collodion, on expose à la lumière sous un cliché, puis on ajoute une nouvelle couche de collodion mêlé de vernis ou de vernis seul; enfin on coule par-dessus un mélangé de cire et résine de r à 2 centimètres d'épaisseur, ou bien on fait adhérer une plaque métallique comme dans le cas précédent.

» Après refroidissement, la plaque mince de métal peut être facilement détachée, laissant intacte et adhérente au subjectile la feuille de gélatine, la face non insolée en dessus. On procède ensuite comme précédemment.

» La première couche de collodion pénétrerait moins uniformément la gélatine si on l’appliquait après l’insolation ; car la lumière rend moins perméablés les parties qu’elle a frappées.

» On peut, avec plus ou moins d'avantages, substituer au collodion et au mélange de cire et résine un grand nombre de corps.

» La couche de cire et résine a pour but de maintenir la gravure sur un fond bien uni, en empêchant le collodion de se tourmenter et par suite de déformer l’image. On peut s’en passer en combinant plusieurs couches de collodion et vernis, de manière à arinuler la contraction ou la dilatation du subjectile.

» Le dissolvant agissant, comme il est dit plus haut, sur le côté non insolé, commence par gonfler les parties non impressionnées, et produit des reliefs très-beaux et très-nets ; dans bien des cas, ces reliefs peuvent être utilisés; on les moule, et après le moulage rien n'empêche de continuer l’action du dissolvant pour obtenir une seconde gravure inverse de la première. Ainsi une même couche sensible produit deux gravures, l’une par gonflement, l’autre par dissolution des parties restées solubles.

» Outre les deux substances, bitume de Judée et gélatine bichromatée, indiquées précédemment comme exemple, on peut employer toutes matières végétales ou animales, résine, gomme, albumine, dextrine, gluten, caséine, etc., sensibles à la lumière par elles-mêmes ou seulement quand on les mélange à un ou plusieurs sels, tels que les sels d’or, d'argent, d’urane, de chrome, de fer, les sulfures, les iodures, les acides tartrique, oxalique, le sel ammoniac, etc. |

» Les opérations se simplifient si l’on emploie une substance qui, d’abord insoluble, devient soluble sous l’action de la lumière (les mélanges de gélatine, gomme, albumine, etc., et d’un sel de fer au maximum, joint à l'acide tartrique; quelques autres corps jouissent également de cette propriété).

» Le dissolvant, agissant dans ce cas à partir de la face insolée, creuse à la manière de l’acide dans la gravure à l’eau-forte ; mais avec cet avantage que le dissolvant ne donne à chaque trait que juste la valeur qui lui est assignée par l’intensité correspondante du cliché.

» Le dessin obtenu comme il est dit plus haut, et dans des conditions appropriées à l’emploi que l’on veut en faire, le dessin, dis-je, peut être transporté sur des surfaces convenables et y servir de réserve, soit pour la gravure par les acides, soit pour le dépôt de métaux par la galvanoplastie ou autrement.

» Si dans la composition de la couche sensible on fait entrer des matières vitrifiables, ou si l’on fait adhérer ces matières aux reliefs après leur formation, on pourra, en transportant ou non, produire des émaux.

» On peut étendre sur toute la surface portant les reliefs une couche d'encre grasse, puis dissoudre ces reliefs qui entraînent avec eux l’encre qui les couvre, enfin transporter sur pierre ou sur zinc et opérer ensuite comme en lithographie ordinaire.

» Bien d'autres moyens peuvent être employés pour rendre pratiques les principes sur lesquels se base mon procédé de gravure héliographique ; ces principes, je les résume ainsi :

» 1° Emploi de substances que la lumière rend insolubles ;

» Application de la couche sensible sur un subjectile convenable, et du côté qui reçoit directement l’action lumineuse;

» Application du dissolvant sur la face opposée ;

» Moulage et reproduction galvanoplastique des reliefs formés, soit par le gonflement, soit par la dissolution des parties non impressionnées.

» 2° Emploi de substances qui d’insolubles deviennent solubles sous l’action de la lumière ;

» Dissolution ou gonflement des parties impressionnées ;

» Moulage et reproduction galvanoplastique des reliefs formés.

» Mes procédés permettent d'obtenir, sans le secours du dessinateur ou du graveur : des dessins photographiques à l'encre grasse qu’on peut reproduire par la lithographie, des photographies vitrifiées, des planches pour l'impression, des plaques pour empreintes ou pour émaux, enfin toute sorte de surfaces gravées applicables à l’ornementation. » :

Plus tard M. le chevalier Avet a indiqué un procédé qui est la reproduction assez exacte de la première partie de la méthode de M. Placet.

Dans la description de ses procédés, M. Placet n'indique pas de quelle manière il obtient le grain de gravure nécessaire pour les reproductions faites sur nature, cependant les planches obtenues par lui portent un grain

très-fin, dû probablement à une réaction chimique dont il n’a pas donné la formule.

