‹ Les projets de mariage de la reine ÉlisabethChapitre 8 sur 92 · Quant au mariage du roy monsieur mon fils avec · texte numérisé non relu

Quant au mariage du roy monsieur mon fils avec

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réduite à choisir ontro Robert Dudley, que lui offrait perfidement Elisabeth, et l'efféminé Darnley, de la maison des Stuarts, que la comtesse de Lennox, sa mère, lui faisait secrètement proposer, et vers lequel fatalement déjà inclinait son imprudente préférence.

Dès que Melvil fut auprès d'elle, après lui avoir exposé les difficultés et les dangers de sa position, elle Le fit partir sans retard pour l'Angleterre, voulant savoir à quoi s'en tenir sur les véritables intentions d'Elisabeth à son égard.

Ce fut vers la fin du mois de septembre 1564 que Melvil arriva à Londres; Elisabeth l'avait déjà vu à son passage lorsqu'il se rendait ci Ecosse, chargé par l'électeur palatin de lui parler de son fils, le duc Casimir, et de lui en montrer le portrait ; à la manière dont elle l'avait regardé, il avait bien compris qu'il n'y avait aucune chance pour ce nouveau prétendant, et s'était bien gardé d'en dire un mot à la reine. Dès cette première rencontre, Elisabeth avait apprécié son esprit cultivé, sa fine et charmante

la reine d'Ecosse, écrivait Catherine de Médicis à l'évêque de Rennes, le 7 juin LS64, tanl s'en faull qu'il soit vray qu'il ne m'en a jamais esté parlé ne mis chose en avanl qui en approche. Vous pouvez le dire à tous ceux qui vous en parleront. »(Bibl.nat«, Cing cents Colbert,n° 390, p. 29S

causerie ; pour le voir plus souvent et l'avoir sous sa main, elle le fit loger chez sa dame d'honneur, lady Stafford. C'est là que Ilatton etRandolph, l'ambassadeur d'Angleterre en Ecosse, vinrent le prendre pour le conduire à Westminster, où Elisabeth lui avait assigné sa première audience. Il était huit heures du matin et déjà elle se promenait dans les jardins; elle l'y reçut, et, tout en causant, continua sa promenade. Sa première question fut pour lui demander s'il rapportait la réponse de Marie Stuart à l'offre qu'elle lui avait faite de Dudley. Melvil ne lui cacha pas que sa maîtresse y semblait peu disposée, que néanmoins elle attendait l'arrivée des ambassadeurs anglais qui devaient discuter cette proposition et les autres affaires intéressant les deux couronnes. Marie Stuart, ajouta-t-il, se proposait d'envoyer Murray et Lethiugton et elle verrait avec plaisir que la reine de son côté voulût bien désigner pour cette conférence lord Bedford et Robert Dudley. Pourquoi le nommez-vous le second? repritelle vivement; dans peu de jours, je le ferai plus grand et plus puissant que l'autre; c'est mon meilleur ami; si j'avais pu me résoudre à me marier, je n'aurais pas pris d'autre époux. Je voudrais que ma sœur fit tomber son choix

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sur lui : il n'y a personne que je serais plus heureuse de voir partager avec elle ma succession; que ma sœur ne le dédaigne pas, je vais le faire comte deLeicester, baron de Dembich.

En effet, à quelques jours de là, la cérémonie eut lieu à Westminster avec le plus grand apparat; Elisabeth plaça la couronne de comte sur la tète de son favori à genoux devant elle, le flattant de la main, lui prodiguant ses caresses. La cérémonie achevée, se tournant du côté de Melvil : « Que pensez- vous, dit-elle de lord Robert? » Il répondit qu'il était heureux avec tous ses mérites de servir une princesse qui savait si bien récompenser. Puis lui désignant du doigt Darnley, qui, en sa qualité de premier prince du sang, portail l'épée royale: « .le sais, ajouta la reine faisant une insidieuse allusion au secret désir de Marie Stuart, que cette grande perche vous plaît davantage. »

Melvil avait mission de s'aboucher secrètement avec lady Lennox; il répondit habilement que sa maîtresse avait trop d'esprit et de prudence pour choisir un mari qui ressemblait plus à une femme qu'à un homme et n'avait pas de barbe.

