ÉPREUVES POSITIVES AUX SELS D'ARGENT ET AUX SELS DE FER
Positives aux sels d'argent. — Le procédé des épreuves positives aux sels d'argent, qui, très-probablement, doit disparaître dans un temps plus ou moins éloigné pour faire place à des tirages plus solides, sinon plus économiques quant à présent, est cependant encore celui qui est le plus en usage et qui semble présenter le plus de facilité.
Nous n'avons rien à dire de la préparation première du papier; il est maintenant bien peu d'opérateurs qui albuminent eux-mêmes leur papier. Les papiers positifs sont livrés tout albuminés par le commerce, et ils se réduisent quant à la fabrication de la pâte à deux types principaux : le papier français de la fabrique de Rives (Blanchet et- Kleber] et le papier de Steinbach, dit papier de Saxe,
Le papier français est plus blanc, plus fin de pâte ; il vire avec plus de facilité au bain d'or et donne des tons plus éclatants ; mais il est moins résistant dans les lavages, moins fortement encollé. Excellent pour les petites épreuves, il est d'un emploi plus difQcile pour les grandes ; celui dit de Saxe est plus corsé et plus résistant, mais il est moins blanc ; souvent le premier présente plus de points métalliques que le second, mais il est probable que, la cause en étant actuellement connue ('), les fabricatiens nouvelles seront exemptes de ce défaut. Ces deux sortes de papier sont albuminées dans des fabriques spéciales qui les livrent ensuite aux détaillants.
(') Bulletin de la Société française de Photographie, janvier 1876. Recherches sur les causes des taches (A.Datamsie).
86 LES rftOGftfcS M LA rHOTOGftAPHU.
La clientèle commerciale des albomineurs de papier, cherchant de plus en plus Téconomie, a exigé que ces papiers soient de moins en moins chargés de chlorure et Ton est arrivé à des doses excessivement minimes; comme conséquence, on est parvenu à réduire de plus en plus le titre du bain positif, et, au lieu de remployer à i5 pour loo, comme précédemment, on est arri\é à lo ou la pour loo au plus; si Ton veut employer des bains trop concentrés, Talbumine, énei^iquement coagulée, forme une membrane presque imperméable, la dose de chlorure d'argent étant insuffisante pour lui donner Tétat spongieux nécessaire ; cette membrane ne laisse pas passer Fexcédant de liquide qui se sépare alors sous forme de traînées huileuses, sèche d*une manière inégale et laisse des traces visibles sur répreuve terminée. Aussitôt que cet accident apparaît, on diminue le titre du bain qui peut descendre jusqu'à 8 pour loo et même moins.
La conséquence de cette diminution dans la dose des chlorures et des bains d'argent est un affaiblissement de la sensibilité que Ton a combattue soit par des fumigations ammoniacales, soit par des bains à réaction alcaline.
Tout en reconnaissant que les fumigations ammoniacales accélèrent la venue de l'épreuve, nous ne les employons jamais, parce que le papier soumis aux vapeurs d'ammoniaque a une tendance à jaunir rapidement et parce que c'est une opération de plus à ajouter aux opérations déjà trop nombreuses de la Photographie. Toutefois le mode d'opérer est des plus simples; il suffit de suspendre les feuilles pendant quelques minutes dans une grande boîte spéciale ou dans une armoire au fond de laquelle on met une assiette ou une capsule contenant soit un peu d'ammoniaque liquide, soit un mélange à parties égales de chaux éteinte et de chlorhydrate d'ammoniaque : il se fait alors un dégagement de vapeurs ammoniacales dont l'action se porte sur les feuilles sensibilisées'; celles-ci sont employées immédiatement comme les feuilles ordinaires.
A côté des fumigations ammoniacales, on a préconisé un bain dit ammoniacal (à tort), préparé de la manière suivante :
Soude caustique pure loo»"
Eau distillée looo**
«PREUVES POSITITES AUX SELS d'aRGEI^T ET AUX SELS DE FER. 87
Après solution, versez le liquide dans la préparation suivante :
Nitrate d'argent 80^*"
Eau distillée 1000**
Il se fait aussitôt un abondant précipité brun d'oxyde d'argent qu'on lave par huit ou dix décantations successives ; lorsqu'un peu de cette eau de décantation évaporée à sec dans une petite capsule ne laisse qu'un résidu insignifiant, on déverse avec soin, on rejette toute l'eau qui surnage le précipité. On fait d'autre part une solution de :
Nitrate d'ammoniaque pur 500*"^
Eau distillée 1000*"
On verse peu à peu sur le précipité d'oxyde d'argent la quantité de cette solution nécessaire pour le dissoudre, oh complète le volume d'un litre avec de l'eau distillée ; si le liquide reste un peu trouble, on l'éclaircit avec quelques gouttes d'acide nitrique. Le papier est ensuite sensibilisé sur le bain, soumis aux vapeurs ammoniacales, comme il est dit ci-dessus, et employé pour le tirage.
Nous devons mettre les photographes en garde contre un danger qui se présente lorsqu'on emploie l'ammoniaque et les sels d'argent. L'oxyde d'argot laissé au contact de l'ammoniaque forme un composé fulminant au plus haut degré, même sous l'eau, par le seul contact d'un corps dur. Il en est de même si l'on dissout l'azotate d'argent dans un excès d'ammoniaque et si on précipite la liqueur par de la potasse ou de la soude; il est probable que le môme composé pourrait encore se former dans les diverses manipulations que l'on ferait dans le laboratoire photographique sans se rendre un compte exact des réactions ; nous engageons nos lecteurs à s'abstenir de tout mélange d'ammoniaque pure et d'azotate d'argent (les mélanges d'ammoniaque avec les sels d'or doivent être évités avec un soin phis grand encore : ils ont déjà occasionné de funestes accidents).