Il est donc reconnu que, toutes les fois qu’on emploie une couche bichromatée ayant une épaisseur appréciable, on ne peut obtenir les demiteintes, quel que soit le but qu’on se propose, qu’en insolant sur une face et développant par l’autre (voir p. 121 et suiv., les diverses méthodes pour arriver à ce résultat); on arrive ainsi à rendre toutes les finesses du cliché, mais il reste la question du grain.

Procédé de M. Geymet et divers. — M. Geymet (‘), dans son Traité de gravure, donne la description d’un procédé que l’on peut résumer de la manière suivante : |

Un négatif de gravure ou autre est appliqué sur un papier couvert d’une couche de gélatine bichromatée; après impression à la lumière, on l'immerge dans l’eau fraîche en même temps qu’une feuille de verre vernie à l’ambre ou couverte d’une couche préalable d’albumine coagulée ou mieux une plaque de cuivre parfaitement propre ; on applique les deux faces l’une contre l’autre, on retire de l’eau, on éponge et l’on met en presse quelque temps. On immerge ensuite dans l’eau tiède exactement comme pour faire une épreuve au charbon (p. 120 et suiv.), et l’on a ainsi sur la plaque de verre ou de métal l’image en relief formée par les parties de gélatine devenues insolubles sous l'influence de la lumière. On rend cette gélatine plus résistante par une immersion dans un bain d’alun.

Lorsque cette épreuve représente une image ayant du trait ou du grain, on peut métalliser les reliefs de gélatine et les mouler par les: procédés galvanoplastiques ; mais, s’il s’agit d'épreuves prises sur nature, il faut obtenir un grain.

Pour avoir ce grain artificiel, M. Geymet propose de prendre une plaque de cuivre, grainée en plein soit à la résine, soit par tout autre procédé ; on l'encre à la manière ordinaire, on la recouvre d’une couche de collodion cuir, c’est-à-dire d’un collodion normal additionné de 2 centimètres cubes d'huile de ricin pour 100 centimètres cubes de collodion. Ce collodion séché se détache de la planche en emportant l’encre, et il présente une

(') Gravure héliographique, par Geymet et Alker, 1870.

pellicule très-mince couverte d’un grain uniforme; en plaçant cette feuille presque sans épaisseur, entre le cliché et la couche bichromatée, on obtient la reproduction d’un grain à peine sensible lorsqu'il sera préservé par les parties opaques du cliché, plus accentué, au contraire, dans les parties transparentes.

Il serait encore facile, comme le propose M. Courtenay, d’incorporer dans le collodion servant à faire le cliché quelques substances, telles que la silice pulvérulente ou du verre en poudre impalpable.

Ce grain, quelle que soit sa nature, est reproduit sur la couche gélatineuse qui le transmet à la planche galvanoplastique.

M. Woodbury emploie un procédé analogue, pour donner un grain aux planches métalliques, qu'il obtient par pression, soit qu’il ajoute directement une poudre dure et insoluble dans le mélange même de gélatine et de bichromate de potasse, soit qu’il saupoudre la surface gélatinée, encore poissante, avec une poudre plus ou moins fine, qui n’adhère que dans les noirs et est enlevée au lavage dans les autres parties: il arrive ainsi à transformer les moules métalliques en planches prêtes pour l'impression en taille-douce.

Toutes ces ingénieuses méthodes de grain artificiel ne sont en quelque sorte que des subterfuges et n'arrivent pas encore à ce but désirable dans lequel le grain doit augmenter progressivement en profondeur et en dimension selon la valeur des noirs que l’on veut obtenir.

Pour atteindre ce but, il fallait, en quelque sorte, que le grain fût le résultat de l’action lumineuse, augmentant en raison de son intensité. ‘

Procédé de M. Rousselon.— M. Rousselon, dans son procédé de gravure, a résolu cette difficulté, ce qui lui permet d'obtenir, d’après les peintures et d’après nature, des planches gravées d’une réussite remarquable. Ce grain est le résultat d’une action chimique que l'inventeur s’est borné à mentionner sans la divulguer lorsqu'il a donné les explications sur l’ensemble de son procèdé.

L'opération est d’abord conduite exactement comme s’il s'agissait d'obtenir une épreuve photoglyptique (voir p. 133), c’est-à-dire qu’une image est obtenue sur pellicule de gélatine sèche et imprimée par vigoureuse

pression dans une planche métallique : seulement l'inventeur ajoute dans la préparation de gélatine la substance (?) qui doit produire le grain sous

l'influence de la lumière; et, comme dans l’application qui est faite de ce procédé une rigoureuse planimétrie n’est plus nécessaire, on peut remplacer la presse hydraulique par un bon laminoir et obtenir des planches’ de très-grandes dimensions.

