NI
N'oublions pas Le Couteulx, un autre zélateur des projets sur le Canada. Le ler décembre 1796, il écrivait nour obtenir la permission d'entrer dans la province avec l'espérance de faire souscrire les Canadiens à la construction de l’église française de Mgr. Carroll du Maryland. Comme il était connu, sa demande n’alla pas plus loin. Le 15 juillet 1797, il exprime son désappointement de voir que la flotte de France ne vient pas. Uue dizaine de navires de guerre portant de six à huit mille hommes pourrait, selon ses désirs s'emparer de Terreneuve, de la Nouvelle-Ecosse et du Canada en un tour de main et même de toutes les possessions britanniques de ce côté de l'océan. “Les Canadiens n’aspirent qu'à rentrer sous le gouvernement français.” Ce dernier mot est l'argument principal des conspirateurs, même de ceux qui n’y croyent pas. Le 4 décembre suivant, il répète son assertion dans une lettre à Volney.
Constantin-François de Chassebœuf comte de Volney, célèbre voyageur, auteur et révolutionnaire, grand brasseur d'idées, était aux Etats- Unis, se renseignant sur toute chose qui flattait ses préjugés, comme tant d’autres qui ne voient l’histoire que sous une seule face. Il a dû être satisfait de ce que lui a conté l’entourage du ministre de France à Philadelphie.
Liston, représentant de l'Angleterre dans la même ville, envoya, le ler octobre 1798 Jules Le Fer au général Prescott, pour savoir si l’on connaissait un nouveau projet des Français visant le Canada. Prescott répondit que non, mais sachant que les émissaires secrets avaient disparu, on pouvait conjecturer qu'ils attendaient des ordres du Directoire avant que de continuer à agir. Le Fer dit que Volney était repassé en France pour aider à concerter les moyens d’un plan d'attaque par le Saint-Laurent et le Haut-Canada. Prescott l’assura qu’il y avait ici assez de troupes pour maintenir la tranquillité, toutefois qu’il serait impossible de secourir le Haut-Canada, où il paraîtrait que le général Collot voulait se porter.
En février 1799 Le Couteulx se disant employé par le Directoire et racontait en conversation, à Albany, qu’il entretenait huit agents au Canada. Il avait bu cette journée-là, ajoute le renseignement, et par-
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lait de se rendre à Niagara et au Détroit, deux postes angiais. Le 28 février 1800, Timothy Pickering, secrétaire des Etats-Unis, annonçait au major Rivardi, qui commandait sur la rivière Niagara, l'arrivée de Le Couteulx, gentilhomme français naturalisé, et le lui recommandait. Je ne sais si le voyage eut lieu, mais le 6 octobre suivant, le lieut. colonel MeDonell écrit du fort George à Rivardi que Le Couteulx n'ayant aucun passeport il faut le retenir en attendant des ordres, Le lendemain, au fort Niagara, à l'entrée de la rivière de ce nom, Rivardi fait réponse que Le Couteulx, en sa qualité d'Américain naturalisé, veut savoir pourquoi il «e trouve prisonnier et qu’il a avec lui quantité de marchandises destinées au Détroit. On l'expédie à Québee. Une fois là, le procureur général Jonathan Sewell déclare qu’on peut retenir cet homme à titre de prisonnier de guerre. En prison, il occupe deux chambres commodes, Par ordre du gouverneur Milnes. On ne peut rien prononcer contre lui, toutefois on n'’ignore Pas que, depuis 1794, il a été l'objet de graves soupçons. : Sa qualité de citoyen américain le protégera peut-être. Il avait sur lui beaucoup de papiers. Le 18 novembre, Alexandre Hamilton écrit d’Albany que Le Couteulx a quitté ln France en temps de paix (vers 1786?) avec la Grande-Bretagne a vécu quatorze ans aux Etats-Unis, y a été naturalisé et n’est Pas Sujet français, donc ne peut être prisonnier de guerre, ce qui n'empêche Pas que le 10 a0f%4 1801, notre homme était encore sous clef à Québec: on avait trouvé dans ses papiers des plans et des renseignements pour l'invasion du Canada. Ila dû être libéré à la paix d'Amiens.