Jusqu'à présent il ne nous a pas paru que les épreuves obtenues par ces bains composés ou ces fumigations ammoniacales soient supérieures à celles que donnent les procédés plus simples, généralement acceptés et que nous préférons dans notre pratique quotidienne. Nous employons le papier de Rives à 10 et môme 12 kilogrammes la rame, tel que nous le livre le
commerce de papier albuminé ; nous le sensibilisons sur un bain d'azotate d'argent cristallisé pur; dans ce bain, qui sert indéfiniment, parce que toujours on le ramène à son volume primitif et au titre de lo pour loo, nous ajoutons assez fréquemment quelques centimètres cubes d'une solution saturée de carbonate de soude, en quantité suffisante pour que la réaction au papier de tournesol soit franchement alcaline , c'est-à-dire que le papier rouge devienne bleu, et pour qu'il reste un léger précipité de carbonate d'argent au fond du flacon.
Dans ces conditions, le papier que nous employons reste assez blanc pendant vingt-quatre heures au moins; cependant la conser\'ation, indépendamment des conditions de température et d'humidité atmosphérique, dépend le plus souvent de la qualité même du papier, car, dans des conditions identiques de laboratoire, certains papiers restent blancs pendant plusieurs jours, quelques-uns jaunissent en quelques heures.
En général, les images. obtenues comme nous venons de l'indiquer sont assez brillantes et virent avec une grande facilité. Il sufiffit de quelques centièmes de sels de plomb (azotate ou azotite de plomb) dans le nitrate d'argent pour ôter à ces préparations toutes leurs qualités.
Le virage que nous préférons à tous autres pour sa simplicité, pour la solidité des épreuves, pour les résultats obtenus, est celui que nous avons décrit (Chimie photographique^ p. 3i3), et que nous appelons le virage à la craie. Nous le résumons ici :
Chlorure double d'or et de potassium. . . i^'
Eau looo
Craie ou blanc d'Espagne pulvérisé 4 à S*""
Faire cette préparation cinq ou six heures à l'avance.
Si l'on oublie de la faire à temps, on obtient les mêmes résultats en mettant les réactifs ci-dessus dans le quart de la quantité d'eau indiquée; on chaufiPe dans une capsule de porcelaine jusqu'à décoloration très-sensible du liquide et Ton ajoute le complément d'eau froide nécessaire, soit les trois quarts restants, ce qui ramène de suite le bain à la température à laquelle il peut être employé.
Le bain de virage, appauvri par les épreuves qui y ont passé, n'est pas épuisé ; on le conserve dans son flacon : il continue de s'appauvrir un peu
£PREUYBS POSITITES AUX SELS d'aHGBNT ET AUX SELS DE FER. 89
par le contact de la craie, mais, lorsqu'on veut s'en servir de nouveau, il suffit de le remonter, non pas à l'avance, mais le jour même où l'on a de nouvelles épreuves à faire virer ; on ajoute alors la quantité de chlorure d'or et de potassium nécessaire pour le nombre des feuilles à virer; cette quantité est d'environ 4 à 5 centigrammes par grande feuille de 0,44 X 0,57.
On facilite beaucoup le dosage des quantités d'or à ajouter en faisant à l'avance une solution mère de i gramme de sel d'or pour 100 centimètres cubes d'eau ; ainsi chaque centimètre cube de la liqueur représente i centigramme de sel d'or. On doit se garder d'ajouter de la craie dans cette solution, il se précipiterait de l'oxyde d'or ; il est au contraire préférable de la maintenir franchement acide par quelques gouttes d'acide chlorhydrique ou d'eau régale. Lorsqu'on remonte le bain d'or décoloré et devenu presque inactif, on doit avoir soin de verser la liqueur acide sans agiter le bain : l'acidité ramène le sel d'or inactif à son état primitif de perchlorure; on agite alors, la craie recommence son action, ramène le perchlorure à un état moins chloruré et le bain est de nouveau prêt à servir.
Après virage, les épreuves sont lavées à une eau, fixées àl'hyposulfite de soude à 20 pour 100, lavées de nouveau à sept eaux successives, en faisant à chaque lavage, qui doit durer au moins un quart d'heure, un changement alternatif de cuvettes, puis séchées au buvard, coupées et collées conune nous l'avons indiqué. Il est assez important de faire sa colle soimême, pour être assuré qu'elle ne contient ni acides, ni chlorures, ni aucune substance qui pourrait amener la détérioration des épreuves.
Pour les amateurs et même pour les opérateurs de profession, ce serait une grande amélioration de pouvoir trouver dans le commerce des papiers sensibles présentant les mêmes qualités que ceux que l'on prépare soimême et se conservant sans altération pendant un long espace de temps.
Plusieurs essais ont été tentés dans cette voie : les uns sont restés à l'état de procédés particuliers, d'autres ont été décrits dans les journaux et brochures photographiques.
^rmi les papiers que l'on vend tout préparés, nous citerons celui de M. Carrier, qui s'emploie comme le papier ordinaire; toutefois le virage réussit mieux lorsqu'on le fait avec le sulfocyanure d'ammonium.
MM. Schaeffner et Mohr ont aussi présenté un papier au carbonate d'ar-
go LIS PROGRftS SB LÀ PHOTOGRAPHIE.
gent qui n'a de sensibilité qu'à la condition de lui faire subir des fumigations ammoniacales ou mieux de le mettre en contact avec des coussins saupoudrés de carbonate d'ammoniaque. Il ne faut pas oublier que les réactions fortement alcalines altèrent certains vernis, que les châssis positifs dont on se sert, ainsi que les buvards et doublures destinés à faire pression, s'imprègnent de vapeurs ammoniacales et doivent être réservés pour cet usage spécial ; car, s'jls étaient employés pour le papier ordinaire, avant d'être complètement puriâés par l'évaporation, ce papier serait inégalement altéré, ce qui produirait des taches.
