Les prologues de Térence
Depuis le temps où Montaigne lisait et relisait le « bon Térence, la mignardise et les grâces du langage latin », ce poète n'a cessé d'être dans notre pays l'un des plus connus et des plus aimés de l'anliquité classique. Jusqu'à nos jours, l'estime des lettrés français l'a placé au dessus de Plante, son devancier et, pour nous, son unique rival dans la comédie latine. Parmi les poètes de Rome, Virgile et Horace sont les seuls qui aient joui en France d'une faveur égale à la sienne. C'est que tout, dans la personnalité de Térence, est fait pour nous intéresser et nous charmer. L'homme d'abord est loin d'être banal : sa courte existence a quelque chose de romanesque qui pique vivement la curiosité. Africain, on ne sait au juste de quelle nation, amené très jeune à Rome comme esclave, son intelligence et sa beauté frappèrent son maître, le sénateur Térentius Lucanus, qui lui donna une éducation libérale et, bientôt, la liberté avec un nom qu'il devait immortaliser. Le jeune affranchi, reçu dans l'intimité des hommes les plus marquants de l'époque par leur naissance et leur culture, Scipion-Erailien, Lélius le Sage et d'autres, débuta au théâtre à dix-neuf ans avec son Andrienne. La précocité de son talent et l'éclat de ses succès excitèrent la jalousie d'un vieux poète qui ne cessa de