En mars 1798, le président John Adams dévoilant les intrigues politiques du Directoire contre les Etats-Unis, exaspéra le parti démocrate et. en 1800, Jefferson fut élu président. La colère contre la France s'était répandue comme une traînée de poudre. Des actes d’hostilité s'en suivirent, mais Napoléon surgissant au pouvoir il x eut réconciliation.
- Prescott se félicitait, au mois de mai 1798, de ce que le changement d'opinion des Américains à l'égard de la France contribuait à la sûreté du Canada, puis, un peu plus tard, il constatait que des espions et des agitateurs circulaient dans la Province, comme de coutume depuis quatre ou cinq ans. Cependant, la conduite de ce Souverneur avait attiré la sympathie des Canadiens, ce qui valait mieux qu’un rempart de baïonnettes pour la sûreté du Pays, mais voyez la curieuse situation qui se dessinait. Le Conseil, nommé par des influences de Londres, voyait les Canadiens d’un Mauvais œil et avait pris le gouverneur en grippe parce qu'il entendait agir dans le sens contraire à leurs vues, aussi on peut dire qu’ils étaient à couteaux tirés. Peter Hunter, lieutenant-gouverneur du Haut-lanada était en même temps commandant des troupes dans les deux provinces, alors que Prescott
eut dû remplir cette charge. Hunter s’entendait avec le Conseil. Le rappel de Prescott, daté du 10 avril 1799, fut l’œuvre de cette clique. Le 13 juin, Hunter se présenta en vainqueur. Prescott partit le 31 juillet, accompagné des vœux des Canadiens qui lui présentèrent une adresse portant 7,961 signatures, un chiffre énorme vu celui de la population. Le lieutenant-gouverneur Milnes, rempli d'idées conformes à celle du Conseil, dirigea le gouvernement. Hunter garda sa double situation. Tous deux restèrent en fonction jusqu’à l’été de 1N05.
Le général Collot pratiquait les Sauvages des grands laes durant l'année 179$. Jay, gouverneur de l'Etat de New-York, donne avis que les Français nouvellement déharqués aux Etats-Unis sont en correspondance avec ceux du Canada. Des habitants de Laprairie ont vu à Caughnawaga des individus suspects, au-dessus de la classe ordinaire, qui, s’apercevant qu’on les observait, se sont échappés.
L'année 1799 est celle de la grande souscription en Canada pour le soutien de l’armée britannique.
Le général Washington décéde le 14 décembre 1799. L'année suivante le gouvernement des Etats-Unis se transporte dans la nouvelle ville appelée Washington. En 1803, la France achète la Louisiane de l'Espagne et la revend aux Etats-Unis.
L’'inaction apparente des magistrats de Montréal, jointe aux rumeurs exagérées qui cireulaient relativement à l'étendue de la conspiration, eausait la plus grande alarme. Les habitants des classes moyennes et élevées formaient des elubs de police. Le gouverneur Milnes (1S01) passa 1,200 miliciens en revue dans divers endroits de la province. Le général Hunter arma 600 volontaires. De retour à Québec, Milnes, très content de la conduite zélée des miliciens qu'il avait vus, fit un appel pour obtenir un huitième de la milice de Montréal en service actif. Dans son rapport sur ce fait, il dit que “les Canadiens se sont non seulement montrés prêts à fournir les homines demandés, mais ils ont offert d'augmenter ce nombre à n'importe quel chiffre si le gouvernement le demande.” Un peu plus tard (novembre 1N01) il écrivait que les complots étaient déjoués et que les nouvelles de partout, y compris le Vermont, indiquaient la tranquillité. Pas encore! Il y avait au Vermont 10,000 hommes de sac et de corde qu'on pouvait enrêler en trois jours.
Les tentatives des Français contre le Canada avaient durées de 1793 à 1797 et, à cette dernière date, elles n’avaient été interrompues qu'en apparence, car les meneurs étaient restés à l’œuvre. La cessation des hostilités produite par la paix d'Amiens (25 mars 1802) n’empêcha pas ces manœuvres de se continuer et, lorsque la guerre fut de nouveau déclarée (29 avril 1803) elles reprirent avec une nouvelle ardeur. Il y
{süure] LES PROJETS DE 1793 A 1810 59
eut de suite des assemblées secrètes dans le Vermont Pour concerter des mesures, afin de s'emparer de Québec. Ira Allen était du complot.
