‹ Les prologues de TérenceChapitre 2 sur 143 · II AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

II AVANT-PROPOS

le calomnier, A vingt-cinq ans, après avoir donné ses six comédies, il partit pour la Grèce, patrie des chefs-d'œuvre qu'il naturalisait romains, et il mourut, l'année suivante, au cours de ce voyage, dans des circonstances très incertaines. Le mystère de sa naissance et de sa mort, le contraste de sa condition et de ses amitiés, de son âge et de son talent, tous ces traits donnent à sa biographie un air de légende. La curiosité sympathique qui attire vers l'homme, se change en admiration à mesure qu'on lie connaissance avec le poète. Un esprit vraiment français ne peut se dérober aux séductions de son exquise sensibilité, de son enjouement gracieux, de son goût délicat, de son style souverainement élégant.

Dans ces conditions, il est étrange qu'il ne se soit encore trouvé personne parmi nous pour écrire sur Térence une étude sérieuse et complète. Car la critique française ne lui a guère accordé jusqu'ici que des jugements superficiels, dont la pièce de résistance est en général un parallèle, plus ou moins exact et ingénieux, entre les deux comiques latins, et qui contiennent le plus souvent avec beaucoup d'erreurs une foule d'à peu près. Nos voisins d'Allemagne ont fait plus utile besogne : éditions soignées, dissertations minutieuses sur des points de détail. Mais chez eux pas plus que chez nous il n'existe un ouvrage d'ensemble, où toutes les questions relatives à la vie et au théâtre de Térence soient soumises à un examen approfondi, un monument digne du poète et conforme aux exigences de la philologie moderne.

Je me hâte de dire que, ce monument, je n'ai pas eu, pour ma part, la prétention de l'élever. Je me suis arrêté au seuil du théâtre de Térence. J'ai étudié seulement les prologues^ ne touchant aux comédies qu'autant qu'il était

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nécessaire pour donner à cette étude toute sa clarté et tout son intérêt. Le sujet, ainsi limité, était encore très vaste : car les problèmes de toute sorte que soulève ce petit groupe de deux cent quarante vers, sont nombreux et importants. Plus que toute autre partie de l'œuvre de Térence, ils réclamaient UQ examen sérieux ; c'est, en effet, sur les prologues qu'il s'écrit couramment le plus de choses inexactes ou fausses. L'histoire elle-même du prologue, depuis ses origines jusqu'à notre poète, est pour la plupart des esprits pleine de confusion. Comme la dernière phase de cette histoire ne pouvait être exactement connue, sans que l'on eût au préalable une idée juste des phases antérieures, toute la question a bénéficié de mon choix.

Dans la tragédie et la comédie grecques, le prologue n'était autre chose que l'exposition. Les comiques romains, devanciers de Térence, en firent une introduction distincte du drame, contenant un sommaire delà pièce encadré dans des actualités. Térence le transforma en plaidoyer. C'est l'étude de cette transformation qui fait l'unité de mon livre. Un premier chapitre est consacré à la discussion des questions relatives à l'authenticité, au texte et à la chronologie des prologues ; il prépare une base solide à ce qui doit suivre et qui est l'essentiel. Le second chapitre forme le centre de l'ouvrage : c'est là qu'est décrit le changement opéré par Térence dans les rapports du prologue et du drame, avec les conséquences que la transformation du rôle entraîna pour le personnage et l'acteur. Le contenu des prologues' plaidoyers fait l'objet du troisième chapitre qui est, en quel* que sorte, la révision des procès intentés à Térence devant le tribunal du public par son vieux rival. L'art oratoire des

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