I. Bibl. nal., Fonds français, o° 2722. >. Tbid
Mais comment calmer ce! le soif d'ambition qui dévorait le duc d'Aleneon ? Catherine eut recours au moyen tant de fois employé sans succès, au mariage avec Elisabeth. Après de longs entretiens, le duc se décida à envoyer en Angleterre La Porte, un de ses confidents. De concert avec Castelnau de Mauvissière, qui venait de remplacer à Londres La Mothe-Fénelon, il le chargea de reprendre la négociation du mariage. Un incident inattendu vint y mettre obstacle. Le duc prétendit qu'on avait voulu l'empoisonner. Thoré et lui, ayant bu du même vin, avaient eu des vomissements. Catherine ne s'y laissa pas prendre. « C'est un artifice, écrit-elle à Castelnau, qui provient de ceux qui ne demandent qu'à empirer les choses; il faut que vous et La Porte fassiez en sorte que vous puissiez continuer ce qui a été commencé \ »
Elisabeth, qui était sans aucun doute de connivence avec le duc et lui avait fait parvenir à sa première demande une somme assez ronde, lit à La Porte et à La Mothe-Fénelon la plus singulière des réponses : ;'i plusieurs reprises elle leur déclara qu'elle ne donnerail suite à ce pro-
i. Castelnau, Mémoires, éditl de Le Laboureur, t. III, p. 482.
LES PROJETS DE MARIÀQE Hl'l.is Mil/ni 187
jet d'union < 1 1 1 < ■ lorsque le <lm' se sérail remis dans les bonnes grâces d'Henri III, « étanl bien nécessaire qu'i] lui hou lils el bon frère avant d'être bon mari ».
Leicester tint le même langage à ('astelnau, et Valent in Dale déclara à Catherine que tant que la paix avec 1rs protestants ne serait pas faite on ne s'occuperait pas du mariage. < Mais le seul moyen d'arriver à la paix, répondit Catherine, c'esl que la reine votre maîtresse n'encourage pas les rebelles1. » Dale répliqua que' la peine était toute disposée à offrir sa médiation. Cependant Catherine la refusa. I! l'anl chercher ailleurs les motifs de l'attitude prise par Elisabeth: elle venait de recevoir avec très grand apparal Perrenot de Champagney, envoyé pour ménager une transaction entre l'Espagne et les provinces révoltées. Voilà la vraie cause do ces nouvelles exigences : mais il y en avait une antre, encore pins inattendue.
Elisabeth pensait, qui l'aurait cru. à don Juan d'Autriche. Etait-elle éblouie par l'éclat qui environnait le vainqueur de Lépanle; on bien, sachant que les (inise. d'accord avec Phi-
l. Castelnau, Mémoires, édit. de Le Lai reur, t. III,
p. i.x:; et 186.
lippe II, réservaient à don Juan le chevaleresque honneur de délivrer Marie Stuart ei de
l'épouser, voulait-elle l'enlever à son éternelle rivale? Quoi qu'il en fût, elle chercha à entamer avec don Juan une de ces négociations de mariage dont abusait sa politique. « Elle m'a adressé un agent, écrivait don Juan à Philippe II, qui m'a fait des allusions indirectes à un mariage. Je fais en sorte de ne pas écarter ce projet dans mes réponses. Je supplie Votre Majesté, sur sa foi de gentilhomme, de me dire si je dois y donner suite ; car, bien que je sois séduit de rendre par ce moyen une reine et un royaume à la vraie religion, je ne voudrais pour rien au monde faire un choix déshonorant. En écrivant ces mots, je rougis d'accepter une négociation de mariage avec une femme dont la vie el les exemples donnent tant à dire. » Philippe II répondit que ce mariage rendrait un tel service à la religion qu'il ne fallait rien négliger '.
En signant une trêve avec le duc d'Alençon, Catherine avait voulu barrer le chemin à Coudé, qui. réfugié en Allemagne depuis la mort de Charles l\. cl ne se croyant pas Lié par la trêve