‹ Les projets de 1793 à 1810 [microforme]Chapitre 1 sur 5 · Les projets de 1793 à 1810 [microforme] · texte numérisé non relu

Les projets de 1793 à 1810 [microforme]

Le sujet que je traite demanderait un volume. On ne sera done Pas surpris d'Y rencontrer, assez souvent, tel et tel point sous la forme d'une analyse, au lieu de renfermer de plus amples renseignements. C'e-t une page d'histoire neuve dans les publications de notre Société et, par conséquent, il m'a Paru que l'on pourrait l'accepter. Quant au titre, je l'ai fait aussi doux que possible, mais il s’agit bel et bien de conspirations,

Certains événements qui se sont Passés parmi nous, de 1793 à ISO, sont liés avec la politique du Vermont, de sorte qu’il faut d'abord connaître la conduite de cet Etat depuis son origine, alors récente, pour <e rendre compte de ce que nos lecteurs devront savoir une fois entré dans le< agissements secrets qui vont être mis au jour.

Ce petit territoire de cent cinquante au sud, de cinquante milles dans si seulement trente-cinq milles au sud, ans le sens de sa longueur, par les montagnes gée de butte, de hauteurs parfois escarp ont quelques-uns atteignent de 3,000 à 4,500 pieds. Au ñ r du territoire n'étant que de douze lieues, on trouve Pour limite le Massachusetts. A l’est, c’est la rivière Connecticut que le sépare du New-Hampshire. Au nord, la frontière du Canada, À l'Onest, le lac Champlain qui a 126 milles de long et baigne. toujours à l'Ouest, l'Etat de New-York. Burlington, sur le lac Champlain, est le Principal port du Vermont.

tivant du Canada par la rivière Richelieu, on entre dans le lac Champlain dont la navigation dessert d’un côté le Vermont, de l’autre une partie de l'Etat de New-York.

Jusque vers 1740, le territoire n'avait pas même de nom et restait inoccupé, mais alors des colons du New-Hampshire et mêrae du Connecticut, situé au sud-est du Massachusetts, commencèrent à s’y établir en squatters, c'est-à-dire sans titres écrits puisqu'il n’y avait pas de pro- Priétaire reconnu. Bientôt, on vit surgir des spéculateurs de terrains, Comme il y en a dans toute l'histoire de l'Amérique. Ceux-ci étaient de l’Etat (ou plutôt Province en ce temps) de New-York. Ils commen

cèrent par invoquer la charte ro} ae très ancienne qui délimitait leur domaine à la rivière Connectieut et, de là, ils partir.at pour demander personnellement à la législature de grands octrois de terre, dans l’espérance de les revendre en détail avec profit. Cette rapacité fut la cause d'un demi-siècle de troubles. Au début, tout se passa tranquillement, car on n'y fit pas attention. Le gouvernemen de New-York était entre les mains d'une oligarchie aristocratique: c'étaient les familles de ce groupe qui aceaparaient les terres nouvelles où se portait la eulonisation libre et irrégulière.

En 1749 la dispute éclata entre New-York et New-Hampshire, parce que le gouverneur Benning Wentworth du New-Hampshire aecordait des cantons entiers dans le susdit territoire et que nombre de gens s’y établissaient soux son autorité. Le chef-lieu de cette colonie -e nommait déjà Bennington. Les protestations du gouverneur de Xew- York, l'un des spéculateurs, ne furent pas écoutées. Bientôt les shérifs tentèrent d'opérer des saisies, des évictions, mais on les renvoyait fouettés et les mains vides. Il se forma un sentiment antipathique très vif à l'égard des Newyorkais et une sorte de patriotisme local naquit de ces démêlés.

Les exigences des spéculateurs devenant menaçantes vers 1767, à mesure que le territoire se peuplait et que le New-Hampshire y concédait des townships. On se demandait si les deux Etats de chaque côté allaient en venir aux prises. C’est alors que les cinq ou six frères Allen parurent sur la scène: Ethan, Ira, Ebenezer, Herman, Lévi et le révérend Allen, tous hommes politiques, habiles militaires, orateurs, écrivains, organisateurs, déterminés à faire naître une république indépendante et surtout à l'exploiter, d'accord avec leus amis, Ethan, l'aîné de la famille, était né en 1737 au Connectiev et, de bonne heure, avait choisi les Grants ou Concession comme un endroit favorable à ses desseins. Un bureau dit de Sûreté s'établit, qui fut la première forme de gouvernement local. Il siégeait à Bennington sur les confins de la province de New-York.

