‹ Les progrès de la photographie: résumé comprenant les perfectionnements apportés aux diversChapitre 20 sur 22 · AUX ENCRES GRASSES · texte numérisé non relu

AUX ENCRES GRASSES

Si nous voulions considérer la Photographie comme une industrie spé* ciaie, se sufi&sant à elle-même, les procédés négatifs ou positifs que nous avons étudiés ci-dessus formeraient Tensembie de cette industrie, qui se trouverait alors forcément limitée dans sa production et dans ses applications ; mais si, la considérant d'une manière beaucoup plus générale, nous voyons dans la Photographie un moyen nouveau de représenter tout ce qui peut frapper nos yeux, si nous la rattachons à ces autres moyens qui forment Fensemble des arts graphiques sous le^nom de typographie, gravure, lithographie, nous ouvrons à Tensemble de ces industries un horizon dont nous ne saurions poser les limites.

En effet, d'une part, les arts graphiques se prêtent à l'invention, à l'interprétation artistique, à l'émission de la pensée humaine, mais ils peuvent être limités par les difficultés d'exécution et sujets à l'erreur; d'autre part, la Photographie est copiste fidèle et authentique, elle reproduit sans peine comme sans erreur tout ce qu'elle voit, quelle qu'en soit la complication, mais elle ne saurait interpréter. Ces deux moyens doivent donc se compléter l'un par l'autre et c'est dans leur union qu'est le progrès.

Or, que faut-il pour réaliser cette union? Transformer un cliché en une planche d'impression.

Le problème peut-il ^tre résolu ? Depuis longtemps déjà de larges essais ont répondu affirmativement; nous ne pourrions dire encore que le problème soit résolu dans toutes les conditions que peuvent demander les arts î^^phiques, mais nous n'hésitons pas à répondre qu'il est résolu dans iies conditions industrielles, et dans un temps prochain la Photographie s'imposera et prendra une place importante dans l'art des impressions.

l44 I^S PlOORtS DE LA PBOTOGKAPHIB.

Déjà en France, et surtout àFétranger, la Photographie dite €uuc encres grasses est appliquée dans l'industrie. Cet emploi, encore trop restreint, deviendra général quand la Photographie et l'impression, identifiées Tune à l'autre, connaîtront mieux les nécessités de l'une et de l'autre industrie et lorsque disparaîtront quelques entraves apportées par les intérêts particuliers.

Ce qui rend difficile la solution parfaite du problème, c'est que les arts graphiques se divisent en trois grandes branches admettant elle^mèmes divers modes d'opérer, ayant chacune leurs exigences, et que ces exigences semblent quelquefois incompatibles avec la nature de l'image photographique.

Nous avons, en effet :

I** La typographie, pour laquelle il faut une image en relief dont toutes les parties soient sensiblement sur le même plan, l'encre du rouleau devant s'arrêter sur les reliefs sans pénétrer dans les creux ;

a"* La gravure en creux, qui est l'opposé ; l'encre ne doit rester que dans les creux plus ou moins profonds, tandis que, au contraire, toute la surface plane de la planche doit être parfaitement essuyée et nettoyée.

3*^ La lithographie qui, théoriquement, présente, une surface plane sur laquelle l'encre adhère plus ou moins par suite d'une affinité plus ou moins grande pour cette surface.

Photographiquement, de nombreux essais ont été faits, de nombreuses inventions et de nombreux brevets en sont résultés pour arrivera réaliser avec plus ou moins de bonheur les conditions nécessaires pour ces divers modes d'impression; une foule de noms difiérents ont été donnés à ces inventions, tels que autotjrpiCy phototypie, albertypie, coUotypie^ héliotypte^ fiéiiogramre, photogravure, etc., etc. Nous commencerons par faire table rase de tous ces noms, sans vouloir toutefois nier un instant le mérite des hommes qui ont donné leur temps, leurs peines et leurs études pour rdndre pratique l'application de ces procédés; mais, tout en nous efforçamt de leur rendre justice dans le cours de nos explications, nous croyons devoir remonter aux inventeurs premiers, à ceux qui, utilisant les propriétés du bitume de Judée ou de la gélatine bichromatée, firent les premiers essais d'où découlèrent tous les autres, c'est-à-dire à Nicéphore Niepce, à Talbot, à Pretsch et surtout à Poitevin qui, par son étude complète des réactions

TIRAGES PHOTOGRAPHIQUES AUX ENCRES GRASSES. l45

de la gélatine bichromatée ou produits similaires, a démontré que par leur emploi on pouvait obtenir photographiquement aux encres grasses l'image en relief (typographie), l'image en creux (gravure), l'image sur surface plane (lithographie).

Avant d'entrer dans l'étude de chacune de ces trois branches, établissons d'abord nettement la différence profonde qui existe entre l'impression photographique ordinaire et les diverses impressions aux encres grasses.

Quel que soit le mode de production d'une image monochrome, celle-ci présente son effet général à nos yeux par les quantités plus ou moins grandes de la couleur qui la compose. Beaucoup de couleur dans les grandes ombres, de moins en moins à mesure que les demi-teintes deviennent plus légères jusqu'à l'absence complète dans les blancs absolus. Or, dans les procédés photographiques, on peut considérer la couleur comme formée par une série de teintes s'ajoutant les unes aux autres et se dégradant à l'infini, si bien qu'on pourrait la comparer à une peinture passant du blanc au noir en parcourant tous les degrés du gris ; mais il n'en est pas de môme pour les impressions aux encres grasses : ici la teinte est presque toujours unique, c'est une couleur brutalement noire, dont la couche la plus mince a déjà presque toute son intensité. Ce n'est donc plus en superposant des couches plus ou moins foncées qu'on pourra obtenir les noirs ou les demi-teintes, mais en espaçant plus ou moins la couleur, en serrant les intervalles d'autant plus qu'on voudra plus noir, en s'appliquant à avoir des traits ou des points d'autant plus fins et d'autant plus éloignés qu'on voudra des effets plus clairs.

La principale difficulté du problème réside dans cette différence entre les deux moyens d'obtenir l'image qui, en Photographie, est formée par une série de teintes en couches continues, et, dans les impressions aux encres grasses, est formée presque toujours par une seule teinte en couche brisée.

Nous devons donc de suite établir une distinction entre la reproduction photographique d'un dessin, gravure ou autre image, résultant déjà d'une impression à l'encre grasse et les épreuves faites sur nature ou d'après un tableau ; l'épreuve d'ap rès une gravure, dessin ou autre se trouve immédiatement réunir les conditions voulues pour l'impression aux encres

lO

l46 LES PROGBÈS DE LA PHOTOGRAPHIE.

grasses, puisque les écarts de traits ou les inégalités de grain ont été déjà obtenues et se reproduisent sur le cliché; mais il n'en est plus de même pour l'épreuve d'après nature ou d'après un tableau : elle présente des dégradations de teintes sans solution de continuité, et pour parvenir à la traduire sur une planche d'impression à l'encre grasse, surtout pour la gravure en relief ou en creux, il faut, par un tour de main plus ou moins réussi, rompre cette continuité de la teinte proportionnellement à l'effet nécessaire.

Aussi les reproductions de gravure ou de dessin se font avec une facilité relative et elles ouvrent déjà un champ très-vaste à l'industrie, tandis que répreuve d'après nature demande des procédés plus délicats.

Ajoutons encore que ce serait une erreur de croire que l'alliance de ces deux industries, photographie et impression, diminuera l'habileté nécessaire pour exercer l'une et l'autre; il faudra, le plus souvent, des clichés sinon spéciaux, du moins excellents pour pouvoir les appliquer à la production d'une planche destinée aux encres grasses ; de là cette nécessité d'un photographe habile, connaissant toutes les ressources de son art, et d'un imprimeur capable non-seulement d'appliquer à l'encrage et au tirage tout son savoir-faire, mais aussi d'aplanir et de surmonter les difficultés que peut présenter à chaque instant un procédé nouveau auquel on ne peut demander de donner immédiatement les résultats acquis par la vieille expérience des anciens procédés.

LITHOGRAPHIE PHOTOGRAPHIQUE. l^']

(PHOTOLITHOGRAPHIB, IMBRESSIOIfS SUR SURFACE PLANE.)

Photolithographie. ^ Le nom de lithographie (impression sur pierre], donné autrefois à ce procédé parce que c'est sur pierre que furent obtenues les premières épreuves, devient de nos jours de plus en plus incorrect, et bien que la pierre soit encore la matière principalement employée, le même mode d'opérer s'est étendu au zinc, et maintenant, avec la gélatine bichromatée, on peut, théoriquement du moins, obtenir ce genre d'impression sur toute surface plane suffisamment résistante.

Tout en le regrettant, nous ne saurions changer ce nom et nous rangerons sous la dénomination de lithographie photographique tous les procédés par lesquels l'impression pourra être obtenue sur une surface sensiblement plane, ne présentant ni creux ni reliefs volontairement cherchés, l'encre adhérant par affinité sur certains points' et étant au contraire repoussée dans les autres parties, la répulsion de l'encre pour ces dernières étant généralement causée par une certaine humidité localisée.

Avant de parler de Ja lithographie photographique, il nous faut expliquer en quelques mots la lithographie ordinaire.

La lithographie sur pierre, inventée en 1796 par Sennefelder, est basée sur les faits suivants :

On prend une pierre calcaire plane et sans défauts, d'une homogénéité et d'une porosité convenables : celles qui viennent des carrières spéciales de Munich sont particulièrement propres aux applications lithographiques, n suffit de tracer un dessin quelconque sur cette pierre avec une matière

lo.

l48 LBS PftOGKfiS DE LA PHOTOGRAPHIE.

grasse et de mouiller ensuite toute la surface : Teau pénètre très-légèrement dans les pores partout où il n'y a pas de matière grasse, elle est au contraire repoussée par le corps gras. Si Ton passe le rouleau chargé d'encre d'impression, après avoir essuyé la pierre pour enlever l'excès d'eau, l'encre adhère sur le corps gras, elle ne s'attache pas sur les parties humides de la surface; si l'on couvre ensuite la pierre avec une feuille de papier et si l'on exerce une pression, l'encre s'attachera au papier, quittera la pierre, et donnera la reproduction du dessin.

