PROCÉDÉS SECS DIVERS
Procédés à l'albamine. — Quelques opérateurs, et nous sommes de ce nombre, préfèrent les préparations albuminées comme donnant des épreuves supérieures pour la finesse, le détail dans les lointains , la netteté et la franchise dans les traits. Les glaces préparées à l'albumine seule semblent supérieures à toutes autres pour la reproduction des gravures, des dessins, surtout s'il s'agit de clichés destinés à la photogravure en creux ou en relief; celles préparées au collodion albuminé (procédé Taupenot) demandent des soins moins minutieux que celles préparées à l'albumine pure et sont parfaites pour le paysage; aussi, bien que ces procédés soient déjà connus, nous croyons utile de les décrire de nouveau, en y ajoutant les améliorations qui y ont été apportées.
Procédé à ralbnmine de H. Gobert. — La description de ce procédé nous a été donnée entièrement par M. Gobert, praticien des plus habiles et des plus soigneux, qui nous a montré des reproductions irréprochables, destinées à la gravure et à la typographie. Il n'y a dans l'application qn^un seul écueil, la poussière dont il est difficile de se garer, même en apportant les plus grands soins*
Nettoyage des glaces.— Pour le procédé à l'albumine, il est absolument nécessaire d'abandonner le verre ordinaire, il faut se servir uniquement de glaces bien polies : un nettoyage rigoureux est indispensable.
On projette sur la glace quelques gouttes d'acide chlorhydrique et on la frotte avec un tampon imbibé de teinture d'iode :
Alcool loo"
Iode i5
Après avoir frotté en tous sens, on essuie avec un tampon de papier iosq>h, puis avec un linge fin et bien propre.
4% un raoGKfts WÊ. la PBOiocsArHn.
Sur cette glace, doot on a écarté toutes les pooâsîères avec un blaireau, on étend ralbnmlne après Favoir préparée d'après la foimole suivante :
Albumine d*<Biils frais * loo**
lodare d*a]iinioniiiin i^
Bromure de potassium caS
Iode o,a5
On bat le m^ange en neige avec une fourchette de bois on un petit balai d'oàier; il £ïut éWter les instruments de métal, qui seraient attaqués par riode ou abandonneraient des parcelles métalliques.
Après quelques heures de rqpos, on décante Falbumine déposée , on la filtre au papier; la première filtration est très-lente, mais, après cette première filtration, la seconde, faite sur un filtre neuf, marche très-rapideniNit : le liquide passe comme de Teau.
Au moment de se ser\'ir de Falbumine, on doit toujours la filtrer, et même répéter cette opération sur le même filtre deux ou trois fois de suite, de manière à rejeter à l'intérieur du filtre toutes les poussières, toutes les fibres qui se détachent toujours du papier. Le liquide regardé par transparence doit être d'une Umpidité absolue, sans qu'on puisse voir flotter aucun corps étranger : de ce soin dépend la pureté des glaces.
Pour étendre Falbumine on plonge dans le liquide le bec effilé d'une pipette qui a été elle-même bien nettoyée et dans laquelle on a passé deux ou trois fois le liquide pour le rejeter sur le filtre, on prélève la quantité reconnue nécessaire pour la surface à couvrir ; puis, tenant la glace de la main gauche avec une bonne ventouse, on fait à la partie supérieure, du coin gauche au coin droit, une large bande d'albumine que Ton étend ensuite sur toute la surface de la glace en s'aidant de la pipette comme d'une baguette de verre. On fait descendre le liquide jusqu'à la partie inférieure, et l'on reverse le trop grand excès dans un second flacon.
On a ainsi sur la glace un peu plus d*albumine qu'il n'est nécessaire. Par une série d'inclinaisons variées en tous sens, on en régularise la répartition uniforme sur toute la surface : c'est ce tour de main qui constitue la diCQcu Ité principale du procédé. En même temps on examine sa préparation avec soin, mais rapidement ; si l'on aperçoit quelques grains de pous-
£PRfiUYE8 NCGATIYES SUR PRÉPARATIONS SË€HES. 4^
sière ou quelques petites bulles d*aif , on les enlève avec la pointe d'une plume d*oie ; retournant alors la glace, toujours adhérente à la ventouse, on accroche celle-ci au moyen d'un anneau ad hoc à une ficelle suspendue au plafond, et l'on Sonne à tout le système un mouvement lent de rotation. Sous l'influence de la force centrifuge l'excès d'albumine est régulièrement projeté par les bords ; l'expérience peut seule indiquer le degré de mouvement et le temps nécessaires pour qu'il reste sur la glace une couche qui ne soit ni trop mince, ni trop épaisse.
La ventouse étant décrochée, on essuie avec un tampon de papier Joseph les bourrelets qui peuvent rester sur les bords de la glace et l'on porte celle-ci à sécher.
Cette dessiccation doit être faite rapidement, en maintenant la glace par'faitement horizontale* Le meilleur système consiste à la poser face en dessous, à quelques centimètres d'une plaque de fonte régulièrement chauffée. Pour cela, on met sur la plaque de fonte trois petits blocs à caler, terminés chacun par une aiguille verticale. Ces blocs sont écartés de manière à correspondre à la dimension de la glace, et celle-ci est posée sur les trois aiguilles face en dessous, .ce qui la met à l'abri de la poussière ; les aiguilles portent sur deux des anglcb et sur le milieu du bord opposé. En très-peu de temps la dessiccation est complète, l'air chaud pouvant circuler librement entre cette glace et la plaque de fonte.
Cet ensemble de préparations ne demande que quelques minutes ; pendant le temps nécesaire pour sécher une première glace, on en prépare une seconde et successivement. Les glaces sont ensuite rangées au fur et à mesure dans une boite à rainure bien propre, et mises à l'abri de l'humidité ! le temps paraît ne leur faire subir aucune altération.
Avant de procéder à la sensibilisation, il est bon, sinon indispensable, d'exposer chaque glace aux vapeurs d'iode en les posant au-dessus d'une cuvette dont le fond est recouvert d'iode en paillettes ; les boîtes qui servaient autrefois pour le daguerréotype sont parfaites pour cet usage. Après un temps d'exposition, variable suivant la température et la quantité d'iode, mais qui peut aller jusqu'à trente minutes, la glace prend une riche teinte jaune d'or; on la laisse quelque temps à l'air libre pour que l'excès d'iode se volatilise, et l'on est dans les meilleures conditions pour la sensibilisation.
44 tes PROGEftS DB LA PHOTOGRAPHIE.
Cette sensibilisation se fait en immergeant la glace d'un coup dans un bain composé de :
Eau loo'*.
Azotate d'argent lo»'
Acide acétique cristallisable lo**
Après trois minutes d'immersion, la glace est relevée, puis lavée abondamment avee le plus grand soin.
La couche préparée doit avoir pris une teinte opale, bien accentuée, mais l'opacité n'est jamais grande ; si la teinte opale n'est pas suffisamment marquée, c'est que la couche d'albumine restée sur la glace est trop mince.
La sensibilité de cette préparation se conserve très-bien pendant cinq à six jours, au delà elle décroît. 11 est probable, comme cela a lieu dans le procédé Taupenot au collodion albuminé, que, si, après un dernier lavage, on couvrait la glace par une solution d'acide gallique, la sensibilité serait conservée pendant des semaines.
Après l'impression, dont la durée est subordonnée à toutes les variations de sujets, de lumière, d'objectifs et de diaphragmes, l'image est développée par une solution d'acide gallique à saturation.
La glace est plongée dans ce liquide, et l'on ajoute quelques gouttes d'une solution d'acide pyrogallique dans l'alcool absolu , à la dose de 10 grammes d'acide pyrogallique pour loo centimètres cubes d'alcool.
Ce développement se fait très-bien sur le pied à caler; on peut le faire également à la* cuvette ou à la main.
L'addition de nitrate d'argent doit se faire très-légèrement et avec beaucoup de précaution, en mettant dans un verre quelques gouttes d'une solution faible, y reversant le liquide révélateur, afin d'avoir un mélange bien homogène, puis étendant de nouveau le liquide sur la glace.
L'image terminée est lavée et fixée à l'hyposulfite de soude, jamais au cyanure de potassium qui soulève et détache la couche d'albumine.
Généralement il n'est pas nécessaire de vernir l'épreuve ; l'albumine, coagulée par les opérations précédentes, offre une résistance suffisante aux frottements. Toutefois, si le cliché est destiné à tirer des épreuves positives aux sels d'argent, il -sera préférable de vernir, parce que la plus
petite trace de nitrate d'argent et d'humidité produirait des taches irrémédiables.
Collodion albuminé. Procédé Tanpenot. — L'ensemble du procédé Taupenot consiste à préparer sur glace ou sur verre une couche d'un bon collodion, qui, après avoir été sensibilisé et bien lavé, est recouvert d'une nappe d'albumine bromo-iodurée qu'on laisse sécher. En présence de l'iodare et du bromure alcalins, la sensibilité de la première couche est annulée, l'albumine pénètre le collodion, sèche en môme temps que lui, et lui conserve sa perméabilité. En cet état la glace n'a aucune sensibilité, et peut être exposée au jour ; elle se conserve indéfiniment dans un endroit sec, à l'abri de la poussière.
Lorsqu'on veut lui donner la sensibilité, on la passe au bain d'acétonitrate d'argent : les iodures et bromures alcalins sont alors transformés en iodures et bromures d'argent impressionnables ; la couche de collodion reprend sa sensibilité, l'albumine est coagulée, mais elle garde sa porosité, qu'on a augmentée le plus souvent par l'addition de substances solubles, et cette couche, bien lavée pour éliminer tout excès de nitrate d'argent et séchée, peut se conserver sensible pendant un temps plus ou moins long.
Cette préparation a des qualités intermédiaires entre l'albumine et le collodion ; plus rapide que la première, elle donne plus de finesse et de fermeté que le second, et nous croyons que, dans la pratique, ce procédé est un de ceux que nous devons le plus recommander, bien qu'il demande un peu d'étude et de soins lorsqu'on veut s'en rendre maître.
Un des écueils du collodion albuminé était la facilité avec laquelle la couche se soulevait par ampoules dans les préparations, soit par suite d'un nettoyage insuffisant des glaces, soit par l'emploi de solutions d'albumine et de collodion ne se pénétrant pas suffisamment ; de là, cette recommandation faite autrefois d'employer des coUodions très-étendus, à couches minces, pour que l'albumine pût les traverser et arriver directement sur la glace.
Maintenant, on peut obvier facilement à ces soulèvements, même avec des collodions assez épais, par l'emploi des couches préalables, et plus simplement encore par le polissage au talc {voir:p, 27). Lorsque les glaces ont subi ces préparations préalables elles sont prêtes pour les suivantes : on peut les conserver ainsi en les mettant à l'abri de la poussière
dans des boites à rainures très-propres et en ayant le soin de tourner dans un même sens toutes les faces préparées ; car, lorsque la couche préliminaire d'albumine est sèche, on distingue difficilement le côté préparé de celui où le verre est à nu, et le polissage au talc ne laisse aucune trace.
La glace est ensuite couvert^ d'un bon collodion bromo-ioduré; la formule donnée autrefois par M. le comte 0. Âguado ( Chimie photographique , p. i46) est excellente et meilleure encore si Ton y ajoute a'*", 5o de bromure de cadmium par litre et, si l'on ne trouve pas la couche suffisamment opaline, on y met une même quantité d'iodure de cadmium ; le collodion doit être suffisamment fluide pour bien s'étendre sans former ni stries, ni nuages moutonneux. Si ces défauts se présentent malgré l'emploi d'un collodion de densité convenable, on doit presque toujours les attribuer au coton ; il faut alors faire une préparation nouvelle en recherchant un coton plus attaqué par les acides ; préparé à une température élevée, ce coton est généralement plus cassant et plus poudreux ; il faut aussi tenir compte de la dextérité avec laquelle on étend la couche de collodion ; on doit éviter les retours, les moutonnages que causerait une inclinaison trop rapide : le mieux est de verser le liquide lentement et régulièrement sur la glace et d'incliner celle-ci pour déverser l'excédant par l'angle inférieur et ne pas l'agiter pendant quelques instants.
