CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
La Photographie comprend deux parties bien distinctes qui arriveront sans doute à former prochainement deux branches séparées, ce sont :
D'une part, les préparations ayant pour but l'obtention du cliché, d'autre part, l'impression de ce cliché.
Les progrès qui se sont produits depuis un. certain nombre d’années portent sur l’ensemble de ces opérations; mais nous devons Teconnaître que, s’il y a de nombreux perfectionnements de détail dans les moyens opératoires qui concourent à l'obtention du cliché, ces moyens sont or tant restés sensiblement les mêmes, tandis qu’il y a des procédés complétemenf nouveaux, pour arriver à l’impression de l’image définitive.
Däns les préparations de l'épreuve négative, quelques formules nouvelles, quelques préparations mieux combinées changent à peine le px cédé du collodion humide ; les modifications sont plus accentuées dans Jes procédés secs pour FAR l'adoption des révélateurs alcalins constitue un progrès incontestable ; nous ferons remarquer encore dans les diverses phases de ces opérations quelques essais d’un grand intérêt, tels que les couches de collodion humide additionnées d’un préservateur alcalin, l’emploi rs bromures à haute dose, les procédés dits aux émulsions, etc.
Mais les méthodes employées pour faire l'épreuve positive ont subi
une complète transformation par suite du développement des impressions aux poudres colorées et aux encres grasses; aussi avOns-nous CONSacré à leur étude une place importante dans notre Ouvrage. En les expliquant, nous nous sommes efforcé d'introduire un peu d'ordre dans cette nombreuse série de procédés si divers qu'ont fait éclore les recherches et les communications de M. Poitevin sur l'emploi de la gélatine bichromatée; nous avons cherché à montrer les diverses étapes parcourues pour arriver à l’état actuel et pour aplanir les difficultés qui mettent encore quelques obstacles à l’union entre la Photographie et les divers modes d'impression.
La division de notre Ouvrage est donc nettement tracée, et, ainsi que nous l'avons fait dans nos publications précédentes, nous examinerons successivement les opérations qui forment l’ensemble des manipulations photographiques en développant pour chacune d'elles les perfectionnements qui sont à notre connaissance, et qui nous paraissent les plus dignes d'attention.
Cet examen portera sur les divisions suivantes :
Le matériel photographique. — L'atelier.
Les épreuves au collodion humide.
Les épreuves sur préparations sèches.
La retouche, le transport, l'agrandissement des clichés.
Les épreuves positives aux sels d'argent, aux sels de fer.
Les couleurs en photographie.
Les impressions aux poudres colorées. — Épreuves dites au charbon. — Émaux.
Les impressions aux encres grasses. — Lithographie. — Gravure en creux. — Gravure en relief.
La plupart des instruments photographiques sont déjà connus de nos lecteurs, ils n’ont subi que des modifications de détails sans importance, et nous ne nous arrêterons ni sur les chambres plus légères pour les excursions, ni sur les laboratoires portatifs mieux disposés.
Objectifs. — Seuls les objectifs font exception, et l’on peut constater de très-notables progrès dans leur fabrication, surtout pour les objectifs construits en vue d’une application plus particulièrement déterminée : tels sont les objectifs dits rectilinéaires, grand-angulaires, panoramiques, hémispheriques, aplanétiques, etc.
Tant que l’on reste dans les conditions ordinaires et que l’on veut obtenir ou le portrait, ou les vues artistiques de paysage, ou les petites reproductions, les deux types d'objectifs, en quelque sorte fondamentaux, sont encore l'objectif double et l'objectif simple. Pour le portrait dans l'atelier, le seul objectif à employer est donc toujours l'objectif double, auquel on doit demander la plus grande netteté et la plus grande lumière possibles ; mais nous croyons devoir prémunir les photographes contre la tendance à chercher l'augmentation de la rapidité par l’augmentation du diamètre des lentilles, lorsque ce diamètre doit excéder environ 4 pouces; soit o",102; car ces objectifs à large ouverture ont le grave inconvénient, outre leur prix très-élevé, de donner des vues qui sont d’autant plus fausses pour nos yeux que l'instrument est plus rapproché du modèle. En effet, nous devons admettre que toute la surface du verre est utilisée et travaille, ou il serait inutile de la prendre aussi grande; alors, comme l’a si bien fait observer Bertsch, cet objectif voit le modèle,
comme nous le verrions nous-mêmes si nous portions alternativement la tôte à droite et à gauche, c’est-à-dire qu’il aperçoit une succession de plans autre que celle perçue par nos yeux; ainsi, dans un portrait où la disposition de la pose ne nous laisserait voir qu'une oreille et à peine le commencement de l’autre, un large objectif nous montrera les deux oreilles, élargira l’image en l’aplatissant, et le résultat choquant sera antiartistique. On corrige, dit-on, cette déformation par les diaphragmes ; mais, si l'on met le diaphragme à l'extérieur, cela correspond à diminuer le diamètre de la lentille antérieure, puisque dans les objectifs doubles ces diaphragmes sont presque appliqués sur le verre; si on les met à l'intérieur et s'ils laissent passer les rayons reçus par les bords de la lentille, la déformation persistera et l’objection restera la même : ou le grand diamètre donnera une image qui ne sera pas conforme à celle que nous voyons, alors mieux vaut ne pas l’employer; ou par les diaphragmes ce grand diamètre devient inutile, alors mieux vaut ne pas le payer.
Donc le diamètre des lentilles ne devrait pas excéder o”, 102 ou 4 pouces, ce qui est déjà trop pour des poses rapprochées; on doit chercher la rapidité dans l'excellence de la fabrication et dans la bonne préparation des produits. Pour faire de grandes épreuves, on doit se contenter de prendre des foyers plus longs, ou, ce qui vaudra mieux encore, il faut faire une excellente épreuve moyenne non déformée en employant un foyer convenable et agrandir cette épreuve modérément.
Pour le paysage, l'objectif simple a été bien délaissé depuis quelques années, et cependant il est excellent tant qu'on ne veut pas embrasser une vue trop étendue; convenablement diaphragmé, il donne la netteté, la finesse, la succession des plans et une rapidité suffisante; lorsqu'on emploiera les aus objectifs pour obtenir plus que ne peut donner l'objectif simple, ce sera. toujours par quelques compromis où l’une de ces qualités sera sensiblement sacrifiée pour obtenir l’autre. La grande étendue s’obtiendra au détient de la rapidité et réciproquement.
Le photographe paysagiste doit avoir à sa disposition divers objectifs pouvant répondre aux diverses conditions dans lesquelles il se trouve. Voici, à ce sujet, quelques avis que nous croyons pouvoir donner d’après notre propre expérience.
