‹ Les projets de mariage de la reine ÉlisabethChapitre 30 sur 92 · Dépêches de Walsingham, Lettre à lord Burghley, p · texte numérisé non relu

Dépêches de Walsingham, Lettre à lord Burghley, p

2. Lignreolles fut tué à Bourgueil, on Anjou, par sepl ou huit gentilshommes. Brantôme, édit. du Panthéon littéraire), t. II. p. 69; lettre de Killegrou ;'i lord IJurti'lilev, dans le Cahiviav 'of State papers (1572-1574), p. 576. '

Le lendemain, Charles IX, sur La demande de Tavannes, avait octroyé le pardon aux meurtriers. ■ Ce n'est pas un médiocre avancement pour notre cause. » écrivait Cecil à Walsingham. Étrange et triste temps où un assassinat étail considéré comme un indice favorable à un projet de mariage! Voilà toutes les raisons qui pouvaient faire bien augurer de la mission de Smith : mais il y avait un obstacle auquel il ne devait pas s'attendre. Catherine, qu'il croyait encore favorable à cette union, ne s'en souciait réellement plus; «'lie s'était arrêtée à d'autres idées pour ce fils. son idole», comme disait Marguerite de Valois. Dès le mois d'octobre 1571, elle avait pensé peur lui à la fille du roi de Pologne, alors âgée de vingt-cinq ans. Après avoir formellement déclaré à l'ambassadeur de Florence, Petrucci, que son fils n'épouserait jamais qu'une princesse catholique, elle l'avait chargé de demander à Cosme de Médicis d'écrire au pape, afin qu'il donnâtl'ordre àson légal de Pologne de favoriser ce projet : dans le cas où il n'y aurait aucune chance de le faire réussir, elle espérait que le pape, qui traitait le duc avec une affection toute paternelle, voudrait bien s'employer a obtenir pour lui une des parentes du roi de Pologne d'un âffe plus conve-

LES PROJETS DE MARIAGE d'ÉLISABETD l-'l

nable '. Tels étaienl la situation el l'étal des esprits au moment où Smith arrivait à Amboise, le !'r janvier 1572; il étail accompagné par Benri Killegrew, qui momentanément remplaçai! Walsinghamrç assez gravement malade .

Gastelnau de Mauvissière avait été envoyée leur rencontre, et Tristan de Rostaing lesattendait à l'arrivée pour les conduire au logis que le roi leur avait uVstiiir. Paul .le l'oix vint le lendemain rendre visite à Smith. Sa première parole fut pour lui demander s'il avait sollicité une audience. Smith répondit : « Je suis bien inquietdu résultatde ma mission, et avant toutjc suis désireux de savoir quel est le point délicat, quel est l'obstacle. » De Foix lui dit que le duc se tenait toujours ferme sur la question religieuse. » — Smith répliqua que, si c' étail un prétexte, ce serait des deux côtés le moyen le [ilu^ honorable d'en sortir : qu'il ne pensait pas pourtant que ce tut le dernier mot, et qu'il n'était pas pressé de demander audience, voulant avoir le temps de s'aider de Goligny et du maréchal de Montmorency. De Foix, après

t. Négociations avec la T - . dépêche de Petrucci, I. III, p. 722.

•J. Calendar of StaU papers, Smi'.h to lord Burghley, 1372-157 I . p. :*.

avoir bien laissé parler Smith, revint sur l'obstination du duc, qui était comme affolé sur l'article de la religion, il lui conseilla de presser la négociation du mariage avant l'arrivée du cardinal Alexandrin, qu'on attendait d'Espagne cl qui ferait tout au monde pour l'entraver. « Si je m'aperçois, reprit Smith que le duc soit ainsi buté, je partirai sur-le-champ pour sauvegarder l'honneur de ma maîtresse. » La conversation en resta là ; mais Smith sut par d'autres sources, que la religion du duc, après s'être d'abord fixée sur mademoiselle de Chàteauneuf, s était portée sur une autre l. Il apprit aussi que les Guises et ceux de l'entourage du duc, intéressés à ce qu'il ne quittât pas la France, cherchaient à l'effrayer sur les dangers qui L'attendaient en Angleterre, en raison de la haine de tous les Anglais contre les Français. Selon eux, il valait mieux être le maître en France avec; le titre de lieutenant général, que le sujet de la reine Elisabeth, et le second en Franco que le second en Angleterre. Les catholiques, ne cessant de lui répéter qu'il y laisserait son honneur, lui proposaient de le faire

I. Calendar of State papers, Smith U> lord Burghley (1572-1574), p. 3.

(]\w (1rs Flandres ou bien roi de Naples, ou bien encore chef sur terre de la ligue catholique, cmnine dou Juan d'Autriche l'était «1rs forces maritimes. Il y avait là do quoi séduire le duc, el Walsingham l'en excusait.

