I. Bibl. ii.ii.. fonds français, n° 3308, p
iTO LES PROJETS DE MARIAGE D'ELISABETH
qui n'en était qu'à quatre lieues. Le 3 juillet, il y entra par composition et, une fois dans la place, il poussa une reconnaissance presque sous les murs de Gand, où se trouvaient le duc d'Anjou et le prince d'Orange. Sous leurs yeux un engagement eut lieu, et du haut des murailles ils le dirigèrent.
Ainsi, au bout de dix mois, le duc d'Anjou était réduit h la défensive. Les troupes anglaises, mal commandées par Noms . mal payées, s'étaient peu à pou débandées et tuaient tous les prêtres catholiques qu'elles trouvaient sur leur chemin. Français et Flamands en étaient venus à s'accuser réciproquement de traiter en secret avec l'Espagne. En allant chaque malin ;i la .messe, le due d'Anjou s'était aliéné bon nombre de prolestants. Depuis deux ans, la mort avait fait bien des vides autour du duc : elle lui avait pris d'abord Bussy, dont le courage aurait sufli pour relever le moral de son armée; elle lui avait pris Maisonfleur. Ce dévoué el infatigable agent, devenu capitaine d'une compagnie d'hommes d'armes, venait de se faire tuer en duel par un soldat auquel il n'avait pas refusé de se battre '. Sim'ier. qui
l. Brantôme, édit. de !.. Lalanne, I. VI. p. VU.
i i - PROJETS DE M MU UiE D'ELISABETH
avait '•!' el qui avail peut-être encore tanl d in- Quence sur Elisabeth, u'étail plus à s.-- côtés1. Toul dernièrement, à son retour <l<' Londres, il avail failli, avec Viteaux, être assassiné rue de la Huchette, el le gentil Champvalon, tombé en disgrâce, s'était réfugié auprès de Marguerite de Valois, dont il causera la perte '. A L'heure où qous sommes, deux hommes avaient seuls toute autorité sur le duc, Fervaques, son mauvais génie, et d'Avrilly, un parvenu, le fils d un sergenl de Rouen3; ils ne cessaient de représenter à leur maître le triste sort de l'archiduc Mathias et du duc Jean-Casimir réduits tous deux à quitter cette terre ingrate. Pour exciter son ressentiment, ils lui mettaient sous les yeux ce pasquil qui courail les rues :
Le prince d'Orange gouverne tout,
Monsieur veut tout,
Sainte- Udegoudi conseille I mt,
i. • États trail en1 tout,
Le peuple paie tout,
Les trésori ! livent tout,
Le diable emporte toul '•.
I. Mémoires de Castelnau, édition de Le Laboureur, l. I. |>. 776.
•'. Cimber el Danjou, Archives curieuses, i. X. p. 95. I, \ gociations avec la Toscane, i. IV, p. IQo. \. Mémoires <!» duc d Vei . I. I. p. 35f
Le duc avait de longue date renforcé peu à peu son armée1. Le maréchal de Biron lavant enfin rejoint, il voulut, lui aussi, faire son coup d'Etat et s'emparer des principales villes des Flandres. Le secret fut inviolablement gardé ; jusqu'au jour de l'entreprise, fixée au 18 janvier, le duc resta impénétrable. C'est ce qui faisait dire par Henri IV à Sully : « Il me tromperoit bien, s'il ne trompe pas ceux qui se fient à lui ; il a le cœur malin et double. Si toute l'infidélité étoit bannie de la terre il pourroit la repeupler -, »
L'entreprise réussit a Dunkerque, à Ostende, à Dixmude, à Alost, à Vilvoorde; elle échoua à Gand et à Bruges. Le duc s'était réservé la surprise d'Anvers, dont il avait gagné le prévôt, « la folie d'Anvers », comme on dit alors. Quatre mille soldats y entrèrent, près de deux mille y périrent. Le jeune fils du maréchal de Biron, le neveu du cardinal de Rambouillet, le duc de Saint-Aignan et son fils, le fils du comte de Châteauroux furent au nombre des morts. Fervaques, du Fargis, le baron de Rieux, le publiciste Bodin, maître de requêtes du duc. furent
I. Bibl. aat., Ambassadeurs vénitiens, Filza 12. p. 390. ■J. Mémoires de Su/h/, édit. Michaud et Poujoulal, t. XI, p. 34; lettres de Henri IV. t. I.
[LES PROJETS DE MARIAGE D ELISABETH Ûl'A
faits prisonniers. En apprenanl ce désastre, Catherine, navrée de douleur, maudit ce fils, le tourmenl de sa vie. « Plûl à Dieu, s'écriat-elle, que lu fusses mort, lu n'aurais pas été cause de la perle de tant de braves gentilshommes ' ».
Elisabeth, au premier moment, s'emporta avec non moins de violence contre le duc; elle l'accusa d'être aussi perfide que sa mère, elle invectiva tous ceux qui l'avaient poussée à l'épouser.
A la cour d'Angleterre . les avis étaient très partagés : les uns pensaient que le duc s'élait mis d'accord avec Farnèse ; d'autres, et du nombre L'ambassadeur d'Espagne, qu'il s'était arrangé avec le prince d'Orange pour se partager les Pays-Bas. Walsingham, toujours prudent et qui redoutait une réconciliation de la France avec l'Espagne et peut-être le mariage du duc avec l'une des infantes, ramena Elisabeth à une tout autre appréciation des événements accomplis.
Avec sa mobilité habituelle, blâmant Norris de n'avoir pas soutenu le (\uc à Anvers, elle envoya le fils du duc de Bedford consoler sou
I. Cimber et Dan jeu. Archives curieuses, Lettre dt Busbec, t. \, p. 172.
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malheureux fiancé, et lui offrir de sa pari un
vaisseau '.
Désavoué par le roi son frère qui s'empressa d'envoyer l'évêque de Vannes à Farnèse pour s'excuser de l'entreprise d'Anvers, blâmé par sa mère2, le duc se retira la mort dans l'âme à Denremonde, laissant au maréchal de Biron le commandement de son armée. Désormais il va mener une vie errante. De Denremonde il part pour Dunkerque, où il réside deux mois. Le 28 juin 1583, à l'approche de Farnèse, il s'embarque pour Calais : de Calais il va à Chaulnes en Picardie. C'est là qu'eut lieu sa première entrevue avec Catherine depuis la catastrophe d'Anvers: elle le trouva si amaigri, si débilité par le chagrin et la maladie dont déjà il portait le germe fatal, qu'écoutant son cœur de mère, elle n'eut pour lui que de douces et de consolantes paroles. Elle lui remit trente mille livres pour les envoyer à Biron et payer les Suisses. Durant les trois jours qu'ils passèrent ensemble, elle lui lit entrevoir la possibilité d'un mariage avec sa nièce la lille du duc de Lorraine, il n'en
1. Bibl. mit.. Ambassadeurs vénitiens, Filza 12, p. L4,8, négociations avecla Toscane, l. IV, p. 't'60; Froude, History o) England, l. XI, p. :î71 et suiv,