Dans la pratique, il y a de nombreux écueils à ce procédé si simple comme théorie première, il faut consolider en quelque sorte le dessin sur la pierre, augmenter les deux propriétés inverses de la surface pour éviter que peu à peu les parties non encrées ne s'habituent à prendre l'encre, que les traits délicats ne s'élargissent et ne s'empâtent ou môme que les traits ou les demi-teintes ne disparaissent. Ces diverses conditions tiennent un peu à la nature de la pierre, à la qualité de l'encre ou matière grasse qui a servi à faire le dessin, mais surtout à l'habileté de l'ouvrier qui a fait la première préparation ou acîdulation et gommage, et aux soins de l'ouvrier tireur.

Le dessin étant mis sur pierre, la préparation ou acidulation se fait en la couvrant largement d'une dissolution de gomme arabique acidulée faiblement avec l'acide nitrique ; on la lave, on la couvre ensuite avec de l'eau gommée et on la laisse ainsi pendant quelque temps. L'action de l'acide nitrique est d'abord de décomposer le savon qui entre dans la composition de l'encre ou du crayon lithographique qui a fait le dessin, les acides gras de ce savon décomposé s'unissent à la chaux de la pierre pour former un savon calcaire insoluble ; de plus, l'acide, rongeant très-légèrement la pierre partout où il n'y a pas de dessin, donne à celui-ci un trèsfaible relief, augmente la porosité de la surface calcaire et son affinité pour l'eau. Le rôle de la gomme semble être d'abord de localiser l'action de l'acide par son état mucilagineux ; elle a en outre une propriété réellement préservatrice de la surface, elle adhère à la pierre dont elle ferme les pores au corps gras tout en la rendant plus facilement pénétrable par l'eau.

Nous donnons ces quelques explications uniquement pour montrer aux opérateurs qu'il existe une série de tours de main dont il faut nécessai-

LITHOGRAPHIE PHOTOGIUPHIQUE. l49

rement acquérir la connaissance et l'habitude avant de penser à réussir la photographie sur pierre.

On ne doit pas oublier que la surface de la pierre doit être avant tout adaptée au but que Ton se propose, largement grainée pour de grands effets, de plus en plus doucie pour les dessins plus fins et presque polie si Ton veut avoir des traits excessivement déliés.

Le dessin est mis sur pierre soit directement par la main de Tartiste, se servant alors du crayon ou de Tencre lithographique, soit indirectement par le report. Pour le report, le dessin doit être obtenu sur une feuille de papier spéciale avec l'encre dite de report; cette feuille de papier, préalablement rendue humide, est placée et comprimée sur la pierre : elle y laisse son empreinte grasse. La feuille de report peut elle-même recevoir son dessin soit à la jnain, soit par l'un quelconque des procédés d'impression; il faut seulement que le dessin qu'elle porte soit fait avec cette encre spéciale de report.

Nous connaissons maintenant les conditions, pour ainsi dire théoriques, de la lithographie ; voyons comment on a pu les adapter ou les modifier suivant les exigences de la Photographie, et obtenir par l'action seule de la lumière un dessin encrable sous le rouleau.

Bien que les divers procédés pour arriver à ce résultat soient basés sur une seule réaction : la propriété que possèdent certains corps mélangés de bichromates alcalins de devenir insolubles par l'action de la lumière, de ne plus être pénétrés par l'eau et de prendre l'encre d'imprimerie, ils sont cependant si nombreux, qu'il est nécessaire de les classer pour ne pas répéter à chaque instant les mêmes explications.

On doit distinguer :

i*" Les méthodes dans lesquelles on emploie les surfaces lithographiques (mlinaires ; la préparation photographique remplace le crayon ou l'encre lithographique et fait, après l'insolation, une sorte de réserve qui n'adhère à la surface préparée que dans les parties où la lumière l'a rendue insoluble, tandis que dans les autres parties la surface mise à nu peut recevoir les manipulations ordinaires, telles que l'acidulation, le gommage, etc.;

2*" Les méthodes dans lesquelles une surface quelconque, apte ou non à recevoir un dessin lithographique, est et reste couverte d'une couche continue de gélatine ; c'est cette couche tout entière qui devient surface

l5o LRS PROGRES DE Lk PHOTOGRAPHIE.

lithographique, Fencre grasse adhérant à la gélatine solarisée et n'adhérant pas aux parties de gélatine sur lesquelles Faction lumineuse n'a pas été suffisante pour les empêcher de s'humecter;

3*" Les procédés de report et de transfert, dans lesquels les surfaces gélatineuses préparées ne présentent pas assez de résistance pour supporter l'action de la presse, mais ^rmettent cependant d'obtenir une ou plusieurs épreuves avec l'encre dite de report, épreuves qui sont alors reportées sur pierre ou sur zinc.

Ces procédés de transport peuvent être obtenus également par les deux premières méthodes.

n est difficile de faire une classification bien exacte de ces divers modes d'opérer, qui s'enchevêtrent intimement les uns dans les autres ; toutefois cette division rendra plus facile au lecteur l'étude qui va suivre :

i*" Impressions sur surfaces lithographiqnes faites directement (' ) . — Nous ne reviendrons pas sur le procédé au bitume de Judée, que nous avons pratiqué autrefois, et qui est décrit page 456 de la Chimie photographique; abandonné aujourd'hui, ce procédé reviendra probablement plus tard. Nous suivrons seulement les développements successifs qu'ont prises les préparations bichromatées.

Le- procédé le plus simple est celui indiqué par M. Poitevin, Chimie photographique, page 4^9 ; nous le rappelons ici :

On prend une pierre lithographique plus ou moins finement grainée ou poncée, suivant le sujet à reproduire, car le grain est nécessaire si l'on veut de la transparence dans les noirs, tandis qu'une surface lisse ou polie ne peut convenir que pour la reproduction du trait.

Sur cette pierre, préalablement bien lavée et séchée, on étend un mélange d'une partie d'albumine d'œufs recueillie après le battage en neige, et d'une partie d'une solution saturée de bichromate de potasse. Cette mixtion est appliquée au moyen d'un pinceau dit queue de morue ou de toute autre manière. La pierre est égouttée de tout excédant de liquide et essuyée avec un tampon de linge, de telle sorte qu'il n'en reste à la surface qu'une couche infiniment mince, celle qui a pénétré, pour ainsi dire, dans les pores de la pierre.

( * ) Foir les Traités spéciaux de M. Geymet et de M. Mook.

LITHOGRAPHIE PHOTOGRAPHIQUE. l5l

On laisse sécher à Tabri de la lumière et l'on pose sur cette surface un négatif, de préférence un négatif retourné ; et, comme pour toutes les opérations photographiques, on expose à la lumière un temps variable suivant son intensité et Topacité du négatif; Texpérience est le meilleur guide à cet égard.

Sous rinfluence de la lumière, Talbumine bichromatée devient insoluble et s'incorpore à la pierre ; les parties protégées par les noirs du négatif restent solubles.

La pierre, rentrée dans le laboratoire, légèrement mouillée à Téponge, est encrée avec le rouleau couvert d'encre lithographique ; de préférence on emploie comme encre celle dite de report, additionnée d'un peu de vernis gras : cette encre résiste mieux aux apprêts nécessaires que l'on va faire subir à la pierre ; l'encre grasse adhère immédiatement sur les parties où l'albumine insolubilisée par la lumière a pris en même temps une grande affinité pour les corps gras ; elle est repoussée, au contraire, partout où l'albumine, restée soluble, est enlevée par l'action de l'eau et laisse l'humidité pénétrer les pores de la pierre.

Ainsi préparée, la pierre présente le dessin à l'encre grasse ; mais, si l'on voulait faire le tirage d'un certain nombre d'épreuves, le dessin ne résisterait pas ; il s'empâterait bientôt ; partant, il faut que la pierre soit acidulée et gommée, comme nous l'avons expliqué plus haut, en l'immergeant d'un coup dans une solution de i parties de gomme, 2 parties d'acide nitrique pour 100 parties d'eau ou la recouvrant habilement et largement avec une nappe de ce liquide. La pierre, relevée aussitôt, est lavée, passée à la gomme sans acide, séchée et prête ensuite pour les tirages lithographiques.

M. Greymet, dans son Traité pratique de la Lithophotographie (édition de l'année 1873), indique ce procédé des couches d'albumine bichromatée sans épaisseur, étendues sur une pierTe polie, comme particulièrement préférable toutes les fois que l'on recherche la reproduction du trait.

Ce premier procédé de M. Poitevin fut suivi d'un assez grand nombre de formules données par d'autres inventeurs : nous allons énumérer trèsrapidement et seulement pour mémoire quelques-unes de ces méthodes ; mais c'est seulement lorsque le brevet de M. Poitevin approche de son terme que nous voyons apparaître lés sérieux perfectionnements qui sont en pratique aujourd'hui.

l52 LES PlOGlfcS PK LA PHOTOGBAPHIB.

En décembre i855, BQf. Rousseau et Husson produisaient une image sur pierre lithographique au moyen de la gélatine bichromatée et des réactions suivantes : après Tinsolation sous le cliché, la pierre gélatinée est lavée à Teau pour enlever tout le bichromate resté soluble, puis recouverte d'un mélange d'acide gallique et pyrogallique très-faiblement acidulé, lavée de nouveau, recouverte d'une dissolution de savon blanc; la gélatine insoluble conserve assez d'acide pour décomposer un peu de savon et fixer l'acide gras sur les traits de l'image. On peut renforcer cette action en faisant succéder des solutions de nitrate de cuivre ou de nitrate de plomb, et terminer par une nouvelle solution de savon ; on lave de manière à enlever les dernières traces de matière soluble, et l'image reste formant un relief considérable encrable au rouleau.