Le métal dans lequel on obtient ce premier creux n’est pas assez résistant pour pouvoir être employé directement à l’impression ; mais la rigoureuse fidélité de la galvanoplastie en relief permet d’obteniren cuivre, d'abord une planche mère qui donne le relief, puis, sur ce relief, on fait une planche en creux qui est encrée et donne au tirage en taille-douce un nombre illimité d'épreuves. Avant d’être livrée à l’imprimeur, la planche de cuivre est aciérée, c’est-à-dire couverte électriquement d’une pellicule de fer infiniment mince et très-résistante qui supporte tous les frottements ; aussitôt que la moindre usure se manifeste par l'apparition de la couleur rouge du cuivre, on dissout toute la couche de fer; on acière de nouveau, ce qui permet de recommencer un tirage aussi nombreux que le premier; enfin la planche mère en relief reste comme type sur lequel on peut faire plusieurs planches en creux si les nécessités du tirage le demandent.

Ces opérations, installées de la manière la plus large dans les ateliers de la maison Goupil, à Asnières, sous la direction de M. Rousselon, marchent avec la plus grande régularité au moyen des piles à gaz de M. Clamon, et produisent des planches gravées d’une finesse que ne pourrait obtenir ni le graveur ni le dessinateur le plus exercé.

Gravure photographique en creux par réserve. — Nous comprenons sous ce nom général tout procédé par lequel une substance capable de résister à la morsure de certains agents chimiques sera fixée sur le métal directement ‘ou indirectement par l'action de la lumière. La surface métallique reste à nu dans les parties qui doivent être creusées; les parties couvertes de la substance résistante sont dites réservées.

L'invention de la gravure photographique par réserve a été le premier

pas que fit la Photographie dès sa naissance; elle remonte à Nicéphore Niepce, le premier inventeur.

La théorie en est des plus simples : c’est la gravure à l’eau-forte à peine modifiée ; le vernis protecteur est remplacé par la couche sensible, la lumière et le cliché exécutent le dessin, la morsure est ensuite faite par des

agents variables suivant la nature et la résistance de la couche sensible.

On retrouvera, page 448 et suivantes de la Chimie photographique, les premiers essais de Nicéphore Niepce, de son neveu Niepce de Saint-Victor, de M. Lemaître, de M. Ch. Nègre, etc. Ces opérateurs employaient le, bitume de Judée étendu en couches minces sur plaques métalliques. M. Fox Talbot remplace le bitume de Judée par la gélatine bichromatée. Ces divers essais, en dehors des belles planches de M. Ch. Nègre, ont rarement produit des épreuves complètes; ils portaient en eux deux causes de non-réussite : 1° la presque impossibilité d'obtenir les demiteintes qui disparaissaient au développement par suite de la dissolution des couches sous-jacentes, ou ne prenaient une adhérence suffisante que par la surexposition des autres parties ; 2° l’absence de grain naturel et la nécessité d’un grain artificiel. |

Dès 1858, M. l'abbé Laborde signalait la première cause en appelant l'attention sur les services que peut rendre en Photographie l'huile de lin siccative. D'autre part, on essayait les grains artificiels comme dans Îles procédés par moulage (page 185), et nous avons mentionné, page 453 de la Chimie photographique, le procédé de la glace striée et posée en divers sens, de manière à former un grain par les rayures se croisant en tous sens. D'autres opérateurs proposent l'interposition d'un tissu métallique ou autre entre le cliché et la planche préparée ou même l'impression première de ce tissu sur le cliché avant de prendre l'épreuve du sujet à reproduire; pour cela on ferait une première pose sur un réseau tendu sur une étoffe noire et la glace ayant reçu cette impression serait ensuite employée pour faire le cliché.

Le procédé, qui paraît à la fois le plus simple et le plus fréquemment employé, consiste à donner un simple grain de résine sur la planche, soit avant, soit après l'impression et le développement de l’épreuve. Ce grain, nul dans les parties couvertes qui doivent rester blanches, devient de plus en plus abondant à mesure que le métal se découvre davantage et arrive à son maximum là où la planche est complétement à nu; la morsure agit ensuite comme sur une planche à l’aqua-tinta, mais il est difficile, sinon impossible, de procéder en ce cas par morsures successives comme dans ce mode de gravure, et l'effet général doit nécessairement s'en ressentir.

Après les travaux sus-mentionnés de Niepce, de M. Talbot, de M. Nègre, nous avons vu des planches remarquables obtenues par M. Garnier en 1866; mais l’auteur n’a pas donné de renseignements sur son mode d'opérer: il en est de même de MM. Baldus, Amand Durand, Dujardin, Rose, G. Fortier. Nous avons vu également des gravures de la plus grande finesse, obtenues par M. Gobert, attaché à la Banque de France; mais, si par ces procédés de réserve la gravure de trait paraît désormais acquise, il ne semble pas que pour les teintes fondues les résultats soient comparables à ceux obtenus par M. Rousselon.