Appréciant de plus en plus la Une causerie de Melvil, prenant plaisir à lui faire raconter

ses voyages ou à parler de la cour de France, Elisabeth en usait familièrement avec lui. Un jour, elle le fit entrer dans son appartement privé, et, devant lui, tira de son secrétaire divers portraits soigneusement enveloppés et ayant chacun leur étiquette particulière. Melvil tenait la lumière; lisant sur l'un d'eux le nom de Leicester, il témoigna à la reine le désir de le voir ; elle se fit un peu prier; puis, défaisant elle-même l'enveloppe elle le lui montra. Melvil le demanda pour Marie Stuart; elle le refusa, prétendant que c'était le seul qu'elle eut de lui. Cecil et Leicester causaient dans le fond de l'appartement, Melvil désignant du doigt son favori à la reine : « Vous avez l'original, lui dit-il tout bas, vous n'avez pas besoin de la copie. »

Marie Stuart, qui connaissait bien Elisabeth, avait recommandé à Melvil de ne pas être trop sérieux avec elle, une conversation un peu légère étant loin de lui déplaire; il se le tint pour dit et, de propos en propos, il en vint un jour à lui parler des buses des corsets. Elle lui dit qu'elle avait des costumes de tous les pays, s'habillant tantôt à l'anglaise, tantôt à l'espagnole et à l'italienne, et quelquefois à la française. Melvil lui répondit que jamais elle ne lui avait

semblé mieux misequ'enltalicnne. la coiffure de cette nation faisant valoir ses beaux cheveux ; elle lui demanda qui, d'elle ou de Marie Stuart, avail les plus beaux: il s'en tira en courtisan, et dil qu'il n'y avait pas en Angleterre de femme qui lui fût comparable, et en Ecosse de femme plus belle que Marie Stuart. Cette réponse ne la satisfaisant qu'à demi, elle lui demanda quelle était la plus grande des deux : il répliqua que c'était Marie. «Il faut donc qu'elle Le soil trop, reprit-elle aigrement, car je suis de la bonne taille. » Puis elle l'interrogea sur les amusements ordinaires de Marie Stuart; il répondit qu'elle partageait son temps entre la chasse, la lecture et le clavecin. Elisabeth voulut Savoir si elle en jouait bien. — « Pas mal pour une reine, répondit Melvil. » L'entretien en resta là: mais, par grande faveur, elle admit Melvil à sa table. Après le dîner, lord Hunsdon, resté seul avec lui, le mena dans une galerie qui touchait aux appartements de sa maîtresse; elle était à son clavecin. Hunsdon pria Melvil de ne pas faire de bruit, et, levant doucement une portière, il le lit entrer un peu de force dans la pièce où se trouvait la reine ; elle avait le dos tourné et continua à jouer ; lorsqu'elle se retourna, apercevant Melvil, elle quitta brus-

que ment son clavecin, et, venant à lui, le frappa légèrement de la main. « Je ne joue jamais devant les hommes, dit-elle ; comment êtes-vous entré ici?» Il répondit qu'étant à causer avec lord llunsdon et ayant entendu une si charmante musique, il n'avait pu résister à la tentation de l'entendre de plus près ; qu'à la cour de France ces familiarités n'étaient pas déplacées, et qu'il était prêt à subir le châtiment qu'il méritait. Il était à ses genoux, elle lui offrit un coussin, faveur très marquée; car Cecil est le seul homme qui eut jamais la permission de s'asseoir devant elle, et encore quand il était vieux et goutteux.

C'était pour lui demander si la reine d'Ecosse jouait mieux du clavecin qu'elle ; Melvil répondit que non, ce qui était vrai. L'entretien continuant, Elisabeth le complimenta sur sa manière de parler le français, et lui demanda s'il parlait italien; sur sa réponse qu'il n'avait passé que deux mois en Italie et que le temps lui avait manqué pour l'apprendre, elle se mit à lui parler en allemand, mais il savait moins cette langue que l'italien. Elle lui demanda encore quels étaient ses auteurs favoris: s'il préférait les histoires d'aventures aux livres d'histoire et de théologie. Il lui dit

que tous lui plaisaîeDt. En la quittant, il lui annonça son prochain départ; mais elle exigea qu'il le retardai de deux jours pour qu'il la vit danser et qu'elle sût de lui qui, de Marie Stuart ou d'elle, dansait le mieux. Après le bal, Melvil avoua que Marie dansait moins noblement. Dans leurs entretiens de chaque jour, à plusieurs reprises, elle avait affirmé à Melvil que son intention était de rester une reine vierge, à moins que Marie Stuart ne la forçât à se marier en ne se rendant pas à ses conseils et en manquant à ses devoirs. Ce dernier mot touchait à la menace ; pourtant, au départ, elle dit a Melvil : « Assurez votre maîtresse que je l'aime tendrement ; dites-lui bien que je veux que nous vivions désormais meilleures amies que nous n'avons été jusqu'ici, et que j'éloigne à jamais de mon cœur toute jalousie et tout soupçon. » Sur ces rassurantes paroles, elle donna congé à Melvil. qui repartit le lendemain pour l'Ecosse.