La glace collodionnée est posée par l'angle sur quelques doubles de papier Joseph et appuyée contre le mur la face en dessous ; après une minute et même moins, suivant la température, on la relève et on l'immerge dans un bain formé de :
Eau loo''*
Nitrate d'argent 7 à S'*"
Acide nitrique 3à4 gouttes
Le même bain peut servir pour un grand nombre de glaces, à la condition de le filtrer assez fréquemmtnt, après douze ou quinze glaces par exemple, pour éliminer les poussières, les pellicules de collodion et les autres substances insolubles que chaque immersion de glace peut y apporter ; on doit vérifier de temps en temps l'acidité par un papier bleu de tournesol (cette acidité doit être franchement accusée) ; il est bon d'exposer le bain au soleil dans l'intervalle des préparations.
iPREOYES NÉGATIVES SUR PRÉPARATIONS SÈCHES. 4?
Après le temps nécessaire pour la sensibilisation du collodion, quand la couche ne gagne plus en opacité, on relève la glace, on l'égoutte, on la lave à trois eaux, en la faisant passer successivement dans trois cuvettes où on l'agite chaque fois ; on doit employer, soit de l'eau de pluie, soit de l'eau distillée : une mauvaise qualité d'eau est une - cause d'insuccès ; on rince ensuite en versantun filet d'eau avec la pissette, et Ton fait égoutter m posant le coin inférieur de la glace dans un verre ou tout autre vase, et en appuyant l'angle supérieur face en dessus sur un papier appliqué le long du mur.
Un égouttage convenablement fait assure la régularité des opérations. Si, après le dernier rinçage, on versait la préparation albuminée sur une glace mal égouttée, cette préparation glisserait sur la surface, il n'en resterait que quelques traces, et son action serait très-incomplète. Si, d'autre part, on attendait trop longtemps, la couche commencerait à se dessécher, et l'albumiçe s'étendrait mal. On doit choisir le moment où la glace tenue verticalement ne laisse plus écbuler de gouttes, on y verse alors l'albumine que l'on a préparée d'avance , d'après les indications suivantes.
Dans la préparation de l'albumine, nous remplaçons toujours le battage en neige des blancs d'œufs par la méthode, beaucoup plus simple et plus rapide, indiquée par M. Âckland : on met l'albumine dans un vase un peu haut, comme une large éprouvette ou un verre à pied, et, pour loo centitimètres cubes de blancs d'œufs, on ajoute lo centimètres cubes d'eau acidulée par i centimètre cube d'acide acétique cristallisable ; on agite douc^nent avec un agitateur en verre jusqu'à ce que le mélange soit devenu bien homogène et bien fluide, ce que la main apprécie parfaitement et l'on abandonne au repos pendant deux heures : il se fait alors une séparation, un précipité peu abondant tombe au fond du vase, un magma plus léger se réunit à la partie supérieure et, entre les deux, on a une haute couche d'albumine limpide. On recueille cette albumine en la filtrant d'abord sur un petit morceau d'épongé fine ou sur un tampon de coton mouillé : elle passe comme de l'eau si l'on a la précaution de décanter la partie lin^pide, soit en retenant le magma supérieur, soit mieux avec un siphon de verre; lorsque la partie claire est filtrée, on verse tout le » reste dans l'entonnoir, et en peu de temps tout est égoutté. Le plus souvent
nous versons sur le magma qui refuse de filtrer une assez grande quantité d'eau, et nous filtrons ce reste à part pour faire Talbumine étendue destinée aux couches préalables.
L'albumine limpide ainsi préparée garde une réaction nettement acide, provenant de Tacide acétique ; on peut, soit l'employer telle, soit la rendre neutre ou alcaline par quelques gouttes d'ammoniaque : les différences dans le résultat final ne sont pas très-sensibles, l'albumine acide parait donner des clichés un peu plus brillants*
A cette albumine filtrée on ajoute, pour loo centimètres cubes,
lodure d'ammonium i"^
Bromure d'ammonium o,5o
Quelquefois dextrine 3 à 4*"
Nous avons souvent employé le sucre au lieu de la dextrine à cause de la facilité de sa dissolution; mais nous y avons renoncé, ainsi qu'à toutes autres matières sucrées, parce que les préparations sucrées absorbent l'humidité et se ternissent par les plus légères variations atmosphériques, tandis qu'avec la dextrine les glaces une fois sèches conservent toujours leur surface nette et brillante. On peut très-bien réussir avec l'albumine iodobromurée sans addition d'aucune autre substance.
L'emploi de la dextrine n'est donc pas indispensable ; elle donne un peu plus de rapidité, mais elle est une complication dans la préparation. On doit la mettre dans un mortier, ajouter de l'eau peu à peu et la broyer avec le pilon jusqu'à ce que Ton ait une solution sirupeuse que l'on chauffe au bain-marie et que l'on ajoute à l'albumine après refroidissement. On filtre alors une première fois sur le papier ; la filtratiôn, empêchée par certaines parties gommeuses de la dextrine, est très-longue.
Au moment de la préparation des glaces on fait une dernière filtratiôn, pour cela, on prend un vase à bec bien propre, et l'on place dessus l'entonnoir de manière que la douille descende presque au fond du vase pour éviter la formation des bulles d'air ; le premier liquide qui passe rince l'entonnoir, la surface extérieure du filtre, la surface intérieure du vase, et entraîne toutes les poussières qui auraient pu rester ; on rejette ces premiers ' liquides sur le filtre et l'on continue la filtratiôn. Lorsque le vase est suffisamment plein, on attend quelques minutes pour que les bulles en-
£PR£UYES NÉGATIVES SUR PRÉPARATIONS SfcCHES. 49
traînées remontent à la surface ; on les enlève avec un peu de papier, et raibumine est alors prôte à être versée.
La glace égouttée est tenue à plat de la main gauche ; de la main droite on verse régulièrement à la partie supérieure une bande allant d'un angle à l'autre et couvrant environ le quart ou le cinquième de la surface ; on fait descendre doucement cette bande jusqu'à la partie inférieure, on en laisse écouler quelques gouttes et l'on fadt revenir la nappe à son point de départ; on la laisse redescendre une dernière fois, on rejette l'excédant de liquide, et la glace est mise verticalement à égoutter sur l'angle posé dans un verre commun, le dos appuyé contre le mur garni de papier buvard, de sorte qu'aucun point de la surface préparée ne touche -sur un corps étranger. Lorsqu'elle est suffisamment égouttée, elle fait place à une autre, et elle est portée sur le séchoir (p. Sg).
n arrive souvent que l'on emploie les jours de mauvais temps pour préparer un assez grand nombre de glaces ; si ce nombre est plus considérable que le séchoir n'en peut porter, on reprend les premières glaces et on les met à sécher en les dressant sur la tranche et en les appuyant presque verticalement contre le mur garni de buvard. La dessiccation est trèslongue : elle demande de cinq à dix heures.
Si la couche d'iodure et de bromure d'argent est très-épaisse dans le collodion, il est nécessaire d'employer une plus grande quantité d'albumine iodurée et d'en maintenir le contact , en mettant la glace pendant quelques secondes à plat sur une surface de niveau : sans cela la réaction serait incomplète et donnerait des glaces ne pouvant pas se conserver et se couvrant au développement d'un voile partiel ou total.
Ces premières préparations de sensibilisation, lavage, albuminage peuvent être faites , sans aucun inconvénient, à une faible lumière du jour, telle que serait, par exemple, celle d'un appartement à persiennes fermées; mais il est alors nécessaire que les glaces sèches soient de nouveau exposées au jour, sans quoi elles ne donneraient que des épreuves voilées ou même pas d'épreuves. Il faut en effet que la première action de la lumière sur la couche sensible soit détruite par l'iodure et le bromure alcalin, et cela ne sera fait que si ces réactifs sont aidés par une nouvelle insolation. Ce phénomène, qui peut paraître bizarre au premier abord, s'explique facilement.
5o LS8 PBOGRtS DE LA PH0T06RÀPHIB.
Après la première sensibilisation, la lumière diffuse, même la lumière artificielle longtemps prolongée, a agi sur la couche sensible comme un réducteur, c'est-à-dire comme séparant un peu d*iode et un peu de brome de riodure et du bromure d'argent ; ces sels sont devenus alors aptes à noircir sous le révélateur. Cette propriété sera annulée par Tiodure et le bromure ^alcalins contenus dans l'albumine, à cette condition que ceux-ci pourront à leur tour céder l'iode et le brome nécessaires pour ramener la couche sensible à son premier état, et ils ne le feront qu'autant que la lumière les aura frappés.
Les glaces, à cet état, n'ont aucune sensibilité, et elles peuvent être conservées indéfiniment, même au grand jour; il est bon de les nettoyer au dos en les mettant retournées sur la presse à nettoyer, les frottant d'abord avec une éponge ou un linge humide, puis avec un tampon de papier Joseph.
Lorsqu'on veut leur donner la sensibilité on les plonge d'un coup dans un bain d'acétonitrate d'argent formé de
Eau loo*"
Nitrate d'argent 7
Acide acétique critallisable 7
On les laisse dans ce bain, sans les agiter, pendant une demi-minute : si on les remuait aussitôt après les avoir plongées, l'albumine qui n'est pas coagulée instantanément éprouverait, ainsi que les substances qu'elle tient en dissolution, comme un léger mouvement de déplacement général, et la surface serait altérée. Après trente secondes, l'action est terminée, on relève la glace, on lave à plusieurs eaux de pluie ou eaux distillées et filtrées, on rince à la pissette et la glace bien séchée se conserve ensuite pendant deux ou trois jours ; mais, si l'on veut une conservation de plusieurs mois, et cela est toujours plus prudent, il suflBt, après le dernier lavage, d'égoutter et de verser à deux reprises un flot d'une solution gallique filtrée, à raison de 5 grammes d'acide gallique pour i litre d'eau distillée. Cette dernière préparation sera particulièrement favorable pour le développement alcalin. Après trois mois de conservation, des glaces ainsi préparées sont aussi bonnes que le premier jour.
Le bain d'argent dans lequel on fait cette dernière sensibilisation ne tarde pas à brunir et môme à devenir complètement noir; il n'y a pas lieu
ÉPREUVES NÉGATIVES SUR PRÉPARATIONS SÈCHES. 5l
de s'en inquiéter, il peut servir indéfiniment : il suffit de compléter le volume nécessaire, en ajoutant une solution neuve faite dans les mêmes conditions, sauf la dose de nitrate d'argent qu'on doit porter à 9 ou lo grammes pour 100 centimètres cubes d'eau.
La sensibilité de cette préparation est moyenne , on peut évaluer qu'il faut environ quatre minutes pour prendre une vue avec un objectif simple de 0,40 de foyer, ayant un diaphragme de o, 12 à o, i5 d'ouverture, étant donné un bon éclairage. Si l'on développe par le procédé alcalin, il faut diminuer la pose de moitié. Nous ferons observer que, pour les vues, l'excessive rapidité avec des éclairages trop vifs donne une réussi moins heureuse qu'une pose prolongée avec une lumière moyenne dont l'effet général est beaucoup plus doux, et, sauf de rares exceptions, la question principale est d'avoir une belle épreuve et non de faire vite.
Lorsque les épreuves ont été préparées de manière à se conserver, c'est-à-dire lorsqu'elles ont été passées à l'acide gallique, on peut retarder le développement autant qu'on le désire ; le plus souvent môme, sous l'acide gallique, ce développement commence seul, et l'image est légèrement visible quand on la sort du châssis.