En l'absence de renseignements suffisamment exacts sur les procédés employés, nous nous bornerons à recommander le bitume de Judée comme donnant la meilleure réserve et la plus grande netteté.

Sur la plaque de métal bien nettoyée on étend à la tournette une dissolution de bitume de Judée (‘) dans la benzine ; la couche doit être suffsamment mince pour que la lumière puisse la pénétrer jusqu’au métal sur lequel elle la fixe. Après séchage on expose sous un cliché positif qui réserve tous les traits. La pose dure plus ou moins longtemps suivant la qualité du bitume, l'intensité de la lumière, etc.; mais l’action du soleil sera toujours préférable pour donner plus de résistance aux parties insolubilisées. Après l'exposition on lave la planche à l’essence de térébenthine ; on arrête l’action dissolvante par une nappe d’eau qui enlève l’essence et l’on encre avec l'encre grasse, qui s'attache seulement au bitume et vient consolider la réserve.

Le même mode d'opérer s’applique à la gélatine bichromatée qui, étendue sur métal en couches minces, est insolée, lavée à l’eau tiède, encrée et donne ainsi une planche prête pour la morsure.

Toutefois, de l’avis de nombreux praticiens, le bitume donne une netteté beaucoup plus grande et doit être employé de préférence.

La composition du liquide destiné à mordre la surface à graver varie suivant le métal employé. La réserve au bitume résiste assez bien à une morsure légèrement acide ; on peut employer soit l’acide nitrique faible, soit une solution d'acide chromique, soit une solution concentrée de ni-

(*) M. GoerT, Bulletin de la Société francaise de Photographie. — 1874, p. 183.

trate de cuivre, 3 parties mélangées à 1 partie de solution concentrée de chlorhydrate d’ammoniaque dans l'acide acétique et quelques gouttes d'acide nitrique. La réserve au bichromate de potasse est plus délicate, les acides l’altèrent immédiatement et l’on doit les remplacer par des solutions plus ou moins concentrées de sels métalliques, tels que le perchlorure de fer, le bichlorure de platine, etc., etc.

Ces opérations rentrent dans le domaine du graveur; elles demandent des connaissances spéciales et une grande expérience pour être bien conduites.

(GRAVURE EN RBLIEF).

La gravure en relief est celle qui creuse le métal de telle sorte que tous

* les traits, tous les points de l’image, restent sur le même plan, tandis que

toutes les parties de la planche qui ne doivent pas prendre d'encre sont

abaissées plus ou moins profondément au-dessous de ce plan, de telle

sorte que le rouleau dépose de suite une couche d'encre égale sur tous les reliefs sans en mettre dans les creux.

La planche en relief se trouve ainsi dans les mêmes conditions qu'une composition d'imprimerie, abstraction faite de la mobilité des caractères ; elle peut être intercalée au milieu de ces caractères et le tirage est fait avec la même facilité, la même rapidité et la même économie que lPimpression ordinaire.

C’est aux progrès de la gravure en relief que nous devons tous les ouvrages de science ou d'illustrations avec gravures intercalées dans le texte.

Toutefois ces gravures en relief sont d’un prix assez élevé: il faut passer par le dessinateur, le graveur sur bois, le plus souvent par le moulage ou la galvanoplastie, avant d’avoir l'épreuve prête pour Pimpression. Il est possible d'arriver à ces résultats par les moyens photographiques, surtout lorsqu'il s’agit de gravures ou de dessins ayant du grain ou du trait; mais, s’il s’agit d'images faites d’après naturé, la réussite présente des difficultés plus grandes que pour la gravure en taille-douce; il faut, en effet, pour la typographie, des traits ou des grains moins serrés que

-pour les autres procédés, sous peine d’empâtement général, et la question

d'un large grain ou large trait artificiel se présente de nouveau et n’a pas encore été résolue, à notre connaissance du moins, d’une manière satisfaisante.

Toutefois, c'est surtout par la gravure en relief que la Photographie se rattache actuellement et se liera dans l’avenir de la manière la plus intime avec la grande imprimerie. La réussite de plus en plus parfaite de la planche en relief est le trait d’union de ces deux industries, et, même en se bornant à la reproduction des dessins et gravures, il y a, pour la Photographie qui les adapte au format voulu, un débouché assez considérable pour que déjà cette transformation soit devenue une industrie spéciale qui, de jour en jour, prend une plus grande extension.

Les premiers essais en ce genre remontent vers l’année 1855, époque à laquelle M. Poitevin à montré qu'on pouvait mouler les reliefs de la gélatine bichromatée insolés sous un négatif, puis en faire un contre-mou- . lage galvanoplastique et obtenir les reliefs qui constituent une planche typographique.