Les conditions normales et artistiques d’une vue doivent être telles que
l’angle embrassé, c’est-à-dire formé par les lignes partant des deux points écartés de l’ensemble que l’on veut prendre et venant aboutir à l'objectif, soit de 35 à 45 degrés environ; pour cela l'objectif que l'on emploie doit avoir un foyer qui soit environ moitié plus long que le grand côté de la glace dépolie, soit un foyer de o",40 pour une épreuve de o",27 de côté. Ces rapports ne sont pas absolus et peuvent varier en plus ou en moins; nous donnons une moyenne. Si la vue est trèsétendue, si elle embrasse un cinquième ou même un quart de l'horizon, il faut, soit un objectif spécial, soit une chambre panoramique tournante ; nous ne saurions conseiller de faire les frais de cette dernière, à moins que ce ne soit à un photographe de profession ; ajoutons que les épreuves prises dans ces conditions sont toujours déformées, les lignes horizontales sont courbées sur la reproduction, et nous préférons beaucoup la chambre ordinaire avec un de ces objectifs dits panoramiques, grand-angulaires, hémisphériques, etc. Ces objectifs, lorsqu'ils ont été construits par de bons opticiens, ont de grandes qualités comme finesse, rectitude de lignes, amplitude de l’angle embrassé, mais il faut les employer avec discernement. Lorsqu'on demande à un objectif de couvrir une surface telle que l'angle embrassé soit de 75 à 80 degrés ou même plus, la perspective est généralement faussée, les derniers plans sont trop petits relativement aux premiers; mais, en coupant cette vue sous la forme longue de panorama, le résultat est meilleur que celui qu’on obtient avec les chambres spéciales.
L'objectif panoramique doit avoir un foyer qui soit égal à peu près à la moitié du côté de la glace dépolie {moitié de la largeur de l’image): ainsi, pour une épreuve de 0", 27, il faut environ 0°, 14 de foyer. Ce très-court foyer rend encore des services lorsque, n’ayant pas le recul convenable, on veut obtenir un point de vue malgré les défauts qui résulteront de ce manque d'espace; il est également précieux pour les vues d'intérieur, que le plus souvent on ne pourrait obtenir autrement. Ces objectifs peuvent aussi être employés comme l’objectif simple, pour des vues embrassant 35 à 40 degrés; ils sont très-bons, mais ils donnent alors à grands frais ce que l’on obtient avec un objectif de prix beaucoup moins élevé.
Il est bon d’avoir un troisième objectif pour les circonstances où, ne pouvant se rapprocher suffisamment de l’objet à reproduire, les précé-
dents donneraient des épreuves trop petites. Il faut le choisir d’une longueur focale qui représente 2 fois ou 2 + foistle côté de l’image cherchée, soit un foyer de 0",60 environ pour la vue de 0",27 de côté : un objectif simple remplit très-bien ce but, et, le plus souvent, une seule des lentilles de l’objectif combiné à court foyer pourra être utilisée dans ces circonstances.
Le voyageur photographe doit donc avoir au moins trois objectifs de foyers très-différents, et choisis proportionnellement à la dimension des épreuves qu’il veut faire. La proportion doit se calculer sur la longueur focale comparée au côté de l'épreuve; cette longueur focale doit être environ + pour les panoramas, 1 + pour les vues ordinaires, 2 à 24 pour les cas exceptionnels d’éloignement.
IL est possible qu’un seul objectif combiné réunisse deux de ces conditions, sinon les trois. Nous citerons comme exemple celui des objectifs grand-angulaires rectilinéaires de M. Dallmeyer, qui est formé par la combinaison de deux lentilles, l’une ayant 0,40 de longueur focale, qui servira employée seule pour les vues ordinaires et couvrira très-bien une glace de 0,30 et même 0,35 de côté; l’autre ayant-o,30 et pouvant étre utilisée pour embrasser un angle de 50 degrés; les deux combinées ont 17°,5 de foyer et constituent un objectif panoramique, qui, pour les intérieurs de monuments, les galeries, etc., peut embrasser jusqu'à 90 degrés; mais alors le diaphragme doit être d'autant plus petit et la pose d'autant plus longue que l'on cherche à couvrir une plus grande étendue.
Nous citerons également comme objectifs très-commodes pour le paysage la trousse universelle de M. Darlot('), comprenant une série d'objectifs simples, de courbure spéciale et pouvant se visser sur une même monture, de telle manière qu’on peut les employer tantôt simples, tantôt combinés les uns avec les autres, et réaliser très-approximativement le foyer nécessaire. Lorsqu'on emploie ces objectifs, se combinant les uns avec les au-
(*) Nous devons encore mentionner en France les objectifs de M. Derosy, de M. Fleurÿ-Hermagis, de MM. Gasc et Charconnet, etc. Nos opticiens français fabriquent bien, à des prix très-ahordables; les objectifs anglais de M. Dallmeyer et de M. Ross (triplets, grand-angulaires, rapides, etc.), les aplanétiques allemands de M. Steinheil sont de fabrication très-soignée, mais de prix trèsélevés.
tres, on connaît approæimativement la longueur focale résultant de la combinaison en additionnant le foyer des deux objectifs et en prenant le quart du total : ainsi, en combinant une lentille deo",40 avec une de 0°,30, on à une somme de o",70; le foyer serait à peu près le quart, soit 0,175.
Lorsque le but principal du travail photographique est la reproduction architecturale ou celle des cartes et plans, qui demande la parfaite rectitude des lignes et la rigoureuse proportion de l’ensemble, on devra employer de préférence les objectifs aplanétiques, les triplets ou les objectifs rectilinéaires. Ces instruments choisis, d’un foyer convenable, sont aussi très-bons pour faire le paysage ; mais, si l’on ne peut les dédoubler comme nous l’avons indiqué ci-dessus, leur prix élevé en limite d'autant plus l'emploi que nous venons de voir la nécessité, pour le paysagiste, d’avoir plusieurs instruriiis pour répondre aux diverses conditions dans lesquelles il peut se trouver.
Chercheur focimétrique. — Il est nécessaire que le photographe voyageur puisse de suite déterminer l’ensemble de la vue à prendre, la place où il doit installer son appareil et qu’il connaisse sans hésitation l'objectif ou mieux la longueur focale nécessaire pour obtenir approximativement l’ensemble et l'effet cherché. Nous avons fait construire, à cet effet, un petit appareil, dit chercheur focimétrique , d'une grande simplicité, bien qu'il ait été peu compris jusqu’à ce jour.
