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MANIPULATIONS GÉNÉRALES DES PROCÉDÉS SECS

Dans les procédés qui vont suivre, les opérations sont en quelque sorte toujours les mêmes ; elles se succèdent dans le même ordre, doivent être faites avec les mêmes précautions : les formules seules changent plus ou moins. Nous pensons donc préférable de compléter ici les renseignements nécessaires sur ces opérations, afin qu'après avoir encore répété en détail les manipulations pour un ou deux procédés nous n’ayons plus pour les autres qu'à indiquer les formules.

Le nettoyage des glaces est le même que pour le collodion humide (voir (p. 1oet r1), et le plus souvent il faut chercher à remédier aux soulèvements et déchirements de la couche sensible par les méthodes indiquées (p. 27); puis, sur la surface convenablement préparée, on étend le collodion.

Dans tous les procédés secs, le collodion doit, autant que possible, donner une couche pour ainsi dire poudreuse, c’est-à-dire sans ténacité, sans élasticité, telle qu’elle résulte de l'emploi d’un pyroxyle très-désagrégé par les acides ; la couche obtenue sera, après dessiccation, plus poreuse, moins imperméable aux réactifs qui doivent développer l’image. Les collodions vieillis rentrent dans ces conditions; il se fait, par le temps et sous l'influence des réactifs, un travail de désagrégation des molécules du cotonpoudre ; aussi voyons-nous dans maintes formules la recommandation, comme condition de succès, de laisser vieillir le collodion préparé pendant plusieurs semaines et même plusieurs mois; cependant, lorsque le cotonpoudre est dans les conditions demandées, on peut très-bien employer un collodion nouvellement préparé.

L'extension de la couche doit être faite avec plus de soin que pour le collodion humide, dont la masse spongieuse permet aux réactifs d’en pénétrer largement et facilement l'épaisseur : les réactions se font alors plus vite et les défauts ne s’accusent pas ; mais, dans le collodion sec, le développement

R ÉPREUVES NÉGATIVES SUR PRÉPARATIONS SÈCHES. 37 se fait avec plus de difficulté, et les défauts de la surface, tels que moutonnages, jaspures, rides, etc., s’accentuent d’une manière presque certaine.

On doit également attendre un peu plus longtemps avant de passer la glace dans le bain sensibilisateur : la couche de collodion prend alors plus de cohésion et a moins de tendance à se détacher.

Le bain d'argent, d’après l’ensemble général des formules données, doit être franchement acide ; comme ce bain est suivi de lavages très-soignés, il ne paraît pas que cette acidité soit nuisible ; d'autre part elle facilite beaucoup la pureté des glaces et retarde la formation de précipités qui donnent à la couche sensible un aspect poudreux et criblent l’image de points à jour. Le bain doit être filtré dès que le liquide commence à se troubler ; généralement il peut servir pour douze ou quinze glaces sans qu'il soit nécessaire de le passer sur le filtre. Comme on doit éviter le plus possible de toucher directement la glace avec les doigts, autant pour ne pas les noircir que pour éviter le contact de la couche sensible avec des matières étrangères, on relève la glace de la main droite avec le crochet et l’on en saisit l'angle avec la main gauche, mais en interposant, entre le pouce et l'index, un petit fragment de papier qui seul a le contact du liquide et que l’on jette ensuite. La glace soutenue par le crochet et les deux è | doigts e t mise à égoutter ; on la reprend de la même manière pour la . plonger dns la cuvette de lavage.

” 7 Le mode de lavage dépend beaucoup de la facilité avec laquelle on peut

se procurer et disposer l’eau convenable. La qualité de l’eau a une in-

fluence sur le résultat final. Lorsque les eaux sont trop chlorurées ou

carbonatées, si elles ont passé sur des surfaces cimentées, elles empâtent “ les épreuves et donnent de mauvais résultats; si elles contiennent de l’acide carbonique libre en proportion notable, ce qu’on reconnaît facilement quand l’eau, abandonnée dans un verre pendant la nuit, tapisse les parois de bulles gazeuses, elles ralentissent considérablement la sensibilité (du moins d’après notre expérience) ; si elles sortent d’un réservoir contenant des détritus organiques, elles produisent le plus souvent des voiles; il est donc prudent, même après une analyse sommaire faite avec les réactifs ordinaires, de vérifier par l'expérience de quelques glaces la qualité des eaux communes du pays où l’on opère ; des eaux d'apparence pure sont quelquefois détestables ; d’autres peuvent être, comme l’eau de la Seine,

chargées de quelques sels et pourtant bien réussir pour certains procédés comme le collodion albuminé, et ne pas réussir pour d’autres comme le tannin : l’expérience directe sera le meilleur guide.