On peut développer l'épreuve de deux manières, soit avec le révélateur acide, soit avec le révélateur alcalin ; les formules de révélateur, de l'un et de l'autre genre, peuvent varier à l'infini. Pour le révélateur acide, si Ton fait dominer l'acide pyrogallique, les clichés ont une plus grande tendance à devenir bruns ou rougeâtres; si, au contraire, c'est l'acide gallique qui domine, le cliché prend une teinte verdâtre très-peu perméable à la lumière : il faut en tenir compte, car l'image doit alors rester beaucoup plus légère. Voici la formule que nous employons :
Eau 1000*"
Acide gallique S»*^
Acide pyrogallique 3*"^
Acide acétique cristallisable i5"
Le plus commode est de faire le développement dans une cifvette ; on verse sur la glace la quantité nécessaire de cette solution pour la mouiller largement, et l'on met dans un verre 4 à 5 centimètres cubes d'une solution de nitrate d'argent à 4 pour 100 (nous supposons pour une glace 0,21 X 0,27). On déverse dans le verre le liquide qui a mouillé la glace et
52 LBS PROGRÈS DB LA PH0T06RÀPHIB.
l'on reverse le tout sur l'épreuve ; puis on suit le développement qui, dans des conditions non appréciées encore, se fait avec plus ou moins de rapidité. Si Ton fait le développement, en posant l'épreuve à plat dans la cuvette, rimage en dessus, il faut agiter continuellement le liquide, sans quoi il se produit une série d'ondulations moirées sur toute la surface, ondulations qui proviennent probablement d'une inégalité de densité, résultant dans le liquide révélateur de la réduction du nitrate d'argent. On évite toujours cet inconvénient en mettant l'épreuve face en dessous dans la cuvette, seulement il se présente encore assez souvent une autre difficulté c|pnt il faut tenir compte, et qui résulte du défaut de planimétrie des verres employés ou du fond môme de la cuvette ; il faut, quand on développe l'épreuve face en dessous, que la nappe de révélateur comprise entre le fond de la cuvette et la couche sensible soit à peu près régulière, ou, s'il y a une irrégularité dépendant de ce défaut de planimétrie entre les deux surfaces, elle doit être compensée par une plus grande épaisseur de liquide, sans quoi le développement est inégal, il se fait de larges parties plus claires qui ôtent toute valeur au cliché. Il suffit de coller aux coins de la glace quatre boulettes de cire jaune qui établissent une séparation franche entre la cuvette et le cliché, et permettent un développement très-régulier.
Dans tous les procédés secs, le développement alcalin présente de tels avantages sur le précédent, par la rapidité et la finesse, par les détails faciles dans les ombres, qu'on doit presque toujours le substituer au développement acide. La formule que nous avons indiquée (p. 33) donne de bons résultats; en doublant et triplant les doses pour une môme quantité d'eau, on peut diminuer le temps de pose, mais on est peut-ôtre moins maître de l'action ; du reste, l'opérateur peut varier les proportions à sa fantaisie, et il trouvera dans les divers procédés donnés plus loin quelques
'^lic
autres formules, dont il pourra faire l'essai. Nous répétons ici les indica- '^'^'î
■Il
tiens données plus haut ; on prépare deux solutions :
1° Eau looo*''
Carbonate d'ammoniaque lo**"
Bromure de potassium o, lo
^• Eau iooo*« ^'^
Acide pyrogallique lo»*" iper
ÉPREUVES NÉ6ATITES SUR PRÉPARATIONS SÈCUES. 53
Au moment du développement mettez la glace, face en dessus, dans une cuvette, et couvrez-la d'eau distillée; aussitôt qu'elle est mouillée et pénétrée, reversez l'eau distillée dans un verre, et, après égouttage, remplacez Teau par un mélange à volume égal de la solution n*^ 1 et de la solution n"" 2 ; l'image apparaît presque immédiatement, on en suit le développement dans tous ses détails.
Si, par suite d'une dose trop faible de bromure dans les préparations, l'image n'apparaissait que très-légèrement ou même pas du tout, il suffirait d'ajouter quelques centimètres cubes de sucrate de chaux (page 35) pour la faire sortir immédiatement.
L'épreuve, tout en se développant, doit rester très-pure; si elle se couvre d'un voile général, c'est qu'il y a eu trop de pose ou une mauvaise préparation : on peut remédier à l'excès de pose, surtout pour les glaces suivantes, en mettant dans la solution alcaline quelques gouttes d'une solution de bromure de potassium à îopour loo d'eau. On peut arrêter l'action du révélateur avant de voir tous les détails apparaître dans les parties correspondant aux grands noirs de l'épreuve, parce que ces détails, encore invisibles, s'accentuent suffisamment dans l'opération du remontage, qui est le plus souvent nécessaire. En effet, à moins que l'on n'ait employé des couches sensibles très-épaisses et formées exclusivement ou presque exclusivement de bromure d'argent, l'image résultant du développen^nt alcalin est trop légère pour qu'il soit possible d'en tirer un bon positif; mais on arrive à produire des images aussi intenses qu*on le veut, en faisant succéder le développement acide à l'apparition par la solution alcaline. Pour cela, aussitôt que l'épreuve est apparue suffisamment sous le liquide alcalin, on rejette celui-ci; on égoutte, et, sans qu'il soit nécessaire ^ laver, on le remplace par la quantité voulue du mélange gallique flpyTogallique donnée ci -dessus (p. 5i). L'acide acétique qui domine ^ cette solution sature immédiatement toute trace d'alcalinité sur l'épreove; on peut alors retirer la glace, mettre quelques gouttes de la solu- 'ion d'argent à 4 pour loo et continuer le développement, qui marche ^pidement. La glace est ensuite lavée, séchée et resserrée pour faire le ^geau retour ou hxée de suite, si on le préfère. On pourrait se contenter i<i développement par la solution alcaline, et, si l'on a l'expérience suffisante, lîverla glace et remettre au retour le remontage et le fixage, ce qui est pré-
54 LES PROGRftS DE LÀ PHOTOGHAPUIE.
cieux en voyage où quelquefois le temps et la fatigue ne permettraient pas de donner tous les soins nécessaires à un développement complet.
Les épreuves sont fixées dans un bain d'hyposulfite de soude à 20 pour 100; il est bon de les mouiller, de les détremper un peu avant de les fixer : cela facilite l'action du fixateur et la rend plus rapide. Après fixage, on lave à grande eau, et l'épreuve est vernie avec une dissolution alcoolique de gomme laque à 10 pour 100, comme les autres clichés. Nous ferons la même remarque que ci-dessus : l'épreuve non vernie serait assez dure pour supporter les tirages, mais elle serait rapidement tachée au contact du nitrate d'argent.
En général, c'est une bonne précaution de faire un essai du cliché avant de vernir, pour savoir s'il est au point voulu. Si le cliché paraît trop faible, on le remonte facilement par un nouveau développement à l'acide gallique et pyrogallique (p. 5i), dans lequel on doit avoir le soin de doubler la dose d'acide acétique cristallisable^, cet excès d'acide assure la conservation des clairs de l'épreuve qui, sans cela, auraient une grande tendance à se teinter en jaune rougeâtre. Si, au contraire, le cliché est trop dur, on peut l'afiaiblir en passant à la surface une solution très-iaible de cyanure de potassium dans ^ alcool, environ 2 pour 100, mais c'est une opération délicate. Si l'on se servait d'une solution aqueuse, l'albumine se détacherait en se plissant, et le cliché serait le plus souvent perdu.
Si le cliché est empâté et voilé, on peut le ramener à un meilleur état, en versant à la surface la solution d'iode dans Fiodure de potassium, dont nous avons donné la formule plus haut (page 11 ) ; on promène bien également cette solution sur l'épreuve de manière à en régulariser l'action ; aussitôt qu'elle a commencé, on l'arrête*, il s'est formé une couche générale d'iodure d'argent qu'on dissout dans l'hyposulfite de soude *, on lave, et si l'action n'a pas été suffisante, on recommence avec les mêmes précautions. Si, au contraire, l'action a été trop vive, l'épreuve est trop affaiblie; il faut alors la laver avec beaucoup de soin et recommencer un nouveau développement qui, le plus souvent, donnera un cliché heurté.
Ce sont, toutefois, des opérations délicates, souvent dangereuses pour le cliché, et les dernières surtout ne doivent être essayées qu'en cas de nécessité absolue.
Procédé de coUodion sec à l'albumine diluée et à l'acide galliqiue,
fiPRBOTBS NfiGATITES SUR PRÉPÂBATIONS SÈCHES. 55
de M. de Constant-Delessert.— Uauteur a fait de nombreux essais sur les meilleurs procédés secs et il s'est arrêté à l'emploi de Talbumine trèsdiluéè, mélangée de caramel et d'acide gallique, pour former la couche préservatrice du collodion. Dans une brochure spéciale ('), il a décrit avec les soins les plus minutieux tous les détails nécessaires : nous nous bornerons donc à une analyse rapide du mode d'opérer'.
Ce procédé diffère du précédent en ce que l'albumine est très-étendue et non iodurée, ce qui n'exige plus une deuxième sensibilisation.
La glace est d'abord couverte d'une couche préalable d'albumine, comme nous l'avons indiqué page 28, puis collodionnée avec un collodion qu'on doit choisir de nature poreuse, condition indispensable, d'après l'auteur, pour la réussite des procédés secs; elle est sensibilisée au bain d'argent, lavée, rincée avec grand soin en la maintenant toujours à l'abri de la lumière, et enfin couverte du préservateur. Ici nous empruntons textuellement les indications de M. A. de Gonstant-Delessert :
a n suffit d'un seul blanc d'œuf dont on ôte le germe avec soin, et, après y avoir ajouté 10 centimètres cubes d'eau pure, on bat en neige avec une fourchette de bois ou de corne : il faut éviter dans ce battage tous les instruments de métal. Après deux ou trois heures de repos, on trouve assez d'albumine pour en prendre 4 centimètres cubes que l'on étend de ]4o.centîmètres cubes d'eau distillée, on secoue vigoureusement; on ajoute o^,5o d'acide gallique et 2 grammes de caramel concassé, et, lorsque la dissolution est complète, on filtre deux fois sur du papier blanc. »
Par les raisons que nous avons expliquées ci-dessus à propos du collodion albuminé, procédé Taupenot, nous pensons que la dextrine serait préférable au caramel, non au point de vue d'une plus grande sensibilité, mais comme attirant moins facilement l'humidité atmosphérique.
« Ce recouvrement ou préservateur forme un liquide de couleur brune, renfermant i partie d'albumine d'œuf pour 35 parties d'eau. Cette proportion peut paraître singulière ; mais, dit l'auteur, c'est après bien des essais que je l'ai adoptée comme la plus favorable, car elle suffit à former un vernis préservateur ; elle a assez de densité pour s'interposer utilement
{*) Le Collodion sec mis à la portée de tous] par A. de GonstantwDelessbrt. — Paru, librairie de Gauthier- Villars, quai des Augustins, 55.
dans les pores du coDodion et pas assez de ténacité pour résister au lavage ou au ramollissement, qui précède le développement.
» Cette préparation étant facile et peu coûteuse, on ne doit pas éher* cher à la conserver au delà de trois à quatre jours. Pour s*en servir, on prend successivement chaque glace qui a séjourné dans le dernier bain d*eau de lavage, et, après Tavoir fixée sur la ventouse, on verse dessus une petite quantité de la solution qui entraîne l'eau de lavage et qu*on laisse tomber ; puis un second versement couvre la glace et y est maintenue environ une minute, après quoi on relève doucement la glace et on la place debout sur du buvard pour égoutter. »
Les glaces terminées sont mises à sécher à l'abri de la poussière.