Parmi les procédés divers qui ont été donnés pour conserver les papiers sensibles pendant un temps plus ou moins long pouvant excéder plusieurs semaines, le plus simple et le plus employé est basé sur l'adjonction d'une certaine quantité d'acide citrique qui peut aller jusqu'à 5 grammes pour 100 centimètres cubes du bain, soit la formule suivante :
Eau loo**
Nitrate d'argent, de 6 à lo*'
Acide citrique, de 3 à 5^'
Le papier préparé sur ce bain doit être conservé à l'abri de la lumière dans un endroit sec; il s'emploie à la manière ordinaire, seulement, sous l'influence de l'acide , il a une tendance à se désencoller et devient peu résistant aux lavages, surtout s'il s'agit de grandes dimensions. De plus, cette acidité retarde le virage qui reste facilement rouge; pour combattre cette influence, on devra employer de préférence les formules de virage alcalin ou tout au moins laver les épreuves dans une eau très-légèrement alcalinisée (par un peu de carbonate de soude) avant de les virer.
Gollodio-clilonire. — On a également employé , pour le tirage des épreuves positives , le papier préparé au collodion émulsionné de chlorure d'argent dit coltodio-chlorure. Cette préparation parait être limitée dans la pratique à quelques emplois spéciaux : tels sont surtout les transports d'une épreuve positive sur un nouveau subjectile, comme les épreuves à fond d'or ou d'argent, les presse-papier de cristal, etc., etc. M. Geymet prépare dans ces conditions un papier au collodio-chlorure dont la couche de collodion repose sur une surface gélatinée restée soluble, de sorte que l'on peut à volonté, soit laisser l'image sur le papier, en faisant
fiPRBUYBS I«É6AT1VBS AUX SELS d'aRGENT ET AUX SELS DE FER. 91
toutes les opérations de virage, fixage, lavage, etc., à Teau froide, ou transporter cette image sur tout autre support, en la passant dans l'eau tiède, qui dissout la gélatine et permet de séparer la couche de collodion que Ton applique, soit directement sur son support définitif, mais alors l'épreuve est retournée, soit sur une feuille de papier provisoire qui la soutient et facilite le transport sur tout autre^subjectile.
La préparation du collodio-chlorure est assez délicate et compliquée. Voici une formule donnée par Van Monckhoven.
Faites les solutions suivantes :
ce
I** Alcool chaud, à 36 degrés 5oo
Chlorure de magnésium cristallisé 5
Filtrez après dissolution et laissez refroidir :
2* Solution n* I loo"
Éther sulfurique 100**
Pyroxyle (pour épreuves sur verre) 3**^
» (pour épreuves sur papier) 4 k 5^'
Laissez déposer ce collodion au moins pendant quinze jours.
3** Alcool à 36 degrés 200*''
Eau &^'
Nitrate d'argent fondu et pulvérisé 8«'
Dissolvez d*abord le nitrate dans Teau ; ajoutez successivement Talcool , filtrez, laissez refroidir.
Ajoutez :
ce
Éther sulfurique 200
Pyroxyle G^
Laissez ce collodion dit à t argent au moins huit jours en repos.
Acide citrique iS»*^
Eau bouillante 18**
Puis alcool à 36 degrés 160
eo
9^ LBS PHOGRftS DE LA PBOTOGEAPHIB.
Ces quatre préparations séparées étant faites, on prépare le coUodiochlorure d'argent en mélangeant :
N* 3 2oo«
Ammoniaque pure 8 gouttes.
Agitez avec force; conservez dans un flacon de verre jaune, pour Fusage.
Si l'on se sert de ce collodion pour obtenir une épreuve sur glace, la glace est préalablement couverte d'une couche mince d'albumine, séchée, collodionnéo, séchée de nouveau, exposée aux vapeurs de carbonate d'ammoniaque, placée sous le cliché et insolée le temps nécessaire.
L'épreuve est virée au sulfocyanure d'ammonium :
Eau 1000**
Sulfocyanure d'ammonium iS'*"
Hyposulfite de soude i^""
On ajoute ensuite dans cette solution et goutte à goutte i gramme de chlorure double d'or et de potassium préalablement dissous dans 10 centimètres cubes d'eau distillée.
Le fixage est fait à l'hyposulfite de soude ordinaire. La glace bien lavée donne un beau positif, très- transparent.
Le môme collodio-chlorure, un peu renforcé en pyroxyline, peut servir pour les épreuves sur papier. La feuille de papier est préalablement encollée sur un bain formé de :
Gélatine très-blanche et très-fine 100
Eau 1200
Oxyde de zinc ou sulfate de baryte précipité. 5o
Sur la feuille sèche, on verse doucement le collodion pour avoir une couche très-épaisse , et l'on fait subir à l'épreuve venue sur papier les mêmes opérations que nous venons de décrire ci-dessus.
Épreuves gélatinées. Gaméo-portraits.— Lorsque l'épreuve positive est terminée, on peut en faire ressortir les moindres finesses en lui donnant
ÉPREUVES POSITIVES AUX SELS d'aRGENT ET AUX SELS DE FER. 98
un glacé au moyen d'une couche de gélatine et de collodion, que l'on y fait adhérer. Cette opération n'est guère employée que pour les portraitscartes ou portraits-album, et le plus souvent elle est complétée par un léger bombage fait au moyen d'une presse spéciale qui donne à l'épreuve l'aspect d'un émail.