Ce procédé ne pouvait cependant réussir en pratique d’une manière suffisamment parfaite; d’abord à cause de la difficulté qu’il y avait d’obtenir tous ces reliefs sur le même plan, les reliefs moins forts étant le plus souvent moins hauts, et passant sous le rouleau sans être atteints par l'encre; de plus le moulage fait alors en plâtre manquait presque toujours de la finesse nécessaire, et enfin la reproduction galvanoplastique est souvent trop longue et trop coûteuse ; cette reproduction pourrait sans doute être remplacée par le clichetage en métal fusible que l’on emploie fréquemment dans l’industrie typographique.

Toutes les méthodes fondées sur un procédé quelconque de moulage semblent présenter les mêmes difficultés, et dans l’état actuel, pour obtenir une planche typographique par la Photographie, il faut employer les méthodes par réserve, soit que cette réserve s’obtienne directement par la couche sensible elle-même, soit qu’elle provienne d’un transport à l’encre urasse obtenu photographiquement par l’un des procédés quelconques mentionnés plus haut. En tout cas, il y a toujours deux opérations bien distinctes.

1° Mettre l’image sur la plaque métallique, directement par l'emploi dune couche sensible pouvant former réserve, telle que la gélatine bichromatée ou mieux le bitume de Judée, ou indirectement par report;

2° -Creuser profondément les parties non réservées, ce que l’on obtient généralement au moyen d’un procédé nommé gillotage, du nom de Gillot. qui en est l'inventeur.

On pourrait s'étonner que la gravure en relief, obtenue photographiquement, ne soit pas d’un emploi général dans l'imprimerie : chaque jour elle prend une extension plus grande, mais il faut pourtant reconnaître que, si les procédés photographiques sont égaux, sinon supérieurs à la gravure sur bois pour les travaux qui demandent économie et célérité, ils n'arrivent que difficilement et demandent des opérateurs d’une extrême habileté pour pouvoir être comparés à l’œuvre soignée d’un excellent graveur sur bois. Cela tient, d’une part, à ce que le graveur sur bois fait les tailles avec un outil qui les tranche d’une manière parfaitement nette. et celles-ci se reproduisent avec une netteté presque égale dans l’impression, tandis que le photographe copie, soit un dessin, soit une gravure, où les lignes ne présentent déjà plus cette même arête vive, ne fût-ce que par suite des inégalités du papier. Souvent le format demandé exige des réductions dans lesquelles les traits deviennent tellement serrés qu'il n'y a plus entre eux l’espace nécessaire pour éviter l'empâtement par le rouleau, tandis qu’il faudrait au contraire de grands. dessins traités à larges traits dont la chambre noire, en les réduisant, arrive à faire des merveilles de finesse. D'autre part, si l’on opère par épreuve directe sur le métal, il devient difficile d’avoir des lignes coupées comme avec le tranchant d’un outil, à moins d'employer des couches excessivement minces, qui alors ne présentent pas une résistance suffisante à la morsure. Ainsi, soit le dessin, soit le cliché, soit la couche sensible, soit l’encre qui vient la consolider, soit même la texture du métal que l'acide ne ronge pas rigoureusement de même sur tous les points, tout concourt à augmenter les difficultés; ces causes le plus souvent s'ajoutent les unes aux autres et l'examen à la loupe montre que les lignes sont souvent légèrement bavocheuses. Si l’on opère par report, il faut joindre aux causes ci-dessus toutes celles qui peuvent provenir de l'opération du report, telles que les inégalités, l’écrasement des traits, etc;

Il n’est pas étonnant que la perfection ne soit pas toujours complétement atteinte en face de ces difficultés réunies ; il en est sans doute beaucoup d'autres encore, mais l'importance du procédé doit nous faire espérer un progrès incessant.

Examinons maintenant les diverses méthodes employées pour mettre le dessin sur la’ planche et pour creuser ensuite les blancs de cette planche.

Le cliché devra être fait danñs les mêmes conditions que pour les reproductions de gravures, de cartes, etc., c’est-à-dire d’un noir opaque avec des blancs parfaitement purs. Nous avons dit plus haut que, selon nous, les procédés secs, comme ceux à l’albumine, au collodion albuminé, le procédé Taupenot, etc., etc., présentaient de grands avantages pour l’intensité des noirs qu'on peut faire monter très-facilement sans boucher les clairs, qui conservent toute leur pureté.

Le collodion humide, plus rapide, plus facile, est presque exclusivement employé dans l’industrie; alors on remonte généralement l'épreuve par le bichlorure de mercure, suivi du passage au sulfhydrate d’ammoniaque, ou mieux au monosulfure de sodium; il faut se rappeler dans ce cas que les vernis résineux font tomber notablement l'intensité des noirs, à moins d’un passage préalable à la gomme arabique.