Le développement peut être fait, soit par le procédé acide, soit par le procédé alcalin. Pour ce dernier, M. A. de Gonstant-Deiessert donne la formule suivante :
Préparez trois solutions :
NM. Alcool 3o«'
Acide pyrogallique 4'*^
N'» 2. Eau distillée So'^*'
Carbonate d'ammoniaque i'*"
N° 3. Eau distillée 40'"
Bromure de potassium i'*"
La glace est d'abord immergée dans l'eau pendant une ou deux minutes, rincée, puis couverte d'une solution formée de
Eau 80**
Solution n° 1 (acide pyrogallique) 20 à 3o gouttes.
On promène ce liquide sur l'épreuve, il ne fait apparaître aucune image ; on le déverse dans un verre dans lequel on a mis :
Solution n** 2 (carbonate d'ammoniaque). . . 10 gouttes Solution n** 3 (bromure de potassium) 2 à 3 gouttes
On reverse le tout sur la glace, et immédiatement l'image apparaît et se renforce de plus en plus. On renouvelle la solution s'il est nécessaire, et le plus souvent l'épreuve arrive à l'intensité voulue ; sinon on lave la
fiPRBOYBS I^GATIYES SUR PRfiPARÂTIONS SfeCHBS. 5^
glace et Ton renforce Fimage avec le mélange d'acide pyrogallique acidulé et de nitrate d'argent en très-faible proportion.
Après avoir donné les trois procédés qui précèdent, nous arrivons à cette liste si nombreuse de procédés divers pour lesquels la différence consiste le plus souvent dans la variété des solutions préservatrices. Les matières tannantes ou dérivés du tannin ou analogues, semblent être employées de préférence, puis les substances sucrées; certains produits légèrement basiques ou neutres sont tour à tour préconisés, et de cet ensemble on pourrait peut-être formuler de la manière suivante le rôle des préservateurs : i" maintenir une certaine perméabilité dans la couche collodionnée, et à ce titre toutes les substances solubles sans action sur les sels d'argent pourraient être employées ou du moins essayées; 2® anéantir toutes traces de nitrate d'argent libre sans compromettre la sensibilité, si l'on veut obtenir une conservation suffisamment prolongée; c'est le rôle que jouent le tannin et les dérivés du tannin (acide gallique et pyrogallique) ainsi que les produits en contenant, tels que le thé et le café, certains vins, etc.; 3° aider le rôle réducteur de la lumière par une certaine affinité pour l'iode et le brome. Il est probable que le meilleur préservateur sera celui qui réunira ces trois conditions ; l'emploi pratique des matières tannantes additionnées de sucre, gomme, dextrine confirme cette théoriç; pourtant il semblerait encore prématuré d'émettre une affirmation complète à cet égard. M. Bartholomew a trouvé un excellent préservateur dans une substance basique qui est la morphine et M. Chardon a employé la salydne avec succès, et même, lorsqu'on emploie les couches collodionnées contenant de fortes doses de bromure d'argent, on arrive à supprimer complètement tout préservateur.
Le type du procédé au tannin est celui donné dans la Chimie photographique, 4* éd., p. 211 ; ceux qui suivent n'en sont que des variantes dans lesquelles on a cherché à obtenir plus de rapidité par l'addition de matières solubles qui augmentent la porosité de la couche, telles que la gomme, la dextrine, le glucose, le sucre, ou plus de sensibilité pour les couleurs non actiniques par l'emploi plus accentué ou même exclusif des bromures.
58 LBS PAOGEftS BB LÀ PHOTOGRAPHIB.
Procédé au tannin et à la destrine (M. Gaillard). Collodion :
Éther 70**
Alcool à 40 degrés 20
Solution bromo-iodurée „ 10
Coton-poudre i'*"
Iode quantité nécessaire pour donner la couleur vin de Madère. La solution bromo-iodurée est composée de :
Alcool à 40 degrés 100**
lodure d'ammonium 2'*"
lodure de cadmium 6
Bromure de cadmium 6
Bain d'argent :
Eau distillée 100**
Azotate d'argent cristallisé 10^''
Acide acétique cristallisable 10'
ce
Après une immersion de cinq minutes dans ce bain, la glace est bien lavée à l'eau distillée d'abord, puis à l'eau ordinaire et rincée à Teau distillée, puis plongée dans une cuvette contenant la solution préservatrice qui est composée de :
1° Eau distillée 3oo^
Tannin 20*^'^
Filtrez (•).
2° Eau 700*^''
Dextrine (') 5o^'
(*) Nous rappellerons que, pour avoir une solution de tannin bien claire, il suffit d'y ajouter, pour 100 centimètres cubes, quelques gouttes d'une solution chaude de gélatine à 10 pour 100 d'eau; il se fait immédiatement un précipité abondant qui enserre, comme dans un filet, toutes les particules insolubles : c'est en petit la méthode employée pour clarifier les vins.
(*) Pour faire facilement la solution de dextrine, il faut employer la manière indiquée ci-dessus, p. 48.
ÉPREUVES NÈ6ATITBS SUR PRÉPARATIONS SÈCHES. 5q
Versez peu à peu la solution de tannin dans la dextrine et filtrez. Cette préparation se conserve plusieurs mois sans altération.
La glace retirée du bain est mise à sécher ; elle doit ensuite présenter un aspect aussi brillant que les glaces albuminées.
La pose pour le paysage, grandeur 0,21 x 0,27, objectif simple, est d'environ une minute.
Le développement se fait en mouillant la glace à l'eau distillée et la couvrant du mélange suivant :
Eau 5oo*''
Acide pyrogallique 2^% 5
Acide acétique cristallisable 5''''
Alcool 75
On additionne ce mélange d'une petite quantité d'azotate d'argent à 3 ou 4 pour 100 d'eau acidulée par 8 centimètres cubes d'acide acétique pour 100 centimètres cubes de la solution : le fixage se fait à l'hyposulfite de soude.
M. Plûcker, pour la préparation des glaces sèches rapides destinées à son stéréographe de poche (ou à tout autre système d'appareils), a légèrement modifié ce procédé en ajoutant au préservateur 5 grammes d'acide gallique, ce qui favorise la longue conservation de la sensibilité.
Avec les formules de préservateurs contenant des agents réducteurs comme le tannin, l'acide gallique ou pyrogallique, il nous paraît plus prudent de ne pas employer le préservateur en plein bain, parce que, s'il restait quelques traces de nitrate d'argent libre sur une glace, toutes les suivantes seraient perdues : mieux vaut l'étendre à la main et répéter deux fois la couche.
Le développement alcalin est employé de préférence par M. Plucker, qui l'applique de la manière suivante :
Exposer l'épreuve pendant deux minutes aux vapeurs ammoniacales en la mettant sur une boîte ou cuvette dans le fond de laquelle on a versé quelque peu d'ammoniaque liquide ou un mélange dégageant ces vapeurs, comme un sel ammoniacal quelconque (chlorhydrate, sulfate, azotate d'ammoniaque) additionné de chaux en poudre, ou de potasse, ou de soude caustique; l'image apparaît alors dans tous ses détails; un peu d'humidité, celle
6o LB8 PROGRftS DB LA PHOTOGRÂPHU.
qui résulte de la projection de Fhaleine, favorise la réaction. Après cette première fumigation, on couvre le cliché avec une solution de :
Carbonate d'ammoniaque a'**
Bromure de potassium c^,^
Eau 25o**
qu'on mélange ensuite avec quelques gouttes d'une solution pyrogallique.
Par ces moyens on obtient beaucoup de détails dans les verdures et les ombres; puis, après un bon lavage, on fait monter le cliché à l'intensité nécessaire, au moyen de l'acide pyrogallique acidulé et additionné après son passage sur l'épreuve de quelques gouttes de nitrate d'argent. Faisons observer une fois de plus qu'après tout développement alcalin, lorsqu'on veut remonter l'épreuve, il ne faut pas que le nitrate d'argent en touche la surface avant qu'une solution acide, qui sera l'acide pyrogallique mélangé d'acide acétique, ait préalablement assuré la neutralisation de toutes traces d'alcalinité.
Procédé à la gomme et à Tacide galUque. — Nous avons donné le procédé à l'albumine gallique de M. de Constant-Delessert. Voici le procédé à la gomme gallique de M. Manners-Russel-Gordon; il y a entre les deux assez de ressemblance pour que les obesrvations , les précautions données pour l'un soient également applicables à l'autre.
Ce mode d'opérer a été beaucoup plus pratiqué en Angleterre qu'en France: il donne, dit-on, de très-bons résultats; son écueil est la facilité avec laquelle la couche se détache de la glace, écueil commun à toutes les formules dans lesquelles la gomme arabique entre en proportions notables.
Pour assurer l'adhérence de la couche de collodion sur la glace, on commence par couvrir la surface de celle-ci avec une solution de caoutchouc à la dose de 0,20 pour 100 centimètres cubes de chloroforme, puis on y étend un bon collodion ordinaire additionné de o*'",5o de bromure de cadmium pour 100 centimètres cubes ou un collodion spécial préparé suivant la formule :
Éther 5o~
Alcool 5o**
Coton-poudre , environ i*', 20
ÉPREUVES NÉGÀTIYES SUR PRÉPARATIONS SÈCHES. 6l
lodure de cadmium <^^ùo
lodure d*ammoiiium </% 20
Bromure de cadmium o*'',6o
La glace collodionnée est plongée dans un bain de nitrate d'argent pur et neutre à la dose de 8 pour 100 d'eau ; elle doit y séjourner de dix à quinze minutes. En sortant du bain, elle est lavée d'abord par immersions successives et prolongées dans deux cuvettes d'eau distillée, puis dans une troisième cuvette contenant une grande abondance d'eau distillée, rincée à la pissette et couverte du préservateur formé de :
N° i. Gromme arabique 24*'"
Sucre candi 6»''
Eau i5o'«'
N" 2. Acide gallique i^'4
Eau iSo"^
On mélange les deux solutions par parties égales au moment de s'en servir et l'on filtre.
Sur la glace rincée on verse d'abord un peu de la solution que l'on y fait courir et que l'on rejette, puis on y verse une seconde quantité plus abondante que l'on maintient quelque temps en la promenant sur la glace, on relève celle-ci, on laisse égoutter et l'on met à sécher.
Pour. éviter les auréoles lors de la pose, on couvre l'envers des glaces sèches avec un mélange de :
Terre de Sienne broyée à l'eau 60''^
Dextrine 20*'
Glycérine i~,5
On ajoute à ce mélange pâteux une ou deux gouttes d'acide phénique, et on le conserve en tubes ou en flacons.
(Cette nécessité de couvrir le verso des glaces d'un enduit opaque et sale, qu'il faut ensuite ôter pour le développement, nous semble une complication et un ennui lorsque tant d'autres procédés peuvent donner facilement de belles épreuves ; en outre, sans vouloir nier l'influence de la réflexion lumineuse sur la face postérieure de la glace et sur les surfaces qui sont derrière, nous pensons qu'elle a été très-exagérée en voulant en
62 LIS PlOCmÈS Dl LA PHOTOGIÂPBIS,
faire Tunique cause des halos ou auréoles qui le plus souvent sont dues au mode de développement ou mieux au suppltoent d'azotate d'ai^ent que fournissent les couches de révélateur voisines des parties qui en absorbent beaucoup; cet azotate n'étant pas absorbé dans les parties claires renforce les noirs justement sur la limite qui sépare les grands clairs et les grands noirs. Ce défaut apparaît avec une facilité d'autant plus grande qu'il suffit de moindres quantités d'argent pour faire apparaître l'image, et tous les préservateurs au tannin, à l'adde gallique ou pyrogallique sont justement dans ces conditions.)