Li.ste des prétendants à la main d'Elisabeth. — Le due de Nemours le plus séduisant de tous. — Le prince de Condé a le premier L'idée de marier Charles IX à Elisabeth. — Conférence de Paul de Foix et de Cécil. — Catherine s'entretient de nouveau avec Smith du projet de mariage. — Elisabeth revient à l'idée d'épouser l'archiduc Charles. - Elle refuse définitivement Charles IX. — Leicester reste seul prétendant. — Son portrait. — Catherine l'appuie auprès d'Elisabeth. — La Forest remplace Paul de Foix. — Conversation de Vulcob, neveu de La Forest, avec Leicester. — Le médecin d'Elisabeth engage Vulcob à penser à Charles IX pour la reine. — La question du mariage de la reine portée à la Chambre des communes. — Elisabeth ne revient pas sur le refus qu'elle a fait de Charles IX.

Avant d'en arriver aux trois fils de Catherine de Médicis, la liste des prétendants à la main d' Elisabeth est bien longue. Si nous laissons de côté le duc de Savoie, dont elle ne voulut pas du temps de Marie Tudor, Philippe II parmi les princes étrangers est le premier en tête; elle avoua à notre ambassadeur La Mothe-Fénelon qu'elle l'avait refusé par motif de conscience, ne voulant pas épouser son beau-frère;

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puis se présenteront les deux rois de Suède et de Danemark; elle prétendit plus tard n'avoir pas attendu plus de huit jours pour décliner leur otfre. Celui qu'elle traîna d'année en année, c'est le pauvre archiduc Charles, le fils cadet de l'empereur Ferdinand, qui ne réussit pas mieux auprès de Marie Stuart.

Gardons-nous d'oublier le plus séduisant de tous ceux qui se mirent sur les rangs, Jacques de Savoie, duc de Nemours. « Il était de trèsbonne grâce, dit Brantôme, s'habillanl des mieux, fort aimé des dames, desquelles, au dire d'aucuns, il a tiré des faveurs et bonnes fortunés plus qu'il ne vouloit ». Elisabeth se plaisait à se faire raconter tout ce qui se passait à la cour de Catherine de Médicis, « le paradis du monde », comme l'appelle ce grand courtisan de Brantôme. Elisabeth savait donc par cœur son duc de Nemours, et elle avait une envie folle de le connaître. Le comte de Randan, Charles de Laroehefoucauld, qui deux ans plus tard fut tué au siège de Rouen, traversant Londres pour se rendre en Ecosse, elle le reçut au passade et mil l'entretien sur le duc; Randan en lit un portrait si flatteur, que, « s'entendant, nous dit Brantôme, en amours aussi bien qu'eu armes, il connut en elle et en son visage quelque étin-

celle d'amour1 ». Il n'eut donc pas grand peine à lui faire avouer qu'elle désirait le voir; il en conclut que, si le duc venait, il pourrait peut-être bien l'épouser. A son retour en France, il en fit part à Nemours, et en parla à François II.

C'était une belle et séduisante occasion de rapprochement entre les deux cours si hostiles alors, et se disputant l'influence en Ecosse. • L'aventure était tentante, une couronne était au bout; mais, avant tout, il était prudent de s'assurer d'un bon accueil. Nemours envoya à Londres Lignerolles, son plus dévoué serviteur, trop mêlé déjà à ces intrigues de cour qui devaient plus tard lui coûter la vie. La réponse rapportée par Lignerolles fut encourageante. Tenant à maintenir sa réputation d'élégance, le duc prodigua l'or pour ses vêtements, ses armes, ses chevaux; François II l'aida de sa bourse. La fleur de la jeune noblesse, que le fol Treguier appelait « la fleur des fèves » brigua l'honneur de suivre celui qui lui servait de modèle; mais, au dernier moment, Le voyage « se rompit et demeura court2 ».

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