L'épreuve photographique doit, le plus souvent, être retournée soit au moyen d’un prisme ou d’une glace à faces parallèles, soit en opérant au moyen d’un châssis qui permette de recevoir l'épreuve à travers la glace collodionnée ou en décollant le cliché sur gélatine.

Dans quelques modes d'opérer, il faut au contraire se servir du cliché ordinaire.

Nous avons dit que l’on pouvait former directement le dessin sur la plaque métallique à graver. On emploie de préférence, pour cause d’économie et de facilité de morsure, une plaque de zinc suffisamment épaisse, ayant environ 4 à 5 millimètres ; la face doit en être bien plane et bien nettoyée, et on la couvre de la substance sensible. Une solution de gélatine bichromatée est difficilement employée, parce qu’elle est rapidement attaquée par la morsure acide, ce qui donne des traits peu réguliers : on préfère la solution de bitume de Judée dans la benzine additionnée d'’essence de lavande ou d'essence de citron.

Dans l'un et l’autre cas, la couche doit être suffisamment mince pour que la lumière puisse agir dans toute l'épaisseur et rendre les parties solarisées insolubles jusqu'au métal même, sans quoi les parties plus légères . minées en dessous disparaîtraient au lavage et donneraient une image incomplète ; mais il faut aussi que cette couche soit suffisamment épaisse

pour offrir la résistance nécessaire à la morsure. L'expérience sera le meilleur guide à cet égard. 7

Le cliché est appliqué sur la surface métallique sensibilisée et il faut établir un contact rigoureux des deux faces sur tous les points de l’épreäve, ce qui est souvent une difficulté et une cause d’insuccès ; car il est nécessaire que les deux surfaces en contact soient parfaitement dressées toutes deux, la plaque métallique trop épaisse ne pouvant se pré-

ter aux défauts de planimétrie. Si l'on emploie un cliché transporté sur pel-

licule de gélatine, celui-ci fait souvent quelques ondes sous la pression ; les clichés doivent donc être sur glace et l’on doit veiller le mieux possible à assurer la pression. |

Après l’insolation sous un cliché retourné, on développe par l’eau tiède si l’on a employé la gélatine bichromatée, par l’essence de térébenthine si l’on a employé le bitume de Judée, qui doit avoir la préférence. On fait faire une première et très-légère morsure, comme s’il s'agissait d'obtenir une planche de zincographie, et l'on couvre d’encre grasse pour procéder ensuite aux morsures successives du gillotage.

Tout procédé pouvant donner une image encrable sur pierre, zinc, cuivre ou surface quelconque pourra être employé à cette condition que, après l’insolation et le développement de l'épreuve, le métal reste à nu dans toutes les parties où la lumière n’a pas insolubilisé la préparation.

L'autre mode d'opérer dit par report se prête plus facilement aux exigences des manipulations ; mais, en introduisant un tirage de plus dans la série des opérations qui doivent donner l’image définitive et en opérant par un report qui amène presque forcément l’écrasement des lignes, on augmente les causes d’altération de la finesse. Du moment que lon procède par report, il suffit d'obtenir par un moyen quelconque une épreuve à l'encre grasse sur une surface assez souple pour qu’on puisse la juxtaposer et la presser sur la planche du métal à graver. (Voir p. 176 les procédés de M. J.-J. Rodrigues sur feuilles d’étain, qui semblent préférables à ceux de M. le colonel James et tous autres qui peuvent donner une image à l'encre de report transportable sur zinc.)

Lorsque l’image est fixée sur la plaque de zinc, elle est soumise à l’opération de la morsure, qui doit respecter tous les traits de l'épreuve pour es laisser en relief et creuser tout le reste plus ou moins profondément.

TYPOGRAPFHIE PHOTOGRAPHIQUE. 201

C'est ici que se présente la difficulté. Le zinc est très-attaquable par un acide faible, et l’on peut facilement limiter cette attaque à certaines parties de la surface en protégeant les autres par une matière grasse ; mais, lorsque l’acide a creusé un premier sillon, ce n’est plus seulement une surface qui se présente à son attaque, c’est un fossé ayant un fond et des parois, et l'attaque de l'acide se porte aussi bien à droite et à gauche que sur le fond; le creux formé ira donc s’élargissant par la base, les Sillons rapprochés seront minés en dessous, crevés, et la planche sera perdue. Pour avoir une bonne gravure en relief, il faut, au contraire, que le sillon se creuse en forme de V se rétrécissant de plus en plus vers la base; les traits sont ainsi soutenus et présentent toute la solidité désirable.