Des raids survinrent, conduits par Ethan Allen. En 1770, un corps de 750 miliciens de New-York s’aventura dans la colonie et fut repoussé par 300 hommes du New-Hsinpshire. Cette petite guerre de frontière entretenait les animosités et créait l'esprit du futur Vermont. Parfois, les spéculateurs réussissaient à surprendre des colons et à les amener prisonniers, ce qui occasionnait de nouvelles incursions aux dépens de New-York.

Ethan Allen, appuyé par le Comité de Vigilance ou de Sûreté, avec Seth Warner, Remember Baker, Robert Cockran, Peleg Sunderland organisa une troupe militaire appelée Green Mountain Boys qui devint célèbre et caractérisa l’instinct d'indépendance des Concessions. Allen

re co ay

ré

et ble où qu

Qu et :

Les con nise adm Yor proj

poin Chit ué a puis inoe mar de la mette Le co E que le

{suurr] LES PROJETS DE 1793 À 1810

fut nomiaé colonel, les Auatre autres capitaines, Dès 1772, ces volontaires se dessinent dans les r: les escarmouches, des combats sérieux et apprennent Proptement le métier des armes avec l'exercice de leur propre jugement. Chuque ho: en valait quatre.

En mars 1774, lu législature de New-York dé ète l'arrestation d'Allen et de ses officiers, puis elle édicte des mesures de rigueur contre tous les rebelles, mais In résistance ne fait qu'augmenter, et l'on parle tout haut de former une Province nouvelle,

Voici 1775: la Kuerre américaine de l'Indépendance. Le 23 juin, le Congrès de Phi tdelphie rcepte les services des G, en Mountain Boys, ces rebelles, tout conne si c'était la milice d'une province constitue et reconnue. Le non de Vermont n'existait pas encore, Warner est élu Cothandant par un vote des soldats et Allen se trouve libre. I] part, avec le major Brown, pour répandre dans le Has-Canada ln proclamation récente du Congrès,

On sait que le Boys prirent Ticondéraga, passèrent par Saint-Jean et arrivèrent à Montréal. Allen et Brown, placés à Laprairie, r'asseniblent quelques centaines d'hommes et Allen les conduit contre Montréal où il est battu et fait prisonnier parce que Brown avec se troupe à manqué au rendez-vous convenu. On envoye Allen en Angleterre.

Warner, nommé colonel, est ensuite, avec ses volontaires, au siège de Québec. Dans In retraite, au printemps de 1775, il tient l’arrière-garde et s'en tire bien,

La déclaration de l'Indépendance américaine à lieu le 4 juillet 1776. Les habitants des Concessions s'engagent à soutenir la cause du Congrès comme district séparé, sans recevoir d'ordre de New-York. Ils organisent un Pureuu de &uerre. Le comité de Sûreté #ouverne, Cette administration est très démocratique et contraste avec celle de New- York. Pour Ja preniière fois, on mentionne dans les délibérations le projet d'une province nouvelle qui s'appelleruit Vermont,

En mars 1777, il se forme un gouvernement d'Etat organisé en tous points, Le président de la Sûreté, un aubergiste du nom de Thomas Chittenden, né en 1730 au Connecticut, est élu &ouverneur. [ra Allen, né au Connecticut en 1751, est nommé secrétaire; il devint trésorier, Puis arpenteur-général et se tailla de beaux domaines dans les terres inoccupées. Lra, avec ses défauts, on peut dire sa folie, est le plus remarquable des Allen.

La constitation du nouveau gouvernement était calquée sur celle de la Pennsylvenie, par conséquent très démocratique, mais elle n'admettait pas 1 lavage, ce qui est le premier cas de ce genre en Anérique. Le conseil de Sûreté restait l'âme de l'administration.

Burgoyne, qui s'avance avec une armée anglaise (juillet) se plaint que les milices des Concessions lui causent beaucoup de mal. Elles bat-

tent res lieutenants d'avant-garde. Warner re distingue. Stark, des Concessions, est fait général de brigade par le Congrès, pour commander le district indépendant. Après de pareils actes, on est surpris de voir le Congrès refuser, durant treize années encore, de reconnaitre le nouvel Etat, mais l'influence de New-York explique tout.

Ira Allen visita, en 1778, le New-Jersey, la Pennsylvanie, le Delaware, le Maryland, tous hostiles à New-York et au Massachusetts, dont le poids se faisait trop sentir au Congrès. Celui-ci ne tint aucun compte des représentations qui lui furent adressées après la démarche d'Allen. Cependant, il se passa quelque chose: il y eut un complot dont la trame consistait À faire prononcer le Congrès en faveur de New-York, avec l'entente secrète que New-York abandonnerait au New-Hampshire les terres situées à l'Est des montagnes Vertes. Le plan fut dénoncé À temps pour l’anéantir.