Dans ce procédé assez compliqué, les auteurs n'ont pas tenu compte de l'aflBnité de la gélatine insoluble pour l'encre grasse, de la répulsion de cette encre par les parties mouillées, et ils ont cherché des reliefs et des complications que la pratique actuelle démontre inutiles.

Beaucoup plus tard, en juillet i863, M. Morvan communiqua à l'Académie des Sciences un procédé basé également sur l'emploi du savon.

La pierre est toujours couverte du mélange d'albumine et de bichromate soluble, exposée sous une épreuve positive et, après une insolation, lavée d'abord avec un acide faible, puis avec une dissolution de savon blanc et ensuite à l'eau pure.

Ici l'albumine joue le rôle de réserve contre l'action de l'acide gras sur la pierre ; toutefois la description donnée par M. Morvan semble incomplète, et nous l'avons mentionnée parce qu'elle donne une image positive avec un cliché positif.

Gomme procédé particulier, nous devons indiquer celui de M. Jobard, de Bruxelles, qui a obtenu des épreuves lithojgraphiques au moyen de pierres ou de plaques de zinc simplement iodées.

La surface, exposée d'abord aux vapeurs d'iode, est mise sous un positif et aussitôt après l'insolation couverte d'une solution de gomme additionnée de noir de fumée et mise à sécher à l'abri de la lumière ; après quelques heures on lave, on sèche de nouveau, puis on humecte la surface et l'on encre. Partout où la lumière a frappé, l'encre grasse ne prend pas, sans doute parce que la lumière a déterminé la formation d'une mi-

LITHOGIAPHIE PHOTOGRAPHIQUE. l53

nîme quantité d'acide iodhydrique, ce qui a produit une légère acîdulation ; là où la lumière n'a pas frappé, Tiode non altéré permet à la suriace de prendre Fencre grasse. Cette préparation demande de très-grands soins et un très-habile ouvrier.

a"" Impressions sur nne surface plane quelconque conyerte d'une couche contmne de gélatine. — Dans les procédés qui précèdent, dont les premiers seuls ont donné quelques résultats commerciaux, nous voyons que Ton a toujours cherché à utiliser les propriétés lithographiques spéciales de la pierre ou du zinc; en mai 1867, BfM. Tessié du Motay et Maréchal, de Metz, entrent dans une autre voie, suivie dans tous les perfectionnements qui vinrent ensuite.

Dans leur procédé, la mixtion bichromatée remplit un double but : elle est utilisée en couche continue étendue sur un support plan et résistant quelconque (métal, pierre, verre, etc.), et la lumière détermine sur cette couche continue; les points qui doivent prendre Tencre et ceux qui doivent prendre Teau. Théoriquement, la matière du support devient donc indifférente, pourvu qu'elle présente une résistance suffisante ; la question importante qui reste à résoudre est l'adhérence de la couche.

Cette méthode se retrouve indiquée dans l'ouvrage publié en 186:2 par M. Poitevin, page 76 :

c La possibilité une fois reconnue de faire adhérer l'encre grasse et tout corps gras aux seules parties modifiées par la lumière d'une surface quelconque recouverte du mélange précité (bichromates et matières gommeuses, gélatineuses, etc.), j'étais arrivé à la Photolithographie. » Mais il ne paraît pas que ce procédé ait été employé pour un tirage direct avant l'application qu'en firent MM. Tessié du Motay et Maréchal, de Metz.

Procédé de MM, Tessié du Motay et Maréchal^ de Metz. — Selon les auteurs (*), deux causes, qui nous semblent très-discutables, empêchaient les diverses méthodes employées avant eux de donner les résultats qu'on en attendait : le grain de la pierre et l'épaisseur de la couche qni, quelque mince qu'dle soit, se trouvait interposée entre la surface dn cliché et la surface lithographique.

(*) Bulletin de la Société française de Photographie, année 1867, p. ii5.

l54 LES PROGRfiS DE LA PHOTOGRAPHIE.

Pour s*en affranchir, ils firent un mélange de colle de poisson, de gélatine, de gomme, additionné de bichromates solubles, auxquels ils ajoutaient encore de l'acide chromique mélangé d'autres corps avides d'oxygène. Le mélange, étendu sur plaque de cuivre, est séché et chauffé pendant plusieurs heures à Tétuve à une température de 5o° C. environ. Sous l'influence des sels ajoutés et de la température, la couche gélatinée, gommée et bichromatée devient insoluble dans toute son épaisseur, s'attache au support et peut résister au rouleau d'impression, qui la déchirerait si elle ne prenait pas une résistance suffisante.

Après le passage à l'étuve la plaque est insolée sous le négatif^ lavée de manière à enlever tous les sels de chrome et autres restés solubles, séchée et disposée pour l'impression.

Sous l'action d'une éponge humide, les parties non insolées se gonflent légèrement en absorbant l'humidité, mais pas assez [pour que le rouleau chargé d'encre ne puisse atteindre les parties qui ont reçu l'action lumineuse et qui, n'absorbant pas l'eau, prennent très-bien l'encre grasse; cette encre adhère donc plus ou moins, suivant que la lumière a rendu la surface plus ou moins imperméable à l'eau.

Chaque planche obtenue par ce procédé ne permettait pas alors le tirage de plus d'une centaine d'épreuves; elle ne tardait pas à s'altérer et devait être remplacée par une autre. Ce faible tirage est compensé par la facilité avec laquelle on peut faire autant de planches qu'on le désire.

L'encrage sur surface continue de gélatine indiqué par M. Poitevin, modifié et amélioré par Tessié et Maréchal, est donc -pratique; l'image photographique peut y être obtenue avec une grande perfection ; on peut se servir de cette couche pour tirer un^sez grand nombre d'épreuves. Nous allons voir maintenant se développer de tous les côtés des méthodes, tours de main, formules diverses pour améliorer les tirages et arriver à imprimer un grand nombre d'épreuves sans ^Itérer la couche de gélatine sur laquelle elles sont formées.

Ce fut à la fin de 1868 et en 1869 que l'on vit se produire dans les expositions et dans le commerce les premières épreuves 4 l'encre grasse pouvant rivaliser, pour la finesse et le modelé, avec celles obtenues aux sels d'argent. Ces épreuves sortaient des ateliers de M. Albert (de Munich) et étaient obtenues au moyen d'un procédé encore mal connu, auquel

LITHOGRAPHIE PHOTOGRAPHIQUE. l55

M. Albert avait donné son nom, procédé qui, en réalité, a la plus grande similitude avec celui de MM. Tessié et Maréchal ; seulement, pour obtenir une plus grande résistance de la couche de gélatine sur son support, M. Albert interpose une couche mince préalable qui, insolubilisée dans toute son épaisseur, forme un intermédiaire très-tenace et donne à la couche totale une grande résistance à l'action du râteau de la presse lithographique. Quelques heureuses modifications apportées à cette presse lui permettent de faire, avec la môme préparation gélatinée , un tirage qui dépasse i5oo exemplaires.

MM. Tessié et Maréchal solidifient la couche de gélatine par quelques agents chimiques aid^ par la chaleur; M. Albert remplace l'action de la chaleur par l'action de la lumière.

Modification par M, Albert, — Nous donnons ici ce qui est connu du procédé de M. Albert, soit par le brevet, soit par ce qui en a été publié, sans garantir toutefois l'exactitude des formules. Nous ferons observer, du reste, que pour ce procédé comme pour tous ceux qui suivent, les formules données par les auteurs ont rarement la netteté désirable ; quelquesunes insérées dans les brevets semblent avoir été compliquées à dessein et seraient même quelquefois impossibles à réaliser. Chaque industriel qui amène un perfectionnement cherche à en tirer parti, ainsi que cela est son droit ; aussi ne communique-t-îl pas volontiers le tour de main, le petit secret de métier auquel il doit sa réussite. Nous donnerons d'abord un extrait du brevet de M. Albert (de Munich), Brevet de i5 ans, n* 83o5o, 3 novembre 1868:

f On prend une glace ou une surface polie, de 7 à 8 millimètres d'épaisseur, transparente, sur laquelle on verse un liquide composé de :

Eau • Soo**

Albumine iSo''*'

Gélatine i5«"^

Bichromate de potasse S^""

» Après dessiccation à l'abri de la lumière, on obtient une première couche qui, en réalité, est composée de deux couches différentes : » I* Celle touchant directement le verre; » 2" Celle en contact avec l'air.

l56 LES PROGftftS DE LÀ PHOTOGEAPHIE.

» On pose sur le côté albuminé de la glace un morceau de drap foncé, et l'on expose à la lumière le côté nu de la glace pendant une demi-heure à deux heures. Par cette exposition à la lumière, la couche en contact avec le verre est devenue sèche, insoluble et parfaitement adhérente, et la couche externe peut encore recevoir de nouveau une solution de gélatine bichromatée.

» En effet, après l'exposition à la lumière, on verse sur la glace une solution de :

Gélatine 3oo*'

Eau i8o

Bichromate •• • . loo (* )

» Après séchage, la glace est prête à être exposée sous un cliché négatif, et l'exposition à la lumière influencera proportionnellement la gélatine bichromatée.

» On suit facilement à travers la glace les progrès de l'action actinique.

» On laisse ensuite la glace impressionnée séjourner un quart d'heure dans l'eau.

» Elle est apte, en cet état, à recevoir directement les encres d'imprimerie à l'aide d'un rouleau ordinaire. Si l'on doit presser vigoureusement pour obtenir des épreuves, on scelle les plaques de verre sur du plâtre ou autrement.

Ce que M. Albert revendique comme son invention, c'est :

1° L'emploi des glaces transparentes;

2® La double couche sensible permettant un tirage nombreux.

M. Van Monckhoven, dans son Traité général de 1873, donne sur le procédé Albert quelques renseignements et quelques formules qui diffèrent un peu de celles du brevet, surtout pour la composition de la mixtion destinée à faire la deuxième couche.