Le 31 juillet 1802 le Bouverneur Milnes ordonne un jour d'action de grâce en annonçant la paix d'Amiens. Tandis que l’on célébrait cet heureux événement, le général Bonaparte se faisait élire consul à vie et préparait ses plans pour de nouvelles conquêtes. La guerre de “la Révolution” avait duré dix ans; la guerre “contre Bonaparte ” allait s'étendre sur douze années,
Le 12 janvier 1803 un Français écrivait à quelqu'un du Canada: “J'ai eu un moment l'espérance que le premier consul aurait redemandé votre colonie lors du traité gén (Amiens) de la paix, comme il m'en avait flatté Par une réponse que j'avais reçue de lui, en m'annonçant qu'il avait envoyé au ministère de la Marine mon mémoire pour en faire usage à l' ion. J'ai vu ave peine que le traité définitif a eu lieu sans qu’il en ait été question. Il avait pourtant bien des raisons Pour ne pas perdre de vue un objet aussi important surtout a ant traité avec l'Espagne du Mississipi qui est rentré à la France. Quelle difrérence pour un débouché des denrées de France,et pourdonnerdes moyens de spéculation à un nombre infini de Français qui n’ont point de ressources dans leur propre pays!"
M. Alexandre Auljo, député de Montréal, écrivait de Londres, le
15 mars 1803, au magistrat John Richardson que le Premier Consul entretenait des émissaires au Canada, et il en mentionne deux: de Léry, fils aîné d’un membre du conseil législatif de Québec, officier d'artillerie dans le service de France et un autre Canadien du nom de Villtray ou Villeray. Ce dernier a Passé par Philadelphie en 1802 et à visité le Haut- Canada, sans ôser se rendre à Montréal. De Léry vient sous le prétexte de visiter ses parents. 1] Y à apparence que ces deux hommes ne furent pas inquiétés, De Léry ne s'en retourna qu’à l’automne de 1807, par l'Angleterre, et entra, dit-on au service de la France. 7 Le 5 mai 1803. G. o. Bradford, de Montréal, fait savoir qu'il est survenu sept où huit hommes porteurs de commissions de ]n république française, soit: deux Français, deux Ecossais, le reste Irlandais, En juillet, Daniel Sullivan, de St. Jean, donne avis que des émissaires étrangers parcourent la rivière Richelieu et que deux Canadiens, Le Pailleur et Mezieres, sont allés à Concord voir des officiers français. On cite deux Français, Leclerc et Lacroix, qui portent des commissions de la république française, et de semblables commissions sont entre les mains de deux autres étrangers: MeGinnes et McDonald.
La rupture de la paix d'Amiens, le 24 avril 1803, fit de suite entrevoir le danger d’une guerre avec les Etats-Unis, Parce que le premier consul Bonaparte était en excellent terme avec nos voisins,
Vers le ler juin 1803, des émissaires se répandirent dans le Haut et le Bas-Canada, prêchant l'insurrection, essayant d'organiser des clubs et pratiquant la population par tous les moyens en leur pouvoir. Même en pleine paix, le 5 mai, une semaine avant que l’ambassadeur d'Angleterre n'eut quitté Paris, sept ou huit hommes étaient à Chambly, porteurs de commissions françaises. C’étaient des officiers qui avaient servi sous Humbert (octobre 1798) dans l'attaque contre l'Irlande. Leur uniforme était vert et or. Ils ne se cachaient pas. Plusieurs d'entre eux avaient été à Montréal sous des noms différents de ceux qu’ils portaient à Chambly, et avaient ouvertement confessé leur hostilité au gouvernement britannique du Canada. Vers le même temps, le juge Panet reçut une lettre d’un nommé Foubert, parti du Canada depuis quarante ans, disant que les Français désirent ardemment reprendre le Canada aussi bien que la Louisiane. Foubert dit: “Je pense que les hommes qui pensent bien dans votre colonie seraient JOE aises de revoir leurs anciens compatriotes voyager dans votre continent.”
