‹ Les prologues de TérenceChapitre 23 sur 143 · CHAPITRE PREMIER 5l · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER 5l

prologue précédent, mais par les circonstances. Or, souvenons-nous que la première des Adelphes eut lieu aux mêmes jeux que la reprise de VHécyre. Lorsque Térence écrivait le prologue des Adelphes, il n'était pas sans inquiétude ; les spectateurs seraient-ils cette fois plus équitables pour la comédie qu'ils n'avaient pas d'abord daigné écouter ? Instinctivement, quoiqu'il fît effort pour cacher son anxiété, des paroles plus humbles venaient à l'esprit du poète ; il ne réclamait plus expressément le silence, il ne demandait que rimpartialité qui l'encouragecàt à écrire. Ceux qui s'étonnent d'entendre Térence, à la représentation de sa dernière pièce, solliciter des encouragements comme un simple débutant, ne réfléchissent pas qu'alors encore il était un tout jeune poète, écrivant pour le théâtre depuis cinq ou six ans seulement, qu'il pouvait se considérer comme presque au début de sa carrière dramatique. Savait-il que la mort l'atteindrait quelques mois plus tard, en pleine jeunesse ? D'ailleurs, il ne faut pas non plus s'exagérer la modestij du ton de ce prologue : elle ne va pas sans une certaine assurance. A la façon simple et calme dont Térence vient se dénoncer soi-même au tribunal dos spectateurs :

Indicio de sese ipse crit, vos judices \

à la brièveté nette et franche de son plaidoyer, on voit bien qu'il s'adresse à des juges qui l'ont plus d'une fois absous et applaudi.

Au sixième rang, après le prologue des Adelphes, se place sans dilhculté le premier prologue de VHécyre. Nous savons que Vllécijre fut reprise aux jeux funèbres de Paul-Emile et nous avons remarqué qu'on ne peut raisonnablement placer ce second essai de représentation qu'après le succès des Adelphes. Le dernier vers du prologue vient à l'a])pui de cette opinion :

AUas cognostia ejus : quseso, hanc noscitc.

Térence n'aurait pu parler de la sorte si à ce moment les

Adelphes, achevés, appris par la troupe, destinés aux mêmes jeux, avaient été encore inconnus des spectateurs. Enfm, le second prologue de Vlléojre termine, sans contestation, la série ; il relate en clTet et le premier échec et le second qui se produisit aux jeux funèbres de Paul-Emile après la représentation des Adelphes. D'ailleurs, il est le plus parfait de tous au point de vue littéraire, le modèle du genre créé par Térence, le chef-d'œuvre oratoire du poète. Par sa perfection seule, il se révélerait comme le dernier en date des prologues de Térence. Ainsi, les prologues s'accommodent fort bien de notre système chronologique ; loin de le contrarier, ils le servent à merveille et le confirment.

Voici, tel qu'il résulte de cette discussion, le classement chronologique des comédies de Térence :

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