La glace doit être finement dépolie ; on la recouvre d'une solution de 6 grammes de gélatine dans 3oo centimètres cubes d'eau distillée addi-

(^) 11 doit y avoir erreur dans ces nombres donnés. La solubilité du bichromate de potasse est de 10 grammes pour 100 centimètres cubes d'eau : la formule serait donc impossible.

LITHOGBAPHIB PHOTOGRAPHIQUE. 167

tionnée de 5 à 6 grammes de bichromate d'ammoniaque ; après refroidissement, on ajoute loo centimètres cubes d'albumine d'œufs préalablement purifiée par le battage en neige, on laisse sécher horizontalement dans un endroit chaud à 3o degrés G. environ et bien à l'abri de la poussière.

Après dessiccation, la glace est posée sur un drap noir, la préparation bichromatée en contact avec le drap et elle est insolée en plein en présentant le dos de la glace à la lumière pendant cinq à dix minutes. Le côté de la couche en contact avec la face dépolie du verre est complètement insolubiiisé et devient très-adhérent; il est probable que. cette insolubilité monte jusqu'à la face extérieure, mais cependant la gélatine est de moins en moins cornée dans son épaisseur, de sorte que la face extérieure reste encore très-apte à se cimenter avec la nouvelle couche sensible que l'on y superposera , mais les liquides ne peuvent plus pénétrer dans toute la profondeur de manière à détruire l'adhérence sur le verre. Cette première préparation faite, la glace est lavée à l'eau froide et séchée à l'abri de la poussière.

La formule indiquée pour la préparation de la deuxième couche nous semble bien compliquée; il est probable qu'elle pourrait être ramenée à une simple solution de très-bonne gélatine faite de 12 grammes de gélatine pour 100 centimètres cubes (ou de colle de poisson dans une proportion moindre), et de 3 à 4 grammes de bichromate de potasse ou d'ammoniaque.

Nous la donnons néanmoins telle qu'elle est indiquée.

Préparez les solutions suivantes :

1« Gélatine 20»'

Eau distillée froide iiS*"*

2" Colle de poisson 4*'

Eau distillée froide 6o«'

Lorsque les matières ont trempé pendant un temps suffisant pour les bien gonfler, chaufifez au bain-marie et mélangez les deux solutions.

3^ Albumine battue en neige et déposée.

* 4° Bichromate de potasse 10»^

Eau distillée 6o«

Filtrez.

. l58 LES PROGRlKS DB Ll PHOTOGRAPHIE.

5* Lupuline b''

Benjoin 3»^

Baume de Tolu a»*"

Alcool à 3o degrés C ' loo**

6** Nitrate d'argent 3»'

Eau distillée 90*"

7° Bromure de cadmium 2

lodure de cadmium 2

Eau distillée 3o~

Mélangez les n^ 1 et 2 et ajoutez :

6 li

Secouez, agitez, filtrez à une douce température qui ne doit pas dépasser 3o à 35 degrés C. pour ne pas coaguler l'albumine ; recouvrez avec ce mélange la glace chauffée à 3o degrés, mise ensuite parfaitement de niveau, de façon que la couche ait a à 3 millimètres d'épaisseur, laissez sécher à l'abri de la lumière.

On expose ensuite cette glace sensible sous le négatif, qui doit être retourné, si Ton veut que l'épreuve définitive soit dans son vrai sens; tous les détails de l'image doivent être visibles au travers de la glace. On surveille la venue de l'épreuve comme pour une image ordinaire.

La glace est alors retirée du châssis, lavée jusqu'à disparition de toutes traces de bichromate de potasse et séchée; elle est devenue une planche lithographique. On la monte sur la presse, on la mouille avec un mélange d'eau et de glycérine, qu'on éponge après quelques minutes; on passe un peu d'huile, on mouille de nouveau, on encre au rouleau et l'on tire. Ces dernières opérations rentrent dans le domaine du lithographe, qui doit être très-soigneux et doit prendre l'habitude de son procédé.

Procédé de M, Obernetter, — En même temps que M. Albert, M. Obernetter, également de Munich, apportait une variante aux procédés d'impression sur couche bichromatée.

Après avoir mis sur glace une couche première et l'avoir insolubilisée comme on le fait dans le procédé précédent, M. Obernetter étend une se-

LITUOGRAPHIB PHOTOGRAPHIQUE. l5g

conde couche formée d'un mélange de gélatine, d'albumine, de bichromate de potasse et de sucre; après dessiccation, il expose à la lumière sous un négatif; la gélatine et l'albumine deviennent plus ou moins insolubles, et le sucre perd plus ou moins ses propriétés adhésîves. Après l'insolation suivie de quelques minutes d'attente dans le cabinet noir, pour que l'humidité atmosphérique puisse agir sur le sucre, toute la surface est saupoudrée de zinc en poudre impalpable , comme s'il s'agissait de faire un émail ; le sucre fixe le zinc là où la lumière ne l'a pas altéré ; il n'y a, au contraire, aucune adhérence sur les parties solarisées. La glace est alors portée lentement à une température de 200 degrés C. ou exposée à la lumière de manière à amener l'insolubilité de toute la surface, et avec l'acide chlorhydrique faible on fait une morsure générale qui, agissant sur le zinc, le rend apte à repousser l'encre, tandis qu'au contraire cette encre prend très-bien sur les parties qui n'ont pas fixé de poudre de zinc ; on fait ensuite le tirage, qui peut arrivera un très-grand nombre d'épreuves.

Ces procédés se répandirent rapidement en Allemagne, où ils se généralisèrent sous le nom de Lichtdmch avec toute une série de variantes. En France, c'est seulement dans ces dernières années que nous les voyons progresser sous les efforts intelligents de M. Thiel; pourtant le procédé Albert avait été communiqué à l'un des imprimeurs les plus renommés de Paris, qui en avait fait l'acquisition, mais sans lui faire rien produire.

La recherche de l'adhérence de la couche de gélatine sur la glace est poursuivie dans divers pays, même dans les Indes anglaises, où M. Watterhouse emploie les formules suivantes :

Après avoir bien nettoyé des glaces finement dépolies, on fait une solution de belle gélatine, 100 grammes dans 600 centimètres cubes d'eau distillée; on fait dissoudre d'autre part 6 grammes de savon dans 100 centimètres cubes d'eau distillée et 1 granunes de tannin dans la même quantité d'eau ; on mélange ces deux dernières solutions et on les ajoute doucement, en remuant toujours, à la solution chaude de gélatine; on filtre immédiatement sur un linge et l'on étend le mélange sur la glace dépolie, en évitant les bulles d'air.

l6o LES PROGRÈS DE LA PHOTOGRAPHIE.

Aussitôt que la gélatine a fait prise, on retourne les glaces pour éviter les poussières et on laisse sécher.

Après dessiccation on sensibilise la glace par une immersion dans un bain de bichromate de potasse, 5 grammes pour loo centimètres cubes d'eau, et après cinq minutes d'immersion on retire la glace, qu'on met è sécher à l'abri de la lumière à une douce chaleur; la glace est ensuite exposée sous un négatif retourné pendant cinq à quinze minutes au plus, si les clichés sont durs.

Après l'exposition, on pose l'épreuve sur une étoffe noire, le côté préparé touchant l'étoffe, et l'on expose au soleil pendant deux ou trois minutes, de façon à durcir complètement la gélatine qui est en contact avec la glace ; par ce moyen, on évite l'ennui d'une première couche , comme dans le procédé Albert, et l'on empêche néanmoins le soulèvement de la gélatine dans les opérations ultérieures.

La glace est ensuite lavée à plusieurs eaux, jusqu'à ce que tout le bichromate jaune ait disparu ; on éponge la surface et on passe le rouleau chargé d'encre grasse.

S'il s'agit d'une épreuve de trait, on peut employer immédiatement une encre assez dense, additionnée cependant d'un peu d'huile d'olive pour la rendre plus onctueuse ; s'il s'agit d'imprimer des épreuves avec daniteintes, on encre d'abord avec une encre vigoureuse pour donner les grands noirs, puis on reprend avec un second rouleau chargé d'encre plus faible ou même de couleur un peu différente pour donner les teintes légères.

En Italie, M. Borlinetto poursuit la solution du même problème, et il donne dans le Moniteur de la Photographie (*) les formules suivantes :

Sur une glace finement dépolie, bien nettoyée et finalement passée à l'alcool, étendez une légère couche d'albumine formée de 6 centimètres cubes d'albumine pour loo centimètres cubes d'eau distillée; ce mélange, battu [en neige et reposé, donne une solution d'albumine parfaitement claire qu'on filtre s'il est nécessaire.

La glace égouttée, redressée sur l'angle, est mise à sécher à l'abri de

(•) Moniteur de la Photographie, rédigé par M. Lacan, année 1873.

LITHOGRAPHIE PHOTOGRAPHIQUE. l6l

la poussière. On la plonge ensuite dans une dissolution alcoolique de nitrate d'argent; on lave, on laisse sécher: l'albumine est ainsi complètement coagulée.

D'autre part, on fait une solution de :

Gélatine lo»"

Eau distillée 200**

Bichromate d'ammoniaque 5''

On prend une des glaces albuminées, on la plonge pendant une minute dans l'eau bouillante, on la retire et, après égouttage, on y étend la gélatine bichromatée, dont on laisse une couche suffisante pour avoir une bonne image (probablement i ou 2 millimètres); cette glace, placée de niveau sur un support légèrement chauffé, est immédiatement séchée dans l'obscurité ; après refroidissement , elle est prête pour l'impression sous un négatif retourné. Cette impression doit être assez longue pour que l'épreuve apparaisse dans toutes ses parties. On retourne alors l'épreuve et l'on applique le côté gélatine sur un tissu noir, comme dans le procédé précédent de M. Watterhouse, etl'on expose l'envers pendant quelques secondes aux rayons directs du soleil ; on lave de nouveau à l'eau bouillante plusieurs fois renouvelée jusqu'à élimination complète de tout sel de chrome, on passe à l'eau alunée, puis de nouveau à l'eau pure, et on laisse sécher.

