‹ Les prologues de TérenceChapitre 72 sur 143 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

du Parisinus a négligé de dessiner le rameau qu'elle tient dans le Vaticanus.

L'absence presque constante du rameau n'est pas la seule inexactitude à relever dans les miniatures. D'abord Prologus y porte le masque, ainsi que tous les autres personnages. Or, il est à peu près démontré aujourd'hui^ que les masques n'étaient pas en usage au temps de Térence. Puisque chacun de ses prologues n'a servi que pour une représentation donnée de son vivant, son Prologus, qui ne lui a pas survécu, à la différence de ceux des autres poètes, n'a jamais porté le masque. Il est certain, en particulier, qu'Ambivius récita deux fois le prologue à visage découvert; car les spectateurs reconnurent d'emblée, non seulement qu'ils avaient devant eux un vieillard, mais encore qui était ce vieillard. Comment d'ailleurs aurait-il pu prendre un masque, alors qu'il se présentait sur la scène avec sa personnalité réelle ? Il n'avait pas non plus besoin de la perruque, qui alors tenait lieu de masque. Quant à Prologus, en sa qualité déjeune homme, il portait la perruque noire ^.

Le costume proprement dit n'est pas non plus, tant s'en faut, fidèlement rendu dans nos manuscrits. Dans les deux, Prulogus est vêtu en vieillard pour V Heautontimorumenos, VHécyre et les Adelphes ; en éphèbe pour le Phormion, en esclave pour VAndrienne. Le Parisinus ne donne pas le Prologus de VEionuque, le Vaticanus en fait, semble-t-il, un esclave \ Faut-il pour cela renoncer aux conclusions déjà acquises et admettre que Prologus pouvait porter un

• Cf. Chr. HoSer, De 2>(">'s<^narnm vsu in, P. Terenti comœdlis, Halle^ 1877. C'est, je crois, le dernier travail sur cette question.

2 La perruque tenait lieu de masque. L'âge et la condition du personnage se reconnaissaient à la couleur. Cf. Diomède, cité par Teuffel, Z?Yi, Rom.i, 16, 13.

3 Le témoignage de Baden (cité par Wieseler, p. 72) est ici d'accord avec la figure de Berger. Cocquelines donne une figure assez indécise, vieillard, ou peut-être jeune homme à pallium.

costume grec quelconque ' ? Non. Les manuscrits ont tort et leur erreur s'explique. L'archétype de nos miniatures était l'œuvre d'un homme au courant des choses, telles qu'elles se passèrent au temps deTôrence, excepté peut-être en ce qui concerne l'usage des masques. Ce qui le prouve, c'est qu'il avait donné le rameau à Prologus. Il avait figuré cinq fois le personnage sous les traits et le costume d'un jeune homme. Au Prologus de V Heautontimorumenos et au second Prologus de VHécyre, il avait donné les traits d'un vieillard-, sachant que les deux prologues avaient été dits par Ambivius; par une erreur excusable, il leur avait donné aussi le costume des vieillards. De là, confusion dans l'esprit des copistes qui, ne voyant pas la raison de celte différence et n'étant pas guidés ici, comme dans la pièce, par une indication 3 placée après le nom de chaque personnage, crurent pouvoir prendre toute liberté, sous la seule condition d'attribuer à Prologus un costume masculin. En somme, le Prologus d'une seule comédie, du Phormio?i, est représenté en jeune homme; dans nos deux manuscrits, il a le manteau des éphèbes, la chlamyde, ce qui semble venir à l'appui de notre opinion exprimée plus haut, Enfin, dans la figure du Vatiéanv.s, il porte le rameau distinctif. Cette représentation est, de toutes celles que nous possédons, la plus voisine de la vérité historique.

Grâce à Térence, le prologue de la comédie est arrivé à

a pleine indépendance : sans liaison extérieure avec la pre-

nière scène, il ne se rapporte à la pièce, par son contenu,

que d'une façon accidentelle, et le personnage qui le récite

' C'est ropiuion de Wieselcr (loc. cit.) . Il n'accorde à Prologus qu'un ornement distinctif, le rameau.

- Il n'y a en tout que six figures dans les mss., par suite de la confusion des deux prologues de VHccyri'.

^ISenex, aduleseens, servus, etc.

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