Comme tous les autres chercheurs, cet appareil sert d'abord à trouver le point de vue, à composer, en quelque sorte, le tableau ; il est formé de deux platines, dont l’une, percée d’une fente par laquelle on regarde, reste fixe, tandis que l’autre se meut sur une tige en encadrant une portion de l’espace d'autant moins grande qu’elle s’écarte davantage; en éloignant plu$ ou moins ces deux platines, on isole, on encadre la partie que l’on veut reproduire, on examine la place qui semble la plus favorable, on recule, on se rapproche suivant l'importance que l’on veut donner à telle ou telle partie, et, une fois le tableau composé sur nature, l'objectif doit en donner une image complète, et pour cela il doit être de foyer convenable, assez court pour embrasser complétement l’ensemble, assez long pour ne pas prendre plus que cet ensemble, et perdre ainsi inutilement sur la dimension.
Le chercheur focimétrique a justement pour but de déterminer quelle
doit être la longueur focale de l'objectif par rapport à la grandeur de l'épreuve que l’on veut obtenir; il suffit, pour connaître cette longueur, de regarder sur l'instrument à quel chiffre s'arrête le petit indicateur qui marche avec la platine mobile qui sert de cadre au sujet à reproduire. Ce chiffre représente le rapport entre la longueur focale nécessaire et le grand côté de l'épreuve pris comme unité. Supposons que l'indicateur s'arrête sur le chiffre 1 +: cela veut dire que l'objectif à employer doit avoir un foyer se rapprochant de 1 {fois le côté de la glace dépolie ou mieux de l'épreuve que l’on veut obtenir; si la glace a 0,20 de côté, l'objectif devra
avoir 0,30. Si elle à 0,14, il devra se rapprocher de o,21; si l'indicateur s'est arrêté sur le chiffre +, pour une glace de 0,20 il faudra un objectif
de 0,15; pour une glace de 0,14 il faudra environ 0,115, et ainsi de suite.
Atelier. — Les autres parties du matériel ne nous présentent a icune modification importante.sOn a proposé divers modèles de construction pour l'atelier, et les avis sont très-partagés; selon nous, cette question peut se résumer d’une manière bien simple : un grand atelier de bauteur moyenne, largement éclairé du haut et des côtés latéraux, fermé # nord et au sud, nous paraît réunir les meilleures conditions : longueur pour ne pas être forcé d'exagérer les courts foyers, largeur pour permettre de disposer le modèle et la chambre noire dans les sens les plus divers, excès de lumière parce qu’il est toujours facile d’en retirer et qu’un opérateur
de goût saura, au moyen de quelques rideaux et de divers systèmes d'écrans et de fonds, disposer son éclairage dans tel sens qui lui conviendra le mieux. L'étude de l'éclairage et de la pose est une question d'art fort difficile sur laquelle nous nous déclarons incompétent ; l’opérateur doit en faire sa préoccupation constante. On peut consulter, à ce sujet, les Ouvrages de MM. van Monckhoven, Liebert, la brochure spéciale de M. Klary, mais surtout faire de nombreux essais par soi-même et bien connaître le jour ou les jours divers de son propre atelier; des règles absolues sur ce sujet tendraient à jeter tous les portraits dans le même moule, tandis qu'un opérateur véritablement artiste doit varier ses poses et son éclairage.
De l'avis d’un grand nombre de photographes, la rapidité obtenue d’abord dans un atelier nouvellement construit va diminuant avec le temps ; il y a deux causes à ce ralentissement : la première, qu’il est facile de combattre par des nettoyages énergiques et fréquents, est due au dépôt des matières étrangères, de bistre, etc., amenées par l'atmosphère; la seconde provient de l’altération même de la matière vitreuse, altération étudiée et mise en évidence par M. Gaffeld.
Le verre à vitre blanc et surtout celui qui est très-légèrement teinté de vert dans la masse, comme ils le sont presque tous si on les regarde sur la tranche, ne tardent pas à prendre une faible teinte jaune par l’action de la lumière, teinte inappréciable à l’œil, mais qui suffit cependant pour ralentir sensiblement la rapidité des opérations photographiques ; cette teinté jaune est transitoire : après quelques années, la transformation est complète et la coloration jaune disparaît. Les verres très-légèrement . violacés, par suite de l'introduction dans la pâte d’une faible quantité d'oxyde de manganèse, ne présentent pas les mêmes inconvénients; il s'en trouve accidentellement parmi les verres du commerce : ils devraient être spécialement recherchés toutes les fois qu’on n’emploie pas les vitrages bleus.
Nettoyage des glaces. — Nous avons indiqué l’acide nitrique étendu de son volume d’eau comme donnant un.très-bon résultat pour décaper rapidement les glaces. Dans la pratique, surtout si l’on n’a pas une installation spéciale, ce mélange est d’un emploi assez désagréable, tant à cause des vapeurs qu’il répand que par le danger de taches que présente le maniement d’une masse considérable d'acide.
M. Carey-Lea a paré à l'inconvénient des vapeurs acides en substituant une solution ne donnant ni vapeurs n1 odeurs, formée de
Bichromate de potasse......... 60ë" Acide sulfurique” =". |, "NES 6o
Eèu ordinaire, ..?, ER 1000
Toutefois l’action est moins énergique et elle est même insuffisante si
la glace est recouverte d’un bon vernis. | Nous préférons actuellement employer une lessive de carbonate de soude, soit :
Carbonate de/S0tde 2e... 50$" Eau ordinéire". "SR CR 1000
Si l’on veut une action très-énergique, il suffit d'ajouter 25 grammes de chaux vive que l’on éteint préalablement avec un peu d’eau. Ce traitement des glaces peut se faire à froid, il demande seulement quelques heures pour enlever les couches collodionnées, vernies, albuminées, etc.; l’action est plus rapide si l’on opère à chaud; on facilite le nettoyage s’il
est nécessaire en grattant un peu avec un couteau à palette. En doublant les proportions de carbonate de soude et de chaux, la réaction se fait en quelques minutes; mais cette lessive devient tellement caustique qu’on doit éviter de la toucher, car elle dissout rapidement la peau.
Après ce traitement, les glaces sont d’abord rincées à l’eau, passées dans un bain légèrement acidulé par l'acide chlorhydrique (5 d’acide pour 100 d’eau), afin d’enlever les dernières traces du dépôt de carbonate de chaux qui se forme toujours, rincées de nouveau, puis essuyées au papier de soie; on peut même les laisser sécher sur l’égouttoir.
Ainsi traitées, les glaces sont parfaitement nettoyées, décapées et prêtes à subir le dernier polissage.