Lorsqu'on veut imprimer, on met la glace pendant dix minutes dans l'eau froide, puis on la porte sous la presse lithographique; on éponge l'excès d'eau et l'on encre. Il faut imprimer de préférence sur le papier préparé mat que l'on appelle papier couché^ papier-porcelaine mat. Les épreuves obtenues sur papier couché sont en effet plus complètes, mais sans solidité.

D y a dans ce procédé de M. Borlinetto presque un excès de précautions pour solidifier l'attache des couches encrables : emploi du nitrate d'argent, de l'alcool, de l'eau bouillante pour insolubiliser l'albumine; de la chaleur, de la lumière, de l'alun pour solidifier la gélatine. L'auteur assure qu'avec cet ensemble de réactions on n'a jamais ni soulèvements ni éraillures sous l'action de la presse.

Nous retrouvons toujours ces mêmes préoccupations pour obtenir une

adhérence parfaite entre la couche de gélatine et le support, soit dans les

l62 LES PROGRÈS DB LA PHOTOGRAPHIE.

recherches de M. Thiel sur le meilleur mode de dépoli des glaces, soit dans celles de M. Despaquis, qui conseille, après Texposition de la couche préalable et Texposition sous le cliché, de faire une troisième exposition qui puisse insolubiliser la masse totale.

D'après M. Despaquis, la jonction entre la couche mince préalable mise sur la glace et la seconde couche qui donnera l'image encrable, ne pourrait être parfaite ; il se trouverait ainsi entre les deux faces insolées et devenues insolubles une couche intermédiaire accessible à l'humidité et par conséquent une cause de déchirement. H faut opérer en quelque sorte la soudure de ces deux couches superposées par l'insolubilisation de celle qui * les unit. M. Watterhouse, M. Borlinetto ont déjà donné un moyen en conseillant de faire suivre l'exposition sous le cliché d'une exposition faite par le dos de la glace; nous allons voir la môme recommandation dans le procédé Edwards. Mais comment savoir à quel moment la soudure est opérée ? M. Despaquis indique que cette insolation par le dos de la glace doit continuer jusqu'à ce qu'on en voie trace sur la face qui porte l'image.

Après avoir suivi cette impulsion des impressions sur glace dépolie, qui semblent donner jusqu'ici les résultats les plus fins, nous voyons quelques praticiens revenir' au point de départ de MM. Tessié et Maréchal, c'est-àdire à l'extension de la couche de gélatine bichromatée sur plaque de métal.

Ainsi, en 1878, M. Geymet communique à la Société française de Photographie un mode d'opérer que l'on retrouvera complètement expliqué dans son Ouvrage sur la Photolithographie (*).

Sur plaques de cuivre planées, polies et légèrement graissées, étendez en couche uniforme une solution formée de :

Eau loo"*

Colle de poisson a»'

Colle de Flandre 2«'

Bichromate de potasse 2 à 3»'

Filtrez sur une flanelle.

(*) Photographie, trai(s et demi-teintes, treUté pratique, 1878; chezVauteur*

LITHOGRAPHIE PHOTOGRAPHIQUE. l63

Les plaques recouvertes sont mises à sécher dans l'obscurité à une température de 4o degrés G. environ, en maintenant la plaque de niveau.

Exposez sous un cliché le temps nécessaire pour que Timage soit bien accusée, lavez à grande eau pour enlever le bichromate, laissez sécher de nouveau ; puis, mettant la plaque sous la presse, mouillez légèrement la surface à Téponge, encrez et imprimez.

M. Rodrigues, directeur de l'atelier photographique de la Direction des travaux géographiques de Lisbonne, a également employé le métal pour y étendre la préparation sensible (^), mais son procédé diffère des précédents en ce qu'il fait un retour plus accentué encore vers les premiers procédés de M. Poitevin sur pierre lithographique: seulement des plaques de zinc très-minces sont substituées à la pierre avec grand avantage, surtout pour obtenir la reproduction du trait, ce qui est le travail principal dans l'atelier photographique de Lisbonne. La minceur des plaques permet à la fois une juxtaposition plus intime avec le cliché, une préparation plus facile, soit pour le dressage des surfaces , soit pour l'obtention des couches sensibles, une économie dans la dépense et dans l'emmagasinage. Dans ce mode d'opérer, le rôle de la gélatine n'est plus de devenir surface lithographique continue, mais bien de former une réserve qui permet la préparation du zinc par l'acidulation et le gommage, exactement comme dans les procédés de lithographie ou de zincographie ordinaire.

Voici les formules employées par M. J. Rodrigues :

On choisit des plaques de zinc de surface bien égale que l'on dépolit à rémerî fin; on prend de préférence des plaques très-minces (n° 5 ou 6 du commerce], puis on les passe à une lessive de soude caustique. On lave et on les recouvre d'une couche très-légère d'une solution de :

Gélatine i^'

Bichromate d'ammoniaque i

Eau loo*'

On fait sécher dans l'obscurité à une douce chaleur et l'on expose au soleil pendant un temps qui varie de cinquante à cent secondes sous un cliché retourné.

(*] Bulletin de la Société française de Photographie, année 1873, p. 23i.

l64 LES PROGRfcS DB LA PHOTOGRAPHIE.

AU sortir du châssis on recouvre toute la plaque avec un rouleau chargé d'encre faite d'un mélange de 4 parties d'encre lithographique ordinaire et I partie d'encre de transport, puis on met tremper dans Teau froide pendant trois à quatre heures. Les parties de gélatine qui ont reçu l'action de la lumière et qui, par cela même que la couche est très-mince, ont été impressionnées à fond, c'est-à-dire jusqu'à la surface métallique, ne sont pas pénétrées par l'eau et gardent toute leur adhérence; celles au contraire qui n'ontpas été insolées absorbent l'humidité, et, malgré l'encre qui les recouvre, elles se gonflent d'eau et se disposent pour la dissolution. Il suffit à ce moment de passer la plaque dans l'eau tiède pour que toute la gélatine non modifiée par la lumière se dissolve et mette à nu la plaque de zinc dans les parties correspondantes.

Sur cette plaque bien lavée on verse le mélange suivant, qui Tacidule et la gomme en même temps :

Eau looo**

Gomme arabique 40*^

Sulfate de cuivre 2

Acide gallique ' 5

Acide nitrique o,5

On imprime ensuite avec ce zinc comme dans les procédés ordinaires de zincographie.

L'ensemble des réactions est facile à comprendre :

Au début la plaque de zinc grainée, bien nettoyée à la soude, prendrait l'encre sur toute la surface si Ton y passait le rouleau d'impression ; on couvre alors toute la surface d'une couche très-mince de la préparation bichromatée et l'on expose sous un cliché sans demi-teintes, bien transparent et dont les noirs soient suffisamment opaques. La lumière traversant les traits du cliché rend, dans ces parties, la préparation complètement insoluble dans toute son épaisseur, de manière à la fixer sur le métal ; les parties restées solubles sonfr éliminées par l'eau chaude. L'image se trouve alors dessinée, sur le zinc mis à nu, par des filets de gélatine formant les traits qu'aurait produit le crayon gras du lithographe ; à l'acidulation la gomme et l'acide agissent sur la surface du zinc comme sur la surface de la pierre et l'empêchent de prendre l'encre, tandis que l'encre prend parfaitement sur les traits réservés par la gélatine.

LITHOGRAPHIE PH0T06BAPHIQUB. l65

On emploie également bien une couche mince de bitume de Judée étendue sur la feuille de zinc ; la réserve obtenue par ce moyen est même préférable, parce qu'elle est plus résistante et plus nette; après la morsure par l'acide, les arêtes des lignes sont plus franchement tranchées qu'avec la réserve de gélatine bichromatée.

Nous devons étudier maintenant une autre variante dans le mode d'emploi de la gélatine bichromatée. Dans ce procédé, la couche de gélatine est assez épaisse, assez résistante pour se servir de support à elle-même ; elle n'a donc plus besoin de rester adhérente au support, pierre, glace ou métal, sur lequel elle a été préparée. La face qui a reçu l'impression sert toujours comme une surface lithographique ordinaire ; l'autre face est collée sur une surface provisoire lorsqu'on veut faire le tirage.

Les procédés de M. Edwards (héliotype), de M. Marion, de M. Fleury- Hermagis (papyrolithe) rentrent dans ce mode d'opérer.

Nous avons eu sur le procédé de la Compagnie héliotype (procédé Edwards) des renseignements que nous transcrivons ci-dessous tels qu'ils nous ont été communiqués.

L'ensemble consiste en la préparation sur glace d'une plaque de gélatine sensible, assez épaisse, que l'on détache de ce support après dessiccation. Cette feuille détachée est impressionnée sous le cliché; on la retourne et on l'impressionne en plein par le dos, pour que ce côté soit inattaquable par l'eau. On lave, puis, au moyen d'une solution de caoutchouc, on fait adhérer cette plaque de gélatine sur un support plan quelconque; et, après avoir mouillé et encré, on tire les épreuves sous la presse verticale et non sous la presse à râteau, dont cette préparation ne pourrait supporter l'effort de traction.

Formulaire de Vhéliotype»

Pour une glace de i5 x 21 pouces (soit o,38 x o,53) :

Gélatine Nelson i ^once, 42*', 5o

Eau II f 326

Glycérine i ^drachm, 5,82

Solution sensible 12 drachms 21^,25

l66 LES PR06EÈS DE LA PHOTOGEAPHIB.

Solution sensible :

Bichromate de potasse 3 scrupules, i'',77

Eau 2 onces, i4a«',oo

Ajouter au dernier moment :

Chrome alun i scrupule 0^,60

Solution de cire :

Cire blanche i once.

Éther 3

Alcool a

Après solution, eau i

Solution de caoutchouc :

Caoutchouc i partie.

Benzine 3

Autre formulaire et mode d^ emploi.

Faire tremper dans de Teau filtrée et pendant une heure, à la température de i5 degrés C, 46^,65 de gélatine de Nelson pour 325 centimètres cubes d'eau. Faire ensuite dissoudre au bain-marie en remuant continuellement et en ayant soin que la gélatine n'acquière pas une température de plus de 43 degrés. Ajouter alors 5»', 82 de glycérine, filtrer le tout à travers une flanelle sur un entonnoir dans un verre gradué.

