CHAPITRE DEUXIÈME
à toul un costume qa'à un ornement de détail. Le même substantif se retrouve, à ma connaissance ', en trois autres passages de ses œuvres. Dans le premier ^, il a le sens très large d'appareil, préparatifs de fête : Dave, qui revient de chez Chrêmes, raconte à son jeune maître Pamphile que rien dans la maison n'annonce pour le jour même )a célébration d'un mariage : « Matronam nullam in cedibus, nihil ornati, nihil tumulti ». Dans le second =*, il désigne l'aspect général d'un homme, l'état extérieur de toute sa personne, et peut se rendre par le français « équipage » : le parasite Gnathon, qui a rencontré un de ses compatriotes réduit à la misère, en fait le portrait : « Video sentum, squalidum, degrum,pannis annisque obsitum. Quid istyc, inquam^ ornati est ? » Dans le troisième '• enfin, il a d'une manière plus précise la signification de costume : Antiphon, voyant sortir de chez Thaïs son ami Chasréa dégnisé en eunuque, s'écrie : « Qui hic ornatus est ? » En aucun des trois cas, on le voit, Térence n'a pris le mot en question pour traduire l'idée de parure partielle. D'où la conclusion probable que dans l'expression « ornatus Prologi », il n'a pas non plus ce sens.
Cette conclusion se confirme au point de devenir certaine, si l'on songe, d'une part, combien peu la toge convenait à Prologus, d'autre part, quels inconvénients il y aurait eu à faire paraître l'acteur chargé du prologue avec le costume quelconque de son rôle dans la pièce. Que le directeur de troupe soit en toge pour l'annonce, rien de plus naturel : il ne fait pas à ce moment œuvre de comédien, il ne dépouille pas plus sa personnalité que le régisseur de nos théâtres quand il vient, par exemple, solliciter l'indulgence du public pour un de ses camarades. Mais Prologus est un personnage : l'acteur qui est chargé du prologue joue un rôle -^
^ Cf. rindcx du Ter. de Lemaire. — 2 And. 3G4 sq. 3 Eun. 23G sq. — '» E%in. 546, cf. 55G, 558.
5 Hcaut. fvolA sq : « imrtcs quœ mnt adule scentiwn ; 10 : quant
oh rem lias 'p^rtea didicerlin . . , . w
Or ce rôle, bien qu'il ne fasse point partie intégrante de la pièce proprement dite, y tient encore par le contenu, au temps des devanciers de Térence, des inventeurs de Prologus, et se rattache à un ensemble grec, à une fabula palliata. Dans ces conditions, il est nécessaire que Prologus soit vêtu à la grecque, non à la romaine. Même si cette nécessité logique ne s'était pas imposée à l'esprit des vieux comiques latins, la seule force de la tradition les aurait entraînés : car Prologus prenait la place de personnages, allégorigues ou autres, qui tous portaient le costume grec, et qui reparaissaient encore parfois. Et il ne suffisait nullement de lui faire revêtir un costume grec quelconque, celui qui convenait au rôle de l'acteur dans la pièce. Etant donnée la variété des rôles que l'interprète de Prologus pouvait être appelé à jouer dans la pièce \ on serait arrivé ainsi souvent à un résultat bizarre, ou même grotesque. Sans doute Pro* logus n'a pas une individualité bien compliquée ; mais enfin il a un sexe : en parlant de lui-même, il se sert partout du genre masculin. Se le fîgure-t-on apparaissant sous des habits de femme ? Il a aussi un âge : de l'attribution permanente du rôle à un jeune acteur nous avons conclu avec la plus grande vraisemblance à la jeunesse du personnage. Lui sied-il dès lors de se montrer en vieillard ? Pour éviter des inconvénients de cette sorte, qui n'auraient pas manqué de se produire fréquemment, il fallait adopter une règle générale et assigner à Prologus, une fois pour toutes, un costume en rapport avec sa personnalité.
Mais si cette personnalité ne s'accommodait pas d'un costume grec quelconque, il n'était pas non plus facile, eu égard à son extrême effacement, d'en imaginer un qui lui convînt d'une manière spéciale. Comment donner un aspect caractéristique à cet être dont l'essence était si simple, si pauvre? Les poètes de la nom elle comédie n'éprouvèrent pas le même embarras à vêtir leurs créations allégoriques,
' Sur la variété des rôles que pouvait jouer le même acteur, cf. Plaute, prol. des Méneclimes, à la fin, et Térence, Heaut. prol. 39 sqq.