Bien des formules ont été données pour le polissage des glaces ; l'alcool, l’ammoniaque étendue, les vieux collodions, le cyanure de potassium, les solutions alcooliques de savon ont été successivement proposés avec addition de tripoli ou de terre pourrie. Nous condamnons, d’une manière absolue, l'emploi du cyanure de potassium qui, dans cette application, ne présente que des dangers sans aucune compensation.
Pour notre usage, nous préférons le mélange suivant :
On y ajoute la quantité d’eau iodée nécessaire pour obtenir la teinte rouge clair, environ un quart du volume. L’eau iodée, dont nous ferons un usage assez fréquent, est préparée comme il suit :
2 ses AU. ......... ........., 55h D HP HUIBIES : ............,..,..... 1 3%
La dissolution se fait mieux en ne secouant pas le flacon.
On peut remplacer le polissage des glaces par un albuminage préalable; dans ce cas, après avoir rincé la glace et lavoir laissé sécher spontanément sur le support, on la couvre d’une couche d’albumine très-étendue, comme nous l’expliquons plus loin (page 28), et on la remet à sécher sur le support. On peut craindre cependant, avec ce procédé, que le bain d'argent ne soit altéré à la longue par le contact de l'albumine.
Collodion. — Les formules diverses de collodion, déjà si nombreuses, ont été toujours en augmentant ; il est peu de photographes de profession ou d'amateurs qui n’aient leur formule particulière à laquelle ils attribuent une réussite due surtout à l’habitude. Nous nous bornerons donc à ajouter une seule formule à celles que nous avons données, page 146 de la Chimie photographique, parmi lesquelles nous recommandons les deux premières. Cette formule nouvelle est une simple moyenne calculée sur l’ensemble d’une foule de formules recueillies dans les Ouvrages français et étrangers; nous nous sommes efforcé de simplifier les rapports et nous avons éliminé toute complication de fractions qui n’ont aucune valeur.
Avec des produits aussi purs qu’il est possible de se les procurer, on fait un collodion normal, en mettant dans un flacon d'un litre :
Éther sulfurique rectifié à 62 degrés... 600°° Coton-poudre..".. UPS 10 à 192$"
On agite de manière à distendre toutes les fibres du coton; celui-ci ne doit pas se dissoudre même partiellement : ce serait l'indice que l’éther contient de l'alcool; d'autre part on mesure :
Alcool rectifié à 4o degrés. ............... 300°°
et l’on ajoute cet alcool dans l’éther par petites parties en agitant chaque fois; on voit alors le coton se gonfler, se diviser de plus en plus et disparaîitre complétement.
En opérant comme nous le conseillons, on évite la formation de grumeaux gommeux que l’on aurait ensuite beaucoup de peine à dissoudre.
Ce collodion, mis au frais, se conserve très-longtemps.
Après vingt-quatre heures de repos, les parties non dissoutes se sont déposées au fond du flacon et l’on peut sans filtration décanter doucement la quantité que l’on veut iodurer.
La liqueur iodobromurée est composée de :
Alcool absoli:. ie ES ARS 250°° Lodure d'ammonium et LS 106" lodure de cadmium 10 Bromure de cadmium. 260 PR 10
Après solution parfaite, on filtre ou on laisse reposer au moins vingtquatre heures; on ajoute ro centimètres cubes de cette liqueur iodobromurée pour go centimètres cubes de collodion normal, ce qui constitue pour 100 centimètres cubes de collodion la dose généralement admise de of", 80 d'iodure et of°,40 de bromure solubles, 60 centimètres cubes d’éther pour 40 centimètres cubes d'alcool, et de r à 1#°,20 de coton. Si ce dosage donne des couches un peu trop transparentes à la sensibilisation dans le bain d'argent, on augmente la dose de liqueur iodobromurée.
Généralement, il faut ajouter dans ce collodion préparé une parcelle d’iode pour lui donner une teinte franchement ambrée; si les premiers essais donnent un négatif piqué de petites comètes blanches ou noires, on y remédie de suite par une nouvelle parcelle d’iode dans le collodion. Si le négatif est enfumé, il faut employer le même remède ou acidifier très-légèrement le bain de nitrate d'argent, soit une à deux gouttes d’acide nitrique pour 5oo centimètres cubes de bain. On doit cependant
icher de reconnaître si le voile enfumé provient du collodion ou du bain
teinte rouge, il est suffisamment ide c'est le collodion qu'il faut AE Si, au contraire, le collodion a une teinte franchement ambrée et persistant pendant plusieurs jours, il est probable que le voile vient du bain d’argent.
Bain d'argent. — Dans le procédé au collodion humide, l’état du bain d'argent a une importance au moins aussi grande que la bonne qualité du collodion. S'il est facile de faire un: bain d'argent excellent au début, en employant du nitrate d'argent pur ou du nitrate d'argent recristallisé, c'est-à-dire purifié par une seconde cristallisation dans l’eau distillée, comme le recommandent les opérateurs anglais, il n’est pas facile de le conserver longtemps à cet état, car les plaques collodionnées qui y sont plongées peuvent l’altérer rapidement en y introduisant des éléments étrangers dus, soit au coton qui s'y dissout partiellement, ainsi que l’a démontré M. Camuzet, soit aux impuretés de l'alcool ou de l’éther, soit enfin aux nitrates alcalins ou métalliques qui résultent forcément de la formation des iodure et bromure d’argent.
Parmi ces impuretés, celles qui ont la plus fâcheuse influence sont celles qui résultent des éléments organiques; mais ce sont aussi celles dont on peut se débarrasser le plus facilement par le procédé si simple de la solarisation, c’est-à-dire de l’exposition prolongée en pleine lumière et même au soleil. Nous pensons, conformément au conseil donné précédemment, que tout photographe doit avoir deux bains d’argent dont il se sert alternativement, utilisant l'un pendant que l’autre se purifie au soleil.
Sous l'influence des rayons lumineux, la majeure partie des matières organiques est brûlée par le nitrate d’argent qui est réduit en même temps, et de très-faibles quantités d'acide nitrique mises en liberté contribuent pour leur ‘part à rendre les épreuves plus brillantes et plus pures.
Cette solarisation a un effet plus prompt si, avant d'exposer le bain à la lumiere, on a eu le soin de le rendre légèrement alcalin, soit par un peu de carbonate de soude, soit par de l’oxyde d’argent; mais alors le bain ne peut revenir de lui-même à l’état acide, et il faudra l’acidifier par tâtonnements avant de s’en servir; il nous paraît préférable d'exposer le bain au soleil sans le modifier : la réaction se fait plus lentement, mais en restant dans de bonnes conditions. à
Pour le bain d'argent, on donne comme dosage moyen : Lé
Nitrate d'argent pur et cristallisé. ........... FU Eau distillée...;;. CR RSR 100
En hiver, on peut monter la dose de nitrate d'argent à 8 grammes pour 100 d’eau. * ta
Lorsqu'il y a des poses prolongées, faites au collodion humide, il arrive fréquemment qu’il se produit au développement des réductions et des taches dues à une dessiccation partielle. Ces réductions se forment d’autant plus vite que l’on a employé un bain d'argent plus ancien, par conséquent plus alcoolique et plus chargé d’iodure d'argent.