Le temps de pose des glaces préparées par ce procédé est double ou triple de celui du collodion humide; le développement se fait de la manière suivante :
Après nettoyage du verso avec une éponge humide, on plonge la glace dans un bain abondant d'eau ordinaire, de manière à enlever toutes traces du préservateur, puis on mélange une partie d'une solution de :
N» 1. Gélatine 5"
* Acide acétique cristallisable 'jS'^
Eau Soo"
Avec trois parties d'une solution de
N" 2. Sulfate de fer 25»'
Eau Soo"
Dans ce mélange on verse quelques gouttes d'une solution de nitrate d'argent à 2 ou 3 pour ICO d'eau; on verse sur la glace, et, après apparition complète de l'image, on renforce par les solutions pyrogalliques acidulées ordinaires. Ce mode de développement est remarquable surtout par l'emploi du bain de fer pour faire apparaître l'image sur glaces sèches.
Procédé au café et à la gomme indiqué par M. de Gonstant-Delessert. —Les glaces sont nettoyées et couvertes d'une couche préalable, comme nous l'avons indiqué d'une manière générale. Le collodion employé doit être de nature poreuse, c'est-à-dire que, versé sur la glace, il ne doit pas y former une pellicule tenace, mais bien une couche se séparant facilement sous le doigt ; il doit être en outre de bonne qualité et donner des épreuves vigoureuses au collodion humide.
ce
£PABUTBS MfiGATlYBS SUR PRfiPARÀTIONS SftCHES. 63
Sensibilisation dans un bain d'argent à 8 pour loo d'eau, franchement acidifié par Tacide nitrique : on laisse la glace dans le bain cinq à six minutes.
Lavages abondant à Feau de pluie ou distillée.
Solution préseivatrice.
!• Café moka en poudre i5«
Sucre 6«f
Eau bouillante i5o
1" Eau distillée i5o«
Cromme arabique 6»'
Sucre blanc o,5
Mélangez les deux après refroidissement, filtrez, couvrez bien uniformément la glace de ce mélange et faites sécher.
La pose est trois à quatre fois plus longue que pour le coUodion humide.
Au café on peut substituer le thé, le quassia amara, etc., etc., et théoriquement il est probable que les infusions de toutes matières contenant du tannin produiront un efifet analogue (feuilles et écorces de chêne, de noyer, de bouleau, de sumac, etc., etc.).
On développe en trempant l'épreuve dans une cuvette d'eau pendant trois ou quatre minutes ; on égoutte et l'on remplace par la quantité d'eau nécessaire, dans laquelle on ajoute six à dix gouttes d'une solution saturée de carbonate d'ammoniaque : l'image apparaît, on reverse la solution alcaline dans un verre, on y mélange deux ou trois gouttes d'une solution alcoolique d'acide pyrogallique à ao pour loo. Tous les détails s'accentuent et Ton fait monter l'épreuve à la manière ordinaire par la solution gallique et pyrogaltique acide additionnée de nitrate d'argent.
Voici un procédé plus simple encore, dont nous avons vu d'excellents résultats entre les mains de M. Aléo :
Sur une glace bien nettoyée, couverte de la couche mince d'albumine préalable, versez un bon coUodion contenant de l'iodure et du bromure de cadmium et d'ammonium en quantités égales, à raison de i'',5o du mélange pour loo centimètres cubes de coUodion; sensibilisez au bain de nitrate d'argent acide, lavez et recouvrez d'une solution d'acide gaUique à
3 grammes pour looo d'eau, laissez sécher. Les glaces se conservent un temps indéterminé avant comme après Finsolation, leur sensibilité est moyenne; il faut trois à quatre minutes de pose à Tobjectif simple pour avoir les verdures en bonne lumière; développez avec les solutions alcalines et renforcez comme il est dit ci-dessus.
On peut encore employer comme préservateur une solution de salicine (M. Chardon) ou une solution de morphine (M.Bartholomew),à la dose de I gramme pour 700 à 800 centimètres cubes d'eau.
Nous rappellerons seulement aue la morphine et les sels de morphine sont des poisons très-énergiques, que leur présence dans le laboratoire offre toujours quelques dangers, et à ce titre nous ne voulons pas insister sur leur emploi ; il est probable qu'un grand nombre d'autres substances organiques solubles dans l'eau, légèrement basiques ou neutres, présenteraient les mômes avantages sans les mêmes dangers.
Procédés au bromure. — Nous avons indiqué (p. 3o] les avantages et les inconvénients généraux de l'emploi des bromures sans iodure. Voici quelques formules pour ce mode d'opérer :
Formule de M. Jeanrenand. — La glace est nettoyée avec le plus grand soin ; l'auteur préfère un polissage fait avec le mélange suivant :
Alcool ordinaire 100**
Eau 100
Savon de Marseille 25
Filtrez.
Après solution, ajoutez :
Terre pourrie loo*"
Sans mettre de couche préalable, on couvre la glace avec un coUodion très-fortement bromure :
Éther sulfurique rectifié 65o**
Alcool à 40 degrés 35o"
Coton-poudre 9 a la'*^
Bromure de cadmium 35^'
Brome pur quelques gouttes.
Solution alcoolique de chlorure de cuivre à 4 pour 100 10**
ÉPREUVES hégàtites sur préparations sèches. 65
Lorsque le coUodion a fait prise, on met la glace avec précaution et sans temps d'arrêt dans un bain d'argent composé de :
Nitrate d'argent cristallisé 20»''
Eau distillée 100**
Acide nitrique 3 gouttes
Le bain doit rougir très-franchement le papier de tournesol.
La glace restera immergée dans ce bain pendant dix minutes au moins ; elle doit devenir presque entièrement opaque si l'on veut obtenir une grande sensibilité. La glace est ensuite égouttée, lavée avec beaucoup de soin à l'eau distillée ou à l'eau de pluie, rincée et recouverte du préservateur composé de la manière suivante :
Eau 5oo"
Tannin 20^'
Acide nitrique 2"
Filtrez.
Préparez d'autre part : ^
Eau 5oo"
Gomme lo*'^
Alcool (après solution) lo**'
Filtrez.
Mélangez les deux solutions filtrées.
Dans ses derniers essais, M. Jeanrenaud s'est abstenu de tous préservateurs et a obtenu les mômes résultats.
Le bromure d'argent étant d'une grande sensibilité aux plus faibles rayons de la lumière actinique, il faut opérer dans une pièce où il ne doit parvenir aucune trace de lumière diffuse et ne s'éclairer qu'avec une lumière jaune aussi faible que possible et très-éloignée.
Après leur préparation, les glaces sont mises à sécher rapidement dans Tobseurité absolue et à l'abri de tout courant d'air : le séchage à l'étuve est recommandé. Elles peuvent alors se conserver un temps considérable; après un an, elles sont encore excellentes.
Le temps de pose est assez rapide, mais on ne peut le déterminer que
par rexpérience, soit environ une ou deux minutes pour les épreuves 0,2 1 X 0,27 avec un objectif simple, un diaphragme moyen.
Pour développer, il faut d'abord vernir les bords, ou les assurer comme nous Tavons dit p. 29 ; puis on immerge la glace dans une solution d'acide gallique à saturation, dans laquelle on ajoute peu à peu, après avoir retiré
la glace et en agitant, quelques gouttes d'une solution faible de nitrate d'argent ; pour activer le développement, on peut y mélanger un peu d'une solution d'acide pyrogallique faite à raison de 10 grammes pour 100 centimètres cubes d'alcool.
Au moyen d'un développement lent, habilement conduit et ménagé, on obtient beaucoup de fouillé et de détail dans les ombres et les verdures. On doit se garder avec soin de l'excès de nitrale d'argent : on perdrait ainsi toute la douceur et l'harmonie générale de l'épreuve. On fixe ensuite à rhyposulfite de soude à 20 pour 100 d'eau ; ce fixage se fait très-rapidement, de préférence à une faible lumière, car le bromure d'argent encore non dissous noircirait et voilerait l'épreuve. Si le cliché doit ensuite être détaché sur gélatine, comme il sera expliqué plus loin, il faut, après l'avoir bien lavé, le mettre dans une solution d'acide chlorhydrique à 5 pour 100 d'eau, jusqu'à ce qu'il manifeste une grande facilité à se détacher de la glace, le laver de nouveau et le laisser sécher.
Procédé de M. Chardon. — M. Chardon a donné un procédé au bromure d'urane et de cadmium mélangés, qui, entre ses mains, arrive à une sensibilité et à une harmonie très-remarquables; mais il y a une telle difficulté pour se procurer le bromure d'urane à l'état convenable qu'il faut se résoudre à le préparer soi-même.
Pour cela on dissout dans un même volume d'eau, d'une part, du bromure de baryum, et d'autre part du sulfate d'urane en quantités équivalentes.
Soit la proportion de 166 parties de bromure de baryuni (formule BaBr2H0) pour 144 parties de sulfate d'urane (formule U0,S0'4H0) : les deux solutions sont versées l'une dans l'autre ; il se forme immédiatement un précipité abondant de sulfate de baryte, et le bromure d'urane reste en solution. Gomme il est presque impossible que les produits soient tellement purs, les pesées tellement rigoureuses, qu'on puisse obtenir une double décomposition d'une perfection théorique, sans qu'il y ait un léger excès de l'un ou de l'autre produit, on fera bien, avant le mélange, de ré-
ÉPREUVES NÉGATIVES SUR PRÉPARATtONS SÈCHES. 67
server un dixième de l'une et de l'autre solution, et Ton fera l'essai doucem«it, en ajoutant dans le liquide éclairci un peu de la solution de bromure de haryum : s'il se fait un précipité, on continue, en examinant chaque fois, de verser goutte à goutte le bromure de baryum, jusqu'à cessation de tout précipité. Si le bromure de baryum n'a eu aucune action, on essaye le sulfate d'urane exactement dans les mêmes conditions, et, quand on s'est assuré ainsi qu'il n'y a excès ni de l'un ni de l'autre, on termine par quelques gouttes de la solution de bromure de baryum, parce que mieux vaut le bromure de baryum en excès que le sulfate d'urane, puis on filtre et l'on concentre le produit dans une capsule de porcelaine, d'abord sur un feu doux, ensuite au bain-marie. Le bromure d'urane a une grande tendance à se décomposer ; on lui donne plus de stabilité en ajoutant dans la capsule une quantité égale de bromure de cadmium, on évapore presque à sec. Il est facile de savoir la quantité obtKnue, car i66 grammes de bromure de. baryum fourniront 176 parties de bromure d'urane (formule UBr 4 HO), qui, ajoutées à une quantité égale de bromure de cadmium, donneront 352 parties pour la somme totale du produit supposé sec ; on ajoute la quantité nécessaire d'alcool à 40 degrés, pour faire une dissolution à 20 pour 100. Cette préparation faite, le reste rentre à peu près dans les conditions ordinaires, sauf les dosages.
Collodion,
Éther sulfurique/ 60''°
Coton-poudre \^%i^ à i^'',5o
Alcool à 40 degrés i5*^
Solution alcoolique du bromure i^'^
Ce qui donne un collodion bromure à la dose énorme de 5 de bromure pour 100 centimètres cubes de collodion normal. On peut l'employer tel quel ; mais, pour faciliter la décomposition, toujours difficile dans le bain d'argent, on commence par faire une émulsion en ajoutant, pour 100 grammes de collodion, o*'',3o d'azotate d'argent préalablement dissous dans le moins d'alcool possible ; cette addition se fait une heure environ avant d'employer le collodion. Cette quantité d'azotate d'argent n'est pas suffisante pour donner la sensibilité au collodion. Celle-ci s'obtient par une immersion dans un bain d'azotate d'argent à i5 pour 100 d'eau, aci-
dulé franchement par Tacide nitrique (3 centimètres cubes par litre). Après un séjour d'un quart d'heure dans le bain d'argent, égouttage, lavage, on recouvre la glace avec le préservateur suivant :
i** Eau 250*
Acide azotique 3 gouttes
Tannin lo»'
2** Eau 25o**
Gomme arabique 5*'
3° Alcool 10"
Acide gallique i*'
On filtre chaque solution sur du papier blanc, on mélange le n® 1 et le n"" 2, puis on y ajoute la solution n"" 3 et l'on filtre de nouveau dans une cuvette où l'on plonge la glace.