Ce fut Gillot qui, en 1866, résolut le problème; de là le nom de gé/lotage donné à l'opération, et d’ouvricrs gilloteurs donné à ceux qui la pratiquent. C’est un art délicat, demandant des soins et une habitude extrêmes. Les bons gilloteurs sont très-recherchés.

Pendant plusieurs années, Gillot seul comprit toute l'importance de son procédé , et il mourut sans avoir la consolation de lui voir prendre tout le développement qu'il comportait par l'application de la Photographie, qui en est le complément pour ainsi dire indispensable. Ses successeurs (sa veuve et son fils) appliquent actuellement très-largement les procédés photographiques au procédé de gillotage; plusieurs maisons se sont montées, qui exploitent également ce procédé ; ce sont celles de MM. Lefman et Lourdel, Yves et Barret, M. Dujardin, MM. Rose et CÀ, etc. (').

Gillotage (*). — La plaque de zinc sur laquelle on pose l’image à graver doit être bien poncée et bien polie ; l’image y est appliquée comme nous l’avons dit, soit par photographie directe, soit par report fait avec l'encre grasse spécialement employée pour ce genre de travail; puis on humecte la plaque d’eau gommée et on la couvre d’un premier encrage en y passant avec soin un rouleau chargé d’encre lithographique additionnée

(*) Nous remercions ici les chefs de ces diverses maisons, et en particulier M. Gillot fils, qui nous a permis de suivre dans tous leurs détails les diverses opérations faites dans ses ateliers.

(2) Nous devons la Communication de ce procédé à l’obligeance de M€ Gillot et de son fils, qui nous ont remis le manuscrit rédigé à ce sujet par M. Gillot père; nous ayons extrait de ce manuscrit les renseignements que nous donnons.

Eat

Le

LT

de cire blanche de colophane et de.vernis lithographique : l’image prend ainsi un léger relief et en même temps de la résistance à l’action de l’'acide. On laisse sécher, et avec un tampon très-doux on distribue sur toute la surface de la colophane en poudre impalpable. On peut également bien faire cette opération dans la boîte à résine disposée pour l’usage des graveurs; la poudre ne s'attache que sur les parties encrées, et on l’enlève facilement des autres parties, soit en souflant, soit en lavant, soit en essuyant avec un tampon de ouate. On garnit ensuite les bords de la plaque avec une solution de gomme laque; on peut garnir de même les parties qui représentent de larges espaces blancs. Ces parties, qui seront réservées, comme le dessin lui-même, contre la morsure acide, servent en quelque sorte de support au rouleau et assurent, pour les opérations suivantes, la bonne répartition de l’encre; elles seront ensuite enlevées mécaniquement soit à la scie, soit à l’'échoppe.

Ayant ainsi assuré la réserve, on procède à la première morsure en mettant la plaque dans une grande cuve de gutta-percha aësez profonde, contenant une quantité d’eau acidulée par l’acide nitrique suffisante pour baigner largement la planche à graver. Cette cuve est montée de telle sorte qu'un mécanisme, mû par la vapeur ou à bras, la maintient dans une continuelle agitation.

L’acide attaque le zinc en formant du nitrate de zinc qui reste en soluüon; un flacon placé au-dessus de la cuve et muni d’un robinet de cristal laisse tomber goutte à goutte dans l’eau la quantité d'acide nitrique que l’on sait nécessaire pour remplacer celui qui se combine avec le zinc:

La force de l’eau acidulée est variable suivant l'effet que l’on veut obtenir; faible pour les premières morsures, on peut en augmenter peu à peu l’activité à mesure que l'opération marche vers la fin; on abrége ainsi sans danger l'opération.

En commençant par une morsure peu accentuée, on abaisse légèrement toutes les parties non protégées par la réserve, on retire la plaque de la cuve, on la lave, on l’essuie et on la place sur là plaque de fonte d’un fourneau analogue au fourneau de l’imprimeur en taille-douce. Sous l'influence de la chaleur, l'encre résineuse qui forme la réserve fond légèrement, déborde sur les entailles faites par l’acide et protége les deux versants du sillon contre l'attaque d’une seconde morsure, ne laissant que le

fond à découvert; si les traits sont très-serrés, les deux débords de l'encre se rejoignent et bouchent ce premier creux.

On n’a pas encore le relief typographique, mais une première morsure suffit déjà pour donner dans l’encrage des différences qui accuseront les demi-teintes. Les parties très-fines bouchées par l'encre sont désormais à l’abri d’une morsure plus profonde qui les aurait détruites.

Aussitôt que la fusion de la réserve a été jugée suffisante, on retire la plaque, on laisse refroidir, puis on procède à un deuxième encrage au rouleau. La composition de l'encre peut être légèrement différente de la première ; on emploie un mélange d'encre de report, de corps gras et de résine additionné de vernis lithographique en quantité suffisante pour donner une matière qui coule assez facilement autour des traits du dessin; on encre assez fortement la plaque pour que tous les noirs soient bien couverts, on saupoudre de nouveau avec la résine et on la replace dans la cuvette avec une eau un peu plus acide. On fait une seconde morsure qui descend le métal d’un nouveau cran.