Dans ces conditions, il est bon de sensibiliser la glace collodionnée dans un bain ordinaire, et, quand la réaction est complète, on passe la glace pendant quelques instants dans un second bain de même force que le premier, Mais n'ayant que peu ou pas servi. Ce second bain n’étant ni alcoo-
lique,ni chargé d’impuretés, la dessiccation se fait moins rapidement, et il devient possible de prolonger la pose sans qu’il se forme trop de réductions ; on peut aussi retarder l'évaporation en mettant dans la chambre noire une cuvette contenant un mélange d’eau et d'alcool à parties égales ou un buvard imprégné de ce même mélange; l'atmosphère de la chambre noire se sature de ces émanations et il est possible d’obtenir une pose beaucoup plus longue.
Quelques opérateurs se préoccupent beaucoup de l’affaiblissement du bain d'argent par la sensibilisation d’un grand nombre de glaces; nous croyons qu’il n’est pas nécessaire de s’en inquiéter, car 170 parties d’azotate d'argent sont décomposées par 182 d’iodure de cadmium, ou 144 d’iodure d’ammonium, ou 136 de bromure de cadmium, ou 98 de bromure d'ammonium, ces sels supposés anhydres. Si nous établissons une moyenne, nous voyons qu'à très-peu près, pour décomposer 1 gramme d’azotate d'argent, il faut : gramme des iodures et bromures dissous dans le collodion ; or, dans un litre de collodion, il y a (formule courante) 12 grammes d'iodure et bromure; dans un litre de bain d'argent, il y a 70 à 80 grammes d’azotate; il faudrait donc que le litre de collodion en entier passât dans le litre de bain d’argent pour que le titre de celui-ci baissât de 1 à 1 +pour 100. Dans ces conditions, c’est le volume du bain d'argent qui diminue plus vite que son titre, et l’on sera sûr de rester dans les conditions normales, si, pour le ramener à son volume primitif, on fait la quantité de bain neuf nécessaire à 8 ou 9 pour 100 au lieu de 7 pour 100.
Néanmoins, dans le cas où l’on voudrait titrer le bain négatif, il ne faut pas avoir recours au pèse-sel, dont les indications seraient faussées par la présence de l’alcool!, de l’éther et autres substances étrangères; on peut employer les moyens que nous avons donnés page 407 et suivantes de la Chimie photographique.
Le titre du bain d’argent doit être proportionné aux quantités d’iodure et de bromure solubles que contient le collodion, un peu aussi à la nature du coton-poudre. Avec un bain trop faible, tantôt il se fait sur la glace une sorte de moiré mat irrégulier, des jaspures, que l’on aperçoit mieux par transparence après la sensibilisation; ces jaspures se manifestent de préférence du côté de l’angle d'écoulement; tantôt il se forme des raies mates, longues, régulières et serrées comme des dents de peigne; ces
raies commencent par le côté de la glace qui, le prémier, est recouvert par la nappe liquide au moment de la sensibilisation ; elles s ‘avancent quêl- : quefois au tiers et même à la moitié de la glace. | j
Lorsque ces accidents se sont produits, nous les avons toujours vu disparaître en ajoutant au bain 1 à 2 pour 100 de nitrate d'argent. Si le collodion est très-chargé de bromure soluble, ou même préparé au bromure seul, on doit employer des bains d'argent très-riches à 15, 18 et même 20 pour 100, sinon la double décomposition est excessivement longue : jusqu’à présent on a rarement employé les bromures seuls pour le collodion humide.
Mise au point. — La mise au point ordinaire, soit pour le portrait, soit pour le paysage, est facile : on doit, autant que possible, maintenir la chambre noire horizontale pour ne pas déformer les lignes; il est donc préférable, pour l'atelier. d’avoir un pied qui puisse se baisser trèsbas ou une sorte d’estrade pour élever le modèle ; pour le paysage, au contraire, il est souvent favorable d’avoir un pied qui puisse s'élever assez haut pour voir au-dessus d’une foule d'accidents de terrain qui apportent soit une gêne, soit même une impossibilité à la prise d’un point de vue; mais, si rien ne s’y oppose, le meilleur est de prendre ce point de vue tel qu’on le voit, plutôt de bas que de haut.
Lorsqu'il s’agit de reproductions rigoureuses, la mise au point est plus difficile, car il faut satisfaire à une série de conditions indispensables que nous devons d’abord rappeler.
La glace dépolie, l'objectif et par conséquent les lentilles qui le forment doivent se trouver dans une série de plans parallèles ; lorsqu'on peut placer l'appareil verticalement, il est facile de s'assurer de ce parallélisme au moyen du fil à plomb. L’axe optique de l'objectif, c'est-à-dire la ligne imaginaire qui passe par le centre des diverses lentilles, doit tomber perpendiculairement sur le znélieu de la glace dépolie, sur laquelle le point correspondant à cet axe optique sera marqué par l'intersection de deux lignes formant la croix. Pour connaître ce point d'une manière certaine, on couvre les deux lentilles de l’objectif avec deux papiers opaques percés d’une très-petite ouverture centrale correspondant au centre de chaque lentille, on obtient ainsi sur la glace dépolie un cercle lumineux, dont le centre est l'axe optique. La chambre noire doit être construite
avec assez de soin pour que, dans les mouvements de la glace dépolie, il ne se produise pas de dérangement dans le parallélisme.
La chambre noire étant ainsi disposée par le seul fait d’une bonne construction, il est nécessaire que le sujet à reproduire, qui dans ces circonstances présente toujours une surface plane (gravures, cartes de géographie, tableaux, plans, etc.), soit placé devant la chambre noire, dans un plan parallèle à ceux de la glace dépolie et de l'objectif, et le milieu du sujet doit être le prolongement de l'axe optique sus-mentionné, si bien que la ligne droite, partant du point milieu de la glace dépolie, passant par le centre des lentilles de l'objectif, doit tomber perpendiculairement sur le point marqué comme étant le point milieu de l’image ou de la partie de l’image à reproduire.
M. Huguenin, chargé de la reproduction des Cartes géographiques pour l'Atlas des ports de France, nous a donné, pour la communiquer à la Société de Photographie, une excellente méthode pour chercher rapidement ces diverses conditions et vérifier si elles sont réalisées.