Ce résultat est obtenu assez facilement par les opérations qui suivent : On prend une glace bien plane et bien polie, et l'on en prépare la surface, soit par un bon polissage au talc, méthode que nous préférons, soit en la couvrant d'une très-légère couche de cire préalablement dissoute dans un peu d'éther ; on mouille un tampon de coton avec un peu de cette solution de cire, on frotte la glace avec un second tampon, de manière à la rendre bien brillante ; après l'une ou l'autre de ces préparations, on la couvre d'une couche de collodion normal composé de :
Éther 50'^*'
Alcool 5o
Coton-poudre i^"", 5o
n est nécessaire d'employer un coton-poudre donnant des couches de collodion tenaces, s'enlevant sous le doigt en pellicules un peu résistantes ; si l'on employait un collodion poudreux, la couche de collodion trop poreuse laisserait passer la gélatine qui adhérerait sur la glace môme et l'épreuve ne pourrait plus s'en détacher.
Lorsque le collodion a fait prise, on l'immerge dans un bain d'eau filtrée et on le lave jusqu'à ce que toute apparence huileuse ait disparu, puis on laisse la glace sécher sur le support.
D'autre part, on fait la solution de gélatine ;
Belle gélatine blanche du commercer iS®*"
Eau 100"
On laisse d'abord tremper à froid pendant plusieurs heures, et, quand la gélatine est bien gonflée, on met le vase qui la contient dans l'eau chaude et l'on continue de chauffer jusqu'à liquéfaction complète.
On peut à ce moment ajouter à la gélatine quelques traces de matière colorante soluble (couleurs d'aniline, carmin, etc.), selon le goût de Topé-
94 LVS PROGRfcS DE LÀ PHOTOGRAPHIE.
rateur, pour réchauffer un peu le ton du portrait, si on le croît nécessaire.
La gélatine chaude est passée dans une mousseline, laissée au chaud pendant quelque temps pour que les bulles et mousses puissent monter à la surface ; ces impuretés sont enlevées alors avec un peu de papier et la gélatine est mise dans une cuvette de la dimension nécessaire pour les épreuves à gélatiner et conservée chaude par unH)ain-marie.
Les épreuves non rognées sont d'abord mouillées à Teau ordinaire, légèrement épongées, passées en plein dans la gélatine et posées la face en contact avec la glace coUodionnée ; on peut mettre sur une même glace coUodionnée autant d'épreuves qu'elle en peut recevoir. Immédiate- . ment après on applique sur le dos de ces épreuves une feuille de papier ordinaire préalablement détrempée et Ton donne sur le tout un léger coup de la raclette de caoutchouc; on retourne la glace pour s'assurer si toutes les bulles d'air sont expulsées; s'il en restait, on les ferait glisser sous le doigt : on prend ensuite un bristol mince également détrempé, on le passe en plein dans la gélatine, on l'applique sur le papier qui est déjà au dos des épreuves ; sur le bristol on met une dernière feuille de papier mouillé, plus grande en tous sens que la glace, en donne un dernier coup de raclette, on rabat les bords du papier que l'on colle sur l'envers de la glace et on laisse sécher.
Si les épreuves positives ont été retouchées, il faut éviter que la retouche ne disparaisse dans ces diverses manipulations ; pour cela, au lieu de les détremper en plein dans l'eau, on les met à plat face en dessous sur une glace nue et propre et l'on applique au dos un gros buvard humide ; en quelques minutes l'épreuve est détendue, mais encore gondolée ; on la pose face en dessus sur un bain d'eau, sans l'immerger, elle devient tout à fait plane, on l'égoutte, on la passe en plein dans le bain de gélatine chaude, on suit le reste des manipulations comme ci-dessus, et on laisse sécher.
Le lendemain la dessiccation est complète : on n'a plus qu'à couper les bords; les épreuves se séparent de la glace et présentent une surface d'aspect parfaitement émaillé.
S'il s'agit d'épreuves dites caméo-portmits^ on termine en donnant à l'image la forme bombée d'un émail, au moyen d'une petite presse qui se trouve chez les marchands d'articles pour photographie.
ÉPREUVES POSITIVES AUX SSLS d'aRGENT ET AUX SELS DE FER. gS
(jénéraiement, pour les caméo-portraits, on se sert de caches spéciales découpées d'après les dimensions de la presse à bomber, et qui permettent d'obtenir des épreuves ovale^ ou autres, dégradées ou non, avec des marges plus ou moins teintées suivant le goût de l'opérateur.
Épreuves positives aux sels de fer (dites au prussiate de potassé). — Les épreuves obtenues par cette péparation sont d'un ton bleu plus ou moins foncé, à moins que par des réactions successives on ne les fasse virer au ton noir ; mais, ces réactions étant un peu compliquées et ne donnant pas jusqu'ici les teintes désirables, on se contente le plus souvent du ton bleu.
La préparation du papier employé pour ce genre d'épreuves est basée sur les propriétés du prussiate rouge de potasse (cyanoferride de potassium), qui forme avec les sels de protoxyde de fer un précipité bleu intense, analogue au bleu de Prusse, tandis qu'il ne précipite pas et ne colore pas sensiblement les sels de peroxyde de fer, et sur cette autre propriété de certains sels de peroxyde de fer ou de composition chimique analogue qui, sous l'influence de la lumière et d'une matière organique, reviennent à l'état de protosels. »
Si donc on fait un mélange de prussiate rouge de potasse et d'un sel de peroxyde de fer et qu'on imprègne une feuille de papier de ce mélange, elle sera teintée d'une manière générale d'une couleur verdâtre ; au lavage le mélange se dissoudra, et la feuille de papier redeviendra blanche. Mais, si, par une réaction quelconque, une partie du sel de perexyde est ramené à l'état de protoxyde, le prussiate rouge de potasse formera avec ce sel de protoxyde ce composé bleu insoluble qui restera sur la feuille.
Or, la lumière possédant cette propriété de ramener certains sels de peroxyde de fer à l'état de protoxyde, lorsqu'ils sont mélangés d'une matière organique, le résultat sous un cliché sera l'impression de l'épreuve en couleur bleu de Prusse.
