CHAPITRE DEUXIÈME
parce qu'elles avaient une individualité mieux déterminée et plus complexe : de leurs attributions morales, riches et bien définies, résultaient forcément des indications sur leur extérieur. Ayant de plus à leur service une imagination féconde qu'avivait encore la vue des nombreux chefs-d'œuvre inspirés par la mythologie aux arts plastiques \ les comiques grecs durent réaliser dans cet ordre d'idées des merveilles d'à-propos et de variété, et associer savamment pour la joie des spectateurs le plaisir des yeux à celui de l'esprit. D'une façon générale, les personnages de prologue, étant de nature divine, ne pouvaient être vêtus comme de simples mortels : leurs costumes se distinguaient de ceux que portaient dans la pièce les personnages de même sexe et de même âge, souvent par la forme et toujours par la magnificence. Mais Prologus, qui n'était point par sa nature au-dessus des personnages de la pièce, de quel droit se serait-il mis à une autre mode ou avec plus de somptuosité ? Il n'y avait pas lieu d'enrichir à son intention la série des costumes typiques de hpalliata : il lui fallait choisir dans celte garde-robe. Ses fonctions de narrateur, si elles n'exigeaient pas un costume nouveau, ne repoussaient absolument aucun de ceux qui existaient déjà. Ce qui détermina le choix, ce fut donc le sexe et l'âge de Prologus : jeune homme, il ne put prendre que les habits des jeunes gens, des adulescentes.
Quel était ce costume 2? Donat 3 nous dit : « Adolescent tibus discolor (vestitus) attribuitur ; » ce que signifie que les dilFérentes pièces du vêtement ne sont pas de même
1 Cf. Max. CoUignon, 3/ythol. figurée de la Grèce. C'est à l'époque gréco-romaine que les représentations symboliques se multiplient à l'infini ; mais on en cite aussi de la belle époque : p. ex. Lysippc avait fait une statue de Xairos, ou V Occasion, Cf. Archéul. grecque du même, p. 201.
2 Sur les costumes de la palliata en général et en particulier sur celui des adulescentes, cf. Wieseler, Theatergebaiide und Dcnknui'lcr etc„ p. G3 sqq. et les textes qu'il cite.
•'' Frag. dcComœdia. Il ne faudrait pas entendre parce discolor vestitus y} un vêtement bigarré. Cette idée est exprimée plus loin à propos du leno par ces mots ; « Le7w ^mllio varii coloris utittir. )>
couleur. Les couleurs sont en général vives et voyantes : blanc, rouge, violet, etc. Les deux pièces principales sont la tunique, longue et à manches, et le manteau. Seulement, pour les jeunes gens de la comédie, deux sortes de manteau sont en usage : pour les vEaviaxo^ ', le pallium qui s'enroule autour du corps, pour les l'-^rf^n^ la chiamyde qui s'agrafe sur l'épaule droite. Il n'est guère possible de savoir avec une entière certitude lequel de ces deux manteaux fut assigné à Prologus. Peut-être portait-il indifféremment l'un ou l'autre. J'inclinerais cependant plutôt pour la chiamyde. Car, s'il est bien vrai, comme nous l'avons avancé plus haut, que le rôle était confié au plus jeune acteur delà troupe, à un novice, Prologus étant éphèbe par l'âge, le manteau des éphèbes lui convenait mieux que tout autre. Nous trouverons tout à l'heure, dans les miniatures des manuscrits, un nouvel argument à l'appui de cette opinion.
Ainsi, il pouvait arriver à l'acteur qui remplissait les fonctiens de l'rologus de se présenter pour jouer ce personnage avec son costume de la pièce : il était dispensé de changer d'habits après le prologue, toutes les fois qu'il tenait dans la pièce un rôle déjeune homme, ou d'une façon plus précise, si l'on adopte notre opinion, un rôle d'éphèbe, comme celui de Chseréa dans V Eunuque. Dans tous les autres cas, il devait avoir deux costumes successifs. Voilà dans quel sens on peut dire qu'au rôle de Prologus appartenait un costume distinct.
Mais le personnage ainsi vêtu n'eût pas été reconnaissable au premier coup d'œil : une comédie pouvait n'avoir pas de prologue et commencer par l'apparition d'un « adulescens. » Or, d'emblée le public de Térence s'aperçut qu'Ambivius tenait le rôle de Prologus. Il y avait donc dans son extérieur quelque chose qui rendait toute méprise impossible. De plus, si le costume de Prologus avait été celui des jeunes gens, sans rien de plus, sans aucun signe distinctif, Térence aurait-il pu employer l'expression « ornatu
^ Ils portaient cependant le clilamyde quand ils revenaient de voyage.