Après quelques instants de séjour, la glace égouttée est mise à sécher.
Le temps de pose varie de dix à soixante secondes.
On peut s'abstenir de tout préservateur.
L'image est révélée au moyen du développement alcalin, pour lequel on prépare à l'avance les diverses'solu lions qui suivent :
i** Eau 500**
Carbonate d'ammoniaque 5o«'
2** Eau loo**
Bromure de potassium lo*
3° Alcool à 36 degrés loo
Acide pyrogallique i»"
Pour développer un cliché 0,21 x 0,27, on met dans une cuvette les proportions suivantes :
Eau 400"
Solution n* 1 100
Sans lavage préalable, mais après avoir verni ou graissé les bords, on plonge la glace dans ce bain ; après quelques instants on la retire, on ajoute au liquide 3 ou 4 centimètres cubes de la solution pyrogallique n** 3.
ce
ÉPREUVES NËGàTIYES SUR PRÉPARATIONS SÈCHES. 6q
Le développement dure de cinq à quinze minutes ; si l'épreuve venue dans tous ses détails n*est pas assez intense pour le tirage, on ajoute au bain5o centimètres cubes de la solution n° 1 (carbonate d'ammoniaque). L'épreuve prend une grande vigueur en séchant : on doit en tenir compte.
Le reste des opérations est identique au procédé précédent.
Collodiobromnres. — Les manipulations longues et un peu délicates des divers procédés du coUodion sec ont poussé les expérimentateurs à chercher quelques moyens de préparation plus simple et plus rapide. En i865, MM. Sayce et Bolton proposaient des formules de collodio-bromure un peu différentes des premiers essais faits en ce genre par M. Gaudin, et consistant à supprimer la sensibilisation dans le bain d'ar* gent et à faire directeipent, dans le coUodion, le bromure d'argent nécessaire à la sensibilisation de la glace ; cette préparation, dite émidsion de bromure d'argent, versée sur la glace, était ensuite lavée avec soin et cou* verte d'une solution de tannin.
Ce mode d'opérer fut le point de départ de nombreux essais et de nombreuses formules qui peuvent toutes se résumer de la manière sui^ vante :
Emploi exclusif des bromures solubles dans le collodion ; transformation des bromures solubles en bromure d'argent par l'addition plus ou moins considérable de nitrate d'argent, de sorte que, suivant la formule indiquée, il reste un léger excès de nitrate d'argent ou il se fait une décomposition rigoureusemen exacte ; lavage des glaces pour enlever l'excès de l'un ou de l'autre réactif et conservation de la sensibilité au moyen d'un préservateur. La difiBculté dans cette opération est d'ajouter le nitrate d'argent, de telle sorte que le bromure d'argent reste en suspension ou, conmie on le dit, à l'état d'émulsion, au lieu de se rassembler à l'état de grumeaux.
Ce procédé serait une réelle amélioration si, faisant aussi bien que les autres, il permettait de supprimer les lavages et le préservateur; mais, en ne supprimant que l'immersion dans le bain d'argent, et en ne donnant pas, jusqu'ici du moins, des résultats aussi réguliers que les précédents, il ne nous paraît pas remplir complètement les espérances des auteurs. Nous nous bornerons à indiquer trois formules, et encore ces formules ont-elles été si souvent modifiées, améliorées, puis
70 LES PKOGRÈS DE LA PHOTOGBAPHIB.
changées de nouveau par leurs auteurs, qu'on voit que nous sommes encore dans la période des recherches plutôt que dans la période des applications.
Fonniile de M. Garey-Lea ( ' ). — Collodion :
Éther 625~
Alcool 300**
Pyroxyle, environ i3*'
Bromure de cadmium g**", y5
Bromure d'ammonium 3*%25
Pour rendre ce collodion sensible, il faut ajouter pour loo centimètres cubes de collodion 2 grammes de nitrate d'argent que l'on commence par pulvériser finement au mortier de porcelaine, et que l'on dissout à chaud dans 25 centimètres cubes d'alcool. Après dissolution on introduit peu à peu cet alcool dans le collodion, en agitant chaque fois ; on ajoute, en outre, au collodion 5 gouttes d'eau régale par loo centimètres cubes, afin de le rendre franchement acide.
La quantité d'argent introduite ainsi dans le collodion est plus considérable qu'il n'est nécessaire; l'excédant est éliminé en totalité, ou pour la plus grande partie, dans les lavages qui suivent l'extension sur la glace.
L'émulsion doit être préparée au moins douze heures avant l'emploi ; elle doit être faite et conservée à l'abri de toute lumière.
La glace bien nettoyée, enduite d'une bande de vernis au caoutchouc sur le bord, est couverte avec l'émulsion, bien lavée et plongée dans le liquide préservateur formé de :
Acide sulfocarminique 40*'
Eau 275"*
Gomme arabique &^
Sucre 6^'
Elle reste ainsi immergée de cinq à dix minutes ; on l'essuie au dos et on laisse sécher.
L'acide sulfocarminique est formé de i5 grammes de cochenille pulvérisée que l'on mélange au mortier avec 3o grammes d'acide sulfurique
(*) Bulletin de la Société française de Photographie. Année 18741 P' 97*
fumant ; on laisse huit jours en contact dans un flacon bouché, on délaye ensuite le magma en le versant dans 85o centimètres cubes d'eau ; on sature l'acide par un léger excès de chaux éteinte jusqu'à ce que le liquide bleuisse le papier de tournesol ; on filtre et on lave sur le filtre jusqu'à ce que Ton ait un volume de 2^*', 25o de liquide, que l'on conserve pour l'usage sous le nom ^ acide sulfocarminique.
Les glaces ainsi préparées ont, paraît-il, une grande sensibilité, surtout si on les développe au moyen du révélateur alcalin ; on passe la glace dans une solution de :
I** Eau 125'*^
Solution contenant S»"", 5 d'acide pyrogallique
pour 3o centimètres cubes d'alcool 2"^*
On enlève la glace et l'on ajoute :
Solution de bromure de potassium 5 gouttes
Solution de carbonate d'ammoniaque i5
(D est probable que le titre des solutions ci-dessus est, pour le bromure de potassium, 10 pour 100 d'eau, et pour le carbonate d'ammoniaque à saturation.)
On remonte et l'on fixe par les solutions ordinaires.
Procédé de M. Stuart Wortley. — Ce procédé n'a jamais été donné, à notre connaissance du moins, de manière à former un ensemble suffisamment clair et précis ; la nouveauté de la formule est l'emploi du nitrate d'urane mélangé aux sels d'argent.
Le collodiobromure se prépare en mélangeant :
CoUodion normal Ho**"
Bromure de cadmium anhydre et pur 0*% 45
Nitrate d'urane l'^'jga
Nitrate d'argent préalablement dissous dans
un peu d'alcool i^\ i5
L'émulsion bromurée est étendue sur les glaces comme à l'ordinaire, et on lave. Après lavage, on les recouvre d'un préservateur laissé au choix de l'opérateur, et, après une pose égale et même quelquefois moindre que celle demandée pour le coUodion humide, on développe par un révélateur
72 LES PROCBfcS DB LA. PH0T06EAPBIB.
alcalin, sur lequel Tauteur donne encore peu de renseignements. On pourra essayer Tun quelconque des procédés ci*dessus ; Taddition, dans le développement de quelques gouttes, d'une solution de bromure de potassium est le plus souvent nécessaire pour éviter les voiles.
Procédé de M, Fogel, — Nous avons dit plus haut qu'une des difficultés du procédé au coUodiobromure était la formation d'une émulsion laiteuse et régulière, parce que souvent le précipité de bromure d'argent se rassemblait sous forme caséeuse et caillebottée. M. Yogel a cherché à tourner la difficulté en dissolvant d'abord le nitrate d'argent dans le collodion et ensuite le bromure soluble ; il donne la formule suivante :
Prenez un collodion normal contenant 5 grammes de papier pyroxyle pour loo centimètres cubes d'un mélange de 25 centimètres cubes d'alcool et 75 centimètres cubes d'éther sulfurique ; ajoutez 2 grammes de nitrate d'argent préalablement dissous dans 3o centimètres cubes d'alcool à l'ébullition; versez ensuite, doucement et en agitant, aS centimètres cubes d'une solution alcoolique de 6 grammes de bromure de cadmium pour 100 centimètres cubes d'alcool. Si cette émulsion est trop épaisse, ajoutez 10 centimètres cubes d'éther.
La glace, couverte de cette préparation, est lavée à l'eau distillée, plongée dans une solution de morphine contenant i gramme de morphine pour I litre d'eau, et on la met à sécher.
On développe en passant l'épreuve dans une solution pyrogallique neutre à 5 grammes pour 1000 d'eau, et en ajoutant ensuite dans ce liquide 5 à 10 gouttes d'une solution de 10 grammes de potasse caustique pour 100 centimètres cubes d'eau. Après développement, on remonte s'il est nécessaire , on lave et l'on fixe par les procédés ordinaires.
Il est possible de préparer un collodio-bromure que l'on verse sur la glace et que l'on peut employer aussitôt sec, sans lavage et sans préservateur. Nous avons vu entre les mains de M. Woodbury de fort jolies épreuves, obtenues avec une préparation faite par M. Mawdsley de Londres. Cette méthode si simple deviendra d'un emploi général, lorsque la formule sera connue ou lorsqu'on en aura trouvé une équivalente.
DE LA RBTOUCHB ET DU TEAPïSPOBT DES eUCHÉS. 78
Retouche des clichés.— Théoriquement le cliché photographique devrait sortir pur et complet dqs diverses manipulations chimiques qui ont servi à le produire, sans qu'il soit nécessaire d'y faire la moindre retouche. Les perfectionnements de la Photographie et l'habileté du photographe doivent tendre à obtenir régulièrement ces résultats, mais, si l'on y parvient quelquefois, il est rare qu'une épreuve, de quelque nature qu'elle soit, n'ait pas besoin de réparations, souvent môme de corrections, s'il s'agit du portrait ; ces corrections deviennent parfois tellement exagérées, qu'elles modifient complètement le travail de la lumière.
Aussi nous nous bornerons à indiquer quelques moyens de faire les réparations nécessaires ; la retouche telle qu'on la comprend actuellement, c'est-à-dire la transformation d'un cliché, est une spécialité qui intéresse principalement l'application de la Photographie à l'obtention des portraits et qui demande une main très-habile et très-exercée (^ ].
Comme il est très-difficile que l'on puisse juger de la valeur d'un cliché par l'inspection seule, à moins d'une grande expérience, le mieux est de commencer par le gommer ou même par le vernir, et d'en tirer une épreuve positive complètement terminée et collée sur bristol ; on examine alors le cliché et l'épreuve, et l'on peut trop souvent constater toute une série de défauts divers ; il peut y avoir des piqûres à jour plus ou moins nom-
(') Retouche photographique, brochure par un spécialiste, publiée chez H. Garette, 3i, rue d'Eoghien.
breuses, des lignes d'intensité dififérentes, des duretés trop accentuées, des faiblesses dans les fonds, dans les ciels, des valeurs trop égales dans les derniers plans, etc;, etc. Il y a donc lieu de chercher à atténuer ces défauts si Ton ne peut les faire disparaître complètement; on y parvient par quelques corrections faciles.