Nonobstant la nouvelle constitution, certains partis existaient, par exemple des colons venus de New-York qui faisaient une opposition active, mais on voyait bien que la masse des habitants tenait pour l'autonomie. Il se faisait, d'autre part, une singulière propagande: en mars 1778 seize towns où villages du New-Hampshire, avoisinant la rivière Connecticut, demandèrent leur admission dans le nouveau district. La législature du district, composée des députés de quarante-neuf towns, admet la demande, mais le New-Hampshire, ce vieil ami, se fâche, le Congrès s'élève contre une pareille action. New-York jette feu et flammes. on parle de démembrer les Concessions, et jusqu'au Massuchusetts qui prétend se faire céder un lambeau de ce territoire. Des brochures s’ensuivent. Ethan Allen, revenu d'Angleterre après avoir été échangé, entre avec ardeur dans la polémique. Ce qui est curieux c'est de voir le Congrès qui s’empresse de nommer Allen colonel, puis général des milices des Concessions. Toutefois, il ne ‘emble plus, après cela, avoir fait la guerre qu'aux spéculateurs des terres et beaucoup de politique. En février 1779, les seize towns retournent, en rechignant, sous les lois du New-Hampshire.

Le district ou territoire non reconnu se proclame libre et maître de ses destinées. Il n’est pas admis au Congrès, par conséquent le Congrès n’a rien à voir dans ses affaires. Convoité par ses voisins du sud, de l’est et de l’ouest, ouvert au nord sur le Canada, son débouché naturel vers la mer, il prêtera l'oreille à ‘es propositions de ce dernier côté.

Précisément, malgré la guerre, le gouvernement britannique envoie des commissaires pour traiter avec le Congrès. Ils arrivent en juin 1778, mais le Congrès exige une reconnaissance des Etats-Unis comme indépendants, et, alors les commissaires se retournent vers les provinces les cajolent l’une après l’autre et causent des revirements d'opinion qui embrouillent les affaires politiques sur toute la ligne.

Isuure] LES PROJETS DE 1793 A 1810 23

Le 2 juin 1779, le Congrès fait défense aux habitants des Concessions d'exercer la moindre autorité, En réponse Chittenden dit que le Congiès se mêle de ce qui ne le regarde Pan et que, si les tracasseries xe r6pètent, la colonie s'entendra avec l'Angleterre et le Canada, n'ayant aucun sujet de les traiter en ennemis. En même temps il fait appel avec succès aux gens du New-Hampshire et de New-York les plus rapprochés géographiquement et qui «ympathisent avec in cause, Le patriotisme de clocher prenait de la consistance: le bureau de Sûreté snvait le mettre en œuvre, Malgré ln £uerre qui se poursuivait À «n porte et - ir son Propre «ol, l'Etat de New-York, ne voulant Pas reconnaître les titres de terre accordés par le New-Hamp:hire ou la nouvelle république, s’acharnait en Perséeutions contre les habitants du district qu'il qualifiait de Squatters et d’intrus.

Le général Haldimand, favorablement connu dans les Concessions, venait d'arriver à Québec comme Rouverneur. Ses instructions lui permettaient d'accueillir la nouvelle province si elle se rangeait sous le drapeau britannique. En mars 1779, il communique la Proposition à Ethan Allen qui parut l’accepter— mais c'était seulement une carte d à son jeu, rien de plus. Cette année, Haldimand Plaçait des fortins tr la rivière Saint-François et il ouvrait une route depuis le Village « nom jusqu’au le Champlain.

Allen se montra très décidé, au cours d’une entrevue avec Sir Henry Clinton commandant l’armée anglaise: “,: lève 1,000 hommes et j'ai déjà toutes mes munitions, ” dit-il, en annonçant qu’il marcherait contre Washington. A cela Clinton émit l'opinion qu’il vaudrait mieux rester sur la frontière nord, du côté canadien, et agir de concert avec Haldimand. Enfin, au milieu de l'été de 1780, la proposition anglaise fut placée devant le conseil des Concessions et y resta sans réponse.

En septembre 1780, à pl

de retirer les troupes des de: s ièr + Queliglais York.

ours à Chittenden, mais surveillait 300 Sauvages du Canada qui commettaient des déprédations à Newbury et à Royalton, du côté Est des montagnes Vertes, Toutefois, Chittenden, profitant de l’occasion, fit savoir que, si New-York se désistait de ses pétentions sur les Grants, on lui donnerait de l’aide contre les envahisseurs, sur quoi Clinton déclara la proposition insolente, Une offre semblable fut acceptée par le Massachusetts. Le New-Hampshire resta muet quand on lui en parla, Clinton avait des intérêts personnels dans les Concessions. I] ne faut

pas le confondre avec Sir Henry Clinton qui était un général anglais.