Dans le doute il est préférable d'employer l’eau distillée ou l’eau de pluie récoltée avec soin, c’est-à-dire quand une grande averse a suffisamment lavé les toits et les conduits, et quand le réservoir en zinc (et non en ciment) a été nettoyé avec soin.

Le mode de lavage varie suivant la manière dont on peut distribuer l’eau ; mais supposons les conditions les plus défavorables, celles où, n’ayant ni réservoir, ni Conduit, ni provision, on prend l’eau distillée dans une tourie et l’on cherche à l’employer avec économie. On place alors trois cuvettes à la suite l’une de l’autre, on filtre dans chacune la quantité d'eau nécessaire pour baigner largement chaque glace. A la sortie du bain d'argent la glace est posée diagonalement face en dessus, l’angle inférieur dans un gros verre commun présentant une base solide, et l'angle supérieur appuyé contre le mur garni d’un papier (un journal déployé, assujetti avec deux épingles, fait parfaitement l'affaire). On a ainsi un égouttage plus complet procurant un lavage meilleur, plus économique et plus rapide.

Après quelques minutes la glace est mise dans la première CHyALe x agi

à plusieurs reprises et abandonnée pendant le temps nécessai sensibiliser une seconde. En retirant la glace du premier la | également égoutter dans un verre, puis passer dans la secot de cuvette, ; 1 égoutter de nouveau et passer dans la troisième, égoutter encore et l'ont 2% rince à la pissette. Ce rinçage, fait au-dessus de la dernière cuvette, laisse ,

une eau suffisamment pure pour être employée aux lavages. Lorsque l eau de la première cuvette devient trouble et blanchâtre par suite de la précipitation d’un peu d’iodure d'argent, on la met aux résidus, on avance les autres cuvettes d’un rang ; la première est mise la dernière et reçoit les eaux de Ja pissette qui sont bientôt en volume suffisant pour baigner complétement la glace. Ce lavage méthodique est à la fois sûr et économique.

Après les lavages on verse les préservateurs qui, tous ou presque tous, auraient une action sur le nitrate d’ argent et seraient une cause de taches, de voiles et d'accidents de toutes sortes, s'il en venait la moindre trace en contact, Soit avec le bain d'argent lui-même, soit avec les glaces encore

imparfaitement lavées ; et, comme le préservateur doit être versé sans économie sur une glace déjà mouillée de tous côtés, il est impossible que les mains n’en soient pas imprégnées. Si l’on travaille avec un aide, la manipulation est très-simplifiée, parce que l’un des deux touche seul au préservateur ; à défaut d'aide, il est bon de faire de suite le lavage de trois à quatre glaces sur lesquelles on verse successivement le liquide préservateur. On se lave ensuite les mains avec soin et l’on recommence l'opération; quelque manière que l’on adopte, il faut que les mains touchées par ce liquide n’en conservent plus traces avant de reprendre la sensibilisation et le lavage de nouvelles glaces.

. Ces opérations faites, on doit procéder au séchage ; les glaces doivent sécher régulièrement, rapidement, à l'abri de la poussière et dans une position telle que pas un point de la surface sensible ne soit en contact avec le support; car le point de contact entretient un reste d'humidité qui, suivant les positions, fait des traînées ou des retours dont la sensibilité différente se traduit par des taches sur le cliché.