Gomme instrument nécessaire, mentionnons d'abord le pupitre spécial, bien connu actuellement des photographes, se composant de trois pièces ou châssis à charnières se développant en forme de Z. Le châssis horizontal du bas encadre une glace étamée qui renvoie la lumière sur le châssis incliné du milieu ; celui-ci est formé par une glace dépolie assez grande pour qu'on puisse y poser le cliché ; le châssis supérieur horizontal est en bois plein et fait abat-jour ; il peut soutenir un voile noir qui, tombant des deux côtés et en avant, empêche Topérateur d'être gêné par la lumière extérieure, lui permet de voir l'épreuve par transparence sans fatigue et d'en juger tous les défauts ; les autres instruments sont une bonne loupe achromatique, quelques petits pinceaux, des crayons Faber de consistance différente, de la pierre ponce très-fine destinée à granuler légèrement le trop grand poli du vernis, des estompes, du papier noir ou orangé, de Tencre de Chine, etc. Au lieu d'employer l'encre de Chine simplement délayée dans l'eau, on fera bien d'y ajouter une très-petite quantité de sucre et de gomme, pour empêcher la couleur de s'écailler après le séchage.
L'examen comparatif du cliché et de l'épreuve positive permet de constater quelles sont les retouches indispensables.
S'il s'agit de masquer complètement des parties entières, comme un ciel trop transparent ou rempli de taches et d'inégalités, on commence par coller en plein au dos de l'épreuve un papier noir ou jaune orangé (*); et, pendant qu'il est encore humide, on le déchiqueté avec une pointe, de manière à suivre les contours de répreuve en laissant environ i millimètres de marge en dehors de ses contours, puis, retournant le cliché et le plaçant sur le pupitre à retouche, on suit les contours d'abord avec un pinceau fin ou une plume d'oie mouillée d'encre de Chine, de manière à
(*) Papier jaune orangé,'no 409. — Maison Barthélémy, rue Saint-Séverin.
former une ligne exacte n'empiétant pas sur les parties qui doivent venir au tirage de l'épreuve positive, et, avec un pinceau plus gros, on complète largement le premier trait, de manière à rejoindre et à dépasser la silhouette du papier.
On rebouche également avec Tencre de Chine tous les trous, les éraillures et les autres défauts qui se seraient produits dans les clichés, surtout dans les épreuves de voyage, où il est difficile de prendre toutes les pré* cautions nécessaires; mais on procède alors par petites applications en employant la couleur presque sèche et Ton tâche de donner à ces rebouchages la môme valeur transparente que celles du milieu dans lequel on les fait, afin de ne pas avoir dans les positifs des points blancs nécessitant une correction nouvelle.
Quelquefois le papier positif trop sec ou un frottement quelconque produit dans l'épreuve terminée et vernie une on plusieurs rayures trèsfines, semblables à un trait de gravure ; il suffit le plus souvent de mettre sur les rayures un peu de plombagine, un peu de crayon gratté et d'y passer le doigt pour que cette gravure soit remplie et bouchée.
Lorsqu'il faut atténuer certaines parties trop transparentes, on frotte cette partie avec un peu de poudre de pierre ponce pour dépolir légèrement le vernis, ou bien on y passe quelques-unes de ces préparations spéciales vendues dans le but de faciliter la retouche, puis avec le crayon on cherche et l'on arrive à égaliser les teintes. Le même moyen, appliqué aux portraits, permet non-seulement de régulariser les teintes, mais aussi de faire disparaître certains défauts du modèle, et c'est en procédant ainsi qu'un retoucheur habile refait même complètement les modelés, mais le plus souvent aux dépens de la vérité.
Quelquefois il n'est pas nécessaire de procéder avec autant de soin ; quelques parties du cliché ont besoin d'une teinte générale qui leur donne un peu plus d'intensité, soit pour rendre ces parties plus légères comme demi-teintes, si l'épreuve est trop uniforme, soit pour permettre à d'autres parties trop dures d'arriver au point voulu si le cliché est heurté; on peut ainsi accentuer la séparation des plans, adoucir des masses de verdure trop foncée, etc. Pour cela, on emploie des couches de collodion ou de vernis l^nté, appliquées au dos de l'épreuve. On peut prendre du collodion ttormal, coloré avec des couleurs d'aniline rouge, jaune ou verte (le rouge
résiste mal à la lumière) ; mieux vaut du vernis ordinaire à la gomme laque, auquel on donne une teinte plus ou moins foncée, suivant le besoin, avec Tacide picrique ou des couleurs d'aniline jaune. Pour appliquer le vernis, on commence par bien nettoyer le dos de la glace, on chauffe légèrement et l'on y étend une couche du vernis teinté comme on le croit convenable; avec une pointe ou un crayon, on délimite les parties qu'on doit laisser et celles qu'on doit enlever, puis avec un pinceau trempé dans un mélange d'eau et d'ammoniaque à parties égales on mouille toutes les surfaces à enlever : le vernis se plisse et se détache sous l'alcali, on l'enlève rien qu'en essuyant. On fait ainsi très-rapidement des teintes plates générales d'un très-bon efiPet ; si la jonction des deux parties est dure et visible au tirage, on l'atténue par une série de petites hachures faites à la pointe sèche sur le vernis coloré.
Les clichés ainsi réparés doivent être tirés à l'ombre de préférence. Mentionnons seulement pour mémoire un moyen qui, pour être convenablement appliqué, demande un véritable artiste et qui a été employé par M.» Dans-Hugo. Un portrait est fait sur un fond blanc, de manière à donner sur le cliché un fond uniforme noir; l'artiste, sans toucher au portrait photographique, fait à la pointe, sur ce fond noir, un fond de fantaisie s'harmonisant avec la pose et le désir du modèle.
La retouche des épreuves positives se fait avec l'encre de Chine mélangée d'un peu de carmin ou de bleu, suivant la teinte de l'épreuve; elle est quelquefois diflBcile sur le papier albuminé : le contact d'une eau légèrement ammoniacale ou simplement un peu de salive permet de mouiller plus facilement la surface albuminée.
Décollage des clichés, transport sur gélatine.— Le prix élevé des glaces, leur fragilité, la place considérable demandée pour leur emmagasinage et la nécessité récente d'avoir facilement des clichés retournés, ont fait rechercher les moyens de reporter sur des supports minces et souples l'image fixée sur la glace.
Dès i855, M. Gaillard indiquait un procédé qui, légèrement modifié, est encore celui qu'on emploie aujourd'hui, et qui consiste à couvrir l'épreuve, préalablement mouillée et tiédie, avec une couche de belle gélatine dissoute au bain-marie dans la quantité d'eau qu'elle avait pu absorber à froid ; après dessiccation complète, on coupe la gélatine à quelques milli-
mètres des bords de la glace : Tépreûve adhère à la gélatine, se sépare de la glace, et donne un cliché pelliculaire plus ou moins épais, suivant la quantité de matière employée.
Après avoir essayé les transports sur papier, sur gutta-percha, sur couches alternées de caoutchouc et de coUodion au ricin , sur coILodion au ricin seul (coilodion cuir), on est revenu au transport sur gélatine et l'on a adopté une série de^modifications qui rendent ce procédé très-pratique ; ce sont : le passage du cliché dans l'eau légèrement acidulée pour faciliter Tenlèvement de la couche de coilodion ; l'adjonction à la gélatine d'une petite quantité de glycérine, pour lui conserver une certaine souplesse, même après parfaite dessiccation; l'extension d'une couche de coilodion riciné ou glycérine sur la surface externe de la gélatine, pour qu'elle ne soit plus exposée directement aux variations atmosphériques, au contact des doigts, etc., puisque la gélatine se trouve ainsi collodionnée sur ses deux faces ; les procédés permettant de dévernir les clichés pour que les anciennes épreuves puissent être transportées aussi bien que les nouvelles, ou pour que les nouvelles puissent être essayées sans danger avant l'opération du transport.
En i868,M. Jeanrenaud donnait des formules qu'il a quelque peu modifiées depuis et qui se résument de la manière suivante : le cliché, fixé, lavé et terminé, est passé dans un bain d'eau de loo centimètres cubes pour 7 c^itimètres cubes d'acide chlorhydrique et séché; puis couvert par chacun de ses angles avec une solution de :
Alcool à 40 degrés 75**'
Eau 20'="
Acide chlorhydrique 5*^*
et sédié sans lavage. Le cliché est prêt à recevoir la couche de gélatine. La seconde opération acide a pour but de rendre le décollage si facile, dit M. Jeanrenaud, qu'aucun cliché ne résiste à ce traitement.
On prépare la gélatine en dissolvant 20 grammes de belle gélatine dans 100 centimètres cubes d'eau, et y ajoutant 4 centimètres cubes de glycérine ; on ajoute ensuite 40 centimètres cubes d'une solution d'alun à 2 granunes d'alun pour 100 d'eau. La glace étant'préalablement chauffée, on verse à la surface cette gélatine très-chaude filtrée sur un linge fin , on en laisse
j8 LES PROGRÈS DE LA PHOTOGRAPHIE.
une couche plus ou moins épaisse, suivant la force de la pellicule que Ton veut obtenir, on met la glace de niveau et on laisse prendre en gelée avant de relever. La quantité d'acide chlorhydrique (7 pour 100) indiquée par M. Jeanrenaud parait trop considérable lorsqu'il s'agit de clichés obtenus au collodion humide, elle est bonne pour ceux obtenus au collodion sec, à la condition toutefois qu'on n'ait pas employé l'albumine pour leur préparation.
Dans le procédé de M. Rousselon, le cliché est d'abord fait à la manière ordinaire, complètement terminé, verni à la gomme laque et essayé ; s'il est bon, on commence par le dévemir, et on le détache sur gélatine.
Pour dévemir un cliché, on emploie une solution formée de :
Eau distillée iSo"*
Potasse caustique 8*'
Carbonate de potasse o»*",4o
Alcool à 36 degrés Soo**
On filtre après solution.
Ce liquide est versé sur la glace vernie en quantité suffisante pour la couvrir ; on facilite son égale répartition sur toute la surface avec une baguette de verre; on le promène quelques instants et le vernis à la gomme laque disparaît presque immédiatement ; le vernis Scehnée ou autres demandent une proportion de potasse un peu plus forte.
Cette méthode de dévemir convient à tous les clichés, au collodion humide, au collodion sec, au collodion albuminé; on aurait pu craindre pour ces derniers les soulèvements d'albumine que cause ordinairement le contact des solutions alcalines , mais cette action se trouve neutralisée par la présence de l'alcool. La possibilité de dévernîr un cliché, quel qu'il soit, peut rendre de réels services en dehors môme du transport sur pellicule ; toutefois, lorsque le cliché a été gommé avant d'être verni, l'opération du dévernissage présente quelques dangers pour l'épreuve.
La solution à dévernir étant rejetée, le cliché est lavé avec soin à l'eau distillée; puis placé pendant quelques minutes dans un bain formé de 100 centimètres cubes d'eau pour 2 centimètres cubes d'acide chlorhydrique. Sous l'action de l'acide le collodion tend à se soulever; dès que l'on
voit un des coins se détacher, on retire la glace, on la rince et on la met à sécher.
Pour le transport sur gélatine, on commence par préparer la solution, en prenant :
Belle gélatine blanche loo^
Eau distillée 700
On fait dissoudre au bain-marie et l'on ajoute ensuite :
^, .. ( en été i5»'
Glycérine \ , .
■' ( en hiver , 12
Solution d'alun de chrome à 10 pour 100 d'eau. 10"
On passe cette solution à travers un linge fin et on la maintient tiède pendant qu'on prépare le cliché.
On expose la face collodionnée à la vapeur d'eau chaude émanant d'une bassine jusqu'à ce que cette surface soit régulièrement couverte partout de gouttelettes de vapeur condensée, ce qui échauffe la glace, humecte la £ice externe du collodion, et facilite l'extension de la solution gélatineuse. On verse sur cette surface une couche très-égale de la gélatine préparée, on met la glace bien de niveau et on laisse prendre ; lorsqu'il n'y a plus de danger que la gélatine coule, on relève la glace et on la met à sécher, ce qui demande, suivant la saison et la température, de douze à vingtquatre heures. Lorsque la dessiccation est parfaite, on couvre la surface géiatinée avec nn bon collodion normal, contenant environ i à 1 4 pour 100 de coton-poudre et autant d'huile de ricin ou de glycérine ; on laisse de nouveau sécher complètement, puis on coupe cette pellicule à 2 ou 3 millimètres des bords de la glace : elle se détache le plus souvent seule en entraînant le cliché.
