‹ Les projets de mariage de la reine ÉlisabethChapitre 3 sur 92 · Record Office, Stati papers : France · texte numérisé non relu

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avait fail d'elle an grand nombre de portraits : ne les trouvant pas à son gré, elle intimal'ordre de les détruire. Dans la proclamation qui fut répandue tlans tout le royaume, il était dit que, » aucun portrail n'ayant réussi jusqu'à ce jour à reproduire la physionomie et les grâces de la reine. Sa Majesté avait daigné consentir à rr (rue le peintre le plus habile qu'on pourrait trouverfût désigné pour faire d'elle un portrait, qui seul serait reproduit ' ». En dépit de sa proclamation, ses traits étaient assez fortement ace uses pour qu'il fût facile d'en saisir la ressemblance. Son fronl était élevé et Large, ses veux noirs, vifs et perçants, son nez aquilin et dans le milieu Légèrement arqué, ses cheveux de ce blond ardent qui tire sur le roux, ses lèvres minces et impérieuses, son menton court et lin, sa peau blanche comme celle de toutes les rousses. D<' grandeur ordinaire, elle se rehaussait par les talons élevés de ses chaussures; sa taille était mince mais raide et sans souplesse, son pied petil : — elle tenait à ce qu'on L'admirât, et, pour le faire valoir, dans beaucoup de ses portraits, elle le voulait chaussé d'une étroite mule de velours bleu, recouvert

l . Nichol's Progri ssi - •■/' Queen Elizabeth, Londres, 182 '•

t. I. préf. x\.

d'un semis de perles. Elle avait de très belles mains; lorsqu'elle se faisait peindre, elle exigeait qu'on les plaçât d'une manière apparente, et sans bagues aux doigts pour ne pas en altérer la finesse et le modelé ; jusqu'à la fin de sa vie elle en fut fière. Son port était noble et, dans l'ensemble, on ne lui pouvait refuser un certain air de grandeur ; mais il lui manqua la grâce, le charme, cette irrésistible séduction qu'elle a toujours enviée à Marie Stuart.

Comme caractère, c'était bien la digne fille d'Henri VIII ; elle tenait de lui sa violence et ses emportements. Elle jurait à l'occasion, et se servait de çros mots l. « J'ai des colères de lionne,» disait-elle d'elle-même; elle souffleta un jour sir Henri Killegrew, qui revenait sans Hatton, qu'il avait ordre de lui ramener; elle souffleta aussi miss Bridges, qu'Essex regardait de trop près; elle brisa le doigt de miss Skedmur, l'une de ses filles d'honneur2. Perrenot de Champagney, envoyé en mission en Angleterre en 1550, écrivait à Messieurs des Ktats ; «Elle fut si grigne (désagréable) hier soir qu'elle battit une ou deux de ses femmes 3. »

i. Froude, History of England, t. XI. p. 2.

•j. Labanoff, Lettres de Marie Stuart, t. VI, p. loi.

:i. Gachard, Correspondance de Philippe II, t. III, p. 857.

Son éducation avait été très soignée, très ■' forte ; des mains de Grindall, son premier précepteur, elle avait passé dans celles du savant Roger Ascham, qui, dans ses lettres à Sturmius, parle avec admiration de son élève : « Elle possédait, disait-il, une force virile d'application, une mémoire prompte et sûre ; » elle avait lu avec lui tout Cicéron et une partie de Tite-Live, et commençait invariablement sa journée par la lecture du Nouveau Testament en grec et de saint Cyprien, son théologien favori. Lors de la réception splendide qu'on lui lit à Cambridge, «•u 1594, elle répondit en latin aux discours des -raves professeurs de cette université : elle parlait avec facilité le français, l'italien, l'espagnol et l'allemand '. L'ambassadeur vénitien Jean Michel, qui la vit à l'âge de vingttrois ans, avait bien deviné ce qu'elle deviendrait un jour: « Elle est, disait-il. d'un esprit et d'une habileté admirables, comme elle l'a fait voir du vivant de Marie Tudor, en sachant si bien se gouverner au milieu des soupçons dont elle était l'objet et des périls qui l'entouraient. Son jugement lin et pénétrant, son application profonde, son caractère hautain et adroit, son

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