. Notre séchoir est des plus simples : sur la ligne médiane d’une planche de 0",40 à 0",50 de long, sur 0",15 à 0",20 de large, on visse ou l’on plante verticalement des bâtons de bois ou de verre dont la hauteur égale le petit côté des glaces employées, soit par exemple o",27 pour les glaces de 0",27 sur 0",35. Contre les bâtons espacés de 0",15 les uns des autres on accote le dos des glaces préparées, en leur donnant un peu de pied par le bas : le bas de la glace porte sur deux baguettes de verre creuses ou pleines que l’on place dans la longueur de la planche et qu’on élève sur de petits tasseaux pour que le liquide écoulé ne puisse pas remonter; lorsque le séchoir est garni de ses glaces, on étend par-dessus quelques feuilles de papier joseph pour les garantir de la poussière et on laisse sécher dans une obscurité complète, à l'abri de l'humidité.

Il est possible de faire ce genre de séchoir dans les plus petites localités, avec un bout de planche, quelques tubes que l’on trouve toujours chez le pharmacien, si l’on n’a pas eu la précaution d’en emporter, ou même quelques baguettes de bois. Si l’on craint le contact du bois à la base, on couvrira les baguettes avec quelques doubles de papier buvard.

Quelques opérateurs poussent les précautions plus loin et demandent que les préparations soient séchées à l’étuve. Il est facile de faire ou de

4o LES PROGRÈS DE LA PHOTOGRAPHIE.

faire faire une étuve : une boîte de bois suffisamment grande est peinte ou vernie extérieurement et intérieurement pour que le bois ne puisse reprendre l'humidité ambiante; elle est placée de manière à former armoire 4 à l’intérieur on laisse dans le bas une hauteur de 0°,20 à 0",25 inoccupée, pour y placer les divers systèmes qui doivent absorber l'humidité ; audessus, on disposera soit un séchoir à demeure, soit des tasseaux pour recevoir un séchoir portatif. Les portes fermeront aussi bien que possible et seront en outre recouvertes d’un rideau noir épais, qu'on laissera tomber de manière à intercepter tout filet de lumière ; avec cette disposition il n’est pas nécessaire de maintenir dans l'obscurité la pièce où est placée l’étuve. La dessiccation peut être faite par l'absorption de l'humidité; on emploiera dans ce cas une capsule en porcelaine que l’on placera sur le fond de létuve et dans laquelle on mettra soit du chlorure de calcium fondu, soit de l’acide sulfurique (mais le maniement de ce liquide lourd et corrosif est toujours dangereux), soit de la pierre ponce imprégnée d'acide sulfurique, ce qui est préférable. Cette pierre ponce que l’on achète concassée, tamisée en fragments réguliers, est légèrement mouillée avec l'acide sulfurique, puis chauffée à l'air jusqu’à ce qu’elle commence à répandre des vapeurs intenses ; on laisse refroidir bien à l'abri de l'humidité et l’on place la capsule dans le séchoir-étuve. Toutes ces substances ont le défaut de se saturer très-vite d'humidité, il faut les chauffer de nouveau, assez fortement pour les ramener à leur premier état. Il nous semble préférable de mettre, dans le bas de l’étuve, un ou deux cruchons de grès remplis d’eau trèschaude, ou même quelques briques chaudes, ou toutautre système donnant de la chaleur sans émanations : la température intérieure s'élève, les glaces sèchent rapidement, et dans ces conditions il est inutile que la boîte soit peinte, vernie ou bien fermée ; il sera bon, au contraire, qu’il se fasse un léger courant d’air de bas en haut, ce que l’on obtient en ménageant dans le fond et dans la partie supérieure quelques ouvertures. L'air chaud s’élève doucement, se sature de l'humidité qu'il enlève aux glaces et sort par la partie supérieure.

On peut encore disposer dans le fond une ouverture recouverte par

une plaque de tôle, sous laquelle on allume à l'extérieur une veilleuse

ou un faible bec de gaz. Il faut, dans ce cas, que les produits de la combustion ne puissent pénétrer.dans l'étuve; il est, du reste, facile de disposer

une sorte de tiroir avec une petite cheminée qui rejette ces produits au dehors.

Une bonne disposition d’étuve doit être utile etcommode lorsqu'il s’agit d'opérer commercialement ; jusqu'ici nous avons toujours pu nous en passer, et nous rappellerons que les installations les plus faciles sont toujours les meilleures.

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