‹ Les prologues de TérenceChapitre 35 sur 143 · CHAPITRE DEUXIEME i · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIEME i

duclion distincle de la pièce elle-même. Ainsi, tandis que, dans Sophocle, l'exposition par la forme, les acteurs et le contenu est étroitement unie au drame, les monologues narratifs, par lesquels Euripide commence toutes ses pièces, sont tous plus ou moins isolés et indépendants. Hàtonsnous pourtant d'ajouter que ceux-là mêmes où ce caractère est le plus frappant tiennent encore par plus d'un lien à l'ensemble du drame. D'abord, en effet, le contenu de ces discours, qui servent à l'exposition, est déterminé par le sujet de la pièce. Ensuite l'acteur qui les prononce entre dans la fiction, a son individualité dramatique, et, s'il ne se mêle pas sur la scène aux autres personnages, s'intéresse du moins à leurs actions : ces liens, qu'Euripide a respectés, nous les verrons se rompre successivement et l'indépendance, qui est ici limitée, deviendra alors absolue.

La manière d'Euripide fit école et exerça une influence décisive sur l'évolution du prologue. Mais avant de parler des poètes plus jeunes que lui, qui l'acceptèrent pour guide et pour modèle, il faut dire quelques mots d'un de ses contemporains qui ne Taima guère et se garda bien de l'imiter. Si les prologues d'Aristophane ne sont pas sans défauts, du moins ils ne ressemblent pas à ceux d'Euripide; surtout on ne saurait leur reprocher l'ennuyeuse uniformité dont le poète comique a fait, dans les Grenouilles ', une impitoyable satire. Ils sont loin, en elTet, d'être tous coulés dans le môme moule. D'abord il en est plusieurs qui méritent d'être placés sur le même rang que les meilleures expositions do Sophocle, comme réalisant dans le genre comique la perfection à laquelle s'était élevé et maintenu dans le genre tragique l'auteur d' Œdipe Roi et (ÏOEdipe à Colone. Quoi de plus naturel et à la fois de plus vivant que les prologues de Lysistrata, des Thesmophoriazuses, des Grenouilles ? A ces trois expositions un scrupule nous empêche d'ajouter celles des Acharnicns^ de l'Assemblée des Femmes' Qi du Plutus : elles débutent par un monologue. Mais remarquons que

' V. 1 198 sqq. 2' éd. Bergk, Teubner,

ces monologues sont liés au dialogue qui les suit et dont le personnage qui a d'abord parlé seul est un des interlocuteurs. Remarquons aussi qu'ils ne sont pas purement narratifs. Je mets à part le discours de Praxagora à sa lampe ; ce discours n'est qu'une parodie. Quant au monologue de Dicéopolis, il est destiné à faire ressortir l'isolement de l'Acharnien dans le parti de la paix ; celui de l'esclave Carion est motivé par l'obstination de son maître Chrémyle à suivre, pour obéir à l'oracle, cet aveugle que l'on ne connaît pas et qui n'est autre que Plutus. La pensée ne peut venir à personne d'assimiler de tels monologues aux récits préliminaires d'Euripide.

D'ailleurs, aucun des six prologues déjà mentionnés ne nous a révélé un procédé nouveau, quelque chose que nous ne connussions point par les tragiques. C'est dans ceux dont il nous reste à parler qu'il faut chercher l'originalité d'Aristophane, ou, pour être plus exact, de la comédie ancienne ; car il est très vraisemblable qu'Aristophane ne fut pas l'inventeur de ce système. Dans cinq de ses comédies sur onze [les Chevaliers, les Nuées, les Guêpes^ la Paix, les Oiseaux), l'exposition se fait au moyen d'un récit manifestement destiné au spectateur, mais encadré dans une scène dramatique. Toutes ces pièces, une seule exceptée, s'ouvrent par une vive et joyeuse bouffonnerie, au beau milieu de laquelle un des acteurs se tourna vers le public pour expliquer le sujet ; après quoi reprennent le dialogue et l'action. Au commencement des Nuées, la scène bouffonne est remplacée par un monologue dramatique qui contient les amères réflexions de Strepsiade, tourmenté par l'insomnie. Tantôt le récit explicatif est d'une seule pièce [les Chevaliers, les Oiseaux) ; tantôt il est interrompu par divers incidents [les Nuées, les Guêpes, la Paix). Sans doute toutes ces expositions pèchent contre la vraisemblance ; mais on voit aisément que la partie narrative y est bien moins isolée, bien moins indépendante que dans les prologues d'Euripide. En somme, ce n'est pas Aristophane qui a fourni des modèles aux poètes dont nous

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