Dans le cas où le cliché présenterait dans la pellicule de collodion quelques déchirures ou quelques petits trous laissant le verre à nu, il faut frotter la place avec un peu de fiel de bœuf avant d'étendre la gélatine ; sans cette précaution celle-ci adhérerait au verre, ce qui occasionnerait des déchirures et le plus souvent la perte du cliché.
Si, par exception, le cliché refuse de se détacher facilement, il faut se
8o LES PROGRftS DB LÀ PHOTOGRAPHIE.
garder de l'arracher : on le perdrait; on doit alors tremper la glace dans l'eau et y immerger en môme temps une feuille de gros buvard coupée de môme grandeur ; on superpose la glace et la feuille, on retire les deux immédiatement, on donne un coup de raclette sur le papier et Ton abandonne à plat pendant le temps nécessaire pour que la gélatine reprenne T humidité et se détende. Après une demi-heure environ, on enlève le buvard humide, on le remplace par un papier sec sur lequel on enroule la pellicule qui se détache alors facilement. On laisse ensuite sécher le cliché entre deux buvards qui maintiennent la planimétrie.
Lorsqu'il s'agit de clichés préparés par le procédé Taupenot, l'adhérence de la glace est telle, qu'on est obligé de modifier le procédé de la manière suivante :
On commence par dévernir, s'il y a lieu, par le moyen indiqué cidessus, page 78, on plonge ensuite la glace pendant 10 minutes environ dans une solution de
Eau 1000"'
Carbonate de soude 5o
Chaux éteinte aS
(laissez ce mélange en contact pendant 12 heures environ et filtrez avant de vous en servir. )
Lorsqu'on voit que la pellicule tend à se détacher, ce que l'on constate en cherchant à la soulever avec une lame, on retire la glace, on laisse sécher sans lavage et Ton opère comme il est dit plus haiut pour gélatiner et détacher l'épreuve. L'emploi d'un rouleau de bois un peu gros sur lequel on entraine la pellicule facilite la séparation.
Les clichés sur gélatine sont ensuite conservés dans des registres de papier buvard bien plans. Lorsque la pellicule est suffisamment mince, on peut tirer indifféremment sur les deux faces. Le cliché enlevé se trouve prôt pour les opérations qui nécessitent l'emploi d'une épreuve retournée : telles sont certaines méthodes de tirage dites au charbon ou aux encres grasses.
Autres moyens de retourner les clichés.— Il est des circonstances où l'opérateur préfère obtenir immédiatement le cliché retourné sur la glace, sans passer par le transport sur gélatine. On peut employer plusieurs
DE LÀ HETOUCHB ET DU TRANSPORT DES CLICHÉS. 8l
moY&as : le plus simple est de placer devant l'objectif un prisme ou une glace à feces parallèles ; mais, s'il s'agit de grandes épreuves, c'est un procédé coûteux, les prismes et glaces à faces parallèles étant d'un prix fort élevé ; de plus, quelle que soit leur pureté, c'est un obstacle nouveau qui ralentit notablement l'action de la lumière.
On peut arriver à peu près au môme résultat en modifiant le châssis négatif, de telle sorte que la couche sensible soit retournée et qu'elle ne reçoive l'impression lumineuse qu'au travers de la glace; ainsi, lorsque l'opérateur met sa glace sensible au châssis, la surface préparée se trouve lui faire face, au lieu de faire face au rideau. On doit, dans ce cas, corriger la mise au point avec le plus grand soin, en tenant compte de l'épaisseur différente de chaque glace, et au développement on n'obtient pas, en réalité, le môme effet que pour les clichés ordinaires, la face impressionnée étant celle qui touche le verre, tandis que le développement s'étend sur l'autre : il en résulte généralement un peu de mollesse et une légère différence dans le résultat final.
A.grandi88ement8. — Depuis quelques années, les agrandissements sont entrés dans une voie nouvelle, conseillée depuis longtemps par notre regretté collègue Bertsch, et beaucoup plus rationnelle que celle employée précédemment.
On voulait alors, étant donné un petit négatif plus ou moins parfait, obtenir immédiatement un grand positif : de là les inventions d'appareils divers, savamment construits, qui condensaient la lumière solaire sur le petit cliché ; un objectif à court foyer reprenait l'image de ce cliché trèsfortement éclairé par transparence, et la projetait plus ou moins agrandie sur la surface préparée. Le plus souvent, cette surface préparée était le papier positif ordinaire au chlorure d'argent, mais alors il fallait un temps considérable pour obtenir l'épreuve ; la marche du soleil dérangeait la régularité de l'éclairage, ce qui nécessitait l'emploi d'un héliostat, et, malgré tous les soins donnés pour le fonctionnement régulier de l'appareil, on obtenait bien rarement la netteté désirable. Quelquefois on procédait par développement, c'est-à-dire que l'image positive agrandie était reçue sur une feuille sensible, préparée à l'état humide , soit au chlorure d'argent acidulé à l'acide citrique, soit à l'iodure d'argent ou tout autre ; l'impression ne durait alors que quelques minutes ou môme quelques secondes et l'on
développait ensuite Tépreuve au moyen des solutions révélatrices connues, solution gallique ou pyrogallique ou mélange des deux, avec addition d'acide acétique. Mais les épreuves développées sur papier sont presque toujours sourdes et de teinte désagréable ; enfin, une épreuve étant obtenue, il fallait recommencer les mêmes opérations pour en avoir une seconde.
On est généralement revenu à un système plus commode dans la pratique, consistant à tirer sur le négatif original une épreuve positive aussi parfaite que possible et de môme grandeur et à en faire un négatif agrandi de la dimension voulue. Ce négatif sert ensuite à faire autant de grandes épreuves positives qu'on le désire par les procédés de tirage ordinaire.
Très-simple en théorie, ce procédé présente dans la pratique quelques difficultés qui, sans doute, en ont retardé l'adoption ; la principale consiste dans l'obtention d'un positif convenable.
Nous devons reconnaître, en effet, que toujours, ou presque toujours, dans les opérations photographiques successives, l'opposition entre les lumières et les ombres va s'accentuant de plus en plus, et comme, dans ce procédé d'agrandissement, il faut passer par trois et même quatre opérations, les épreuves seront de plus en plus heurtées; d'autre part, les légères imperfections venant s'ajouter du négatif au positif et étant augmentées par l'agrandissement, il faut de grands soins pour arriver à un bon résultat. Il est nécessaire d'obtenir d'abord un cliché négatif doux, bien développé dans tous ses détails et d'en tirer par superposition une épreuve positive sur glace. On pourrait faire cette épreuve positive au collodion humide, soit à la chambre noire, soit, ainsi que l'a démontré M. Audra, en posant le cliché sur la glace collodionnée, en séparant les deux faces par une simple épaisseur de papier découpé et en exposant pendant quelques minutes à la lumière d'une bonne lampe ordinaire; mais, dans l'une et l'autre de ces conditions, la couche sensible est imprégnée d'un excès de nitrate d'argent qui, au développement par le sulfate de fer ou par l'acide pyrogallique, donnent des oppositions trop accentuées ; il vaut donc mieux employer un procédé qui ne présente pas cet inconvénient.
Pour cela il semble préférable de choisir entre le développement alcalin ou l'épreuve dite au charbon.
Pour le développement alcalin, on pourra employer une glace préparée
au collodion albuminé (procédé Taupenot) ou tout autre procédé sec ; après impression par contact on développera, par un des procédés ci-dessus [p. 52, 56 ou 68,) et Ton obtiendra toutes les finesses, toutes les intensités, sans aucune dureté. On peut employer également bien, comme l'indique M. Liébert, une glace opale très-pure, finement dépolie au dos, repolie spécialement sur la face du côté opalin et couverte de collodiochlorure. Une épreuve fortement tirée dans ces conditions prend une très-grande harmonie par transparence et donne à l'agrandissement de bons négatifs.
Un grand nombre d'opérateurs préfèrent tirer sur glace une épreuve positive au charbon ; lorsqu'on emploie des papiers mixtionnés bien préparés, on peut obtenir très-rapidement d'excellentes épreuves positives destinées à l'agrandissement.
Les retouches indispensables sont faites sur le cliché d'abord, ensuite sur la petite épreuve positive, et l'on procède à l'agrandissement.
Le matériel nécessaire rentre dans le matériel ordinaire des photographes : il faut une chambre noire à long tirage, un bon objectif et un cône terminé par une glace dépolie, dans lequel peut se mouvoir parallèlement à cette glace dépolie un cadre destiné à recevoir le cliché à agrandir. S'il s'agit d'opérations courantes, un appareil construit spécialement sera préférable; mais on peut à la rigueur opérer au moyen de deux chambres noires, disposées bout à bout l'une contre l'autre, les deux glaces dépolies étant à chaque extrémité. On retire l'objectif de la plus petite, et par l'ouverture on fait pénétrer l'objectif, qui doit agrandir l'épreuve et qui est monté sur la chambre à long tirage. Le cliché à agrandir est fixé intérieurement sur la glace dépolie de la petite chambre ; au moyen d'un papier noir, on élimine toute lumière ne passant pas par le cliché; on établit avec soin le parallélisme entre les deux glaces dépolies, et au moyen des crémaillères on avance plus ou moins l'objectif et le cliché, jusqu'à ce que l'on obtienne la dimension et la netteté voulues. On n'a plus qu'à diriger cet ensemble sur une bonne lumière diffuse et à faire l'épreuve au collodion humide.
Différents brevets ont été pris, non pour ces procédés d'agrandissement qui n'ont rien de neuf, car M. Bayard les exécutait ainsi, il y a plus de quinze ans , mais pour diverses dispositions de détails destinées à supprimer, ou tout au moins à simplifier beaucoup la retouche.
M. Despaquis interpose entre le cliché à agrandir et la glace collodionnée une seconde glace transparente qu'il couvre d'un grain de plombagine très -fin et rendu adhérent par une mince couche d'eau sucrée, préalablement séchée sur la glace ; ce grain donnera moins de sécheresse à l'épreuve agrandie. Le môme inventeur indique encore l'interposition, on pourrait presque dire la juxtaposition contre la couche collodionnée, d'une glace dépolie très-fine, sur laquelle on peut faire de larges retouches locales qui se fondent sur l'épreuve.
Dans un autre procédé, indiqué par M. Lambert, lorsque le grand négatif est obtenu et terminé, on en couvre les deux faces avec un papier très-transparent sur lequel on fait à l'envers les larges retouches locales au moyen de grandes hachures ou de teintes plates ; ces retouches, diffusées par le papier et l'épaisseur de la glace, se fondent les unes avec les autres et avec les teintes du négatif, et ne sont pas visibles sur l'épreuve positive ; de l'autre côté, sur le papier appliqué contre la face même du négatif, on fait des retouches fines avec beaucoup de précision. En employant les tours de main, en manœuvrant habilement des caches ou réserves sur la glace du châssis positif pendant la venue de l'épreuve, on arrive à n'avoir presque pas de retouches faites à la main.
Ces divers moyens bien pratiqués donnent d'assez beaux résultats, surtout s'il n'y a pas d'exagération dans l'agrandissement; il faut toutefois reconnaître que de trop grandes épreuves photographiques sont froides à l'œil, monotones, et que trop souvent elles ajoutent à cette monotonie le défaut bien plus grave de présenter des déformations considérables.
ÉPREUVES POSITIVES AUX SELS d'âRGENT ET AUX SELS DE FER. 85