On recommence les opérations de chauffage, encrage, morsure, de manière à obtenir chaque fois le bouchage des traits les plus serrés par la fusion de l’encre résineuse et l’on continue les opérations, qui varient de six à neuf-morsures, jusqu’à ce que la résine, en descendant chaque fois, ferme les creux les plus profonds; on obtient ainsi de chaque côté des tailles une série de talus, de gradins qui viennent se réunir par la base.

Cela fait, on lave la plaque à grande eau, puis, avec une lessive de potasse ou de soude, ou avec la benzine, on enlève complétement l’encre résineuse dans tous les creux, et, si l’on veut régulariser la pente des talus et enlever les gradins formés par les morsures successives, on recommence un encrage résineux que l’on fait de suite descendre à la moitié ou au tiers des creux et l’on fait une morsure. On recommence en encrant moins profondément, on remonte en quelque sorte les tailles que l’on avait creusées, et, au lieu de gradins, on obtient ainsi une pente à peu près lisse.

Le zinc est alors découpé à la scie, de manière à enlever toutes les parties non mordues qui doivent cependant rester blanches, puis on le monte sur les bois d'épaisseur et on le livre à l’imprimeur.

Ce procédé permet d'obtenir très-rapidement des résultats fort remarquable. Ainsi, un dessin livré le matin peut, dans des circonstances fa-

vorables et quelle que soit sa complication, être reproduit à la chambre noire, reporté sur zinc, creusé par la morsure acide, monté sur bois et livré à imprimeur dans la même journée, ce qui présente un avantage immense pour toutes les illustrations et les dessins d'actualité.

Le plus grand progrès en ce genre serait de pouvoir transformer le cli-,

ché photographique pris sur nature en une planche typographique; plusieurs essais prouvent que le problème n’est pas insoluble : nous avons vu des résultats presque industriels.

M. Gillot a tenté l'emploi de lignes croisées en sens divers pour obtenir le grain nécessaire.

Le procédé le plus original est celui de M. Wistanley, dont nous n’avons vu aucun résultat, mais qui mérite d’être mentionné.

Étant donnée une image en relief sur gélatine, on pose perpendiculairement sur ces reliefs une masse de fils métalliques, à pointes effilées comme celles des aiguilles, et présentant par conséquent une partie conique; ces fils étant libres de descendre plus ou moins, chaque pointe vient se poser sur la gélatine, et l’ensemble des fils marque ainsi les creux et les reliefs de l’image. On les serre alors toutes et on les immobilise par une soudure ou tout autre moyen, et, retournant le bloc ainsi formé, on use le côté des pointes jusqu’à ce qu’on soit arrivé à les amener toutes sur le même plan. La surface plane obtenue se compose donc de points plus ou moins fins, plus ou moins éloignés, suivant que la pointe a été retenue plus ou moins haut; et, si l’on encre cette surface, si l’on imprime, on obtiendra un dessin correspondant à celui que présentait la gélatine.

M. J.-J. Rodrigues, de Lisbonne, emploie, pour obtenir la gravure en relief d’un cliché fait sur nature, un mélange de bitume de Judée, d'essence de lavande et de sucre de lait en poudre. (L’amidon, le carbonate de chaux, le carbonate de plomb, ou toute autre substance soluble dans l’eau ou l'acide nitrique remplirait le même but.)

On broie le tout à la molette jusqu’à parfaite homogénéité et l’on méle un peu de cette pâte à la solution de bitume dans la benzine destinée à faire la couche sensible. On couvre alors la plaque comme à l ordinaire, avec une couche mince de bitume ainsi préparé. Après exposition on développe à l'essence et l'on met immédiatement la plaque dans la cuve de gillotage avec une eau faiblement acidulée ; l'acide, pénétrant peu à peu,

dissout la matière solide qu’on avait ajoutée; la préparation se trouve donc plus ou moins percée, selon l'épaisseur de l’enduit de bitume, et, en continuant par morsures successives, on obtient une gravure qui arrive à donner l'impression en relief.

Dans cette étude rapide, nous avons essayé de faire connaître les diverses méthodes d'impression aux encres grasses; mais, pour la pratiquer, il faut les conseils, les démonstrations d’une personne connaissant les moyens d’aplanir les difficultés d'exécution. Notre rôle, plus modeste, s’est borné à tâcher de faire comprendre ces divers procédés, de montrer la manière dont ils se relient les uns aux autres. Nous avons insisté sur leur importance pour unir la Photographie à l'industrie générale et lui permettre de prendre tout son développement. Encore quelques progrès, et cette union sera un fait accompli.

Page 1