Ira Allen se rendit à l'Ile-aux-Noix, en mai 171, sous prétexte d’un échange de prisonniers, et plaida pour la neutralité durant toute la guerre, puis on convint d’une certaine période où les hostilités seraient suspendues, le tout restant sous secret. Ethan Allen reçut une :ecoude lettre inspirée par Heldimand; il l'envoya au Congrès et fit la remarque que les Concessions, n'étant pas reconnues par celui-ci, elle* pouvaient traiter librement avec l'Angleterre.

Le conseil de la colonie soupçonna l'existence d'une espèce de cartel machiné par les Allen, mais ne se montra pas curieux d’en savoir davantage vu que ce bon tour lui accordait du répit pour quelque temps. La guerre se portait du côté de la Virginie et la région nord se tenait dans l’expectative. Les agents de Haldimand finirent par voir clair dans la conduite du parti Allen et l’un d'eux écrivait: “C’est l'intérêt qui guide ces gens-là et ils ne sont qu’un cinquième du peuple. Un autre cinquième pourrait être d'accord avec nous, mais les trois autres cinquièmes se composent de rebelles enragés”.. rebelle au drapeau britannique.

Il survenait beaucoup de colons nouveaux, surtout du Connecticut, qui en avait fourni bon nombre autrefois, et c'étaient des hommes très acceptables.

L'hiver de 1781-1782, une lettre écrite par le ministère de Londres et rapturée en mer par les Français, ouvrit les yeux du Congrès. De suite les Grants furent invités à faire un arrangement dont la base serait l'aduission dans l'union américaine, avec la rivière Connectieut et le lac Champlain pour limites. L'Etat de New-York protesta contre le principe même. Le esaseil des Concessic. s dit qu’il faudrait un tribunal de commissaires pour décider la question des seize towns, que l’on désignait ordinairement comme “l'union de l'Est.”

En janvier 1782, Chittenden ordonna au général Paine, son lieutenant-gouverneur, qui était des seize towns, de lever la milice contre le New-Hampshire qui voulait garder pour lui ces localités. Washington écrivit à Chittenden lui conseillant de s’en tenir aux limites naturelles, et le comité (février) adopta cet avis, mais on voyait bien que le Congrès ne ferait rien—et de nouveau on se tourna vers Haldimand.

Au mois de mai, Ethan Allen écrivait au gouverneur du Canada que la conduite du Congrès portait le peuple à s'éloigner de la confédération et que, après tout, les Grants formaient une république neutre— néanmoins, il se prononce pour le drapeau anglais. Le résultat de ce billet doux fut de prolonger la trêve.

Pendant cette suspension d'armes se termina la guerre de l’indépendance américaine. Le traité signé à Paris entre les puissances, le 3 septembre 1783, place le Vermont dans les Etats-Unis, mais le peuple n'ayant pas été consulté, persistait à se nommer la République des

de 1 était enco tiqi bins rités den :

domi remu Ira, c qui fo

IsuLrE] LES PROJETS DE 1793 A 1s10 25

Montagnes Vertes—i]l avait frappé une monnaie de cuivre portant ce titre. A propos de monnaie, la situation financière était excellente, Personne n'exprimait le désir d'entrer dans la confédération des Etats- Unis. La république neutre vivait de ses moyens et ne demandait rien à personne.

En 1784 Ira Allen, rendu à Londres, négocia un arrangement de commerce dans le sens du libre échange entre le Canada et son pays Bientôt après le ministère du second Pitt étendit le même privilège à tous les nouveaux Etats.

Les hommes s’usent et disparaissent. Certains intérêts matériels en font autant, Bien des choses changent parfois en peu d'années. L'oligarchie de New-York n’agissuit plus, ou prenait une autre forme. Elle en vint au sentiment de conclure une fois Pour tout si on lui versait une indemnité de 830,000. La proposition fut faite en juillet 17 ,et le Vermont paya six mois plus tard. On fixa la frontière par la moitié du lac Champlain, soit une ligne imaginaire courant nord-sud. Vers l'est, la rivière Connecticut restait comme borne incommutable. De ce moment la députation de New-York au Congrès cessa de s'opposer à la reconnaissance du Vermont, de sorte que, par une loi votée le JS février 1791. le Vermont entra sous cette désignation dans le pacte fédéral le + mars suivant.

Les gen< des Concessions n'y tirent point d'enthousiasme, Un certain nombre s’éloigna du territoire. C'est alors, probablement que l'on fonda, du côté canadien, la république d’Indian Stream dont l'histoire nous a été contée par M. FE, J. Audet.(!)

Page 1