Puis ajouter enfin la solution sensible ci-après, bien filtrée :

Eau filtrée 46^,65

Alun de chrome i,3o

Bichromate de potasse o,65

Ou suivant la température 10

La proportion de bichromate de potasse devra être d'autant plus forte que la température sera plus froide.

On filtre de nouveau le mélange que Ton maintient chaud à la température de 40°, 56. Une glace dépolie bien nettoyée est enduite d'abord de la solution de cire suivante pour empêcher la gélatine d'adhérer :

Cire blanche Si»'', lo

Éther à 62 degrés 94*

Alcool à 40 degrés 62*

après solution ajoutez eau distillée 3i centimètres cubes.

Sur cette glace on verse le mélange de gélatine bichromatée. Lorsque la gélatine est prise et qu'elle a acquis assez de consistance pour qu'on puisse dresser la glace sans qu'elle coule, on la met à l'étuve à air chaud, où la température ne doit pas dépasser 24 degrés. La gélatine est maintenue à cette température et à l'abri complet de la lumière jusqu'à sa parfaite dessiccation ; arrivée à cet état, elle se décolle facilement et tombe parfois seule de la glace : elle est alors prête à servir.

On expose la gélatine sous le cliché négatif à reproduire, la face qui a été en contact avec la glace dépolie recevant l'impression et le cliché dont on se sert ayant été retourné. Le tout est exposé à la lumière diffuse pendant le temps nécessaire à l'impression de la gélatine en se guidant sur un photomètre où l'on a placé un ruban pris à la gélatine même. Après rimpression, il est nécessaire d'exposer à la lumière l'autre côté de la gélatine, c'est-à-dire celui qui n'a pas reçu d'impression et qui est le côté brillant. Cette opération a pour but d'endurcir la plaque sur la surfaci opposée à celle qui a reçu l'impression de l'image et doit durer le temps nécessaire pour que le ruban placé sous le photomètre indique le n^ \^ imprimé légèrement à travers le premier morceau de gélatine.

On applique alors la gélatine sur une feuille de zinc épaisse de 3 à 4 millimètres, qui a été enduite d'une dissolution de caoutchouc faite à l'avance comme suit :

Caoutchouc i partie.

Benzine 3

On laisse complètement évaporer la benzine.

Le collage se fait sous l'eau et vivement pour ne pas ramollir la gélatine ; l'eau est ensuite chassée de dessous la plaque au moyen de la racle en

l68 LES PROGRÈS DR LA. PB0T06RAPUIR.

caoutchouc ; les bulles d'air sont éliminées complètement et le tout est mis sous la presse typographique recouvert d'un buvard mince et pressé fortement pendant quelques minutes. L'adhérence est alors complète. On décolle le buvard en l'humectant légèrement d'eau ; la plaque est mise de niveau et recouverte d'une nappe d'eau de quelques millimètres d'épaisseur jusqu'à 2 ou 3 centimètres des bords : l'image se révèle alors en creux, le bichromate se dissout, et la plaque devient bonne à l'impression.

L'encrage se fait au moyen d'un rouleau couvert d'encre d'imprimerie, après avoir séché la surface au moyen d'un buvard et d'une pression.

La presse verticale est forcément employée, car le collage au caoutchouc ne résisterait pas à l'action du râteau.

L'encrage à deux encres est nécessaire pour les photographies d'après nature et celui à une encre ne convient guère qu'aux reproductions de gravures cartes géographiques et généralement pour celles qui n'ont pas de demi-teintes.

Les marges blanches sont produites au moyen d'une cache appliqyée sur la gélatine après l'encrage

3** Impressions litliographictaes par report. — On appelle report y en lithographie (ou autre mode d'impression), tout procédé au moyen duquel, une épreuve à l'encre grasse étant obtenue, on peut décalquer cette épreuve en l'appliquant et en la comprimant sur une surface lithogra- .phique quelconque où elle laisse son dessin qui est ensuite préparé et imprimé par les procédés ordinaires.

On emploie pour cette application une encre spéciale dite encre de report, dans la composition variable de laquelle il entre toujours une certaine quantité de savon et de matière grasse (* ).

Il y a, dans les procédés de report, une série d'écueils que l'on doit s'efforcer de tourner, entre autres :

L'élargissement du trait sous la pression qui écrase et étale l'encre formant le dessin, ce qui amène l'empâtement de l'image;

(^) Bnore de report : cire i p., suif i p., ssTon noir i p., vernis moyen i3 p., térébenthine de Venise 6 p., noir de fumée, la quantité nécessaire pour donner un beau noir.

UTHOGRAPHIB PHOTOGRAPHIQUE. 169

La déformation de Timage par les contractions ou les dilatations des papiers de report.

Néanmoins les procédés par report bien conduits peuvent donner d'excellents résultats, surtout pour les images au trait.

La théorie du report est des plus faciles à comprendre.

L'image lithographique, typographique ou en taille-douce ou môme manuscrite (autographie), que l'on veut reporter, est faite avec cette encre spéciale de report que l'on substitue à l'encre ordinaire, le plus souvent sur un papier préalablement encollé à la gélatine; puis, toute fraîche encore, on l'applique sur une pierre ou sur un zinc préparé, on comprime sous la presse à râteau en donnant deux ou trois pressions successives et l'on enlève la feuille de papier. L'encre reste sur la pierre ou le zinc, on acidulé et l'on gomme, puis on fait le tirage.

Les diverses variantes de reports photographiques, que nous allons passer en revue, sont toutes fondées sur ce môme principe : obtention par un procédé quelconque sur un support mince et flexible d'un premier dessin fait avec l'encre de report et application de ce dessin sur une surface lithographique sufQsamment résistante pour faire les tirages.

La possibilité d'employer les images photographiques aux reports lithographiques se retrouve en germe dans le brevet de M. Poitevin du mois d'août i855.

Un papier étant recouvert d'une couche d'albumine, fibrine, gomme ou

gélatine bichromatée, puis insolé sous un négatif, on le recouvre entièrement d'encre (qui peut être encre de report) ; on passe ce papier à l'eau ; partout où la lumière n'a pas frappé, la matière organique restée soluble se dissout et entraîne l'encre, tandis qu'au contraire cette encre reste attachée aux parties insolubles et donne le dessin qui peut être dès lors reporté sur une surface lithographique. Plus tard M. Poitevin recommande de mouiller légèrement la surface insolée et d'encrer ensuite ; l'eau pénètre les parties solubles, l'encre s'attache aux parties insolubles, et, dans ce cas également, le dessin obtenu peut être reporté. Si M. Poitevin n'indique pas le report, cela découle de source, car depuis longtemps on connaissait le report de toute image obtenue à l'encre grasse.

De ces réactions découle une série d'applications que nous essayerons de suivre, sinon par date, du moins par ordre de simplicité.

I^O LB8 PlOGltS DE LA PHOTOGIAPHIB.

Un papier de bonne qualité, et souvent on emploie de préférence le papier de Chine, est recouvert bien également d'une couche de gélatine, la grammes pour loo centimètres cubes d'eau. Sur ce papier on dessine ou Ton écrit avec une solution de bichromate de potasse que Ton peut additionner d'un peu de gomme pour lui donner la consistance d'encre ; on fait ainsi une véritable autographie ; car, en exposant le papier à la lumière, tous les traits au bichromate de potasse passent à l'état insoluble : il suffit de mouiller légèrement la surface, d'encrer à l'encre de report et, après séchage de la gélatine, de reporter sur pierre ou sur zinc. Ce nouveau mode d'autographie aurait sur les procédés anciens l'avantage de se conserver toujours prêt à fonctionner pendant un temps indéterminé.

Si le papier a été préparé en plein avec un mélange de gélatine et de bichromate de potasse, séché à l'obscurité, puis exposé à la lumière.sous un cliché, il suffira de mouiller légèrement et d'encrer pour avoir trèsrapidemont autant d'épreuves à l'encre grasse que l'on aura exposé de feuilles sous le cliché.

Si l'encre grasse employée est une encre de report, l'image peut être mise immédiatement sur pierre ou sur zinc.

Photozincograplue du colonel James. — En 1860, le colonel James publiait un procédé employé en Angleterre dans les ateliers du Comité d'artillerie pour fhire sous ses ordres la reproduction des cartes, gravures, manuscrits, etc., etc.

Lo diohé destiné à la reproduction est vigoureusement remonté au tùehlorure de mercure, puis au sulfhydrate d'ammoniaque, de manière à obtenir des fonds noirs très-intenses avec des blancs très-purs.

On prend d^autre part un papier ^)écial connu dans le commerce sous le nom de papier à tracer pour les graveois ei on le recouvre d'une solution de

iiotmme gF

£au distillée i2«

Solution de btcbrooiale de pelasse saturée à

chaud 6"

A(>¥^ dfi>s$icv«iUoA on ex|Mse sous le négatif, jusqu^à ce qpe tous les

UTHOGRAPHIB PHOTOGRAPHIQUE. I7I

détails soient nettement accusés, de deux à dix minutes suivant la lumière qni doit être intense.

Le papier sorti du châssis est couvert en plein avec l'encre grasse ainsi composée:

Vernis à Thuile de lin 4^,5o

Cire 4>oo

Suif o,5o

Térébenthine de Venise o,5o

Gromme mastic o,a5

Noir de fumée 3,25

Ce mélange étant fait à chaud, d'une manière bien homogène, on en mélange une partie avec la quantité d'essence de térébenthine nécessaire pour avoir une sorte de crème légère que l'on applique sur l'épreuve. Plus le sujet est chargé, plus l'encre doit être légère, et vice versa.