Il prend une petite glace ronde ou carrée de o",10 environ de diamètre ou de côté; au moyen de trois vis calantes fixées au dos, il règle l’aplomb de cette glace de telle sorte que, mise sur un plan, la face étamée soit parallèle à ce plan; ce miroir ainsi disposé servira pour toutes les reproductions.
On pose le miroir sur le milieu de la surface à reproduire, et, le maintenant dans cette position par une simple attache, on regarde sur le verre dépoli de la chambre noire. |
Supposons que du premier coup les positions soient exactes et le parallélisme parfait, l’image de l'objectif se reflétera sur le milieu du miroir, et, comme les rayons qui forment cette image tombent perpendiculairement, ils seront renvoyés rigoureusement sur eux-mêmes, passeront par les lentilles de l'objectif et viendront former sur la glace dépolie une image ronde dont le centre sera le point marqué comme étant le prolongement de l'axe optique. Si, au contraire, le parallélisme n’est pas exact, l’image de l’objectif se fera sur la glace dépolie, en dehors du milieu tracé, et l’on
LE
devra rectifier ou faire rectifier la position du modèle jusqu’à ce qu’on ait
réalisé les conditions voulues, ce à quoi l’on parvient très-rapidement.
Développement. — Pour le collodion humide, les formules de révéla-
teur généralement émployées n’ont pas subi de modifications notables ; c’est toujours la solution de sulfate de protoxyde de fer plus ou moins diluée. On a proposé un grand nombre de mélanges ou d’additions dans le bain de fer; la gélatine, l’albumine, le sucre, le sucre de lait ont été préconisés tour à tour; l'emploi de ces diverses formules donne peutêtre plus de pureté dans les transparences du cliché, mais moins de rapidité. La formule que nous avons adoptée, parce qu’elle est à la fois simple et d'un bon emploi dans la pratique, est :
Bguordinaire.....; 44: 1000°° Acide pyroligneux (acétique ordinaire). ..... 5o AIEOOL. ..,,...,.. 4 RNCS 50 Sulfate double de fer et d’ammoniaque....... 5of"
Quelques praticiens proposent une solution plus étendue et ne mettent que 30 grammes de sulfate double de fer et d’ammoniaque pour x litre d’eau.
La quantité d'alcool doit être augmentée peu à peu, à mesure que le bain d'argent devient lui-même plus alcoolique; on s’en aperçoit dès que la solution de fer mouille irrégulièrement la glace qu’on développe.
Si le révélateur produit des espèces de rayons partant du point où il a été versé pour s'étendre sur l’image, on doit ajouter un peu plus d'acide pyroligneux.
Lorsqu'on recherche les épreuves douces, très-développées et trèsfouillées, il est bon de laver abondamment le cliché avec cette solution de sulfate de fer, en la versant à plusieurs reprises, de manière à éliminer l'excès d'argent; l'épreuve se développe ainsi doucement sans-que les grandes lumières prennent trop d'intensité. Après ce développement, qui est fait avec très-peu de nitrate d'argent, si l'épreuve n’atteint pas l'intensité désirable, on peut lui donner la vigueur avec un peu de solution d'argent très-faible à 2 ou 3 pour 100, additionnée d'alcool à 5 pour 100, et d'acide acétique à 5 pour 100, que l’on fait suivre d’une nouvelle nappe du bain de fer ci-dessus (voir pages 183 et 184 de la Chimie photographique). L'épreuve peut être renforcée soit avant le fixage, soit après, -soit même après le vernissage; mais il faut alors la dévernir avec beaucoup de soin; dans ces conditions le renforcement ne se fait pas sans quelques dangers pour le cliché. Lorsqu'on emploie, après le fixage, des solu-
tions de renforcement quelconques, il est nécesssaire que les lavages soient très-soignés et que les solutions de renforcement soient très-acides.
Il convient parfois d’avoir des négatifs très-vigoureux et en même temps très-purs : tel est le cas pour les reproductions de gravures, de plans, etc., surtout lorsque ces négatifs doivent ensuite servir pour les tirages aux encres grasses. On doit alors préférer les collodions vieillis, renfermant peu ou point de bromure et donnant au développement des images franchement heurtées ; on doit poser juste le temps nécessaire pour obtenir tous les détails : l'excès de pose est nuisible, car il empâte les traits.
Mais le plus souvent, dans ces circonstances, les parties noires du cliché sont beaucoup trop transparentes, et il faut avoir recours à un renforcement énergique que l’on obtient par divers moyens. On doit rejeter ceux qui produiraient un nouveau dépôt d'argent abondant et grossier, tel que le sulfate de fer mélangé d’azotate d'argent ; cette méthode amènerait rapidement l'empâtement des traits délicats ou un voile général sur l'épreuve.
On peut employer, comme moyen de renforcement, le bichlorure de mercure, soit seul, soit suivi d'autres réactifs, comme l’hyposulfite de soude, le sulfhydrate d’ammoniaque, ou mieux la solution de monosulfure de sodium à 5 pour 100; l’eau iodée donne aussi de bons résultats.
Sur le cliché fixé et bien lavé versez une solution saturée de bichlorure de mercure (cette substance, nommée aussi sublimé corrosif, est un poison très-énergique ); l’eau en dissout à froid 7 grammes pour 100 centimètres cubes d’eau environ; on facilite la dissolution par quelques gouttes d'acide chlorhydrique : le premier effet est de rendre le cliché plus noir; on peut s'arrêter à ce moment. Si on laisse l’action continuer, peu à peu on voit l’image tourner au blanc bleuté; arrivée à ce point, on la lave bien et l’on peut substituer au bichlorure une solution d'hyposulfite de soude à 15 pour 100 qui ramène l'épreuve vers le noir. On peut aussi employer le sulfhydrate d’ammoniaque, mais à la condition d’opérer à l'air libre à cause de son odeur repoussante; le monosulfure de sodium, dont l'odeur est à peine sensible, le remplace AYANtES eue Les vernis résineux alcooliques font tomber l'intensité de ces clichés; il faut les gommer et, s'il est nécessaire, les vernir par-dessus la gomme.