Le 6 juin 1803, grand incendie à Montréal. La prison brûle. Ily eut cet été plusieurs cas semblables que l’on attribua à la malveillance.
L'acte de milice de lord Dorchester, en 1796, n'avait été accepté qu'avec difficulté dans les deux chambres, et était resté lettre morte. Durant la session de 1803, la législature passa une nouvelle loi à cet égard, mais, par une lettre du 10 juin on voit que Milnes en redoutait la mise en pratique, à cause de la faiblesse numérique des troupes réglées dans la province. Il pensait, néanmoins, que c'était un bon moyen de réveiller l'esprit martial des Canadiens et de les rapprocher du gouvernement, qui était toujours considéré comme étranger au pays. Il passait des revues et s’y voyait bien accueilli. On formait des compagnies de volontaires dans les villes. Quelque chose de “1812” était déjà dans l’air. Le 24 juin Milnes écrit que les troupes royales ne comptent que mille hommes dans le Haut-Canada et moins de six cents dans le Bas-Canada. Les Canadiens, dit-il, sont mieux disposés que par le passé envers le gouvernement et se battraient contre les Américains, mais contre les Français j'en doute. Ce sont les classes inférieures qui sont à craindre sous ce dernier rapport.
Jacques Rousse avait acheté en 1789, du major Clément Gosselin, Canadien au service de la cause américaine, 1,000 acres de terre dans le township Champlain sur la frontière du Vermont et du Canada, à la sortie du lac Champlain, où il avait fondé une hôtellerie fort achalandée grâce à sa position exceptionnellement favorable à ce commerce. Il
s'était prêté, jusqu'à un certain point, aux vues des Français et des Vermontois sur le Canada; sa maison était toute préparée pour faciliter le va-et-vient des conspirateurs et, sans doute il y était gagnant, mais lorsque (1302) il eut connaissance des atrocités commises à Saint-Do-
{suzre] ES PROJETS DE 1793 A 110 61
minge par les soliats français il répugna à servir leur case, pensant bien « ue de semblables infamies se répéteraient au Canada =i l'invasion avait lieu comme on le proposait, sans l'intervention des Etats-Unis et de l’ordre militaire régulier. Il se rendit à Montréal, chez le magistrat Richardson, qui était l'agent secret des autorités canadiennes, et fit <a confession en acceptant de se rendre utile dans la mesure de ses moyens, On l’inscrivit sous le No. 3, comme fournisseur de renseignements, ce qui ne l’empêcha pas, par la suite, tel ci-devant, de faciliter la désertion de: soldats anglais, mais il remplit sa mission en conscience du côté des conspirateurs, moyennant rétribution.
Genet et ses successeurs l'avaient employé, en se le recommandant l’un à l’autre. En 1803, au moment des confidences de Rou-se. Pichon était le chargé d’affaire de France.
Ira Allen, sorti des prisons de France, rentra aux États-Unis en 1S01 et se retrouva général du Vermont comme en 1797, c'est-à-dire sans soldats, mais toujours conspirateur, On le décrit: bonne taille, ge rond, yeux très noir, le dessus de la tête chauve, Avec lui revenait de France Stephen Thorn, affidé de David MeLane: il deneurait à Granville, Etat de New-York; grande taille, gros, teint brun, cheveux et yeux noirs; porteur de commissions en blañe “pour l'armée françui
l'étranger. ”
Les deux hommes faisaient la paire. 11 fut convenu que le Canada serait conquis sans retard, On commença par nommer des officiers supérieurs dont Allen serait le chef suprême:—Général Brown, bonne taille, brun, les veux gris clair. Généri! Isaac Clerk, grand, mince, figure maigre, yeux noirs. Général John Spañford, forte charpente, stature d’environ six pieds, brun de peau, les Yeux noirs. Major général Hull, du Massachusetts, à six milles de Boston. Major Stephen Thorn, le même que ci-dessus. Major Jededh Clerk jeune, du comté de Rutland, Vermont, gréle, brun, cheveux et Yeux noirs. Israël Keath, an- <ien adjutant-général du Massachusetts, a été rapporteur au procès du major André, correspond avec les deux Canadns et les Jacobins de France, à des forges près de la frontière où il réside, il a deux frères qui Ont construit une usine de fer dans le Haut-Canada et qui offrent de fournir des piques. Capitaine Timothy Hinman, du lac Magog, grand, robuste, teint blanc. Capitaine Hide, de Castion, Vermont, gros, les yeux bleus, le teint blane, grand parleur, Docteur Shaw, du même lieu, haute taille, gras, teint blanc, cheveux châtains. Ce groupe était essentiellement vermontois: en politique il repoussait l’union fédérale; en principes généraux, Pillards, prêts à commettre tous les excès, ne recrutant leurs hommes que parmi la canaille. Il y avait aussi un nommé Silas Hathaway, de St. Jean, déjà connu de nos lecteurs.