C'est en se fondant sur ces deux propriétés que M. Marion a préparé, d'après les formules qui lui ont été communiquées par M. de Motileff, un papier dont il n'a pas publié le mode de fabrication : il y a lieu de croire qne c'est un mélange de cyanoferride de potassium et de citrate de fer ammoniacal. Ce papier se conserve très-longtemps à l'abri de la lumière : il suffît de l'exposer sous un cliché pour avoir assez rapidement une
g6 LIS PftOGftftS DE LA PBOTOGmAPUIB.
épreuve bleae qu*on développe ei 'fixe à la fois par un simple lavage à Teau.
On peut employer, pour préparer œ papier, la formule suivante :
Prussiate rouge de potasse lo^"*
Eau loo"
Ammoniocitrate de fer iS'*^
Eau loo"
Mélangez, filtrez et préparez sur ce bain, par affleurement, des fouilles de beau papier ordinaire. On laisse sécher et Ton conser\'e.
L'épreuve obtenue est lavée, mais peu à peu elle se dégrade dans Peau de lavage, jusqu'à disparaître complètement; on pourra donc ramener au ton voulu une épreuve trop posée en la maintenant immergée plus ou moins longtemps.
Le ton de répreuve bleue obtenue s'avive et devient plus intense si, dans la dernière eau de lavage, on ajoute quelques traces d'une solution de chlore ou d'un hypochlorite décolorant quelconque (eau de Javel, chlorure de soude, chlorure de chaux).
Ce procédé, qui ne sera employé par les photographes que dans des circonstances exceptionnelles, pourra rendre de réels services dans tous les bureaux où l'on fait soit des plans, soit des dessins, dont il est utile de garder ou de communiquer copie. On peut ainsi économiser les frais et le temps d'un décalque , et la possibilité d'acheter tout préparé un papier qui se conserve longtemps et donne une épreuve par la simple exposition de la lumière, suivie d'un lavage à l'eau, en rend la pratique très-facile pour ces circonstances spéciales.
Depuis les expériences déjà anciennes de M. Ed. Becquerel et de Niepce de Saint-Victor, pour obtenir directement les couleurs de la nature sur plaques daguerriennes, des méthodes nouvelles ont été proposées pour produire ces mômes couleurs sur papier, soit directement, soit indirectement.
Les études de M. A. Poitevin, celles de M. de Saint-Florent, prouvent qu'il est possible d'obtenir les couleurs sur un papier sensibilisé au souschlorure d'argent, mais elles sont toujours fugitives, et, jusqu'à présent, ces recherches, très-curieuses comme théorie, ne peuvent recevoir aucune application pratique.
Deux autres habiles et savants chercheurs, M. Ihicos du Hauron et M. Ch. Gros, s'appuyant tous deux sur une môme théorie, sans avoir connaissance de leurs mutuels travaux, ont proposé en môme temps, dans le courant de 1869, une solution complètement nouvelle du problème.
Au lieu de chercher à obtenir directement toutes les couleurs que peut présenter la nature, ils ont pensé qu'il serait possible d'analyser ces couleurs en les ramenant aux trois couleurs primitives : rouge, jaune, bleu, et faisant, par des moyens expliqués plus loin, trois clichés négatifs, l'un de tous les rayons rouges, l'autre de tous les rayons jaunes, le troisième de tous les rayons bleus qui entrent dans la composition de la totalité des couleurs naturelles, ils superposent les positifs rouges, jaunes et bleus de ces négatifs et recomposent ainsi l'ensemble coloré.
M. L. Vidal, dans une voie ayant quelque analogie avec la précédente, se contente de faire un seul cliché, et, par un travail manuel de réserves habilement faites, il peut tirer une série d^épreuves portant chacune une
g8 LES PROGRftS D£ LA PHOTOGRAPHIB.
teinte particulière monochrome. Ces épreuves, obtenues sur pellicules de gélatine, sont superposées avec un repérage exact et donnent ainsi, en se fondant les unes dans les autres, les teintes diverses de Tobjet représenté. Nous allons examiner rapidement ces procédés divers.
fiPRBUTES COLORÉES OBTENUES DIRECTEMENT SUR PAPIER.
Procédé de M. Poitevin (^]. — Une feuille de papier est couverte de chlorure d'argent par les procédés ordinaires, bien lavée et exposée à la lumière le temps nécessaire pour prendre une teinte foncée, due à la formation du sous -chlorure d'argent violet; on applique à la surface la composition suivante.
Prenez :
Eau loo" ) ,
!>• u * j 4 r : I volume.
Bichromate de potasse 5 )
Solution saturée de sulfate de cuivre. i volume.
Eau loo" J .
Chlorure de potassium 5 j^
Mélangez les trois volumes et, au moyen d'un pinceau, appliquez une couche de ce liquide sur le papier noirci à la lumière, laissez sécher, mettez le papier sous des écrans colorés, et, après une exposition de quelques minutes, variable suivant la transparence de ces écrans, vous aurez rimage représentant les mêmes couleurs. H est facile de vérifier la marche de la coloration.
Les épreuves, lavées à Teau très-faiblement acidulée d'acide chromique, puis successivement par une faible solution de bichlorure de mercure, de nitrate de plomb et par Teau pure, ne s'altèrent plus que lentement par la lumière. Toutefois on ne peut les considérer comme suffisamment stable: pour qu'elles puissent avoir un résultat autre qu'un grand intérêt théorique.
M. Poitevin indique que les composés favorisant les colorations du
(<) Bulletin de la Société française de Photographie^ année i868, p. i^*
sous-chlorure d'argent violet sonl les réactifs oxydant tels que les bichromates solubles, l'acide chromique, le nitrate d'urane, etc.
