‹ Les projets de mariage de la reine ÉlisabethChapitre 40 sur 92 · I. Voy. Le seizième siècle et les Valois, p · texte numérisé non relu

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pareil massacre. La AJothe plaida les circonstances atténuantes; il nia la préméditation, il affirma que la religion n'y était point mêlée, et finit par demander que l'amitié entre les deux couronnes n'en fût pas diminuée. « Je crains bien, dit la reine, que ceux qui ont fait abandonner au roi les protestants ne lui fassent aussi abandonner mon amitié. » En sortant de

l'audience, La Mothe vit les ministres d'Elisabeth. Les reproches les plus violents lui furent adressés « pour un acte trop plein de sang' » .

Philippe II. en apprenani la Sainl Barthélémy, manifeste sa joie. — Situation du duc d'Alençon après la Saint- Barthélémy. - Il envoie Maisonfleur en Angleterre. — Portrail du duc par Maisonfleur.— Elisabeth accepte une entrevue avec le duc. — La maladie de Charles IX fait mettre en avanl bien des projets. — Evasion du due d'Alençon projetée. — Elisabeth veut que le due vienne incognito. — Charles IX s'enferme à Vincennes. — Arrestation de la Môle el de Coçonas. — La Môle el Coconas décapités. — Charles IX parle à l'ambassadeur du mariage de sou frère. — Élisabetb vient en aide au duc d'Alençon. — Alençon crainl pour sa vie. — L'argent lui manquant, il s'adresse è Elisabeth. — Dernière lettre de Charles IX à Matignon. — Ses derniers propos. — Sa mort.

Un courrier envoyé par l'ambassadeur d'Espagne en France, don Diego de Cuniga apporta le 7 septembre à Philippe II la nouvelle de la Saint-Barthélémy. Sa joie lit explosion : il appela tous ses familiers pour leur dire que celle fois le roi Charles IX était son bon frère, et méritai! le titre de roi très chrétien; s'excusanl auprès de notre ambassadeur, Vivonne de

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Saint-Gouard, de ne l'avoir pas bien compris lorsqu'il lui faisait pressentir cet événement, il manifesta son mécontentement contre tous ceux qui prétendaient que le massacre avait été exécuté à l'improviste *. »

Seul de toute la cour, le duc d'Albe ne se méprit pas sur Catherine et répéta à qui voulut l'entendre que la Saint-Barthélémy était une chose furieuse, légère, et mal pensée. Il fit comprendre à Philippe II, qui rêvait déjà une ligue catholique et l'extermination des protestants, que Catherine reprendrait immédiatement la négociation du mariage de son fils avec

Elisabeth. Le duc ne se (rompait pas : Catherine, le 1er septembre, vit AYalsingbam. Sans revenir sur ce terrible événement, sans chercher à le justifier, elle dit que le roi son fils, débarrassé du chef, maintiendrait l'édit et laisserait à chacun sa liberté de conscience. Elle ne fit aucune allusion au projet de mariage ; elle avait laissé à Castelnau de Mauvissièrc le soin d'en renouer le propos. C'était un homme modéré et conciliant; il n'avait pris aucune part à la Saint-Barthélémy. Dans les circonstances présentes, Walsingham était loin de s'attendre à

I. Bibl. nal., fonds français, n° 1G07, dépêches do Sainl-Gouard, y. .'i8.

une pareille ouverture; il répondit à Castelnau, que les cruautés dont il venait d'être témoin « ne donneraient guère courage, et qu'il doutait même qu'on eût encore l'intention d'un mariage ». — « Le meilleur moyen d'éclaircir vos doutes, dit Castelnau, c'est de vous en expliquer avec la reine-mère. » Walsingham y consentit, et jour fut pris pour une entrevue. En abordant Walsingham l, Catherine exprima son regret de le voir ainsi suspecter sa sincérité ; elle le pria de formuler les doutes qu'il avait. Le massacre ne les justifiait que trop ; sans trop appuyer, il rappela à Catherine que la principale garantie d'une alliance avec l'Angleterre était la tolérance promise et jurée aux protestants, tolérance aujourd'hui foulée aux pieds. Il parla de l'entrevue de Bayonne, des desseins sinistres qu'on y avait arrêtés avec le duc d'Albe. Catherine s'emporta, prétendant que c'était une des inventions de Coligny pour lui faire des ennemis. Coligny n'était pas d'ailleurs si sincèrement ami des Anglais ; dans son testament, daté de La Rochelle, il lui avait recommandé d'abaisser l'Angleterre et l'Espagne. « C'est son éloge, répliqua Walsingham, que

f. Walsingham, Lettres ri négociations, p. 283 cl

suiv.

Votre Majesté vient de faire. » Ce dernier mot mit fin à l'entretien.

Catherine et Walsingham se revirent le 24 septembre. Ce jour-là, Catherine changea de langage ; tout en avouant qu'on avait agi avec plus de cruauté que le roi ne l'aurait voulu, elle soutint que le jour où Coligny fut blessé, les huguenots avaient médité de s'emparer de la porte du Louvre, mais elle ne put parvenir à modifier les convictions de Walsingham '.

Après de telles paroles échangées et de telles défiances, si ouvertement manifestées, on aurait lieu de s'étonner de voir Elisabeth faire ('■(•rire par Smilh à ce même Walsingham qu'elle ne se refuse ni à la continuation des propos de mariage, ni à une entrevue, si l'on n'en trouvait l'explication dans la nouvelle attitude prise par le duc d'Alencon. Non seulement il n'avait pas trempé dans la Saint-Barthélémy, mais il la blâmait hautement. Le 21 septembre, il était verni s'en entretenir avec Walsingham. Il avait élé plus loin encore : de concert avec le roi de .Navarre, il s'élait uni étroitement aux protestants et leur avait promis par écrit de venger la mort de Coligny, et, ce qui est plus grave, il

I. Walsingham, Lettres et négociations : Lettre à Smith, p. 283 et suiv.

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avait conçu le projel de B'échapper de la cour cl de se réfugier eu Angleterre. Un vaisseau croisail en vue du Bavre, et, pour mieux préparer sa fuite, il avail cnvoxé en Angleterre un de ces personnages équivoques, comme on en rencontre dans les époques troublées. Cet agoni m1 Qommail Maisonfleur. A.près avoir servi sous les ordres du duc de (iuise en Italie, devenu écuyer tranchant de Catherine de Médicis et de Charles IX. il s*éiait fait protestant1. \ son arrivée à Londres, àla fin de décembre, il s'annonça comme l'envoyé du duc, et à ce titre, sollicita une audience d'Elisabeth, qui refusa de le recevoir 2. C'était l'heure fixée pour la fuite du duc. Maisonfleur alla à Douvres, où il attendit quatre jours entiers. Le duc ne put partir, ou recula, ce qui semble plus probable. A son retour de Douvres, .Maisonfleur fut enfin reçu par Elisabeth. Dans une longue lettre au duc d'Âlençon, auquel il donne le nom de don Lucidor, il lui l'ait entendre que la reine n'est pas éloignée de l'épouser, mais qu'eUe n<' veul pas passer par les mains

1 . Lhuillier, seigneur de Maisonfleur. Brantôme, .ivre lequel il étail lié, lui a dédié quelques poésies. Voy. Brantôme, édit. de L. Lalanne, t. X, p. fe09, il* et i-'i.

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