‹ Les prologues de TérenceChapitre 73 sur 143 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

appartient à un autre monde que ceux du drame, quoiqu'il s'habille comme eux à la mode grecque. Dès lors on peut dire que révolution du prologue est terminée Dans son histoire, il ne se rencontrera plus de nouveauté importante; mais des retours au passé, complets ou partiels, pourront se produire. Il y a donc intérêt à la suivre, tant que dure le développement de la comédie latine, si nous voulons savoir quels furent l'influence et le sort des réformes de notre poète. Malheureusement, la période dont il s'agit est des plus obscures. L'œuvre des écrivains de la palliata postérieurs à Térence, de la togata,de Vatellaneei du mime a péri de fond en comble. Avec les débris insignifiants de cette ruine et les rares renseignements fournis par les auteurs anciens, impossible d'arriver partout à la certitude ; cependant, il est des points intéressants qu'on peut solidement établir.

C'est par la suppression de Vargumentum et la transformation de la captatio benevolentix que Térence avait renouvelé l'office du prologue. Il faut reconnaître que ni Tune ni l'autre de ces réformes ne pouvait faire école. Vargumentum était un expédient si commode ! Commode pour le poète, à qui il simplifiait la tâche de l'exposition, toujours difficile, mais plus que jamais dans les genres nouveaux où foriginal grec ne guidait pas l'auteur romain ; commode pour le public, qu'il dispensait d'une attention soutenue et de toute sagacité. Consacré par l'usage, employé par le plus populaire des comiques, sa grossièreté ne choquait que les délicats raffinés, tels que Térence. L'arrêt de suppression qu'il avait porté ne fut sûrement pas confirme par ses successeurs, et le septième siècle vit encore lleurir Vargumentum à la manière romaine, aussi bien que le monologue préliminaire à la manière grecque '. Quant à faire du prologue un plaidoyer, il fallait pour s'y résoudre un concours

1 Un certain nombre de fragments des divers genres comiques (cf. le recueil de Ribbeck, Comir.Rom. frag. 2'= éd.) peuvent avoir fait partie de prologues narratifs : Turpilius : Ilctœra, Litidia, 1, 2; Afranius : /Va-

de circonstances exceptionnelles, comme celles qui suggérèrent à Térence cette idée originale. A moins d'être attaqué avec acharnement par des ennemis assez redoutables pour mériter une réponse publique, situation heureusement rare, avait- on le droit d'entretenir les spectateurs de sa personne ? Le moi est haïssable, a dit Pascal. C'eût été le moyen de déplaire. Si l'on voulait disposer favorablement le public, des plaisanteries et des flatteries valaient bien mieux.

On ne saurait même affirmer qu'après Térence, dans aucun des genres comiques qui se succédèrent pendant le septième siècle sur le théâtre romain, il y ait eu un seul prologue du type créé par lui. Ceux qui servirent pour les reprises des comédies de Plante n'étaient que des remaniements, sans altération essentielle du contenu authentique ^ De Turpilius, un des derniers représentants de la palUata, nous .«avons que dans son Ëpicleros -, il avait remplacé le monologue initial du modèle grec par une exposition dialoguée, ce qui dénote chez lui une tendance à se passer de V argumentum ; mais il est vraisemblable que dans ce cas il fit ce qu'aurait fait Térence, s'il avait été libre d'agir selon sa décision primitive, qu'il supprima le prologue. Afranius, au moins une fois ^ s'en servit comme Térence, dans un but d'apologie personnelle et littéraire ''. On l'avait accusé de mettre au pillage Ménandre: il répondit à ses détracteurs qu'il ne s'en cachait pas, qu'il en avait fait autant pour bien d'autres poètes, même pour un poète romain, Térence, que dans le même discours il proclama sans rival. Toute cette

triœ,l, 2, Inccndium, 1, etc. ; Pomponius : Hirnea Pajypi, Pictores, 1, etc. Mais il se peut aussi qu'ils aient appartenu à des récits placés soit dans une exposition dialoguée, comme celles de Térence, soit au corps de la pièce.

1 Si, à l'époque des reprises, telle pièce qui n'avait pas de prologue, en reçut un (p. ex. VAsinaria), il fut naturellement composé sur le module des autres.

2 Cf. Ribbeck, op. cit.

^ Cf. ihid. Afranius, Compitalia.

4 Le f rag. de Pomponius,7>tccr^. 1 -.apocma 2>^o.cuit 2iO])nlatim omnibus d est du même genre.

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