Procédé de M. de Saint-Florent (*).— M. de Saint-Florent, continuant les recherches dans cette môme voie, a communiqué à la Société française de Photographie les formules adoptées par lui, l'ensemble de ses expériences et les idées théoriques qu'elles lui ont suggérées ; nous renvoyons à ce travail et nous donnons seulement ici quelques-unes des formules publiées :
Plongez une feuille de papier d'un grain aussi fin que possible dans une solution composée de :
Azotate d'argent '. 20*''
Eau distillée 20*"
Jprès dissolution, ajoutez :
Alcool 100*"
Acide azotique 10**
La feuille retirée est mise à sécher et passée dans un bain formé de :
Acide chlorhydrique 5o"
Alcool 5o
Nitrate d'urane i^*^
On fait préalablement dissoudre i à 2 grammes de blanc de zinc dans l'acide chlorhydrique.
Au sortir de ce bain, le papier est exposé à la Ittmière solaire jusqu'à ce qu'il devienne violet bleu, après dessiccation on recommence l'immersion dans les deux bains, et l'on répète ces opérations jusqu'à ce qu'on ait obtenu une teinte violet bleu sufiQsamment intense; c'est le seul moyen d'avoir des épreuves très-vigoureuses.
Avant que le papier soit tout à fait sec après le dernier bain, on le passe dans une solution de :
Eau 100
Nitrate acide de mercure 4à5 gouttes.
(') Bulletin de la Société française de Photographie. Aimée 1873, p. 228; année 1874, p. 53, 72, io3.
lOO LES PmOOLftS »■ LA PflOTOMUPHII.
On la.>se b Sevi..ie pf^ j:x1 cioq a dA cûnates dans ce bain et on la sè»i*l)e dan> du bn'iard.
On I\«\p>*c i»!or> m»ti5 I "/^ran cciioriê. >c»:t par exemple un Terre de lanterne maji ]ue: on ol ti«:t. «i trente on quarante secondes à la lumière du so!oil, une êj rei:%e f.oJ Manc a^ec î:«'jte5 les couleois du modèle.
Les «vuîeurs sont j 'lascives el la raji^.:^ aussi grande, si Ton ajoute au bain prêcôdent :
Si»!uî]v»n sa î urée de lôcLr:»n*a:e de potasse ou
ci"a.n:n: «nij^ijc a"
Ai'i.ie >L.:ur. :'je a**
Chl..»ra:e do jKta?>?^ i**
Pour fi\er a peu prfs ks iniarts, on les îa^e à grande eau, puis on les plonpL^ d«tns
AmmoniaqiîO 5"
AKxvl loo
On lave de m>u\eau. on passée la fei::.*e dans un bain saturé d'un chlorure alcalin, et, aprft? un ncmvtsau iav^are, rêpreuve résiste assez longtemps À 1a îumh^re d.rfu?^?,
tetECTES iX>LOfttES OBTEIIES IXMKlCTKB£XT.
Héliochromie. — M^:k\i^ de M. Crw ' . — M. Ch. Gros, traitant la (luestion st^ulement au «point de lue théorique, na af^rté aucune t^^reuv'e^ n'a U\\ aucune ejLpèrîence a Tappui du llémoire présenté par lui; m^aumoins, ce Mémoire est si pKcis que nous en leconunandons la leiMurt^ attentive aux perï<4uies que œ sujet intéresse, et nous croyons devoir en mpiH^ler brièvement les piùnts principaux, pour en montrer toute la valeur*
Tout»>s K>s ciHileurs de la nature à>e résument en trois couleurs primitives, le n>Ui:i\ le jaune, le bleu: il faut donc, pour résoudre le probliMue dtv couleurs naturt^lies. prendre trois épreuves difilerentes, Fune de
vM Kxlr«)i du Moiuoii>» pltblù^ pdir le journa! les M^MtJes, i5 férrier 1869. kovu I9 Uu<e d«> AWm;ù\n ^xriWr W« /irx>KV«tr «r Im PÂix:ograpkie des couleurs.
tous les points rouges ou contenant du rouge, l'autre de tous les points jaunes ou contenant du jaune, la troisième de tous les points bfeus ou contenant du bleu. Ces trois épreuves, bien qu'obtenues avec les teintes uniformes d'un cliché photographique, représenteront chacune les quantités proportionnelles de rouge, de jaune, de bleu, qui forment l'ensemble coloré du modèle.
Il faut maintenant, par un moyen synthétique , reproduire les teintes avec les dégradations données par chaque cliché et les superposer de mattière à les confondre, ce qui nous représentera l'ensemble des couleurs (lu sujet reproduit.
M. Gros donne dans son Mémoire de nombreux moyens d'analyser les couleurs, entre autres l'obtention des épreuves à travers des verres colorés de teinte complémentaire, méthode que nous retrouverons employée par M. Ducos du Hauron, ou l'usage des éclairages monochromes successifs, etc.
Pour les procédés de synthèse, c'est-à-dire de reconstitution de l'image coloriée, l'auteur indique la projection sur un écran de chaque épreuve que l'on superpose en les éclairant chacune par la lumière monochrome qui se rapporte à chaque cliché ; la succession rapide des épreuves coloriées, comme cela a lieu dans l'instrument di^^çXéphénahisticope; la super- |)osition des images au moyen de réflexions obtenues par des glaces ; la superposition des teintes imprimées par trois planches héliographiques ou lithophotographiques.
L'auteur ne se dissimule pas que dans la pratique il peut se présenter de grandes difficultés, mais il se contente d'indiquer de nombreux modes de solution du problème en laissant l'idée faire son chemin dans le domaine public.
