‹ Les projets de mariage de la reine ÉlisabethChapitre 26 sur 92 · La Mothe-Fénelon, Corresp.. 1. VII. p · texte numérisé non relu

La Mothe-Fénelon, Corresp.. 1. VII. p

LES PROJETS DE MARIAGE D'ÉLISABETfl 103

commanda un troisième plus on grand, mais qui ne pouvait être achevé de sitôt. Cavalcanli emportait un nuire portrait, celui de Marie de Clèves, pour Leicester. Leicester, n'ayant plus aucun espoir d'épouser Elisabeth, avait jeté ses vues sul- cette riche héritière ou sur quelque autre grande dame de France, et il comptait un peu sur l'appui de Catherine. C'est à cette occasion que Tavannes, avec le ton soldatesque qu'il affectait, dii au duc :« Leicester veut vous faire épouser sa bonne amie; faites-lui épouser Châteauneuf, qui est la vostre, vous lui rendrez le panache qu'il veut vous donner \ » Larchant et Cavalcanti n'arrivèrent à Londres que le 30 juin; ils jouaient de malheur: la nuit précédente Elisabeth, en se déshabillant, s'était donné une entorse. Elle ne put donc les recevoir qu'au bout de huit jours.

Leur mission était très limitée; ils n'avaient qu'à préparer les voies à une grande ambassade et à solliciter un sauf-conduit pour Montmorency, qui devait en être le chef. La première fois qu'ils en firent la demande, Elisabeth leur lit observer que, tant que la question delà religion

l. Mémoires de Tavannes, édit. du Panthéon littéraire, p. 390.

ne serait pas vidée, ce serait inutile. Le choix d'un ambassadeur de si haut rang- ne pourrait qu'aggraver les inconvénients d'un refus, si l'on ne parvenait pas à se mettre d'accord. De nombreuses conférences eurent lieu entre nos deux envoyés et Cecil et Leicester, mais sans résultat. Loindese prêtera la moindre concession,

Elisabeth ne voulait même plus accorder au duc l'exercice secret de sa religion, qu'elle avait un instant offert. Pour sortir de ces interminables préliminaires, nos deux envoyés proposèrent de laisser de côté l'article de la religion. Elisabeth y accéda et se hâta d'écrire à Walsingham : « S'ils croient mettre ainsi à couvert l'honneur du due, on ne le leur refusera pas, et faites semblant d'accepter. » En réalité, cette nouvelle mission n'avait pas fait avancer d'un pas la négociation; ce n'est qu'avec la plus grande difficulté que les conseillers d'Elisabeth lui arrachèrent le présent d'une chaîne de 60 livres pour Larchant. Leicester, dans une lettre du 7 juillet à Walsingham, lui avoue que la reine ne s'y est pas portée avec un grand empressement, mais avec une sorte de résignation. Les résolutions d'Elisabeth étaient, la plupart du temps, subordonnées aune question de vanité. Comme on savait qu'elle était toujours très dé-

LES PROJETS UE MARIAGE D'ELISABETH i0~

sireuse de connaître sur elle l'opinion do la cour de France, on vint lui répéter qu'une grande dane, et des plus vertueuses, avait dit au duc d'Anjou : « Monseigneur, lorsque vous passerez en Angleterre, n'en usez pas comme tous les princes français, qui vont toujours faisant l'amour aux dames, n Elle en fut tivs favorablement impressionnée. Le portrait du duc lui ayant été remis presque au même moment par Gavalcanti, ce simple présent lit plus sur son esprit que toutes les instances des ambassadeurs. Dès qu'elle l'eut reçu, elle fit appeler La Mothe- Fénelon. à qui elle avait hâte d'en parler. Ge n'était qu'un simple crayon; elle dit à La Mothe que, quoique le teint fût un peu eharbonné, le visage lui semblait d'une grande beauté et annonçait beaucoup de prudence et de dignité : qu'elle était tout heureuse de reconnaître dans le duc la maturité d'un homme, car elle ne voulait pas être menée à l'église par Un homme aussi jetine qu'en avait l'air le comte d'Oxford, de craint é que l'âge ne parût par trop inégal. Elle avoua à La Mothe avoir trente-cinq ans; elle en dissimulait au moins deux. La Mothe lui répondit que les années n'avaient rien pu lui enlever de sa beauté et de ses perfections, Son orgueil étant ainsi surexcité, elle écrivit spon-

tanément au duc une lettre quelle remit à Larchant au moment de son départ. « Monseigneur, lui disait-elle, combien que ma dignité excède ma personne et que mon royal rang- me fait douter que mon royaume est plus recherché que moi-même, si est-ce que la réputation que j'ai entendue par mon ambassadeur et aussi par votre gentilhomme que avez conçue de quelques (/races miennes, me fait croire que la règle de notre affection se tirera par la force de choses plus excellentes qu'oneques ai connues en moi résider, et pourtant me fâche en pensant que mon insuffisance ne pourroit satisfaire à une telle opinion que M. de Larchant m'a déclaré que déjà en avez conçue, espérant que vous n'aurez occasion de vous repentir de cet honneur que de jour en autre me faites V» Larchant et Cavalcanti rentrèrent à Paris le 1 G juillet. Catherine et le duc d'Anjou y étaient, venus de leur côté sous le prétexte de l'achat de quelques costumes pour Elisabeth2. Le duc les vit le premier; il se plaignit des difficultés que lui opposait Elisabeth, et qui lui semblaient bien dures ; il se refusait à croire que la reine

1 . Record office, Statepapers, France; Le seizième siècle et les Valois, p. 289.

Page 1