Smith se décida pourtant à demander une audience: elle lui fut accordée pour le 6 janvier. Il y avait ce soir-là liai à la cour. Catherine le reçut dans sa chambre; Charles IX, seul, était présent. La première, elle prit la parole et lui aflirma que l'unique cause de la difficulté tenait à la religion. Le duc y était si attaché, qu'il se croirait damné s'il ne La pratiquait pas'. — « Cette question tranchée, répondit Smith, estce tout ? » — « Il y en a bien quelques autres concernant l'honneur et la dignité du duc, reprit Catherine, mais celle-là est la principale. » — Smith répliqua que le plus honorable motif de rupture, et pour la reine et pour le duc. serait la religion. — « Xous ne voulons pas rompre. s'écria Catherine, je n'ai jamais rien tant désiré. mais je n'ai aucun empire sur mon fils, tant sa tète est troublée par l'idée de n'avoir pas la pratique de son culte. » Après avoir échangé

1. Calendar of State papers, Smith mvl Killegrew to the Quccn (1572-1574), p. 8 etsuiv.

quelques banales protestations sur le désir réciproque d'arriver à un accord, Smith finit par demander ce que le duc exigeait en fait de religion, car l'exercice secret lui en avait déjà été concédé, sauf quelques parties de la messe qui ne concordaient pas avec la parole de Dieu. Catherine répondit que « son (ils avait été élevé en catholique et que. s'il n'entendait pas la messe, il se croirait damné ». — u Mais, ne pourrait-il pas, pour quelque temps, reprit Smith, et pour éviter tout scandale, se contenter d'entendre la messe dans un oratoire ou une chapelle particulière?» — « Il est devenu si dévot, reprit Catherine, qu'il entend deux ou trois messes par jour, et il observe si scrupuleusement les jeûnes, qu'il eu esl tout pâle ; c'est à ce point que j'aimerais mieux qu'il fût huguenot que de le voir ainsi compromettre sa santé. 11 ne se contentera pas d'une messe basse, il veut la grand'messe avec toutes les cérémonies de l'Eglise catholique et une chapelle ou église avec Ions les prêtres attitrés, et le cérémonial à la romaine. » — « Pourquoi, s'écria vivement Smith, ne demande-t-il pas les quatre ordres de frères, les canons, les pèlerinages, les reliques el autres momeries?» — « Mais c'est ce qu'a demandé Paul de Foix, répondit Gathe-

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rine. « — Smith objecta les troubles inévitables qui s'ensuivraient : " Mettez-vous, Madame, h La place de la reine, lui dit-il; que feriez-vous ? » — « J'avoue, répondit-elle, que je serais en grand'peine. » — Smilli revenant sur les dangers que venait de faire courir à la reine la conspiration ilf Norfolk, qui s était mis d'accord a\ ec les catholiques d'Angleterre pour tuer leur reine, rappela à Catherine qu'elle-même avait chargé LaMothede la prévenir de ce complut. — « ('/est dans Leurs habitudes, dit Killegrew, Le capitaine Golburn ne vous a-t-il pas dit, Madame, que la reine d'Espagne, votre fille, serait tuée? » Au moment de se retirer, Smith demanda une dernière fois à Catherine quelles étaienl les conditions du duc : — « 'Foules celles qu'a exigées de Foix, répondit-elle. » — « De Foix savail bien, Madame, répliqua Smith, que jamais la reine n'accorderait la messe, et maintenant, madame, vous réclame/, la grand'messe, tout le cérémonial romain, lesguatre mendiants et les mille diables.» — << .Mais votre reine ne pourrait-elle pas solliciter l'assentimenl du Parlement?» — « C'esl impossible», s'écria Smith, et, sur ce. il se retira. Le lendemain, Smith \ii L'évêque de Limoges et L'évêque d'Orléans ; tous deux lui offrirent de mettre par écril Les conditions demandées. —

« J'aimerais mieux mourir, leur dit-il, que de les envoyer h ma souveraine. » En effet, lorsqu'il eut transmis son dernier entretien avec Catherine, Elisabeth en fut profondément blessée. Jusqu'ici elle s'était habituée à se jouer do ces prétendants princiers, dont les demandes réitérées satisfaisaient sa vanité ; mais être refusée à son tour, elle se révoltait à la pensée d'un pareil dédain. — « On n'est pas content, écrivait Cecil à Walsingham, de l'affaire du duc d'Anjou. Il est certain que, comme on n'a pas bien agi en la tirant en longueur, ce qui s'est fait par politique, aussi n'a-t-on pas agi de delà en ami. Je ne dis pas ce que je pense du mécontentement de Sa Majesté sur un sujet qu'il faul dissimule!- . aujourd'hui que l'amitié est si nécessaire. »

La rupture du duc d'Anjou était donc un fait accompli. Catherine visait plus haut et plus loin. Au lieu d'une couronne, elle en ambitionnait deux pour ses deux derniers fils : celle de Pologne, pour le duc d'Anjou, et celle d'Angleterre pour le duc d'Alençon ; elle tenait en réserve cet imberbe prétendant, et, mettant à profit la nécessité de situation qui imposait à l'Angleterre une alliance avec la France, elle attendait l'heure de le proposer à Elisabeth.

Catherine pense au duc d'Aleoçon pour Elisabeth. — Elisabeth objecte la disproportion d'Agi». — Réception faite par Elisabeth à Montmorency et a Paul de Foix. — Lord

l.i In à Paris. Portrail du duc d'Alençon. — Elisabeth

réclame une entrevue. - Montmorency en expose les inconvénients. — Mission de La Môle en Angleterre, — — La i vi'Ile île la Saint-Barthélémy apportée a Elisabeth.

Catherine écrivait d'Amboise, le 5 février 1563, au duc de Guise, qui alors assiégeait Orléans : « J'ai vu un petit Moricau qui n'est que guerre et te m prie dans son cerveau '. » C'est le duc d'Alençon qu'elle désignait ainsi. Né Le 18 mars 1554, il avait alors neuf ans, et durant toute la première guerre civile, il habita le château d'Amboise avec sa sœur Marguerite. // yi'est que guerre et i \em pète dans son rcrri'tiu : cette phrase résume sa vie agitée et vide, où les grandes audaces sont suivies do défaillances plus grandes encore. Les ambassa-

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