Héliodiromie. — Méthode de M, Ducos du Hauron, — L'auteur pose d'abord ce môme principe : Toutes les couleurs perçues par l'organe visuel se réduisent à trois couleurs élémentaires, le rouge, le jaune, le bleu, dont les combinaisons en diverses proportions produisent l'infinie variété des nuances de la nature; si nous pouvons obtenir trois épreuves, l'une rouge, l'autre jaune, la troisième bleue, dans lesquelles ces trois couleurs soient représentées dans les mômes proportions que sur le modèle, comme quantité et intensité, et cela non -seulement pour les couleurs
primitives, mais aussi pour toutes les combinaisons qu'elles peuvent former entre elles , il suffira ensuite de confondre ces monochromes par superposition, de manière à les voir, soit par réflexion, soit par transparence, pour retrouver toutes les couleurs de la nature.
La difficulté d'obtenir ces monochromes n'est pas aussi grande qu'on pourrait le croire au premier abord. En effet, prenons un verre vert, c'est-y à-dire ne laissant passer que les rayons jaunes et bleus : le rayon rouge est éliminé, il ne passe pas, et, si ce verre est placé devant l'objectif, ou plutôt devant la glace sensible, celle-ci sera impressionnée par les rayons jaunes et bleus et leurs composés, suivant leur intensité, tandis que les rayons rouges étant complètement arrêtés n'auront aucune action, et au développement on obtiendra un cliché qui sera le négatif du rouge. Ce négatif, employé sur un papier rouge à la gélatine bichromatée, donnera donc l'épreuve du rouge avec toutes ses dégradations de teintes. Si nous prenons une deuxième épreuve à travers un verre violet (rouge et bleu), nous arrêtons les rayons jaunes, et nous obtenons au développement le négatif du jaune , qui donnera sur papier positif jaune l'image monochrome jaune. De même à travers le verre orangé (jaune et rouge), nous arrêtons le rayon bleu, nous obtenons le négatif du bleu, qui donnera de la même manière un positif bleu.
Avec le procédé dit au charbon, tel qu'il est pratiqué actuellement, d'une manière courante, rien de plus simple, étant donnés ces trois négatifs, que d'obtenir sur pellicule transparente les trois positifs monochromes rouge, jaune, bleu, et les superposant avec un repérage exact, on a l'image avec les couleurs du modèle, soit par transparence, soit par réflexion, suivant l'intensité des épreuves.
Dans la pratique, deux difficultés se présentent :
Le choix des verres colorés ;
La préparation d'une surface sensible appropriée.
Pour le choix de la coloration des verres, qui doit être suffisant pour opérer l'analyse des couleurs, sans cependant s'opposer complètement à l'impression photographique, il faut un grand nombre d'essais successifs pour arrêter la coloration convenable, soit que l'on prenne ces verres dans le commerce, soit qu'on les prépare soi-même au moyen de vernis colorés.
LES COULEURS EN PHOTOGEÀPHIE. lo3
Pour la préparation des surfaces, nous donnerons celles que M. Ducos du Hauron a recommandées dans son dernier Mémoire, après essai d'un grand nombre de procédés divers; mais l'ensemble de ce travail se ressent forcément de l'indécision qui règne dans toutes les recherches théoriques sur la question des iodures et bromures d'argent, et sur l'impression qu'ils reçoivent des rayons les moins réfrangibles du spectre; nous devons reconnaître que, si un nombre considérable d'expériences a été fait avec Fiodure et le bromure d'argent, séparément ou mélangés, à rétat sec ou à l'état humide, à l'état de pureté ou avec l'addition d'autres substances, toutes ces expériences sont le plus souvent contradictoires, bien qu'elles aient été faites avec le plus grand soin ; les affirmations présentées par des expérimentateurs habiles sont contredites le plus souvent par les résultats obtenus par d'autres expérimentateurs tout aussi soignenx, et nous devons avouer que nous n'avons encore sur ce sujet qu'une réunion de matériaux insuffisants pour constituer une théorie solide.
Pour obtenir par voie humide les trois clichés négatifs des monochromes rouge, jaune, bleu, M. Ducos du Hauron emploie un coUodion contenant 3 grammes de bromure de cadmium pour loo centimètres cubes de coUodion; il sensibilise la glace dans un bain de nitrate d'argent à 20 pour loo d'eau et la lave à l'eau distillée, de manière à la débarrasser complètement de toutes traces de nitrate d'argent; lorsqu'il s'agit de prendre l'épreuve à travers le verre violet, il n'est pas besoin de modifier cette couche de coUodion, nous rentrons dans les phénomènes de la photographie ordinaire, on pose un temps très-court, on développe par le procédé alcalin de Sutton ou tout autre, et l'on obtient ainsi facilement le négatif du rayon jaune, c'est-à-dire celui où tous les points du modèle qui sont de couleur jaune pure ou combinée seront traduits par la transparence plus ou moins complète du cliché. Pour avoir le négatif du rayon rouge, il faut opérer à travers le verre vert, ne laissant passer que les rayons jaunes ou bleus; déjà ce milieu vert atténue beaucoup la sensibilité. M. Ducos du Hauron s'est alors reporté aux travaux de M. Yogel, lequel affirme que l'addition au bromure d'argent d'une substance colorée, absorbant certains rayons du spectre, rend ce bromure sensible à ces mêmes rayons. Nous ferons remarquer que cette loi, posée par M. Vogel, en 1873, n'est pas nouvelle, car elle avait été formulée par M. Gros, dans
Io4 LES PROGRÈS DE LA PHOTOGRAPHIE.
son Mémoire de février 1869, dans les termes suivants : c La faible activité actinique des rayons rouges et jaunes s'explique par ce fait que les substances sensibles sont généralement rouges ou jaunes et reflètent ces couleurs sans les absorber; on rétablirait l'égalité en colorant les surfaces sensibles en bleu ou en vert. »
En outre, cette loi ne peut être considérée comme fixée d'une manière définitive, car elle se trouve contredite par quelques expériences (le M. Garey-Lea. Il est démontré que certains corps favorisent l'action des rayons les moins réfrangibles du spectre, mais il n'est pas encore suffisamment prouvé que ce soit par le fait de leur coloration. En effet, deux teintes égales données, l'une par la chlorophylle, l'autre par le vert d'aniline, ne semblent pas produire le même résultat, et nous conclurons comme ci-dessus en disant que les recherches ne sont pas encore complètes sur ce sujet.