L'été de 1801, Allen était à la tête d’un club, à Montréal, intitulé Société Civile, qui établissait des branches aux environs de lu ville et même plus loin dans la province. Le but consistait à recueillir des renseignements sur les maisons riches, enrôler des compagnons et finalement, sur un signal, opérer le pillage partout à la fois. Le signal devait être donné lorsque les bandes du Vermont franchiraient la frontitre en semant la terreur, puis, le coup fait ou manqué, on se retirerait, sachant bien que les bandits ne pourraient pas tenir devant les troupes ou même la levée des citoyens. Quant aux Canadiens qui persistaient à ne pas seconder les plans des maraudeurs depuis six ou sept ans, ils seraient pillés comme les Anglais. Allen voulait se venger de l'indifférence des habitants de la campagne et des citoyens des villes. Il disait que, malgré la connivence de Jefferson avec les Anglais, le Canada serait conquis, c'est-à-dire saccagé.
Un nommé Rogers, maitre d'école dans la Nouvelle-Angleterre et se disant maître d'école à Montréal, pour sauver les apparences, avait formé une division du complot avee : an lieu d’assemblée à Carillon, sur l'Ottawa, où il se donnait, avec se. s'hérents, comme chercheur de
nines. Il traçait des cartes du pays et, probablement, y indiquait les établissements voues au pillage. Cette branche du complot, commencée avec cinq hommes, s’éleva à soixante et un membres, mais pas un seul Canadien n’en forma partie. Le gouverneur Milnes dit, à propos de toute l'affaire: “C’est un paquet d'Américains organisés sur les principes du jacobinisme pur et de l’illüminisme. Ces gens n’ont rien à perdre et tout à gagner en cas de réussite; parmi eux sont plusieurs des compères de David McLane. On pense que Rogers est leur chef.” Graham, l'ancien aide-de-camp de Chittenden, qui avait jadis fourni de bons renseignements sur l’achat des fusils d’Allen, était à Montréal, le 14 juillet 1801, et le major-général N. ©. Burton, sans le connaître, mais comprenant qu’il pouvait parler lui donna une lettre pour Milnes. Rendu à Québec, il édifia le gouverneur sur le compte d’Allen qui sollieitait la décharge(!) des obligations contractées au sujet des 20,000 fusils. En ce moment Allen, l’âme de la canaille embrigadée, était de retour au Canada, après avoir fait aux Etats-Unis les démarches nécessaires au sujet des fusils en question —il se croit sûr de réussir sur ce point. En attendant, «es hommes ramassent des armes et l'association prend de la forme. Le 19 juillet Graham écrit de Québec à Burton qu’il n’a fait aucun marché au sujet de sa récompense; il semble s’en rapporter à la générosité du gouvernement. On lui donna £450. IL arrivait d’Angleterre. Sa résidence était la plus belle de Vermont. Comme avocat, il disait avoir une immense clientèle, mais il était si bavard! Six urres-
(:) Il l'obtint vers 1806.