Après avoir laissé sécher l'encre pendant une demi-heure environ, on met répreuve face en dessus sur un bain d'eau chaude ; on la retire après qaelques minutes, et, la posant à plat, on la frotte très-légèrement avec de l'eau gommée chaude. L'encre abandonne alors les parties non insolées et reste sur les parties insolées ; on lave à l'eau chaude, puis à l'eau froide, on laisse sécher et l'image est prête pour le report sur zinc ou sur pierre.

On voit que cette partie du procédé est semblable aux indications de M. Poitevin ; la seconde partie repose sur les procédés de zincographie ordinaire ou sur le procédé dit anastatique, dont l'invention remonte à l'année 1844 et est attribuée à M. Baldermus, de Berlin.

Nous indiquons avec quelques détails ces deux modes de transport sur zinc, qui, convenablement appliqués, peuvent faciliter les tirages photographiques aux encres grasses.

Le procédé anastatique doit surtout être employé quand l'épreuve à reporter est faite avec l'encre grasse ordinaire et non avec l'encre de report ou quand cette matière grasse est en quantité trop minime pour donner au report une réserve qui puisse résister suffisamment à la morsure.

On prend une planche de zinc très-lisse et très-propre et l'on y applique le recto de l'image à reporter, après avoir préalablement humecté le verso

l'JT, LES PROGRÈS DB LA PHOTOGRAPHIE.

avec de l'acide nitrique étendu de quatre à cinq fois son volume d*eau (*). L'acide absorbé par le papier passe au travers, sauf dans les parties imprimées à l'encre grasse ; sous la pression, cet acide mord la planche, tandis que l'encre grasse de l'épreuve y adhère et fait réserve. On enlève alors la feuille de papier, on complète la préparation de la planche en la couvrant avec une dissolution de gomme et d'acide phosphorique étendue : on peut ensuite encrer le zinc et tirer les épreuves.

S'il s'agit de transporter de vieilles estampes ou de vieilles pages d'impression, on commence par mettre la feuille dans une dissolution étendue d'alcali, puis dans une autre d'acide tartrique et l'on passe le rouleau chargé d'encre qui adhère seulement sur les anciens traits; on lave bien la feuille, on l'humecte d'acide nitrique étendu et l'on fait ce transport comme il est dit plus haut. Par ce moyen on peut donc transporter sur zinc lisse toute impression ancienne ou nouvelle, par conséquent toute image à l'encre grasse obtenue par un procédé quelconque de Photographie.

M. le colonel James a modifié quelque peu ce procédé anastatique en commençant par aciduler toute la surface de zinc au moyen d'une feuille de papier humectée d'acide nitrique affi^li ; on remplace ensuite cette feuille par répreuve à reporter, dont le papier est également humecté d*acido sur le côté du verso. Après le contact, on gomme la planche de zinc, on encre très-légèrement avec une encre typographique adoucie d'huile d'olive ; on fait mordre de nouveau par un mélange d'eau gommée et d*acido phosphorique concentré et Ton tire par les procédés ordinaires.

Si Ton a pu faire l'épreuve à reporter avec une encre suffisamment résistante, au lieu d'une plaque de zinc lisse pour le report, on peut employer une plaque légèrement grainée ; on décalque directement l'épreuve sur cette surface et Ton Sait mordre comme il est dit ci-dessus.

La même opération peut être laite sur pierre.

Il arrive le plus sou\*eiit, dans le premier procédé, dit anastatique, que cotto mélhoiie trop délicate ne permet pas une acidulation, une préparation as^iox profondes pour fournir un grand tirage, tandis que, dans le

(M i^ <tnt f^rmfJktffm^ 4i* M m mmmm my p, 333.

second cas, si Fencre de report était trop épaisse ou trop abondante, elle s'aplatirait sous la pression en élargissant les traits.

Procédés, divers, — '^ous voyons, d'après ces divers procédés, le rôle important de la gomme arabique dans toutes les opérations lithographiques ; lorsqu'elle touche une surface préparée, pierre, zinc ou autre, elle empêche l'adhérence de l'encre grasse, tandis que celle-ci s'attache là où il n'y a pas eu contact avec la gomme. Cette propriété a été mise directement à profit dans quelques procédés de lithophotographie.

En 1864, M. de la Follye obtenait des lithographies en préparant un papier recouvert d'une couche de gomme bichromatée ; après insolation derrière un négatif, au lieu d'encrer directement en plein et de laver ensuite en facilitant le départ de l'excès d'encre par un léger frottement à l'éponge, comme le conseillent M. Poitevin et M. James, on posé la feuille sur un bain d'eau, l'image en dessus: l'eau ne traverse pas les parties insolées devenues insolubles et imperméables ; elle traverse, au contraire, dans les parties non insoléeâ. On peut à ce moment poser le côté préparé de l'épreuve sur la pierre lithographique ; on donne une pression et l'on enlève immédiatement : la gomme soluble reste attachée à la pierre ; au contraire, dans les parties du dessin, la surface de la pierre reste nue; on encre alors soit directement au rouleau, soit en posant sur la surface une feuille de papier encrée en plein avec l'encre de report et j^n donnant une pression : dans l'un et l'autre cas, l'encre s'attache aux parties non gommées de la pierre; on lave, on prépare par l'acidulation et le gommage comme à l'ordinaire.

On peut encore couvrir en plein une pierre lithographique avec l'encre de report ; sur cette pierre on pose l'épreuve photographique préalablement humectée, comme nous l'avons dit ci-dessus, et l'on donne une pression. Les parties de gomme restées solubles empêchent le noir de prendre sur la feuille ; ce noir s'attache, au contraire, sur les parties insolubles ; on lave la feuille à grande eau pour enlever toutes les parties solubles; on laisse sécher, puis on emploie cette feuille pour faire le report sur pierre ou sur zinc. Il nous semble difficile que dans ce procédé on puisse se trouver dans les conditions d'exactitude souvent nécessaires, à cause de la dilatation et du retrait de la feuille de papier.

M. Tooweya donné un procédé qui est sensiblement le même que celui

1^4 I*BS PROGRÈS DE LA PHOTOGRAPHIB.

de M. de la FoUye, et celui communiqué par M. Geymet en février 1873 à la Société de Photographie n'en diffère pas d'une manière notable; nous résumons ce dernier en quelques mots.

Sur une feuille de papier, albuminée et passée à l'alcool pour coaguler l'albumine, on verse une solution formée de :

Eau loo*"

Gomme arabique 100»'

Eau saturée à froid de bichromate de potasse. 60*^

On laisse sécher, puis on expose sous un négatif le temps nécessaire pour que le dessin soit nettement accusé.

Au sortir du châssis, l'épreuve est mise sur un carton humide, où elle se détend ; on la place fece contre face sur une pierre lithographique finement dépolie; on la recouvre de quelques doubles de buvard et d'un bristol, puis on donne une pression : les parties de gomme restées solubles s'incorporent à la surface de la pierre , les parties insolubles la laissent à nu, et cela dans la proportion de Faction lumineuse. On laisse sécher, et Ton encre ensuite toute la surfoce de la pierre avec un tampon chargé d'encre de report délayée dans un peu d'essence ; on lave inunédiatement la pierre avec une éponge humide; Fencre reste attachée là où il n'y a pas de^mme; elle s'enlève, au contraire, très-focilement dans les parties gommées.

Ce dessin obtenu, on addule, on gomme toute la pierre, et l'on peut tirer les épreuve à la presse.

Soos le nom de papjrroliihe, M. Flenry-Hennagis emploie une feuille préparée à lavance, probablement avec une composition gélatineuse. Il suffit de la tremper dans une solution de bidiromate de potasse pour la rendre sensible à la lumière. On eipose sous le cliché, on la passe dans Teau fh>ide pendant une minute environ ; on l'étend sur une sur&ce rigide, on éponge Texoès d'eau avec un buvard, et Ton passe le rouleau chargé d'encre de report : on tire une ^renve sur paqûer, et Ton reporte cette é|Nreu\^ sur pierre ou sur nnc. On pourrait sans doute r^rter directeiiiMit de la feuille ^\e ptqatjroiUke sur la soifatoe filhographique. Dans le IWMuier cas, le négatif ne doit pas être retooiné, et fl dwt l'être dans le «ccondoas^

Le capitaine Abney décrit, dans un brevet récent, des procédés qui nous semblent avoir la plus grande ressemblance avec les précédents.

Une feuille de papier, de dimension convenable, est mise à flotter sur un bain tiède de gélatine bichromatée formé de :

Gélatine loo»''

Bichromate de potasse 5o

Eau 1600

Après dessiccation, on répète Topération et Ton expose le papier séché de nouveau sous un négatif ordinaire. Lorsque Finsolation a été suffisante, on lave à l'eau froide, môme à l'eau alunée ; on lave de nouveau et l'on place le papier sur un plan rigide (plaque de zinc, de cuivre, de verre, pierre lithographique, etc.). On éponge, et, avec un rouleau mou chargé d'encre de transport, on fait apparaître le dessin : la gélatine insolubilisée fixe l'encre et repousse l'eau ; la gélatine restée soluble prend l'eau et repousse l'encre. Lorsque l'épreuve paraît suffisamment marquée, on passe à l'alun, si on ne l'a pas fait précédemment, et on laisse sécher. Le plus souvent ce lavage n'a pas enlevé tout le bichromate de potasse ; il est bon alors d'exposer de nouveau l'épreuve à la lumière directe , ce qui achève de durcir la gélatine.

Lorsqu'on veut faire le transport, on humecte légèrement, on applique sur la pierre ou sur le zinc, et l'on donne la pression, etc., etc.

Tous ces procédés si pareils se ressemblent plus encore par les mômes défauts : ou l'encre de report est en couche très-mince , alors l'apprôt et la morsure des surfaces lithographiques ne peuvent ôtre faits que légèrement, et l'on ne peut effectuer un nombreux tirage; ou les couches d'encre de report sont épaisses, la pression du report les écrase en élargi^ant les traits , ce qui en altère la finesse primitive. De plus, l'emploi de papier et de couches gélatinées comme feuilles directes ou indirectes de transport présente cet inconvénient mentionné déjà plus haut, de se resserrer par la dessiccation, de s'étendre par l'humidité : de là des déformations préjudiciables à l'excellence du travail dans un grand nombre de circonstances où la reproduction doit ôtre rigoureuse, comme celles des plans et des cartes géographiques; enfin le grain du papier altère la 6nesse des reports.