L'eau iodée peut donner un renforcement léger ou très-énergique, à la volonté de l'opérateur. Nous l’employons de la manière suivante : On met dans un verre moitié eau et moitié eau iodée, faite suivant la
formule :
Eau... ss taste CROSS 250% Iodure de potassium}, 44 5 Iode.en paillettes... A
et le cliché bien fixé et bien lavé est couvert avec ce liquide que l’on verse et reverse plusieurs fois sur la glace, en ayant soin de changer chaque fois la place sur laquelle on verse, parce que le choc du liquide versé accélère l’action sur ce point en déplaçant l’eau dont le collodion est imprégné; on met toute son attention pour avoir une action régulière. On voit alors le cliché changer rapidement de teinte, parce qu'il se forme une quantité d'iodure d'argent qui va toujours croissant. On doit s'arrêter bien avant que l'épreuve passe au jaune, ce qui serait le résultat final : on se contente généralement d’un ton brun moins perméable aux rayons lumineux que le ton primitif de l'épreuve, on lave avec beaucoup de soin, on passe rapidement dans une solution très-faible d'hyposulfite de soude (5 pour 100 au plus): sans cette dernière précaution, le cliché se modifie peu à peu sous l'influence de la lumière et devient tellement opaque qu’on ne peut plus l'utiliser; cette propriété pourrait être employée, à la rigueur, comme moyen de renforcement, mais il serait peut-être difficile de l'arrêter au moment voulu. On arrivera à telle intensité que l’on voudra si, après avoir passé à l’eau iodée et avoir bien lavé, on couvre le cliché, en plein jour, avec la solution faible de nitrate d'argent acidulée préparée pour renforcer. L'iodure d'argent formé devient immédiatement sensible, car il y a iodure d'argent avec excès de nitrate, et l'épreuve remonte en la couvrant avec la solution pyrogallique acide formée de :
Acide pyrogallique RAR RS 16" Acide acétique, environ. .... AC RTTES 10°
Ce nouveau développement se fait plus lentement et mieux si, au lieu d’acide pyrogallique seul, on emploie le mélange de :
1 ...... ,........ ... 1000°° TT ............,........ dt RE .................. 3
Rx. UT. SNÉNRENRENRR 15 et même 50.
Ce révélateur, qui ne pourrait convenir pour le premier développement de l’image faite au collodion humide, parce qu’il serait beaucoup trop lent, convient au contraire très-bien toutes les fois qu'on veut remonter une épreuve; il se maintient limpide beaueoup plus longtemps et il est facile de surveiller son action.
Fixage. — Nous n'avons rien à dire du fixage, pour lequel nous préférons toujours l’hyposulfite de soude à 20 pour 100. Quelques auteurs ne craignent pas d'indiquer le cyanure de potassium et on l’emploie dans beaucoup d'ateliers, parce qu’il est plus commode, parce qu’il donne des épreuves plus éclatantes; en réalité il ronge facilement les demi-teintes, et si le dépôt d'argent qui forme l'épreuve prend plus d'éclat, si le négatif est plus séduisant par réflexion, il n’en est pas meilleur. C’est un produit des plus dangereux au moment de son emploi et dangereux encore par les suites qu’il amène : on doit autant que possible éviter son usage dans les opérations photographiques.
Vernis. — Le simple vernis à la gomme laque, formé de 10 parties de bonne gomme laque blonde pour 100 centimètres cubes d'alcool à 4o degrés, nous a toujours donné la satisfaction la plus complète au point de vue de la résistance à la chaleur et à l’action du nitrate d'argent; nous avons tel cliché qui tire depuis plus de dix ans sans être endommagé : aussi nous n'indiquons que cette formule en faisant la recommandation de bien laver le cliché avant de le vernir, pour éliminer toute trace d’hyposulfite de soude qui, sans cela, viendrait cristalliser comme un givre à la surface et perdrait l'épreuve, ensuite de bien sécher la couche de collodion et de ne chauffer la glace qu’à une douce température toujours rès-supportable à la main. |
Il arrive quelquefois, quand on a opéré avec des collodions vieillis ou altérés, lorsque les glaces n’ont pas été suffisamment nettoyées, qu'il
se produit des réductions d'argent dans les parties claires du cliché: en sèchant, ces parties deviennent irisées, et le plus souvent le collodion se soulève et se déchire en se détachant de la glace. Dans ces conditions, il est rare qu’on ait une bonne épreuve; il se peut néanmoins qu’on ait intérêt ou plaisir à la conserver telle quelle; il suffit alors, après un dernier lavage et égouttage, de passer sur le cliché à deux reprises une solution de gomme arabique à ro pour 100; on laisse sécher et l’on vernit ensuite sans crainte de voir le collodion se déchirer. Il est bon d’avoir toujours sous la main cette solution de gomme prête pour tous services. On peut en faire à l'avance 1 litre qui se conserve, si on a la précaution d’y ajouter quatre à cinq gouttes d'acide phénique ou d’essence de girofle.
Modifications au procédé du collodion humide. — Nous plaçons ici entre les deux méthodes humide et sèche quelques considérations et quelques modifications données pour les préparations du collodion humide et ayant pour but d'augmenter en même temps la rapidité et la conservation de la préparation.
La présence du nitrate d'argent dans le collodion humide avait toujours été présentée comme une des plus puissantes causes d'accélération, parce qu'elle donne en quelque sorte, à l’état naissant, les sels sensibles iodure et bromure d'argent, et surtout parce qu’elle favorise l’action lumineuse par laffinité de l'argent pour l'iode et le brome. On a laissé passer sans une suffisante attention un Mémoire du D' Müller, lu devant la Société de Londres, sur le Pouvoir diactinique ou transparence de certains Corps pour les rayons chimiques de la lumière. Dans le tableau qui accompagne le Mémoire publié en 1863, nous voyons que l'acide nitrique seul ou combiné est très-difficilement traversé par les rayons chimiques ; c’est ainsi que le nitrate de potasse, le nitrate de soude, le nitrate d’argent retardent considérablement l'impression lumineuse (‘)en arrêtant les rayons bleus et violets, et en ne laissant passer que les rayons les moins réfrangibles (rouge, orangé, jaune, vert).
Les essais faits en 1868 par M. le général Mongin (*), bien qu’ils n’aient TR En D
(!) Bulletin de la Société française de Photographie, année 1866, p. 232. — La Photographie au point de vue chimique; par M. SriLer. (?) Bulletin de la Société francaise de Photographie, année 1868, p. 72.
pas reçu alors toute l'attention qu'ils méritaient, étaient donc parfaitement logiques et s’appuyaient sur cette théorie ; par un simple lavage et en laissant les glaces: dans l’eau distillée, M. Mongin les conservait pendant un temps indéterminé et il obtenait, même après dix jours de préparation, une sensibilité au moins égale, sinon supérieure, à celle des préparations au collodion humide ordinaire; dans ce procédé, les glaces couvertes d’un collodion iodobromuré, sensibilisées avec soin et bien lavées, sont mises dans une auge de gutta-percha disposée avec des rainures comme une boîte à glaces; cette auge est renfermée elle-même dans un seau de même substance hermétiquement fermé. L'auge et le seau remplis d’eau distillée communiquent par quelques ouvertures, de manière à permettre aux mouvements de l’eau de se faire doucement sans déchirer les couches sensibles.