{sure LES PROJETS DE 1793 A 1810 63
tations, opérées d’un seul coup,
uirent toute la bande en fuite, y compris Allen et Rogers,
En novembre 1803, un nommé René Fouquet français de Boston et de Jérôme Bonaparte, rôds chelieu, se servait d’un langage incendiaire, répan: iérieains ayant ln Louisiane et le Mississippi, voulaient étendre leur frontièr jusqu'au Saint-Laurent, et que la France Marcherait avec
EUX. Vers ce temps on attendait Jérôme Bonaparte sur la frontière voisine, À
» émissaire du consul ait sur la rivière Rilait le bruit que les
Napoléon méditait une descente en Angleterre.
mentait en conséquence, L'automne de 1803, il y Vaisseaux, dont qui
La flotte s'augavait soixante et six ante-sept lancés, pour prendre part à ce dition. Le moment d'agir une pire de l'océan.
tte expéfois venu, on verrait à qui resterait l'em-
Richard<on disait: # La conduite de Jefferson, président des Etats- Unis, est loin d’être amicale, mais il € ture avec li Grande-Bret Bonaparte ne réussisee.
st trop lâche pour risquer une rupagne, À moins que l'invasion préméditée par
C'est à peu près ce que disait Jefferson luimême,
M. Barclay écrivait, le 2 décembre 1803, que Jérôme Bonaparte était rentré à New-York le 26 novembre, se proposant d'aller à Albany et. de là se mettre en communication avec les Français du Bas-Canula. Il était probable qu'il irait À la frontière du lac Champlain, chez un
Français du nom de Rousse, avec lequel MeLane avait été intimement lié
Au commencement de ISO4, rien ne paraiss:
conspirateurs, Pichon, chargé d'affaires à Washington, disait que l’Angfterre était encore trop puissante sur mer pour tenter fortune en ce moment, L'armée française, au camp de Boulogne, se Préparait à opérer une descente en Angleterre. Le 1$ mai Napoléon était proclamé empereur par le sénat.
it avancer parmi les
Rousse alla voir Genet, près d’Albany et le fit jaser, quoiqu'il déclarât se tenir en dehors de la politique et le renvoyât s'adresser à Pichon. Le juge Richardson sut bientôt tout ce que Genet avait dit. Pichon n’avait rien à raconté et attendait son successeur, mais il promit à Rousse de le mettre dans les bonnes notes du bureau afin qu'on ne cessât point d'utiliser ses services. Rendu à Montréal, Rousse déchartea “a conscience puis ajouta: “ Tant que l'Angleterre et les Etats-Unis seront en paix, je travaillerai pour la couronne britannique. ”
Bien des rumeurs cireulaient qui n'étaient pas tuujours fondées. En septembre 1S04, M. Merry, ministre britannique aux Etats-Unis, donna connaissance au gouverneur Milnes d'un complot qui se trumait, eroyait-on, dans les deux provinces, d'après le rapport d'un Canadien nommé Mathew Wing demeurant dans le comté de Saratoga, Etat de New-York. Selon lui, il se faisait une grande exportation tie bétail et de anada qui re vendaient aux Etats-Unis et dont le produit à l'achat d'armes à Springfield, dans la Nouvelle- \ngle-
éparées dans le cour* de l'hiver, et uu On constata
chevaux du C était employé terre. Les armes devaient être pr printemps, envoyées dans le Bas-Canada sur des radenux que Springfield n'avait reçu aueune demande et n'avait ps fusils.
Milnes écrivait à ce propos: “En justice pour les Canadiens, je dois
dire que jamais le pays n'a été plus tranquille, et jamais la conduite du peuple, par toute la provinee, n'a été plus loyale en apparence que dans le moment actuel. Ce que je sais des Canadiens, qui sont naturellement tranquilles et très attachés à leurs foyers, me porte à croire fermement qu'on ne pourrait jamais leur persuader de disposer de leurs bestinux et de leurs chevaux pour les fins imentionnnées par Wing.” Cette ilernière hypothèse est pleinement confirmée par les bordereaux d'exp rtation des chevaux. Quant au bétail, le gouverneur n'avait jamuis entendu parler qu’il s’en exportât aux Etats-Unis.
Wing disait aussi que l’un des principaux instigateurs de l’insurrection projetée avait fourni à Jérôme Bonaparte tous les renseignements nécessaires pour faire le plan d'attaque, et s'était entendu avec Jui pour charger un bâtiment d'armes aux frais de la France. Ce bâtiment devait naviguer sous les couleurs britanniques, être monté par des Irlandais, partir de bonne heure au printemps et débarquer les armes à l’anse du Foulon, près de Québec. D’après Rousse ceci n’était qu’un conte.
