‹ Les Promenades à la modeChapitre 1 sur 24 · AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT

E bibliophile Jacob distinguait trois sortes de chefs-d'œuvre inconnus : ceux qui sont enfouis dans les éditions complètes, trop rarcnient consultées^ de certains écrivains fameux; ceux qui naissent inopincnient de l'heureuse inspiration d'un auteur, le plus souvent tout à fait obscur; ceux enfin qui ont eu leur heure de célébrité, mais qui, submerges par la marée montante des livres imprimés, disparaîtraient à jamais sans le zèle de patients et ingénieux plongeurs. Si gros que soit le mot de « chef-d'auvre », et malgré le danger de le prodiguer à la légère, il est, je crois, une série d'écrits, en général très courts, auxquels il est perniis peut-être de l'appliquer lorsqu'ils se recommandent à nous par la peinture d'une mode ou Promenades à la mode. a

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d'un travers tellement fidèle que les plus adroits pasticheurs ne parviendraient jamais à l'imiter. A ce titre, les Promenades ont leur place marquée dans une collection où elles avoisineront LA Petite Maison de Bastide et les Bagatelles MORALES de l'abbé Coyer. Elles ne leur sont pas seulement contemporaines par la date, elles en ont aussi la libre allure, la grâce et le parfum, et elles sont encore plus « inconnues » : bonnes raisons, on le voit, pour convier le lecteur à les parcourir.

Je dois toutefois me hâter de le prévenir charitablement qu'il serait inutile de les chercher^ au moins sous ce titre, les Promenades a la mode, dans Vexcellente bibliographie des Tableaux de mœurs que M. Paul Lacombe a récemment publiée, car, si elles y figurent (moins deux) à leurs dates respectives, elles sont aujourd'hui seulement groupées sous une dénomination collective. Dues à des plumes très différentes, publiées à des intervalles plus ou moins rapprochés, elles ont cependant assez d'affinités entre elles pour qu'on nous pardonne cette innocente supercherie.

C'est ignorer de propos délibéré une bonne partie de l'histoire de Paris que de ne pas faire

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une large part aux frivolités de ses engouements, aux variations de ses goûts et aux caprices de sa langue courante. En ramenant à Paris, le 3o décembre 171 5, le petit roi Louis XV, le Régent avait rendu à la grande ville le rang dont l'avait privée durant soixante ans la volonté toutepuissante de Louis XIV, ou peut-cire aussi sa rancune des humiliations que la Fronde avait infligées à son adolescence ; et, bien que Louis XV et Louis XVI aient refait à leur tour de Versailles une capitale, Paris n'en donna pas moins désormais le ton à la France, et, on peut le dire sans exagération, à l'Europe entière. Ce nest pas ici le lieu d'esquisser, même rapidement, ce tableau qui a tenté bien d'autres peintres, et il suffira, pour nous en tenir à la lettre précise du titre que nous avons choisi, de dire quelques mots des promenades favorites des Parisiens vers le milieu du XVIII^ siècle.

Il y avait longtemps déjà que le jardin du Luxembourg avait perdu l'attrait qu'il avait dû aux embellissements et à la présence de Marie de Médicis. Seuls, quelques nouvellistes attardés s'obstinaient encore à pérorer sous les ombrages de ce fameux « arbre de Cracovie » qui devait refleurir

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