. Sutton fit un pas de plus dans cette même voie, et, dans une brochure publiée à Londres en" 873, il a résumé, sous le titre de Vouveau procédé au collodion humide, l'ensemble des essais faits par lui depuis 1868.
Il reconnaît que, pour accroître considérablement la sensibilité du Collodion humide, il ne suffit pas d'éliminer le nitrate d'argent; car, si on enlève un liquide rebelle à l’action lumineuse, on enlève également le corps capable d'accélérer la réaction par son affinité pour l’iode et le brome; il faut donc après le lavage ajouter une substance organique possédant cette même affinité ou même accroître cette affinité en donnant à cette matière une réaction alcaline. En 1863, M. Bartholomew avait déjà conseillé l'emploi d’un préservateur alcalin, mais seulement pour les préparations sèches ; il donnait la formule :
TL... 2€" | sehum nc m suce 250 é Carbonate dersoudé!, : &:.1.,...... 1 4 9%
C'est en suivant ces principes que Sutton publia une série de conseils et.de formules qui ne sont pas encore entrés dans la pratique courante du laboratoire et qui pourtant méritent de sérieux essais.
Formules. — Faire un bon collodion normal avec la quantité de coton convenable, de l’éther anhydre et de l'alcool très-concentré, y ajouter 28,30 de bromure de cadmium desséché; il est nécessaire que la
2h LES PROGRÈS DE LA PHOTOGRAPHIE.
couche soit très-opaque pour avoir toute sa sensibilité. Le bain d'argent doit être fait avec du nitrate très-pur et neutre à la dose de 16 grammes pour 100 centimètres cubes d'eau au moins; on y ajoute une ou deux gouttes d'acide nitrique par 100 centimètres cubes du bain pour neutraliser l'oxyde d'argent libre qu'il pourrait contenir ; la glace plongée dans ce bain y reste le temps nécessaire pour que la double décomposition puisse s’opérer : on ne doit pas craindre de la laisser trop longtemps, l'essai ayant démontré qu’elle était encore très-bonne après vingt-quatre heures d'immersion.
Après la sensibilisation, on lave la glace avec soin dans l’eau de pluie ou dans l’eau distillée et on la place dans une grande cuvette ou une auge à rainures où elle demeure jusqu’au moment de l’emploi.
Lorsqu'on veut utiliser la glace, on la retire de la cuvette, on la rince sous un filet d'eau de pluie ou d’eau distillée, on égoutte et l’on choisit la solution organique de recouvrement suivant la sensibilité que l’on veut obtenir.
Si l'on ne cherche pas une extrême rapidité, on fait le recouvrement avec 1 partie d'albumine additionnée de 3 à 6 parties d’eau; | si l'on veut le plus haut degré de sensibilité, on prend of',6o de bonne gélatine (gélatine de Nelson), que l’on fait dissoudre dans 100 centimètres cubes d’eau distillée ; on y ajoute of',20 de carbonate de soude. Ces solutions doivent être employées frgièhes ; elles ne se conservent ni l’une ni l’autre.
Si l’on ne doit pas employer la glace immédiatement, si on veut la conserver quelques heures, soit avant, soit après l'exposition, il suffit de remplacer par de la glycérine purela moitié de la quantité d’eau indiquée : la glace se conserve en très-bon état pendant vingt-quatre heures au moins ; avec ces préparations, on obtient une sensibilité bien supériètre à celle du collodion humide.
Pour le développement, on prépare les solutions suivantes : * 1° Bromure de potassium. .#......1..".4 Mali 1810 19h Eat distillée.… 4 60 RE 100 me.
2° Ammoniaque liquide concentrée. ............ de dE à
Eau disjillées.. :. ,: RES PEU 1 Se
Mettez dans un verre gradué 30 centimètres cubes d’eau pure, deux gouttes de la solution de bromure de potassium n° 4 et of',ro d'acide pyrogallique (environ). Lavez la glace à l’eau distillée, ajoutez au mélange ci-dessus une goutte ou deux de la solution ammoniacale n° 2, versez doucement sur la glace et promenez une minute ou deux sur toute la surface : l’image apparaîtra avec une légère teinte rougeâtre. Ajoutez dans le verre une goutte de bromure de potassium, une goutte d’ammoniaque, mélangez avec le révélateur, versez de nouveau sur la glace et répétez cette opération jusqu’à ce que l’image soit suffisamment intense. N’ajoutez l’ammoniaque que par gouttes avec beaucoup de précaution pour ne pas voiler l’image d’une manière irréparable. En doublant les doses, on peut diminuer de moitié le temps nécessaire au développement, mais on augmente proportionnellement les tendances de l’image à se couvrir d’un - voile général.
On lave, on fixe, on lave bien de nouveau et l’on remonte l'épreuve avec les procédés usuels s’il est nécessaire.
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Quelque nombreuses et ingénieuses qu'aient été et que soient encore les diverses inventions pour opérer au collodion humide en pleine campagne, il est peu d'opérateurs, à part les photographes de profession, qui ne préferent les procédés secs.
Mais ces procédés ont aussi leurs inconvénients et l’on est encore à la recherche d’un collodion sec réunissant la facilité des manipulations et la rapidité du collodion humide.
Les défauts du collodion sec, à moins qu'il ne soit employé par des mains très-expérimentées, sont en général plus de lenteur dans l'impression, un peu de sécheresse dans l'ensemble, une opposition trop accentuée entre les clairs et les ombres, souvent le manque partiel ou total d’adhérence de la couche sensible sur la glace, l'impossibilité de connaître immédiatement le succès ou l’insuccès; enfin les préparations et le développement demandent plus de soin et plus de temps que pour le collodion humide.
Nous pouvons dire, d’une manière générale, qu’actuellement on remédie à la plupart de ces défauts; mais cependant il n’a pas encore été possible de s'arrêter à un procédé fixe, unique, qui puisse, comme le collodion humide, réunir tous les avantages ; de là un nombre considérable de procédés très-différents les uns des autres, parmi lesquels nous choisirons les principaux; pour l'étude des autres, nous renvoyons aux diverses publications périodiques, comme le Bulletin de la Société française
de Photographie, le Moniteur de la Photographie, le Bulletin belge, etc., dans lesquels nos lecteurs trouveront tous les renseignements et une abondance de formules souvent semblables, dont la multiplicité nuirait à la clarté désirable de notre Ouvrage.