Quoi qu'il en soit, on donnera à la préparation destinée à opérer avec le verre vert une sensibilité convenable pour les rayons verts, en teintant le collodion avec Taurine ou avec la coralline, et la glace, après égouttage, lavage, est immergée dans le préservateur indiqué par Sutton :
Eau distillée 200''*
Carbonate de soude i
GtMatine incolore i
Il est bon d'ajouter dans ce bain un peu d'aurine, pour l'empêcher (l'onlovor cette matière colorante à la glace préparée.
Pour obtenir le négatif du bleu, il faut prendre l'épreuve, en interposant un verre jaune orangé, celui qui évidemment offre le plus de résistance k l'action de la lumière.
La glace est alors préparée au bromure d'argent seul, comme pour la première éprouve ; puis, après un lavage soigné, suivi d'un passage à Taloool, on l'immerge dans une solution alcoolique de chlorophylle, qui hn donne une légère teinte verdâtre. Après Tavoir égouttée, on la passe dans Tcau distillée et Ton expose un temps plus ou moins long, suivant la lumière et Tobjeetir, mais certainement beaucoup moindre que si l'on n'avait jm>s employé la ohlon>phylle.
Los négatifs obtenus j>ar l'un ou l'autre procédé sont fixés à la mamière
ordinaire, examinés au jour, Remontés s'il y a lieu, vemis et marqués comme correspondant chacun à leur rayon respectif, rouge, jaune ou bleu. Pour faire l'épreuve positive, on tire trois épreuves par le procédé de
la gélatine bichromatée, l'une sur papier mixtionné rouge, l'autre sur papier jaune, l'autre sur papier bleu, en se servant pour chacune du négatif approprié. On les développe soit sur pellicule de collodion, soit sur glace ou sur papier rendu imperméable ; on les reprend ensuite , on les superpose en les repérant et l'on obtient l'ensemble coloré.
Ces trois négatifs peuvent également servir à faire, soit trois surfaces lithographiques, soit trois planches gravées en creux, avec lesquels on imprimera en couleur par les procédés dits aux encres grasses.
Photoehromie de M. L. Vidal. — M. L. Vidal, le savant et zélé secrétaire de la Société photographique de Marseille, auquel la photographie doit de nombreuses recherches et de nombreuses applications du procédé dit au charbon, a inventé, décrit et appliqué industriellement un procédé présentant avec le précédent une grande analogie pour la superposition des épreuves positives, qui sont formées de plusieurs monochromes transparents, chacun de la nuance nécessaire pour obtenir l'effet d'ensemble.
M. Vidal emploie, soit un seul cliché photographique ordinaire, avec lequel il peut faire toute une série de contre-clichés, soit une série de clichés semblables pris directement sur nature ; puis il fait à la main et sur chacun, par les moyens connus de la retouche ordinaire, les réserves nécessaires pour chaque couleur différente; il peut également n'employer qu'un seul cliché et faire la série des réserves sur des feuilles de papier très-minces qu'il interpose au tirage, en prenant la précaution de faire des repérages très-exacts, et il imprime ensuite séparément chaque couleur. Ainsi, sur le cliché ou sur la réserve destinée au bleu, il masquera tout ce qui dans l'épreuve positive ne doit pas contenir de bleu ; de môme pour le jaune et pour le rouge , mais il faut aussi avoir des réserves pour les nuances intermédiaires, car on ne pourra faire à la main l'analyse des couleurs secondaires et autres. Aussi, comme dans la lithochromie , ce procédé approchera d'autant plus de la perfection qu'on emploiera un plus grand nombre de planches et que le. travail des réserves sera plus habilement fait. M. Ducos du Hauron demande le travail d'analyse à l'in-
lo6 LBS PROGRES DB LÀ PHOTOGRAPHIE.
terposition des verres colorés ; théoriquement, son procédé est supérieur, mais, si l'on considère les résultats pratiques, M. Vidal paraît plus avancé.
Les clichés-réserves du procédé de M. Vidal étant faits, on doit chetcher des papiers à la gélatine, mixtionnés avec les teintes convenables pour le travail à exécuter. Ces papiers sont sensibilisés dans la solution de bichromate de potasse, exposés chacun sous son chché spécial et développés sur un support provisoire qui peut être, soit du papier végétal rendu imperméable par une solution de gomme laque, soit du papier passé à la stéarine, etc., etc.; après développement, on les laisse sécher; puis, tous les monochromes étant ainsi préparés, on les superpose dans Tordre voulu pour l'effet final. Pour cela, on commence par gélatiner le support définitif, et, quand la gélatine est sèche ou qu'elle a fait prise suffisamment pour ne plus se dissoudre, on la plonge dans l'eau ; on y fait adhérer le premier monochrome, on éponge au buvard, et Ton fait sécher de nouveau ; on sépare le support provisoire par l'immersion dans l'alcool ou toute autre méthode, et l'on applique le second avec les mêmes précautions et en repérant exactement; puis le troisième et ainsi de suite, jusqu'au dernier, qui est le plus souvent d'une "teinte neutre, très-légère, destinée à accentuer les modelés et les ombres.
Quelque compliquées que paraissent ces opérations pour une pratique industrielle, l'auteur affirme qu'en les conduisant sur un grand nombre d'épreuves à la fois on peut arriver à i|ne production sufiSsamment rapide.