Le 3 janvier 1805, apprenant que le général Turreau est arrivé à Washington comme ambassadeur français, Richardson luienvoie Rousse. Le 21 mai, celui-ci est de retour. rapportant que les Français ne sont pas encore préparé à agir, parce que tout dépend des événements d'Europe. En tout cas voici le projet: il consiste à faire entrer dans le Saint-Laurent une flotte qui débarquera des troupes dans la province française. Aucun agent ne sera envoyé au Canada cette année. Le
général dit à Rousse que “plusieurs de ceux qui y sont allés jusqu'ici étaient des aventuriers qui ont fait plus de tort que de bien.” Il était temps de s’en apercevoir. Le général s’entendra avec Cazeau, consul français à Portsmouth, New-Hampshire, et ce dernier aura la charge
de toute expédition qui pourrait se faire en Canada. dans le Bas-Canada étaient plus
11 va sans dire que nombre de gens ou moins au courant de ces menées. Le bruit se répandait que le Ca-
as vendu de
= em
(suivre) LES PROJETS DE 1793 A 1810
LT nadien et le Courrier de Québec (106, 1807) étaient des journaux fondés Par l'argent de la France. On disait que Turreau ayant failli dans sa tentative d'établir un journal français à New-York, s'était adressé à Québec et qu'il avait fourni les caractères, Hélas! ce n'é les “têtes de clous ” de la Gazette de Québer, Mais nous allons voir
datée de Newark, ville du N:
général Turreau reçut avec
aient que
l'espièglerie s'en mêler. Voici ew-Jersey, le 15 septembre 106 un grand sérieux :—
une lettre , et que le
“Qu'il plaise À Votre Excellence, ations sauvages des régions du nord, arrivant en ce Moment du Canada, prenons la liberté d'informer Votre Excellence que ce fut le x ingtième jour de la septième lune que, dans un conseil secret et général des nations du nord, assistés de leurs frères les Canadiens, il fut résolu de déterrer cette hache meurtrière teinte si souvent du sang de l'Anglais et ensevelie à la sollicitation de nos pères. Mais pour effectuer ce obtenir l'appui du Régisseur de l'Univers.
“En conséquence, il fut ordonné représentants Sa Majesté Impériale, 1’ demander Passage au pied du trône lui demander et tâcher d'obtenir message: choisis dans c notre devoir de
—Nous, les envoyés des n
Projet, il faut
d'envoyer par deve npereur des F de ce même père e
s les ministres unÇais, notre père t, là, à ses genoux, son appui. Voilà le = ijet de notre e conseil pour les représenter, nous adresser à Votre Excellence, ln Conjurant, au nom de l’humanité, de prendre notre cause sous sa considération, Nous OSons nous persuader qu'elle le voudra Pour nous faire rentre sujet de notrs
“Etant cor i oblige à des précautions.
nous retirer chez M. Maiçon, d’adresser la réponse qui doit déc.
dont le vœu le plus ardent est
nous croyons de
à. Un mot de votre part suffira
urrès de vous et vous informer plus au long du
vays, la crainte d'être découverts nous
jugé à propos de ellence aura la bonté
attende Votre Excellence,
(Signé) J. PERREAULT, Finlay de Gros Pin.”
Turreau voulut connaître les deux s;
pondirent en demandant de l’argent pour défrayer leurs dépenses et tout fut fini. Vers la même date “Samuel Turner capitaine de la milice canadienne, ” parfaitement inconnu d’ailleurs, offr, À leur seconde lettre, Perreault et Gros Pi diens.” Les membres de la législature et une partie de la garnison de Québec conspirent avec Turner, Johnson, Gros-Pin et Perreault qui sont les Juatre-z-oficiers de l'entreprise. Les nations du nord vingt Têtes-
Sec. I., 1911. 5.
auveurs de nation, mais ils ré-
ait de soulever le pays.