Pour obvier en partie à ces inconvénients. M. Rose a adopté l'emploi de feuilles de zinc très-minces, sur lesquelles il met une couche soit de gélatine, ou albumine, ou gomme bichromatée, soit de bitume de Judée. Après rinsolation et la préparation du zinc par la gomme ou l'acide, comme nous l'avons expliqué tant de fois, on peut tirer directement sur ce zinc, mais seulement un petit nombre d'épreuves, ou mieux se servir de ce zinc ' pour en faire des reports sur pierre directement, c'est-à-dire en mettant le zinc sur la pierre, ou indirectement, en faisant sur papier une épreuve de report que l'on transporte sur pierre.

Procédé de M, Rodrigues, — M. J. Rodrigues , directeur de l'atelier photographique du gouvernement de Portugal, a proposé également l'emploi de feuilles très-minces [voir p. i63); mais il a cherché pour les reports un subjectile qui lui présentât toutes les qualités du papier sans en avoir les défauts, c'est-à-dire la souplesse parfaite pour que les contacts soient rigoureux, l'absence de dilatation ou de contraction suivant l'état hygrométrique, l'absence de grain que le papier laisse toujours ressortir sous l'influence de l'humidité. Ce subjectile est une feuille d'étain trèsmince sur laquelle il étend la préparation bichromatée ; de plus, cette feuille d'étain se moule en quelque sorte sur Fépaisseur des traits formés par l'encre de report, et s'oppose en partie à leur élai^:issement sous la pression. Ce procédé, qui, sous la direction de Finventeur, a donné de remarquables résultats, est décrit par lui de la manière suivante :

t L'étain que nous onployons n'est pas plus épais qu'une mince feuille de papier; le plus mince est le meilleur, pourvu que, par suite du laminage, il ne soit pas trop percé de points à jour et que la manipulation ne devienne pas trop difficile. Les raisons données plus haut expliquent la nécessité de feuilles très-minces et très-souples pour (^tenir la finesse et la nettelé des reports.

» La fouille d*étain à préparer est d*abord satinée sous une faible pression sur une pierre Uthographique non polie, mats très-finement grainée et un peu poncée; une trop forte pressioa rend le métal moins souple et augmente sa tendance i se déchirer ; Tonploî d*ane pinre trt^ polie emp^hermt la mixture sensible d'adhérer parfeitcment au métal, tandis qu^un grain trc^ prononcé altérerait la finesse du des^ et focîliterait la foormatioa des tâches sous le rouleau d*eiicre grasse.

» La feuille satinée doit être ensuite nettoyée et, pour faciliter cette opération, il est nécessaire de la mettre sur un support. On prend à cet effet une plaque de zinc bien plane et bien polie, telle qu'on les prépare pour la gravure; on mouille la surface avec un peu d'eau, on y applique la feuille d'étain comme on couche une feuille de papier positif sur le bain d'argent, en ayant soin de ne pas produire de pli, de relever la feuille et de l'appliquer de nouveau s'il s'en produit quelques-uns , et , si l'on ne peut les éviter, on les réduit le mieux possible en les comprimant sur la feuille de zinc, et l'on complète la superposition des deux faces métalliques en pesant légèrement sur la surface avec un tampon de coton entouré d'un linge fin et imbibé d'eau.

» Si la surface de l'étain paraît bien propre , on se contente d'y passer un tampon fin imbibé d'une solution de potasse ou de soude à i6 pour loo ; s'il est nécessaire d'employer un mode de nettoyage plus énergique , on ajoute à la lessive de potasse ou de soude un peu de craie bien lévigée ; on lave ensuite avec soin pour enlever toute trace de craie et de lessive alcaline, et, au moyen d'un pinceau très-doux, on étend sur l'étain la solution de gélatine bichromatée.

c Cette solution est composée de : gélatine de belle qualité, 40 grammes ; eau, 5oo centimètres cubes ; on laisse gonfler , puis on achève la dissolution au bain-marie. On prend, d'autre part, 20 grammes de bichromate d'ammoniaque qu'on fait dissoudre dans une môme quantité d'eau (5oo centimètres cubes); quand les deux solutions sont tièdes, on les mélange et on les filtre soit sur une petite éponge, soit sur un double de flanelle ^erree*

» La meilleure gélatine est celle qui, dans ces conditions, se prend encore en gelée à une température de 20 à 25 degrés, sans être cependant trop difficilement soluble.

» Cette mixture, étendue avec le pinceau, doit donner une couche parfaitement homogène : on l'égalise avec un blaireau ; la surface métallique doit présenter alors une couleur ambrée très-régulière , sans stries ^ et, lorsqu'on la relève, la solution ne doit pas quitter le métal par places,, ce qui indiquerait un mauvais nettoyage. Il faut éviter avec soin les bulles d'air, qui formeraient autant de points blancs , et les poussières , dont chaque grain absorberait autour de lui, par capillarité, la mixture encore

liquide, en laissant, après dessiccation, un cercle très-affaibli de préparation.

» Tant que la gélatine bichromatée est à Tétat liquide, elle n'a aucune sensibilité, par conséquent les préparations qui précèdent peuvent ôtre faites à la lumière du jour; mais, aussitôt que la gélatine fait prise, la sensibilité commence et le reste des opérations doit se continuer dans le laboratoire éclairé par des verres jaune-orangé.

» Il est nécessaire que la dessiccation de la couche sensible soit rapidement faite, pour empêcher la cristallisation du sel de chrome et le» différences d'égalité qui pourraient s'établir dans l'épaisseur; pour sécher vivement, on chauffe la plaque de zinc soit au gaz, soit à l'étuve, en prenant la précaution de la maintenir bien horizontale. Quand la surface de l'étain est suffisamment sèche, on^pare la feuille de son support , on la retourne sur un bristol fort , et l'on chauffe de nouveau pour vaporiser l'eau qui établissait le contact. La feuille est alors prête pour l'exposition.

ï Bien que la surface sensible puisse se conserver pendant deux ou trois jours, le mieux est de l'employer le jour même de la préparation.

]» On se sert pour l'exposition d'un châssis positif ordinaire, on étend la feuille d'étain sur le négatif, on assure un contact parfait en passant légèrement, à plusieurs reprises, un rouleau garni de flanelle ; on maintient le contact comme pour les épreuves positives ordinaires , avec un peu plus de pression, et l'on expose.

» Il est préférable d'exposer directement et perpendiculairement aux rayons du soleil ; la pose varie alors de cinq à douze minutes ; il faut au moins trois fois plus de temps à la lumière diffuse. Lorsque le cliché a des fonds suffisamment opaques, on peut exagérer la pose sans inconvénient; mais c'est le contraire si les fonds sont transparents ou si le cliché est voilé ; dans ce cas la réussite est plus difficile ; il faut opérer de préférence avec une faible lumière.

» L'encrage de l'épreuve exposée peut être retardé jusqu'au lendemain, mais il sera toujours préférable de faire ce développement dans un court délai.

» Pour encrer l'épreuve, ce qui équivaut au développement, on com-

LITHOGRAPHIE PHOTOGRAPHIQUE. fJQ

mence par immerger la feuille d'étain dans un bain abondant d'eau froide, le dessin en dessus , et on l'applique toute mouillée sur une pierre lithographique bien dressée et destinée à servir de support pour l'encrage. On a soin, dans cette application, qu'il ne se produise aucun pli, et le dessin doit être en dessus. On passe alors le rouleau de flanelle pour bien égaliser la surface et chasser les épaisseurs d'eau interposées ; quelquefois on applique un buvard bien mouillé , afin que l'absorption de l'eau se fasse régulièrement ; puis on passe et repasse, sur la surface gélatinée, un rouleau d'imprimeur chargé bien également d'un mélange de 3 parties d'encre de report pour i partie d'encre d'impression. Cette manipulation demande une main exercée, elle est délicate et réussira d'autant mieux qu'elle sera confiée à un ouvrier plus habile ; le rouleau doit être très-bien fait : il faut le charger de peu d'encre à la fois et la renouveler fréquemment, et l'on ne doit employer la gomme que comme exception.

» Pendant cette opération, il peut se présenter difi'érents accidents : l'encrage se fait d'abord lentement; si cependant il se faisait avec trop de difficulté, c'est qu'il y aurait excès d'eau ou insuffisance de pose ; on peut remédier à ce défaut par l'emploi d'une encre plus grasse et plus liquide, mais le mieux est de recommencer.

> Si la surface d'étain se salit dans les fonds, on la recouvre avec un peu de colle d'amidon diluée ou avec une solution très-faible de gomme arabique, ou bien on frotte les taches avec une éponge imbibée de cette même solution de gomme : on atténue ainsi l'affinité de la surface pour Tencre ; mais il peut arriver alors que l'image ne prenne plus une vigueur

suffisante.

» Si l'exposition a été trop prolongée et que la surface prenne l'encre d'une manière trop générale, on enlève cette encre avec de l'essence de térébenthine, on passe à la gomme arabique et, avec un peu de soin, on peut ramener l'épreuve. Une couche de gélatine bichromatée trop épaisse se déchire sous le rouleau ; trop mince, elle se recouvre d'un voile noir

général.

» Après ce premier encrage on abandonne l'épreuve pendant deux heures environ, et l'on fait un second encrage, puis on lave parfaitement la surface avec une éponge et de l'eau très-pure, on essuie légèrement, et, déta-

l8o LBS PROGRÈS DE LÀ PHOTOGRAPHIE.

chant la feuille d'étain de la pierre Nthographique, on la suspend pour la laisser sécher complètement.

> Lorsqu'elle est sèche, on procède au report d'après les procédés usuels : cette opération demande des soins spéciaux et rentre dans le domaine du lithographe. >

GRAYURB PHOTOGRAPHIQUE EN CREUX. l8l

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