n se disent “officiers cana-
de-Boule et trente Montagnais peureux comme des lièvres, vont prendre les armes. Un million de Canadiens bouillants du désir de s’insurger— c'est quatre fois plus que le nombre des âmes. Turner affirme qu'il a des partisans qui comprennent le français. . .dans une province où tout le monde parlait cette langue. C’est de l’histoire bouffonne.. . mais Turreau, qui n’était pas un aigle, eut pourtant des méfiances; il n’envoya point d’argent.(‘) Peut-être que l’un des mystérieux quatre-zofficiers était le fils du greffier Perreault, car en janvier 1807, on écrit que ce garçon, absent depuis deux ans, est revenu à Québec, après avoir servi sur un vaisseau de guerre français. On ajoute qu’il parle de Turreau avec éloge. .
Les agents que Genet et ses successeurs avaient entretenus dans la province n'étaient pas assez imbéciles pour ne pas voir que les Canadiens leur tournaient le dos, mais ils n'étaient pas assez bêtes non plus pour le dire dans leurs rapports, ce qui explique l'erreur continuelle où nous voyons patauger Genet et les autres. Turreau y fut pris, cependans, les affaires d'Europe ne permettaient pas d'agir comme il l’eût désiré.
Doit-on reléguer parmi les. cancans le bruit qui courait en janvier 1807, disant que chaque navire de France arrivant à New-York amenaïit de douze à vingt soldats français et que la ville renfermait nombre d’officiers de cette nation. Au Vermont quelqu'un disait qu’il suffira d’un homme pour soulever le Bas-Canada—quelle preuve les Canadiens avaient-ils donné d’un pareil désir?—leur conduite, depuis 1793, montrait un sentiment tout-à-fait contraire. Au mois d’août le bruit se répandit que le général Moreau organisait des bandes dans le Vermont pour marcher contre le Canada. Moreau! exilé par Bonaparte, se serait jeté dans une pareille affaire pour plaire à son rival et de plus, se faire chasser des Etats-Unis?
Turreau se trouva avoir sous la main, en 1809, un certain chevalier de Saint-Hilaire qu’il employa à visiter les Canadiens pour connaître leurs dispositions.(?) Lui aussi, comme ses prédécesseurs, déclara qu’il suffirait de se montrer pour emporter le pays. Cela est admirable et plus les agents changent plus ils sont les mêmes. Saint-Hilaire mourut presqu’aussitôt après son retour à Washington et ce fut la fin de la comédie,
En parcourant la correspondance d’où j'ai tiré le présent article j’ai été plus d’une fois surpris de la naïveté des conspirateurs. Ils partent du principe qu’il faudra prendre le Canada, mais ils ne se demandent pas
() Voir le Bulletin des Recherches, 1897 p. 162-170; 1898, p. 41-46. Société Royale, 1908, IL. p. 69, 79.
() Société Royale 1908, II. 69, 79, 82.
{suzrr] LES PROJETS DE 1793 A 1810 67
ce qu’en pensent les Canadiens. Disons plus, puisque c’est la vérité: ils croient que nous les attendons comme des messies. Le Mémorial de Sainte-Hélène nous offre un échantillon de cette présomptueuse ignorance lorsqu'il dit que Napoléon était content d'apprendre que son frère Joseph était fixé dans le nord de l'Etat de New-York, voisin du Canada, car, observe Las Cases, aussi imaginaire que son maître, “il se voyait déjà entouré d’une petite France.” Le grand poseur croyait voir les siens sur nos frontières adorés comme des dieux et notre peuple s'extatasiant d’un pareil bonheur. Il est vrai que Gros-Pin l'avait appelé “notre père ” et “le régisseur de l’univers. ” Bah! ni Gros Pin ni Turner n'avaient qualité Pour parler en notre nom—ils n'étaient que les interprètes des Têtes-de-Boule. . -et encore, on en peut douter.
Tous ces complots, ces “plans de nègres, ” de 1793 à 1810, n’ont eu pour base que la suffisance, l'audace, entretenues Par la mauvaise foi des agents qui y trouvaient leur compte. Les autorités de Québec les suivaient de l'œil, prêtes à agir si les choses prenaient une tournure dangereuse,